1. Le pirate qui sourit tout le temps
Le capitaine Malo avait une moustache en croc et un sourire qui ne se fatiguait jamais. Même quand une mouette lui volait son biscuit, il riait.
« Hé, petite voleuse ! » lança-t-il en agitant son chapeau. « Tu as bon goût ! »
Sur le pont du navire, La Luciole, l'équipage s'activait. Lili la cuisinière remuait une marmite qui sentait la cannelle. Jonas, le mousse, frottait les cordes si fort qu'elles brillaient.
Malo déplia une vieille carte. Elle était tachée de sel et de chocolat.
« Écoutez, les amis ! Aujourd'hui, on part chercher l'Étoile de Brume. »
« Une vraie étoile ? » demanda Jonas, les yeux ronds.
« Un artefact, » expliqua Malo. « Une petite pierre qui luit dans le brouillard. Elle montre le chemin quand on est perdu. »
Lili posa ses mains sur ses hanches. « Et pourquoi tu veux la ramener ? »
Malo sourit encore plus. « Pour que personne ne se perde en mer. Et… » Il baissa la voix, malicieux. « Pour prouver que mon sourire gagne contre les tempêtes ! »
À ce moment-là, un gros nuage passa devant le soleil. Le vent fit claquer les voiles.
« On dirait que la mer nous écoute, » murmura Jonas.
Malo tapa dans ses mains. « Alors, on y va ! Cap sur l'Île du Brouillard Rieur ! »
2. Le brouillard qui chatouille
La Luciole glissa sur l'eau comme un poisson argenté. Au début, tout allait bien. Puis, un brouillard blanc arriva, épais comme de la crème.
« On ne voit plus rien ! » s'inquiéta Jonas.
Malo prit la longue-vue… et la nettoya sur sa manche. « Je ne vois pas mieux. »
Un petit rire se fit entendre, comme « hi hi hi », partout et nulle part.
Lili frissonna. « C'est le brouillard… qui rigole ? »
« Peut-être qu'il a entendu mon sourire ! » répondit Malo.
Le brouillard devint si dense que le navire ralentit. On n'entendait plus que le clapotis de l'eau et le grincement du bois.
Soudain, un “ATCHOUM !” énorme retentit. Le brouillard se secoua, comme une couverture, et une vague de brume chatouilla le nez de tout le monde.
Jonas éternua dix fois de suite. « Atchoum ! Atchoum ! Atchoum ! »
Malo éclata de rire. « Courage, mousse ! Respire par la bouche. »
Ils avancèrent doucement, guidés par le son d'une cloche lointaine. Ding… ding…
« Une cloche, ça veut dire une côte, » dit Malo. « On approche de l'île. »
Mais un craquement sinistre fit trembler le pont. Un rocher caché venait de griffer la coque.
« Oh non ! » s'écria Lili. « On prend l'eau ? »
Malo s'agenouilla, posa sa main sur le bois humide et réfléchit vite. « Pas beaucoup. Jonas, apporte les chiffons et la cire ! Lili, donne-moi la grande cuillère en bois. »
« Une cuillère ? » répéta Jonas.
« La plus solide ! » dit Malo.
Ils travaillèrent ensemble. Malo enfonça les chiffons, Lili appuya avec la cuillère comme un levier, Jonas étala la cire en soufflant dessus.
Le petit trou se calma, comme une bouche qu'on aurait fermée.
Jonas souffla, fier. « On a réussi ! »
Malo lui fit un clin d'œil. « Voilà la force d'un équipage : quand ça craque, on ne panique pas. On pense, on agit. »
3. La grotte aux échos farceurs
L'île apparut enfin : des rochers noirs, des plantes vertes, et un sable gris qui brillait. Une entrée de grotte s'ouvrait entre deux pierres comme deux grandes dents.
« C'est là, » dit Malo en lisant la carte. « L'Étoile de Brume est cachée au fond. »
Ils entrèrent. L'air sentait l'algue et le mystère. Chaque pas faisait “ploc” dans les flaques.
Une voix se moqua : « Ploc ploc ploc ! »
Jonas sursauta. « Qui a parlé ? »
Malo leva le doigt. « Ce sont les échos. Ils répètent… en se moquant un peu. »
Lili chuchota : « Alors, on va parler gentiment. »
Ils avancèrent, mais la grotte se séparait en trois couloirs. À gauche, on entendait un goutte-à-goutte. Au milieu, un souffle froid. À droite… un petit “hi hi”.
Jonas tremblait. « On choisit lequel ? »
Malo s'accroupit. « On va être intelligents. Regardez : la carte dit “suis la chanson de l'eau”. »
Il ferma les yeux. « Le goutte-à-goutte, c'est une chanson. À gauche ! »
Ils prirent le couloir gauche. Le sol devint glissant. Jonas faillit tomber.
Malo lui attrapa la main. « Courage. Un pas après l'autre. Tu es plus fort que la peur. »
Plus loin, une porte de pierre bloquait le passage. Au centre, un trou rond.
Lili sourit. « On dirait qu'il manque… une poignée. »
Malo sortit de sa poche un coquillage percé. « J'ai trouvé ça sur la plage. Essayons. »
Il glissa le coquillage dans le trou. Clic ! La porte se mit à tourner lentement, en grinçant comme un vieux crabe.
Derrière, une petite salle brillait doucement. Sur un socle, une pierre pâle éclairait comme une luciole dans le brouillard.
Jonas murmura : « L'Étoile de Brume… »
Malo s'approcha sans courir. « On la respecte. »
Quand il la prit, la lumière devint chaude, comme une veilleuse. Le brouillard au dehors sembla reculer.
Lili soupira, émue. « On l'a trouvée. »
Malo sourit, mais cette fois son sourire était doux. « On l'a gagnée. Ensemble. »
4. Le retour de La Luciole
En sortant de la grotte, le brouillard les attendait. Il tourbillonnait, un peu vexé.
« Hi hi… » fit-il, puis « HMPF ! »
Malo leva l'Étoile de Brume. La pierre projeta un petit rayon clair. Le brouillard s'écarta comme un rideau.
Jonas rit. « On dirait qu'il boude ! »
« On peut être malicieux sans être méchants, » dit Malo. Il salua le brouillard. « Merci pour l'aventure ! »
De retour sur le navire, ils hissèrent les voiles. Le vent gonfla La Luciole, et l'eau chanta contre la coque réparée.
Lili servit trois tasses de chocolat chaud. « À notre courage ! »
Jonas leva sa tasse très haut. « À notre intelligence ! »
Malo leva la sienne, les yeux brillants. « Et à notre résilience : quand ça va mal, on recommence, et on avance. »
Au loin, l'île devint petite. Le brouillard restait derrière, comme un gros nuage qui faisait semblant de ne pas dire au revoir.
L'Étoile de Brume reposait dans un coffre, prête à aider.
La Luciole s'éloigna sur la mer, et le capitaine Malo gardait son sourire, grand comme l'horizon.