Chapitre 1 : Un début de soirée animé
La maison sentait la cannelle et la fleur d'oranger. Juste avant le repas, alors que le soleil commençait à plonger derrière les immeubles et que le ciel se colorait de rose, Lina, neuf ans, arpentait le couloir à petits pas feutrés. Dans le salon, ses cousins, Imran et Lila, se disputaient à propos de la plus belle assiette à tartelettes.
« C'est la mienne, je l'ai vue en premier ! » s'exclama Imran, les joues gonflées de contrariété.
« Non, c'est faux, maman m'a dit qu'elle était pour moi ! » répliqua Lila, les bras croisés.
Lina fronça les sourcils, mais au lieu de hausser la voix, elle sourit doucement. Elle s'approcha et, d'un ton calme, proposa : « Pourquoi on ne mettrait pas les deux assiettes au milieu ? Comme ça, on pourra tous se servir dessus. Ce sera encore plus joli, non ? »
Imran et Lila se regardèrent, hésitants, puis finirent par sourire. « Bonne idée, Lina ! » dirent-ils en chœur, oubliant leur dispute. Lina sentit son cœur se réchauffer. Elle aimait quand la paix revenait, comme les oiseaux rentrent au nid le soir.
Le salon vibrait de rires et de voix joyeuses. Sur la grande table, la maman de Lina rangeait les dattes et les petits verres de lait, pendant que grand-mère alignait, avec son habitude des gestes doux, les soupes parfumées. Lina jeta un coup d'œil par la fenêtre. Sur le balcon, la lumière du soir, dorée et douce, caressait les fleurs. Une drôle de paix flottait dans l'air, comme une couverture moelleuse.
Chapitre 2 : Le ciel de Ramadan
Après avoir aidé sa maman à plier les serviettes, Lina se glissa dehors, sur le balcon, pour respirer l'air du soir. Au-dessus d'elle, le ciel se parait de ses plus belles couleurs : des nuances de violet, de bleu profond, et même quelques traces d'orange.
Lina adorait ce moment précis, juste avant que l'on puisse goûter à la première datte. Elle s'accouda à la rambarde, les yeux rivés vers le haut. Un nuage passait, tout léger, comme une barbe à papa flottant dans l'air chaud. Un merle lança une note claire. Lina, émerveillée, murmura : « Ce ciel-là, c'est comme un cadeau du Ramadan… On dirait qu'il nous souhaite bonne fête. »
Son père la rejoignit. Ensemble, ils observèrent en silence les premières étoiles timidement allumées. « Tu sais Lina, chaque soir du Ramadan, les couleurs changent un peu, mais la magie reste la même », lui glissa son père à l'oreille.
Lina ouvrit grand les yeux. « Est-ce qu'on pourra voir la lune ce soir, papa ? »
« Peut-être, si on regarde très fort », répondit-il en riant doucement.
En bas, les voisins sortaient sur leur balcon, eux aussi attirés par la beauté du ciel. Lina imagina que tout le quartier regardait ensemble le même tableau vivant : le soir enveloppé de douceur, prêt à offrir le premier repas tant attendu.
Chapitre 3 : Le repas du partage
Lorsque la voix claire de grand-mère annonça : « C'est l'heure ! », toute la famille se pressa autour de la table. Lina sentit son ventre gargouiller, mais elle savait qu'il fallait patienter encore quelques secondes pour partager l'instant avec tout le monde.
Chacun prit une datte. Lina la tint entre ses paumes, la trouvant à la fois minuscule et précieuse. Elle ferma les yeux une seconde, puis croqua dedans. La douceur du fruit s'épanouit sur sa langue, et elle sentit la fatigue de la journée s'envoler comme par magie.
Autour d'elle, les voix se mêlaient doucement. On se servait de la soupe, on passait les petits pains de main en main, et les rires fusaient dès qu'un cousin racontait une blague. Lina observa la scène, le cœur léger. Elle aimait ce moment où tout le monde partageait, où chaque geste semblait dire : « Je pense à toi ».
« Regarde, Lina », chuchota Lila en lui montrant un morceau de semoule qui formait une étoile dans son assiette. Les deux cousines éclatèrent de rire. « Peut-être que c'est un signe », plaisanta Lina, « ce soir, on aura plein d'étoiles dans le ciel et dans nos plats ! »
La maman de Lina servit à chacun un peu plus de salade, et le grand-père leva son verre de lait pour trinquer : « À la solidarité, à la famille… et à la beauté du ciel du Ramadan ! »
Lina leva son verre elle aussi, se sentant plus légère qu'une plume.
Chapitre 4 : Les merveilles du soir
Après le repas, la maison vibrait d'une énergie joyeuse. Certains débarrassaient la table, d'autres installaient des coussins sur le tapis. Lina, elle, retourna sur le balcon, fascinée par le ciel. Cette fois, la lune venait d'apparaître, fine comme un sourire de chat, juste au-dessus des toits.
Lina se demanda si la lune aussi fêtait le Ramadan, si quelque part elle veillait sur les familles et les enfants du monde entier. Elle imagina la lune déposer des flocons de lumière sur chaque maison, comme une fée bienveillante.
Soudain, Imran la rejoignit, tenant dans sa main une lampe miniature. « On fait un vœu, Lina ? » proposa-t-il.
Lina acquiesça, sérieuse. Ils fermèrent les yeux, serrant la petite lampe. Lina pensa très fort : « Je souhaite que tous les enfants aient toujours quelqu'un pour partager le repas du soir et regarder le ciel avec eux. »
Quand elle rouvrit les yeux, la lampe brillait d'une lumière toute douce. Imran lui tira la langue, puis ils éclatèrent de rire. À l'intérieur, les adultes entonnaient une chanson traditionnelle, douce comme le miel.
Lina sentit alors que ce que l'on partageait ici, ce n'était pas seulement le repas, mais aussi la lumière, la musique, les rêves et la tendresse.
Chapitre 5 : Un coin de lecture enchanté
La soirée avançait paisiblement. Lina, fatiguée mais heureuse, rassembla ses coussins préférés dans le coin lecture, près de la grande bibliothèque. Elle choisit un livre aux pages dorées, celui qui parlait de voyages à dos de nuages et de trésors cachés dans le jardin.
Bientôt, Lila et Imran la rejoignirent, un peu ensommeillés. Ils s'installèrent tout contre elle, formant un petit cercle douillet. Grand-mère vint leur tendre une couverture toute chaude, puis s'assit doucement à côté d'eux.
La lampe de chevet diffusait une lumière ambrée. Lina ouvrit le livre, et sa voix s'éleva dans la pièce, douce et vibrante, comme une brise du soir. Lila fermait les yeux pour mieux imaginer les aventures, tandis qu'Imran souriait, la tête posée sur un coussin.
Dehors, la lune veillait, les étoiles clignotaient comme une guirlande, et un vent léger jouait avec les rideaux. Lina sentit que la paix du Ramadan s'était glissée dans chaque recoin de la maison, jusque dans leur petit coin de lecture. Elle se dit que le vrai trésor, ce soir, c'était d'être ensemble, de partager des histoires et de rêver sous le même ciel merveilleux.
Quand le livre fut refermé, Lina bailla en cachant sa bouche. « C'était une belle soirée », murmura-t-elle. Grand-mère l'embrassa sur le front. « Oui, ma Lina, c'était une soirée de douceur et de lumière. »
Dans le coin lecture, blottis les uns contre les autres, les enfants s'endormirent peu à peu, emportant avec eux la magie du Ramadan et la promesse de mille autres soirs étoilés à venir.