Chapitre 1 : Une étoile pas comme les autres
C'était un soir de Ramadan comme on en avait déjà vécu plein, mais ce soir-là , Rami, LounÚs et Yassine avaient décidé de rester un peu plus longtemps dans la cour de l'immeuble, malgré les protestations de leurs mÚres. Il faisait doux, la lune brillait, et on sentait partout le parfum du pain chaud, des bricks et de la chorba.
â Tu sens ça, LounĂšs ? Ma mĂšre a encore mis trop de coriandre ! s'exclama Rami en riant, le nez en l'air.
â Pff, la coriandre, c'est la vie ! rĂ©pliqua LounĂšs, qui adorait la soupe, mĂȘme si personne ne le croyait.
Yassine, lui, observait le ciel, perché sur son fauteuil roulant. Il trouvait que les étoiles avaient une couleur particuliÚre pendant le Ramadan, comme si elles clignotaient juste pour eux.
â Eh, les gars, regardez lĂ -bas ! chuchota-t-il soudain en pointant du doigt une Ă©toile qui filait lentement, mais ne disparaissait pas comme les autres. Au contraire, elle semblait descendre, doucement, doucement⊠jusqu'Ă atterrir, ou du moins, s'arrĂȘter juste au-dessus du vieux lampadaire du square.
â C'est pas un avion, ça ? demanda Rami, tout excitĂ©.
â Un avion orange avec une traĂźne dorĂ©e ? Faut que tu changes de lunettes ! rĂ©pondit LounĂšs en pouffant.
Les trois amis se regardĂšrent, un sourire malicieux sur les lĂšvres. Il n'en fallait pas plus pour qu'ils dĂ©cident de mener leur enquĂȘte. Ramadan ou pas, on ne laisse pas passer une Ă©toile magique sans tenter de l'approcher, non ?
Chapitre 2 : La chasse à l'étoile commence
Ă pas de loup, le trio s'Ă©clipsa du coin des parents, passant devant les buissons fleuris et les bancs du square. Rami tenait une lampe de poche, mĂȘme si la lumiĂšre du lampadaire suffisait. LounĂšs, lui, avait embarquĂ© une boĂźte de dattes âau cas oĂč', et Yassine, armĂ© de sa curiositĂ© lĂ©gendaire, poussait son fauteuil avec aisance.
â Je vous parie une part de baklawa que c'est une vraie Ă©toile ! lança-t-il, un clin d'Ćil complice Ă ses amis.
En s'approchant du lampadaire, ils virent que la lumiÚre semblait différente. Une petite boule brillante flottait juste au-dessus, frémissant comme une luciole aprÚs avoir avalé toutes les guirlandes du quartier. Mais ce n'était pas tout : en dessous, une ombre étrange semblait grandir sur le sol.
â Je rĂȘve ou elle nous fait des signes ? souffla LounĂšs, Ă©bahi.
â Attends, je tente un truc⊠murmura Rami.
Il leva la main, comme pour attraper la boule lumineuse. Mais au lieu de s'enfuir, elle descendit lentement, lentement⊠jusqu'à se poser dans la paume de Rami. La lumiÚre n'était pas chaude, ni froide, mais douce, comme une caresse de vent d'été.
â Je crois⊠je crois qu'elle veut nous emmener quelque part, chuchota Rami, hypnotisĂ©.
â Si c'est pour rater les gĂąteaux de ma mĂšre, pas question ! s'Ă©cria LounĂšs, mais il n'en pensait pas un mot.
D'un coup, la lumiÚre s'élargit, enveloppant les trois garçons. Le square disparut, les bruits de la ville s'éloignÚrent, et ils se retrouvÚrent⊠ailleurs.
Chapitre 3 : La fĂȘte des lanternes enchantĂ©es
Quand la lumiÚre se dissipa, les garçons découvrirent qu'ils étaient dans une rue familiÚre, mais transformée. Tout scintillait autour d'eux : des guirlandes lumineuses pendaient d'arbre en arbre, des lanternes en forme de lune et d'étoiles flottaient doucement, et l'air sentait la fleur d'oranger et le pain frais. Un chat aux moustaches dorées s'étira sur le trottoir, puis leur fit signe de la patte.
â Ăa alors ! On dirait la rue de Tonton Samir, mais en version magique ! s'exclama LounĂšs, les yeux ronds comme des ballons.
â Oh, regardez ! Il y a plein d'enfants qui jouent et des tables remplies de nourriture, fit remarquer Rami, la bouche dĂ©jĂ grande ouverte de gourmandise.
Mais le plus incroyable, c'Ă©tait la grande Ă©toile dorĂ©e suspendue au-dessus du carrefour. Elle scintillait de mille feux et semblait guider les passants. Tout le quartier Ă©tait rĂ©uni pour partager un grand repas, et mĂȘme les voisins qu'ils ne voyaient jamais Ă©taient lĂ , souriants et dĂ©tendus.
â On dirait une fĂȘte⊠mais pas comme d'habitude, dit Yassine, pensif. Ici, tout le monde se parle, partage, rigole. MĂȘme les parents qui ne se saluent jamais d'habitude Ă©changent des blagues !
Un monsieur avec une grande moustache et un tablier bleu s'approcha d'eux.
â Tiens, voilĂ trois amis qui n'ont pas peur de l'aventure ! Les petits, venez goĂ»ter mes makrouts magiques !
Les garçons se regardĂšrent, un peu hĂ©sitants, puis acceptĂšrent des parts de gĂąteau. Ă la premiĂšre bouchĂ©e, ils sentirent une chaleur Ă©trange leur remplir le cĆur, comme si chaque souvenir joyeux de Ramadan y Ă©tait cachĂ©.
â C'est la magie du partage, expliqua le monsieur en souriant. Ce soir, tout le monde est invitĂ©, personne n'est oubliĂ©. C'est ça, la vraie fĂȘte !
Chapitre 4 : Les petits miracles de la nuit
AprĂšs avoir mangĂ© et ri avec les voisins, les trois amis dĂ©cidĂšrent d'explorer un peu plus. Ils croisĂšrent des musiciens qui jouaient du oud et de la derbouka, des petites filles qui accrochaient des guirlandes sur les vĂ©los avec l'aide de vieilles dames rigolotes, et mĂȘme une troupe de chats qui jonglaient avec des olives !
â Ăa, je suis sĂ»r que je rĂȘve, murmura LounĂšs en voyant un chat faire la roue.
Mais non. Dans cette version magique de leur quartier, tout Ă©tait possible. Yassine s'amusa Ă faire des courses de fauteuil avec des garçons qui n'avaient jamais osĂ© l'inviter avant, et ils se mirent tous Ă rire tellement fort que mĂȘme le chat jongleur s'arrĂȘta de tourner.
Rami dĂ©couvrit une boutique oĂč les bonbons changeaient de goĂ»t Ă chaque bouchĂ©e, et LounĂšs, qui adorait raconter des histoires, improvisa un mini théùtre de marionnettes avec des chaussettes et des bouchons.
â On dirait que la nuit ne va jamais finir, fit observer Yassine, un peu essoufflĂ©. Et si on restait lĂ pour toujours ?
Mais la grande étoile dorée se mit à clignoter doucement, comme pour leur rappeler quelque chose.
â Je crois qu'elle veut nous montrer autre chose, dit Rami.
En suivant la lumiĂšre, ils arrivĂšrent devant une petite maison oĂč un vieux monsieur, seul, regardait par la fenĂȘtre. Il semblait triste.
â Si c'Ă©tait chez nous, on lui apporterait une assiette, dit LounĂšs, pensif.
Sans réfléchir, ils frappÚrent à la porte. Le vieux monsieur ouvrit, surpris, puis sourit en voyant les trois garçons et leur assiette de gùteaux.
â Merci, mes enfants. Ce soir, j'avais justement besoin d'un peu de compagnie.
Ils partagÚrent les gùteaux, discutÚrent et rirent. La maison s'illumina d'une douce lumiÚre dorée, comme si l'étoile était venue leur dire merci.
Chapitre 5 : Retour au square, souvenirs dorés
La fĂȘte continuait dans le quartier magique, mais les garçons commençaient Ă ressentir la fatigue. LounĂšs bĂąilla, Rami se frotta les yeux, et mĂȘme Yassine, pourtant le plus rĂ©sistant, sentit ses paupiĂšres devenir lourdes.
Soudain, la petite étoile réapparut devant eux, flottant doucement.
â Vous croyez qu'elle veut qu'on rentre ? demanda LounĂšs.
â Je crois⊠qu'on a vu ce qu'on devait voir, dit Yassine en souriant.
La lumiĂšre dorĂ©e les enveloppa Ă nouveau. Ils se sentirent lĂ©gers comme des plumes, puis le square, les bancs, le lampadaire rĂ©apparurent. La fĂȘte s'Ă©tait calmĂ©e, les lampes du quartier brillaient paisiblement et les bruits du dĂźner s'Ă©taient apaisĂ©s.
â Vous croyez qu'on a rĂȘvĂ© ? murmura Rami.
Mais dans la main de Rami, il restait une petite étoile en papier doré, et LounÚs trouva dans sa poche un makrout scintillant, tandis que Yassine remarqua que sur les roues de son fauteuil, il y avait des traces de paillettes lumineuses.
Ils rentrĂšrent chez eux, les cĆurs remplis de bonheur. Leur quartier n'Ă©tait plus tout Ă fait le mĂȘme. Ils avaient envie de partager, de sourire Ă leurs voisins, de raconter leur aventure. Cette nuit-lĂ , ils comprirent que le Ramadan, c'Ă©tait bien plus que du jeĂ»ne ou des bons petits plats : c'Ă©tait une fĂȘte qui rassemblait, qui rendait chacun important, et qui pouvait rendre le monde un peu plus magique.
Le lendemain, ils partagÚrent leurs souvenirs avec leurs familles et leurs amis. Certains rirent, d'autres n'y crurent pas. Mais eux, ils savaient la vérité : il suffit parfois d'une étoile⊠et de beaucoup d'amitié, pour illuminer la nuit.