Chapitre 1 — Un nouveau voisin
La sonnette retentit dans la maison d'Anton comme un minuscule carillon. C'était un mercredi après-midi, le jour où il revenait toujours vite de l'école pour faire ses devoirs et nourrir son poisson rouge. Mais là, il y avait autre chose d'inhabituel : à travers la fenêtre, Anton voyait des cartons et des valises devant la porte d'en face.
Sa maman se pencha vers lui : « On dirait qu'on a de nouveaux voisins, Anton. Tu as vu la petite fille avec le chapeau vert ? »
Il hocha la tête, un peu intrigué. Il observa la fillette, différente de ceux qu'il connaissait, entourée d'adultes parlant une langue que lui ne comprenait pas. Elle avait l'air timide, et serrait fort une peluche en forme de chat.
Le soir venu, Anton raconta à son poisson : « J'aimerais bien dire bonjour à la nouvelle voisine… Mais je sais même pas comment elle s'appelle. »
Le lendemain, en rentrant, il croisa la fillette au pied de l'escalier. Ils échangèrent un regard, puis elle baissa vite les yeux. Anton sentit ses joues chauffer. C'était plus compliqué que prévu, de faire connaissance…
Chapitre 2 — Un pas vers l'autre
Vendredi, il faisait beau. Anton s'était mis en tête d'offrir un dessin à la fillette. Il passa du temps à colorier un paysage plein de soleil et de fleurs. Quand il le trouva joli, il y ajouta son prénom, bien en grand : ANTON.
Il respira un bon coup et frappa à la porte d'en face. La maman de la fillette ouvrit. Elle avait un accent doux et portait un foulard rose.
« Bonjour madame, je voudrais donner ceci à votre fille », dit-il, les mains tremblantes.
La femme sourit, appela : « Lina, viens voir ! »
Lina arriva, tenant toujours sa peluche. Anton tendit son dessin, mais la fillette hésita. Elle finit par le prendre, puis sourit timidement.
« Merci », souffla-t-elle, avec un léger accent. Anton comprit qu'elle en avait fourni un vrai effort. Sa maman glissa doucement : « Elle est un peu intimidée, c'est tout nouveau pour elle. »
Sur le chemin du retour, Anton pensa : « J'ai envie d'en savoir plus sur elle. Peut-être que je pourrai l'aider à se sentir moins seule… Mais comment ? »
Chapitre 3 — Les gâteaux du samedi
Le samedi, Anton aida sa maman à faire un gâteau. En mélangeant la pâte, il eut une idée. « Maman, est-ce que je pourrais inviter Lina à goûter avec nous ? »
Sa mère hocha la tête, heureuse qu'Anton ait envie de partager. Il alla toquer, cette fois avec un morceau de gâteau sur une serviette.
Lina ouvrit. D'habitude si réservée, elle ouvrit de grands yeux en voyant le gâteau.
« Tu veux goûter ? » demanda Anton en souriant.
Elle hésita, puis fit un pas dehors. Ensemble, ils s'assirent sur le palier, dégustant lentement leur part, côte à côte. Anton raconta comment il adorait les gâteaux au chocolat et demanda : « Et toi, c'est quoi ton gâteau préféré ? »
Lina chercha ses mots, puis répondit doucement : « Chez moi, j'aimais bien le medovik. C'est un gâteau au miel… »
Anton n'avait jamais entendu ce mot. Il demanda : « Medovik ? Ça vient d'où ? »
« De mon pays, » répondit-elle, en jouant avec son ourson. « On en mange pour les fêtes. »
Anton hocha la tête, plein de curiosité. Il aurait aimé goûter ce gâteau aussi, pour comprendre un peu ce que Lina ressentait.
Chapitre 4 — Apprendre à connaître
Les jours passèrent, et Anton et Lina discutèrent un peu plus souvent. À l'école, il raconta à ses amis : « Elle vient d'un autre pays. Je crois qu'elle est un peu perdue ici, mais elle est gentille. »
Ses copains haussèrent les épaules. « Elle parle bizarrement, non ? » lança Mathis.
« Oui, mais c'est normal, elle apprend encore », répliqua Anton, un peu piqué. « Vous aimeriez, vous, devoir tout recommencer dans un endroit où personne ne parle comme vous ? »
Le soir, Anton réfléchit. Il se dit qu'il devait en savoir plus, vraiment. Il demanda alors à sa maman : « Maman, tu crois qu'on pourrait cuisiner un gâteau au miel, comme Lina aimait chez elle ? »
Sa mère trouva rapidement une recette sur internet. Le dimanche matin, ils préparèrent le fameux medovik. Quand il fut cuit, ils invitèrent Lina et sa famille à le partager.
Autour du gâteau, Lina souriait à pleines dents, ses parents riaient doucement, et Anton posa plein de questions. Il découvrit que Lina avait un frère plus petit, qu'elle aimait jouer aux échecs, et qu'elle rêvait d'apprendre à faire de la trottinette.
Lina demanda à son tour : « C'est comment, l'école ici ? Tu peux me montrer un jour ? »
Chapitre 5 — Différents et amis
Anton proposa à ses amis de rencontrer Lina à la sortie de l'école. Il leur expliqua : « Vous verrez, elle est marrante, et elle adore le foot, comme nous ! »
Ce jour-là, Lina attendait, discrète, sur le banc devant l'école. Anton s'approcha, suivi de ses copains. Il fit les présentations.
Mathis, un peu sceptique, demanda : « Tu sais jouer au ballon ? »
Lina sourit, attrapa le ballon qu'Anton lui tendait, puis fit deux jongles. Les garçons applaudirent.
Le ton se détendit aussitôt. Ils jouèrent un long moment, inventant des règles, mélangeant des mots venus du français et de la langue de Lina. Tout le monde riait, les différences s'effaçaient dans le jeu.
Après le match, Lina lança : « Merci, Anton. C'est plus facile, avec des copains. »
Anton, fier, répondit : « C'est normal, on apprend tous chaque jour. Même les grands ! »
Sur le retour, Lina lui serra la main, et Anton sentit que quelque chose de précieux venait de naître.
Chapitre 6 — Grandir ensemble
Le soir, Anton raconta la journée à ses parents, le visage tout lumineux. « Aujourd'hui, on a partagé plein de choses avec Lina. Même Mathis a dit qu'elle était forte au foot ! »
Son papa lui demanda : « Tu penses que c'est facile, d'être nouvelle et différente ? »
Anton secoua la tête. « Non, je crois que c'est même difficile… Mais ça peut devenir plus facile si on aide, si on essaie de comprendre. J'avais peur au début, parce que je savais pas comment faire. Mais maintenant, j'ai appris. »
Sa maman le prit dans ses bras. Il sentit une larme perler sur sa joue, sans vraiment savoir pourquoi. Peut-être une larme de fierté, ou de bonheur. Il l'essuya discrètement. Il se disait que c'était bien, au fond, de n'être pas tous pareils, et que les différences rendaient la vie plus belle.
Et en s'endormant ce soir-là, Anton pensa à tous ceux qu'il rencontrerait encore. Avec un cœur ouvert, tout devenait possible.