Le plan chocolaté
Dans la petite ville de Floconville, les toits portaient des bonnets de neige. Les arbres brillaient comme s'ils avaient mis des guirlandes de sucre. Et l'air sentait la cheminée, le sapin et… la surprise.
Léo et Inès avaient 6 ans tous les deux. Léo avait des joues rouges comme des pommes d'hiver. Inès avait des yeux qui pétillaient comme deux étoiles pressées.
Ce matin-là, ils étaient chez Mamie Miette, qui préparait Noël avec une énergie de lutin.
Sur la table, il y avait une grande marmite, des tasses colorées et une montagne de marshmallows.
Mamie Miette touillait doucement et chantonnait :
« Un peu de cacao, un peu de lait… et beaucoup de cœur, c'est parfait ! »
Inès s'approcha et demanda :
— Mamie, c'est pour qui, tout ce chocolat chaud ?
Mamie Miette sourit.
— Pour les voisins du quartier. Monsieur Pinson a attrapé un rhume, Madame Lune se sent seule, et le facteur a les mains glacées. Ce soir, on partagera. C'est Noël : on réchauffe les gens, pas seulement les maisons.
Léo ouvrit grand les yeux.
— On peut aider ?
— Oh oui, répondit Mamie. Mais attention, c'est une mission très, très sérieuse.
Inès se redressa comme une petite capitaine.
— Mission : servir une boisson chaude !
Mamie Miette posa devant eux un petit plateau en bois.
— Vous allez porter le chocolat chaud au kiosque de la place, là où tout le monde passe pour regarder les lumières. Vous serez mes vaillants serveurs. Et pour que ce soit encore plus magique… j'ai une idée.
Elle sortit une boîte à biscuits. Mais au lieu de biscuits, il y avait des grelots dorés, tout petits.
— Un grelot porte-bonheur, dit Mamie. Il sonne quand on fait une bonne action.
Léo prit un grelot et l'agita : dring !
Inès en prit un aussi : dring-dring !
Ils rirent.
— Il est chatouilleux, ton grelot ! dit Léo.
Mamie Miette accrocha un grelot au plateau.
— Celui-là, c'est le chef des grelots. Il surveille votre mission.
Le grelot ne dit rien, bien sûr. Mais… il brillait comme s'il écoutait.
La neige, le kiosque et les surprises
Dehors, la neige tombait en flocons tranquilles. Léo et Inès marchaient prudemment, chacun tenant un côté du plateau. Les tasses tremblaient un peu, comme si elles avaient le hoquet.
— Attention ! dit Inès. Si on renverse, le chocolat chaud va faire une piscine.
— Une piscine au chocolat, ça serait drôle, répondit Léo.
— Pas pour les chaussures, dit Inès, très sérieuse.
Ils arrivèrent près de la place. Le grand sapin se tenait au milieu, énorme, fier, couvert de lumières. On aurait dit qu'il portait un manteau d'étoiles.
Au kiosque, il y avait déjà quelques personnes : une dame avec une écharpe immense, un petit garçon avec un bonnet qui tombait sur ses yeux, et le facteur, qui soufflait sur ses mains.
Le kiosque était décoré avec des rubans rouges. Une musique douce flottait dans l'air, comme une plume.
Léo posa le plateau sur le comptoir du kiosque.
— Chocolat chaud ! annonça-t-il d'une voix de vendeur important.
Inès ajouta :
— Très chaud, très doux, très Noël !
Le facteur s'approcha.
— Oh, merci les enfants. Mes doigts sont devenus des glaçons.
Il prit une tasse et but une gorgée. Ses épaules se détendirent.
— Aaah… Ça, c'est un câlin qui se boit.
Le grelot sur le plateau fit un petit : dring.
Léo sursauta.
— Il a parlé !
Inès tapa doucement le grelot avec son doigt.
— Il applaudit, je crois.
La dame à l'écharpe immense sourit.
— Vous êtes adorables. Vous me rappelez quand j'étais petite. Est-ce que je peux avoir une tasse, s'il vous plaît ?
— Bien sûr ! dit Inès.
Elle servit avec attention, comme une grande. Léo, lui, distribuait des marshmallows.
— Un nuage ? Deux nuages ? demanda-t-il.
— Deux, répondit la dame en riant.
Le grelot : dring.
Tout allait bien… jusqu'à ce que le vent décide de jouer aussi.
Une rafale arriva, malicieuse. Elle fit danser les rubans, et… PAF ! une nappe en papier s'envola et se colla sur le visage de Léo.
— Mmmph ! fit Léo, aveuglé.
Inès éclata de rire.
— Léo, tu as une moustache de nappe !
Léo tira la nappe et la brandit comme un drapeau.
— Je suis le capitaine Chocolat !
Et là, mini-rebondissement : un chat gris surgit sous le kiosque. Il avait un museau curieux et une queue en point d'interrogation.
Il sauta, renifla, et tenta de lécher une goutte de chocolat tombée au bord.
— Oh non, dit Inès. Il va vouloir tout boire !
— On ne peut pas servir du chocolat au chat, répondit Léo. Il va devenir… hyper-chat.
Le chat miaula, comme s'il disait : « Je goûte juste un petit peu. »
Inès eut une idée.
Elle sortit de sa poche un petit biscuit en forme d'étoile.
— Tiens, petit monsieur moustache. Un biscuit pour toi.
Le chat s'assit, très poli, et croqua le biscuit. Puis il ronronna si fort que la neige autour semblait vibrer.
Le grelot : dring-dring-dring, comme une petite pluie de clochettes.
Le facteur regarda les enfants.
— Vous avez réussi : vous réchauffez tout le monde, même les chats.
Léo bomba le torse.
— On est vaillants.
Inès hocha la tête.
— Vaillants et prudents. Maintenant, on doit apporter une tasse à Monsieur Pinson, celui qui a un rhume.
Mamie Miette leur avait donné une petite liste. Sur la liste, il y avait aussi « Madame Lune » et « la vieille boîte aux lettres qui grince ».
— Pourquoi la boîte aux lettres ? demanda Léo.
Inès avait répondu, très logique :
— Peut-être qu'elle a froid au bec.
Ils remplirent deux tasses dans une petite gourde magique de Mamie (en vrai, c'était un thermos, mais eux disaient « magique »). Ils saluèrent les gens et reprirent la route.
La neige craquait sous leurs pas. Les lumières des maisons clignotaient doucement, comme des yeux qui font des clins d'œil.
À l'angle de la rue, ils trouvèrent Monsieur Pinson. Il était devant sa porte, en pyjama sous son manteau, avec un mouchoir qui faisait « atchoum » à sa place.
— Bonjour ! dit Léo. Livraison spéciale !
— Chocolat chaud de Noël, ajouta Inès. Ça soigne presque tout.
Monsieur Pinson prit la tasse, souffla dessus, et fit un sourire si grand qu'on aurait dit qu'il avait retrouvé son été.
— Merci, petits lutins. Vous êtes gentils.
Le grelot : dring.
Puis ils marchèrent jusqu'à la maison de Madame Lune. C'était une maison avec des rideaux bleus, et une petite lanterne ronde qui ressemblait à une lune justement.
Madame Lune ouvrit la porte doucement. Elle avait des cheveux blancs tout doux, comme de la barbe à papa.
— Oh… des enfants, murmura-t-elle. Quelle belle surprise.
Inès tendit la tasse.
— Pour vous. Pour que votre cœur fasse « mmm ».
Madame Lune but une gorgée. Ses yeux brillèrent.
— Je me sens moins seule, dit-elle. Merci.
Le grelot : dring… plus doux, comme s'il faisait attention à ne pas réveiller la nuit.
Sur le chemin du retour, Léo remarqua quelque chose.
— Inès… le thermos est presque vide.
Inès regarda.
— Oh. Il reste juste une petite tasse.
— On la boit ? proposa Léo, tentant.
Inès plissa les yeux.
— Mission : servir une boisson chaude.
Léo soupira.
— Oui, chef.
Ils arrivèrent devant la vieille boîte aux lettres, au coin du parc. Elle était rouge, mais la neige lui avait fait des sourcils blancs. Et c'est vrai… elle grinçait au moindre souffle de vent.
Inès s'approcha et chuchota :
— Bonjour, boîte aux lettres. On t'a apporté du chaud.
Léo ajouta :
— Mais tu n'as pas de bouche.
La boîte aux lettres grinça : gniiii…
— Elle dit oui, répondit Inès en souriant.
Ils hésitèrent, puis versèrent un petit peu de chocolat chaud dans une minuscule tasse, et la posèrent juste en dessous, sur le rebord.
— Ce n'est pas pour boire, expliqua Inès. C'est pour l'odeur. Comme un parfum d'hiver.
Léo renifla.
— Ça sent bon. Même moi, j'ai envie de sourire.
Le vent se calma. La boîte aux lettres ne grinça plus.
Le grelot : dring… puis un petit silence, comme s'il écoutait la paix.
Le grelot qui s'endort
Quand ils revinrent chez Mamie Miette, la maison était encore plus chaude. Le sapin brillait dans le salon. Des biscuits cuisaient au four. Et une couverture attendait sur le canapé, comme un gros nuage prêt à câliner.
Mamie Miette les accueillit avec des yeux tendres.
— Alors, mes vaillants serveurs ?
Léo parla vite :
— On a servi le facteur !
Inès continua :
— Et Monsieur Pinson !
Léo reprit :
— Et Madame Lune !
Inès conclut :
— Et même une boîte aux lettres… et un chat.
Mamie Miette cligna des yeux.
— Une boîte aux lettres ?
Léo haussa les épaules.
— Elle grinçait. Ça devait être un signe.
Mamie éclata de rire.
— Vous êtes merveilleux. Vous avez offert de la chaleur là où il y en avait besoin… même dans les endroits bizarres.
Ils posèrent le plateau sur la table. Le grelot chef brillait encore, mais un peu moins.
Inès le prit délicatement.
— Il a beaucoup travaillé, aujourd'hui.
Léo le regarda de près.
— Il a sonné pour chaque gentillesse.
Mamie Miette sortit une petite boîte tapissée de tissu, comme un petit lit.
— Alors, il est temps de le laisser se reposer.
Inès déposa le grelot dans la boîte, comme on couche un bébé oiseau.
Léo chuchota :
— Bonne nuit, grelot. Merci d'avoir applaudi.
Le grelot fit un tout dernier son, très petit, très doux :
…dring…
Puis il ne sonna plus. Il semblait s'être endormi, bien au chaud dans son lit de tissu, content et tranquille.
Dehors, la neige continuait de tomber, légère et brillante. Dans la maison, Léo et Inès se serrèrent sous la couverture. Mamie Miette leur donna chacun une petite tasse de lait chaud (eux l'appelèrent « chocolat invisible »).
Inès murmura :
— Tu crois que le grelot rêve ?
Léo sourit.
— Oui. Il rêve de gens qui sourient, et de chats polis, et de boîtes aux lettres qui ne grincent plus.
Mamie Miette souffla doucement sur la flamme de la bougie.
— Et il rêve surtout de vous. Parce que la bienveillance, ça fait de la musique… même quand tout est silencieux.
Léo bâilla.
Inès bâilla aussi.
Et pendant que leurs yeux se fermaient, on aurait juré entendre, très loin, très loin… le Noël qui chuchotait :
« Merci. »