Chapitre 1 — Le bruit dans la nuit
Léa et Noor sont deux amies. Elles ont six ans. Elles aiment sauter dans les flaques, manger des pommes, et surtout jouer aux détectives. Elles ont un petit sac à dos rouge, une loupe en plastique, et un carnet à carreaux où elles notent tout ce qu'elles découvrent.
Un matin, Léa se réveille en sursaut. Elle a entendu un bruit drôle pendant la nuit. Toc… toc… cling… comme si quelque chose riait en faisant de la musique. Noor a aussi entendu. Elles se regardent, les yeux grands.
« On devient détectives ! » dit Noor en mettant son sac.
« Oui, il faut trouver qui fait ce bruit », répond Léa en attrapant le carnet à carreaux.
Elles mettent leurs bottes, ouvrent la porte, et sortent tout doucement. Le soleil est encore petit et fait des taches d'or sur la pelouse. Le jardin est tranquille. Mais voici… un petit bruit répété vient du fond, près du grand poirier : toc, toc, cling.
Les filles s'arrêtent pour écouter. Elles comptent les sons dans le carnet. Elles griffonnent trois petits points : toc — toc — cling. Elles dessinent la forme du bruit : un petit rond suivi d'un autre. Elles regardent autour. Pas de fantôme. Pas d'énorme machine. Juste des feuilles qui frémissent, une branche qui bouge, et le bruit qui continue.
« On doit trouver des indices », chuchote Léa. « Si on écoute bien, on peut deviner. »
Noor tend l'oreille. Elle ferme les yeux. On entend le vent qui passe comme un chat qui respire, et le bruit qui revient, tic-tac, tic-tac, cling.
« Viens, on inspecte le poirier », propose Noor. Elles s'approchent en marchant sur la pointe des pieds de détective.
Chapitre 2 — Les indices cachés
Le poirier a une grosse écorce en zigzag et des branches où vivent parfois des oiseaux. Sur une branche basse, il y a quelque chose qui brille. C'est une petite chaîne de boîtes en métal suspendues par une ficelle. Quand le vent souffle, les boîtes se cognent les unes contre les autres et font le bruit : toc, toc, cling ! Les boîtes sont peintes en bleu et en rouge. Elles ont des petites étoiles blanches.
Léa prend la loupe. Elle regarde une des boîtes. Il y a une étiquette avec un morceau de papier collé. Sur le papier, quelqu'un a dessiné le poirier et les boîtes. Les traits sont un peu grands et très ronds, comme quand on a six ans. En haut, il y a un petit cœur. En bas, on peut lire un prénom : Ana.
Noor ouvre son carnet à carreaux. Elle colle doucement le petit papier dedans. Elles alignent le dessin avec leur croquis. Tout correspond : les trois boîtes, la ficelle, la branche basse. Le carnet confirme l'idée. C'est un grand indice.
« Peut-être que c'est Anna qui a accroché ces boîtes pour faire de la musique », dit Léa. « Elle joue avec la nuit et nous, ça nous fait sursauter. »
Elles sortent du jardin et voient des petites empreintes sur la terre mouillée. Elles sont rondes et rapprochées, comme des petites chaussures de jardin d'enfant. Il y a aussi un petit morceau de ruban rouge accroché à un buisson. Elles le mettent dans leur poche.
« On doit demander », dit Noor. « Il faut parler calmement et écouter. »
Elles frappent à la porte de Mme Lina, la voisine. Mme Lina sourit et rappelle qu'elle a vu Anna la veille en train de chanter dans le jardin. Anna est la sœur de Sam, qui habite la maison jaune avec le chat sur le pas de la porte. Mme Lina leur dit aussi que parfois Anna aime fabriquer des instruments avec des boîtes et des ficelles pour faire un petit orchestre avec son frère.
Les filles vont chez Anna. Anna a six ans aussi. Elle ouvre la porte avec un sourire timide. Dans son tablier, il y a de la peinture bleue.
« Bonjour, Anna. Est-ce toi qui as accroché ces boîtes dans le poirier ? » demande Léa doucement.
Anna rougit. « Oui, c'est moi. Sam m'a aidée. On voulait qu'il y ait de la musique pour les oiseaux. »
Noor montre le carnet à carreaux avec le dessin trouvé sur la boîte. Anna le reconnaît tout de suite. « Oh ! J'ai perdu cette feuille hier. C'est mon plan ! J'ai dessiné comment accrocher les boîtes. »
Les filles sourient. Elles ont un nouvel indice : un dessin qui dit qui. Mais elles veulent être sûres. Elles demandent à Anna de leur montrer comment elle a fait. Anna les conduit au poirier. Elle monte sur la marche et montre la ficelle, les nœuds, et les petites boîtes qui tintent.
« Parfois, le vent les fait beaucoup bouger la nuit », explique Anna en regardant la lune encore pâle. « Moi je les aime parce que ça chante. »
Léa écrit dans le carnet à carreaux : « Boîtes = musique pour oiseaux = Anna et Sam ». Noor ajoute un petit cœur et un soleil. Elles sentent leur cœur chaud. Elles ont presque résolu le mystère.
Mais il y a une autre question : pourquoi le bruit a-t-il commencé la semaine dernière ? Les filles observent la ficelle. Une goutte de peinture bleue a séché sur la corde. Leur regard suit la ligne de peinture jusqu'à la porte jaune. Là, elles voient une pile de boîtes vides que Sam avait utilisées pour empiler ses voitures. Sam apparaît à côté, les mains pleines de terre.
« On a accroché les boîtes samedi, mais la nuit où il a fait très fort, elles ont cogné plus fort. Elles tapaient encore et encore », dit Sam. « Moi, je pensais que c'était drôle. »
Noor demande : « Tu as mis quelque chose pour que ça cesse la nuit ? » Sam secoue la tête. Il ne savait pas que cela pouvait déranger.
Léa et Noor ouvrent leur carnet et notent les idées. Elles font des dessins simples : une boîte attachée, un nœud, une bande de ruban pour amortir le choc. Elles veulent trouver une solution qui garde la musique du jour et enlève le bruit de la nuit.
Chapitre 3 — La solution douce
Les trois enfants réfléchissent. Ils admirent le poirier encore couvert de petites feuilles vert tendre. Le vent joue avec une branchouille comme un balai.
« On va tester », propose Noor. Elle prend le ruban rouge trouvé dans le buisson. Anna apporte une vieille chaussette propre. Sam prend une petite planche en bois.
Ils essayent plusieurs idées. D'abord, ils mettent un morceau de tissu entre deux boîtes pour que le métal ne touche plus le métal. Toc… toc… le son devient plus doux : tint, tint, presque comme une clochette. Ensuite, ils attachent la ficelle plus serrée pour que les boîtes ne claquent pas si fort quand le vent souffle. Puis, ils accrochent la planche à un côté pour faire un frein. Enfin, ils nouent un ruban pour que les boîtes bougent plus lentement.
Noor met une petite note dans le carnet à carreaux : « Essai 1 : tissu = son doux. Essai 2 : ficelle serrée = moins de claquement. »
Elles attendent un peu. Un vent passe. Les boîtes chantent, mais cette fois, le bruit n'effraie plus. Il paraît joyeux. On dirait des petites mains qui applaudissent.
Léa sourit. « Maintenant c'est une musique qui ne réveille pas la nuit. »
Anna est contente. Sam saute de joie. Ils rient et font encore une petite danse. Les voisins sortent un peu, entendent la musique douce et sourient. Mme Lina apporte un plateau de biscuits. Tout le monde se rassemble quelques minutes sur la pelouse.
Les filles expliquent calmement pourquoi elles ont enquêté et comment elles ont trouvé la solution. Elles montrent le carnet à carreaux avec les dessins, les essais, et le petit papier retrouvé. Les adultes écoutent. Ils disent merci aux filles pour avoir été attentives et pour avoir proposé une idée gentille.
Avant de rentrer, Anna embrasse le carnet collé dans les mains de Léa. « Merci d'avoir cherché et d'avoir demandé », chuchote-t-elle. Les deux détectives se sentent fières. Elles ont écouté, observé, parlé, et trouvé une solution qui plaît à tout le monde.
Le soir venu, le calme revient. Le poirier paraît endormi. Les boîtes font un son si doux qu'on ne les remarque presque. Léa et Noor, assises dans le salon, écrivent la fin de leur enquête dans le carnet à carreaux. Elles dessinent les trois enfants qui sourient, une tasse de chocolat chaud, et un gros gâteau aux pommes.
« On a bien travaillé », dit Noor en se blottissant sous une couverture.
« Oui, et on a appris à écouter », répond Léa. Elles regardent la fenêtre. La lune veille sur la rue, ronde comme une pièce de monnaie.
Elles ferment le carnet et économisent le mystère pour demain. Le quartier respirait, tranquille et rassuré. Les boîtes du poirier faisaient maintenant une petite chanson douce, comme un berceau pour la nuit.
Et si, une autre fois, un bruit ressemblant à un secret venait à les réveiller, elles sauront quoi faire : écouter, regarder, demander, et noter dans leur carnet à carreaux. Ensemble, elles peuvent tout résoudre, doucement et avec joie.