Chapitre 1 : Le pont qui chatouille les nuages
Léo avait 9 ans, un chapeau trop grand et une baguette qui éternuait quand il était content. Il était apprenti sorcier, ce qui voulait surtout dire : spécialiste des “oups”.
Ce matin-là, il courait sur un pont suspendu entre les nuages. Un vrai pont de corde et de planches, qui grinçait comme un vieux fromage. En dessous, il n'y avait pas de sol… seulement une mer de coton blanc, douce et moqueuse.
« Attention, Léo ! » cria une voix derrière lui.
C'était Mina, sa copine, apprentie aussi, mais plutôt du genre à lire les instructions.
Léo fit un saut énorme pour éviter une planche bancale. Il atterrit avec un énorme “BAM” qui fit trembler le pont.
Le pont répondit en grinçant : « Aïe ! »
Léo s'immobilisa, bouche ouverte. « Euh… le pont vient de parler ? »
Mina haussa les épaules. « Ici, même les sandwichs discutent parfois. Ce n'est pas le plus bizarre. »
À ce moment-là, un miroir apparut au milieu du pont, posé sur deux nuages comme sur des tabourets. Un grand miroir bien poli, avec un cadre en bois brillant.
Le miroir toussota poliment. « Bonjour. Je suis un miroir franc. Je dis la vérité. Même quand ça pique. »
Léo se pencha. Son reflet lui fit un clin d'œil… puis se boucha les oreilles.
Le miroir déclara : « Léo, tu atterris comme un sac de casseroles. »
« Hé ! » protesta Léo. « Je suis un sac de casseroles magique ! »
Le miroir répondit, très sérieux : « Justement. Si tu apprends à atterrir sans bruit, le pont cessera de se plaindre et le passage vers la Tour des Fenêtres s'ouvrira. »
Mina se frotta les mains. « La Tour des Fenêtres ? On dit qu'il y a une fenêtre qui montre les choses cachées ! »
Léo sourit, déjà excité. « D'accord. Je vais apprendre. Facile. »
Le miroir ajouta : « Je suis franc : ce ne sera pas facile. »
Le pont grinça : « Et moi, je vote pour le calme ! »
Chapitre 2 : Le sort du “Plouf-mais-doux”
Mina sortit un petit carnet. « On commence par un sort simple : “Plouf-mais-doux”. Ça ralentit la chute. »
Léo brandit sa baguette. « Plouf… mais… doux ! »
Une pluie de plumes apparut au-dessus de sa tête et tomba sur lui. Des plumes partout : dans son chapeau, dans ses oreilles, dans sa bouche.
« Pfff… pfff… » Léo recracha une plume. « Je suis un oreiller vivant ! »
Le miroir, planté au bord d'une planche, commenta : « Je suis franc : c'est ridicule. Mais c'est un bon début. »
Léo tenta un petit saut. Il redescendit lentement… trop lentement. Tellement lentement que Mina eut le temps de lui tirer la langue, de compter jusqu'à dix et de se recoiffer.
Sauf que, quand il toucha la planche, il fit quand même “BOUM”.
Le pont gémit : « Aïe, mon genou de bois ! »
Léo rougit. « Je ne comprends pas… je descends doucement, pourtant ! »
Mina pointa ses pieds. « Tu descends doucement, oui. Mais tu plantes tes talons comme si tu voulais clouer le pont. Il faut atterrir comme un chat. »
Léo plissa les yeux. « Comme un chat… Je peux faire apparaître un chat ? »
« Non ! » dit Mina. « Tu dois écouter tes pieds. »
Le miroir ajouta : « Je suis franc : tes pieds n'écoutent personne. Ils font la fête. »
Léo soupira. « Bon. On recommence. »
Ils s'entraînèrent. Petit saut. Respiration. Genoux pliés. Pointes d'abord.
Cette fois, Léo fit seulement “PLOC”.
Le pont, surpris, dit : « Oh… c'était presque agréable. »
Léo leva les bras. « Presque ! Je progresse ! »
Mina sourit. « Encore un peu, et tu seras un vrai ninja des nuages. »
Le miroir gloussa. « Un ninja… avec un chapeau qui mange son visage. »
Chapitre 3 : La farce des miroirs francs
Plus ils avançaient sur le pont, plus il y avait de miroirs. Des petits, des grands, des ronds, des ovales. Ils semblaient pousser comme des champignons après la pluie.
À chaque pas, un miroir lançait une remarque.
« Je suis franc : tes lacets sont un danger public ! »
« Je suis franc : ton chapeau ressemble à une marmite en vacances ! »
« Je suis franc : tu as une plume sur le nez. »
Léo éternua. La baguette éternua aussi. Deux éternuements magiques en même temps, c'est toujours une mauvaise idée.
“ATCHOUM !”
Pouf ! Une série de bulles apparut et se mit à rebondir sur le pont. Les bulles avaient des visages qui riaient.
« Ho ho ho ! » faisaient-elles en se cognant aux planches.
Mina essaya d'en attraper une. Elle éclata et libéra un petit “pouet” de trompette.
« D'accord, » dit-elle en se tenant le ventre de rire, « c'est idiot… mais j'adore. »
Sauf que les bulles se mirent à glisser sous les pieds de Léo.
Il tenta un saut pour ne pas tomber, mais son atterrissage fit “BADA-BOUM”.
Le pont hurla : « Ouille ! Mes planches ont eu peur ! »
Léo se rattrapa aux cordes. Les miroirs se mirent à parler tous ensemble, comme une chorale trop honnête.
« Je suis franc : il panique ! »
« Je suis franc : il a les jambes en spaghetti ! »
« Je suis franc : il a besoin d'aide ! »
Mina attrapa Léo par la manche. « Regarde-moi. Respire. On va le faire ensemble. »
Léo hocha la tête, les yeux un peu mouillés mais toujours malicieux. « Je n'ai pas peur… j'ai juste… beaucoup de nuages dans le ventre. »
Mina lui montra. « On plie les genoux, on pose la pointe, puis le talon doucement. Et surtout, on ne tape pas le pont comme un tambour. »
Le miroir principal, celui du début, ajouta calmement : « Je suis franc : l'entraide, ça marche mieux que les grands gestes. »
Léo se redressa. « Ensemble, alors. »
Ils avancèrent. Mina devant, Léo juste derrière, imitant chaque pas. Les bulles ricanaient, mais leurs rires semblaient moins dangereux quand on marchait à deux.
Léo fit un petit saut… et atterrit en “tic”.
Le pont souffla : « Oh… ça, c'était joli. »
Chapitre 4 : La Tour des Fenêtres et le dernier saut
Au bout du pont, une tour apparut, toute en pierres claires et en vitres scintillantes. Des fenêtres partout : rondes, carrées, en forme de goutte, de losange, et même une en forme de moustache.
Une grande porte grinça et s'ouvrit toute seule, comme si la tour avait hâte de rigoler.
À l'intérieur, une salle immense brillait. Au centre, une seule fenêtre, simple, avec un loquet doré.
Mina chuchota : « C'est celle-là. La fenêtre qui montre les choses cachées. »
Léo s'approcha… mais juste devant la fenêtre, il y avait une petite marche. Une marche minuscule. Le genre de marche qui a l'air inoffensive, mais qui attend son moment de gloire.
Le miroir principal s'était posé dans un coin et déclara : « Je suis franc : c'est maintenant que tu vas faire “BAM” si tu oublies. »
Léo avala sa salive. « C'est juste une marche… »
La marche, elle, ne dit rien. Mais on sentait qu'elle se retenait de rire.
Mina posa une main sur l'épaule de Léo. « Je suis là. Tu sais faire. Tu as déjà fait “tic”. Fais encore mieux. »
Léo regarda ses chaussures. « D'accord, les pieds… on se calme. Pas de fête. »
Sa baguette fit un petit “snif”, comme pour l'encourager.
Léo monta la marche en douceur, comme s'il marchait sur un gâteau fragile. Il posa la pointe, puis le talon… sans un bruit.
Le silence fut si parfait qu'on entendit une bulle, quelque part dehors, faire un minuscule “pouet” jaloux.
Le pont, au loin, cria : « Merci ! Mes planches te saluent ! »
Mina applaudit doucement, pour ne pas casser la magie. « Bravo, Léo. Ninja des nuages confirmé. »
Léo sourit, fier. « J'ai réussi… grâce à toi. »
Le miroir principal ajouta : « Je suis franc : tu peux être fier. Et toi, Mina, tu aides bien. »
Mina rougit. « Merci… je crois. »
Léo tourna le loquet de la fenêtre. Elle s'ouvrit en grinçant gentiment.
Dans la vitre, au lieu de leur reflet, ils virent le pont suspendu, mais en version “heureuse” : les planches riaient, les cordes faisaient des nœuds en forme de cœurs, et les nuages portaient des lunettes.
Puis l'image changea et montra… Léo atterrissant encore et encore, de plus en plus silencieusement, jusqu'à ce que même une souris en pyjama dise : « Chut, il est plus discret que moi ! »
Léo éclata de rire. « Une souris en pyjama ! »
Mina rit aussi. « Ça, c'est vraiment caché. »
Une rafale de vent entra, joua avec les plumes restées dans le chapeau de Léo, puis ressortit en sifflotant comme un facteur pressé.
Léo referma doucement la fenêtre, en faisant attention au loquet. Un petit “clic” satisfait retentit.
Et la fenêtre se referma.