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Histoire sur la diversité 11 à 12 ans Lecture 18 min.

Le prénom qui ouvre les portes

Lina aide son père à maîtriser la prononciation d’un prénom étranger en s’entraînant avec ses amies, et elles apprennent que l’écoute et le respect des noms dévoilent les histoires et la richesse des personnes.

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Trois filles d'environ 13 ans dans une salle du centre culturel aux murs couverts de photos : une fille européenne à peau claire et queue de cheval tient au centre un petit carton annoté, concentrée avec un sourire timide; à sa droite, une fille nord-africaine à peau mate et chignon, assise en fauteuil roulant décoré d'un plaid à fleurs, montre une vidéo sur son téléphone et regarde les autres avec bienveillance; à gauche, une fille afro-caribéenne à peau foncée et cheveux tressés avec des élastiques colorés rit en dessinant une vague sur le carton; elles répètent ensemble la prononciation d'un prénom long écrit sur le carton, bouche en mouvement, gestes d'écoute (tête inclinée, doigt sur le papier), postures chaleureuses et complices, ambiance collaborative, couleurs vives et textures de papier découpé, ombres nettes et bords déchirés, lumière douce et dorée filtrant par une grande fenêtre, table basse en bois clair avec tasses de thé et biscuits et sol en parquet. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 — Une mission dans le cartable

Le lundi matin, la cour du collège sentait la craie humide et les croissants du kiosque d'en face. Lina avançait d'un pas vif, son sac battant contre sa hanche, quand son téléphone vibra.

« Réunion familiale, 18 h, au salon. Important », avait écrit sa mère.

Lina leva les yeux au ciel, mais en souriant un peu. Chez elle, “réunion” pouvait vouloir dire “on choisit une série”, ou “on a une vraie discussion”. Aujourd'hui, avec le mot “important”, ça sonnait plus sérieux.

À la pause, elle rejoignit ses deux meilleures amies sur un banc au soleil : Jade, qui avait toujours un élastique au poignet comme si une coiffure urgente pouvait arriver à tout moment, et Meryem, installée dans son fauteuil roulant, les genoux couverts d'un plaid fin à fleurs. Meryem les salua d'un geste théâtral.

— Je vous annonce que j'ai survécu au contrôle de techno, dit-elle. Applaudissements, s'il vous plaît.

— Clap clap, répondit Jade en faisant semblant de pleurer d'émotion. Tu es une héroïne.

Lina rit, puis se pencha vers elles.

— J'ai une “réunion importante” ce soir. Et vous, vous avez l'air normales, ça m'agace.

— Moi, j'ai une mission de survie : retrouver mon cahier d'anglais, soupira Jade.

— Moi, j'ai rendez-vous au club radio. On enregistre des portraits d'élèves, dit Meryem. Vous devriez venir. On apprend plein de trucs sur les gens… et sur comment les écouter.

Le mot “écouter” resta dans l'air comme une petite cloche. Lina pensa à sa mère et à son air mystérieux.

Le soir, dans le salon, la lumière était douce. Sur la table basse, il y avait du thé à la menthe et des biscuits. Ça, chez les parents de Lina, c'était le signe d'une conversation calme, pas d'une tempête.

Son père s'éclaircit la gorge.

— Lina, tu sais que je travaille à la mairie, au service des relations internationales.

— Oui, tu es… un diplomate, dit-elle, en articulant comme si c'était un costume.

— Exactement. Et vendredi, on accueille une délégation d'une ville partenaire. Je dois présenter quelqu'un… et je veux bien ton aide.

Lina cligna des yeux.

— Mon aide ? Je ne sais même pas repasser une chemise correctement.

Sa mère éclata de rire.

— On ne va pas te demander ça. C'est… une question de prénom.

Son père sortit un petit carton sur lequel était écrit un nom long, élégant, avec des accents qu'on ne voyait pas tous les jours.

— Je dois prononcer ce prénom sans le massacrer. C'est important. La personne s'appelle : « Niamh-Soraya-Esmeralda O'Shaughnessy ».

Lina resta bouche bée.

— On dirait un voyage en train avec beaucoup d'arrêts.

— Et si je me trompe, continua son père, je risque de faire une mauvaise impression. Or, en diplomatie, un prénom bien dit, c'est déjà un geste de respect.

Lina prit le carton, le relut, puis tenta :

— Nia…m… Soraïa… Esme…ralda… Ocha… gnésy ?

Son père fit une grimace honnête.

— Voilà. C'est exactement ce que je veux éviter.

Lina sentit une drôle de chaleur : un mélange de défi et d'envie d'aider.

— D'accord, dit-elle. Je vais m'entraîner. Et… je peux demander à mes amies ?

— Bien sûr, répondit sa mère. À plusieurs, on entend mieux.

Lina rangea le carton dans son cartable comme un secret précieux. Une mission venait de s'y installer, entre son classeur de français et son goûter.

Chapitre 2 — Le prénom qui fait des vagues

Le lendemain, Lina posa le carton sur le banc, entre elle, Jade et Meryem.

— Mesdames, annonça-t-elle, voici notre monstre du jour.

Jade lut, siffla, puis déclara :

— Je propose qu'on l'appelle “Nina”. Ça ira plus vite.

— Justement non, dit Lina. Le but, c'est de le dire comme il faut.

Meryem pencha la tête.

— Un prénom, c'est comme une chanson. Si tu changes les notes, la personne ne se reconnaît plus.

Lina hocha la tête. Elle essayait de se représenter quelqu'un qui entend son prénom tout tordu, comme un miroir qui déforme.

— Bon, on commence par le début, dit Jade en pointant le carton. “Niamh”. Ça se prononce comment ?

— Je ne sais pas, avoua Lina.

Meryem sortit son téléphone.

— Attendez. Je vais chercher. Mais on fait ça proprement : on ne se moque pas, on apprend.

Jade leva deux doigts.

— Promis. Je me moquerai seulement de moi-même.

Meryem trouva une vidéo d'une femme qui disait “Niamh” avec un accent irlandais. Le son était clair, comme une goutte d'eau : “Niv”. Court, doux, surprenant.

— Niv, répéta Lina.

— Niv, tenta Jade, qui le prononça “Nif” et fit une grimace. On dirait le bruit d'un nez bouché.

— C'est pas grave, dit Meryem. On recommence. Écoute bien la fin : ça vibre.

Elles répétèrent plusieurs fois. Le prénom, d'abord étrange, commença à devenir familier, comme un mot qu'on apprivoise.

Puis elles passèrent au reste.

— Soraya, ça va, dit Jade. Esmeralda aussi. Mais “O'Shaughnessy”… là, je cale.

Meryem relança une recherche. Un homme prononça le nom : “O-CHÔN-ssi”. Les syllabes glissaient, un peu comme une pierre plate sur l'eau.

Lina répéta lentement, en marquant les pauses.

— O… chô… nssi.

— O-chon-si, dit Jade.

— O-chô-nssi, corrigea Meryem doucement. Tu as entendu le “ô” plus long ?

Jade plissa les yeux, concentra tout son visage.

— O-chô-nssi. Ah oui. J'ai l'impression de faire du yoga avec ma bouche.

Lina éclata de rire, et Meryem aussi. Ça détendit l'air. Elles notèrent des astuces : un trait sous le “ô”, une flèche au-dessus du “v” de “Niv”, des petits dessins ridicules pour s'en souvenir. Jade dessina une vague sous “O'Shaughnessy”.

— Comme ça, je me rappelle que ça roule.

Meryem ajouta :

— Et on n'oublie pas le plus important : quand on n'est pas sûr, on demande. “Est-ce que je prononce bien ?” C'est une preuve de respect, pas une faiblesse.

Lina rangea le carton, avec des annotations partout.

— Je le dirai à mon père. Il a tendance à vouloir faire comme s'il savait.

— Les adultes, soupira Jade. Ils jouent souvent à “je gère”. Alors qu'on pourrait juste… écouter.

Le mot revint, doux et solide. Écouter. Comme une lampe qu'on allume pour éviter de trébucher.

Chapitre 3 — L'entraînement des trois voix

Mercredi après-midi, elles se retrouvèrent chez Lina pour une “répétition diplomatique”. Le salon sentait la cannelle. Le père de Lina avait posé des feuilles sur la table, comme s'il préparait un discours devant l'ONU.

— Merci d'être là, dit-il avec gravité. Je compte sur vous.

Jade se redressa.

— Monsieur, nous sommes un service public de prononciation. Très sérieux.

Meryem fit tourner doucement les roues de son fauteuil pour se placer face à lui.

— On va faire ça étape par étape. Et surtout, vous allez écouter avant de répéter.

Le père de Lina sourit, un peu nerveux.

Lina lui montra le carton annoté.

— D'abord : “Niamh”. Ça se dit “Niv”.

— Niv, répéta-t-il.

— Bien ! dit Meryem. Encore, mais plus naturel. Comme si vous saluiez quelqu'un.

— Bonjour, Niv.

— Parfait, dit Lina. Ensuite, Soraya.

— Soraya, dit-il sans difficulté.

— Esmeralda, ajouta Jade.

— Esmeralda.

Puis arriva la vague.

— O'Shaughnessy, dit le père de Lina, prudemment. O… cho… nessy ?

Jade se mordit la lèvre pour ne pas rire. Meryem leva la main, calme.

— On reprend. Écoutez : O-chô-nssi. Trois morceaux.

Elle le dit lentement, puis normalement. Le père de Lina ferma les yeux pour mieux entendre.

— O-chô-nssi, répéta-t-il.

Lina tapa doucement dans ses mains.

— Oui ! Ça y est !

Jade fit un bruit de trompette avec sa bouche, très mauvaise trompette, mais ça fit rire tout le monde.

Ils assemblèrent ensuite tout le prénom. La première fois, le père de Lina s'emmêla comme un casque audio dans une poche.

— Niv… Soraya… Esme… Esme… O-chô…

Il soupira.

— C'est long.

Meryem répondit avec une voix douce.

— Long, oui. Mais chaque morceau compte. Imaginez que c'est un collier : si vous perdez une perle, ce n'est plus le même.

Lina observa son père. Il avait l'air concentré, humble. Pas “je gère”. Plutôt “j'apprends”.

— Et si vous vous trompez, dit Lina, vous pouvez dire : “Pardon, je veux bien recommencer. Est-ce que vous pouvez me le redire ?”

Son père hocha la tête, et ses yeux s'adoucirent.

— Tu as raison. Demander, c'est écouter. Et écouter, c'est déjà faire un pas vers l'autre.

Ils répétèrent encore, jusqu'à ce que le prénom sonne fluide, presque musical. Jade inventa même un rythme en tapotant la table : Niv (tap) So-ra-ya (tap-tap-tap) Es-me-ral-da (tap tap tap tap) O-chô-nssi (tap tap tap).

— On dirait un morceau de percussion, dit-elle. Diplomatie version batterie.

Quand les filles partirent, Lina accompagna Meryem jusqu'au portail. Le ciel était rose, calme, comme une page qu'on n'a pas encore écrite.

— Tu sais, dit Lina, je n'avais jamais pensé qu'un prénom pouvait être aussi… important.

— Parce que c'est une porte, répondit Meryem. Si tu frappes bien, on t'ouvre plus facilement.

Lina garda cette phrase pour elle, comme un petit caillou brillant dans une poche.

Chapitre 4 — La rencontre au centre culturel

Vendredi, l'événement eut lieu au centre culturel. Les murs étaient couverts de photos de villes, de ponts, de marchés colorés. Lina avait insisté pour venir, “juste pour regarder”, avait-elle dit. En réalité, elle voulait être là, au cas où le prénom déciderait de faire une pirouette.

Jade et Meryem étaient venues aussi, invitées discrètement par la mère de Lina. Elles se tenaient au fond, près d'une table où des jus de fruits brillaient sous les néons.

Les adultes parlaient en petits groupes. Ça sentait le papier neuf, le café et la laque. Le père de Lina, en chemise repassée (miracle), relisait ses notes. Il inspira profondément.

— Ça va aller, murmura Lina.

— Oui… Niv, souffla-t-il, comme pour s'échauffer.

Une femme entra, entourée de deux personnes. Elle avait des cheveux noirs attachés en chignon, et un regard à la fois doux et très attentif, comme si elle captait les détails que les autres laissent passer. Lina pensa : “Elle écoute, elle aussi.”

Le maire fit signe au père de Lina.

— À toi.

Le père de Lina s'avança. Lina sentit son propre ventre se serrer, comme si elle allait passer à l'oral à sa place.

Il sourit à la femme.

— Bonjour, madame… Niamh-Soraya-Esmeralda O'Shaughnessy.

Le prénom tomba dans la salle comme une pierre parfaitement posée : ni trop forte, ni trop faible. Un silence, puis le visage de la femme s'éclaira.

— Merci, dit-elle en français avec un léger accent. C'est exactement ça.

Le père de Lina eut un petit rire, soulagé.

— J'ai eu de très bonnes professeures.

La femme tourna la tête vers Lina et ses amies, comme si elle avait deviné. Lina rougit un peu. Jade leva la main, comme en classe, et Meryem fit un signe discret.

Plus tard, pendant un moment plus calme, Niamh-Soraya-Esmeralda s'approcha d'elles près de la table des jus.

— Vous êtes les professeures ? demanda-t-elle avec un sourire.

Jade répondit du tac au tac :

— On accepte le paiement en biscuits.

La femme rit franchement, et ce rire-là fit tomber un peu de la raideur de la salle.

— Je m'appelle souvent “Madame O'…” parce que les gens ont peur de se tromper, dit-elle. Mais quand quelqu'un essaie vraiment, je le sens. Et ça me touche.

Meryem demanda, curieuse :

— Votre prénom vient d'où ?

— De plusieurs endroits, répondit-elle. Niamh est irlandais. Soraya, c'est un hommage à une amie de ma mère. Esmeralda, c'était le prénom de ma grand-mère. Mon prénom est un petit album de famille. Et vous ?

Lina échangea un regard avec ses amies. Elles se présentèrent. Jade expliqua que son prénom venait d'un film que ses parents avaient adoré. Meryem raconta que le sien avait une signification en arabe : “Marie” dans une autre musique. Lina dit que son prénom était court, mais qu'elle aimait son son clair, “comme un trait de crayon”.

La femme hocha la tête, attentive, comme si chaque prénom était un cadeau à déplier.

— Vous savez, dit-elle, la diversité, ce n'est pas seulement des drapeaux ou des plats différents. C'est aussi les histoires cachées dans les noms, les accents, les habitudes. Et quand on écoute vraiment, on découvre que personne n'est “normal” : chacun est unique.

Jade souffla à Lina :

— Je crois qu'elle vient de résumer le cours d'EMC en une phrase. Et c'était moins ennuyeux.

Lina étouffa un rire.

Un peu plus loin, un homme prononça mal “O'Shaughnessy”. Il s'arrêta, gêné. La femme lui répondit gentiment :

— Ce n'est pas grave. Vous voulez que je vous le redise ?

L'homme acquiesça, et elle répéta lentement. Il recommença, mieux. Ils sourirent tous les deux. Lina observa la scène : ce n'était pas une correction sèche, mais une petite coopération.

Elle se dit que la paix, parfois, commence par une syllabe.

Chapitre 5 — Une paix qui grandit

Le soir, Lina rentra chez elle avec une fatigue douce, comme après une journée bien remplie. Elle se glissa sous sa couette, tandis que la maison se calmait. Elle entendait au loin la vaisselle, les pas feutrés, un murmure de télé.

Son père frappa à la porte.

— Je peux entrer ?

Il s'assit au bord du lit. Dans la lumière de la lampe, il avait l'air moins “diplomate” et plus “papa”.

— Merci, dit-il. Sans toi, et sans Jade et Meryem, je crois que j'aurais avalé la moitié du prénom.

— Vous vous êtes bien débrouillé, dit Lina. Vous avez écouté.

Il hocha la tête.

— J'ai compris quelque chose aujourd'hui. Quand on prend le temps de demander, de répéter, de vérifier… on montre à l'autre qu'il compte. Et ça change l'ambiance d'une pièce.

Lina repensa au sourire de Niamh-Soraya-Esmeralda.

— Elle a dit que son prénom était un album de famille, murmura Lina. J'aime bien cette idée.

Son père sourit.

— Et toi, qu'est-ce que tu as appris ?

Lina compta sur ses doigts, comme pour ranger ses pensées.

— Que la diversité, ce n'est pas un sujet “loin”. C'est juste… les gens autour. Leurs prénoms, leurs histoires, leurs façons de parler. Que c'est plus riche quand on ne se contente pas de deviner. Et que l'écoute active, ce n'est pas seulement se taire : c'est regarder, demander, recommencer sans se moquer.

Elle marqua une pause.

— Et que Jade ferait n'importe quoi pour des biscuits.

Son père rit doucement.

— C'est une forme de diplomatie, ça aussi.

Il se leva, éteignit la lumière du couloir.

— Bonne nuit, Lina.

— Bonne nuit.

Dans le noir, Lina imagina le prénom long comme un ruban qui relie des endroits différents sans les mélanger, en respectant chaque couleur. Elle pensa à ses amies, à la femme au regard attentif, à son père qui avait osé dire “je ne sais pas, j'apprends”.

Et, quelque part, elle sentit une paix tranquille grandir : une paix faite de petites choses, de syllabes bien posées, de questions gentilles, de rires partagés. Une paix qui ne fait pas de bruit, mais qui rend le monde plus accueillant, une personne à la fois.

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Groupe de personnes envoyées pour représenter un pays ou une ville.
Mairie
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Service des relations internationales
Équipe d’une mairie qui s’occupe des échanges avec d’autres pays ou villes.
Prononciation
Façon de dire un mot pour qu’il soit compris correctement.
écoute active
Écouter quelqu’un vraiment, poser des questions et vérifier qu’on a compris.
Diversité
Présence de personnes ou d’idées différentes dans un même groupe.
Album de famille
Expression pour dire que quelque chose rassemble des souvenirs ou des personnes de la famille.
Répétition diplomatique
Exercice pour s’entraîner à dire ou présenter quelque chose avec soin et respect.

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