Matin doux
Ce matin-là , le soleil se glissa par la fenêtre comme un chat qui a envie de câlins. Rose se réveilla en souriant. Elle avait cinq ans et des idées plein les poches. Aujourd'hui, c'était la fête des mères, et elle avait préparé un plan très sérieux. Elle sortit de son lit en chaussettes à pois, prit son doudou lapin qui s'appelait Biscotte et marcha sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller maman.
Dans la cuisine, l'odeur du pain grillé flottait. Maman lisait un livre avec des lunettes en équilibre sur le nez. Elle leva les yeux et dit en riant :
— Bonjour, petit rayon de soleil !
Rose répondit d'une voix solennelle :
— Bonjour, chef de la maison. Service d'amour commence maintenant.
Maman faillit renverser son thé, mais elle sourit. Rose aimait dire cette phrase avec beaucoup d'importance. Pour elle, « service d'amour » voulait dire tout faire pour que maman se sente aimée aujourd'hui.
Rose avait un plan en trois étapes : un dessin, un petit-déjeuner surprise, et un spectacle de câlins. Elle s'installa à la table, sortit des feutres, du papier brillant et dessina un grand cœur rouge que même Biscotte approuva d'un petit couinement. Elle ajouta des fleurs jaunes et une montagne de bisous dessinés comme des petits soleils.
— Maman, chuchota-t-elle, tu préfères le thé ou le chocolat chaud pour la fête ?
— Le chocolat chaud, dit maman, les yeux pétillants.
Rose courut derrière le comptoir, prit une tasse trop grande pour elle et versa le lait — presque — sans en mettre partout. Biscotte observa la scène, très sérieux.
Le coin lecture et la grande écoute
Après le petit-déjeuner, Rose glissa un coussin moelleux dans le coin lecture du salon. C'était son endroit préféré : une petite cabane faite de couvertures, un fauteuil en velours, des guirlandes de papier et une pile de livres aux couleurs vives. Elle installa maman dans le fauteuil, plaça le dessin sur ses genoux et annonça :
— Maintenant, opération histoire douce.
Maman se laissa tomber dans le fauteuil avec un soupir de bonheur. Rose prit un livre de contes, mais avant de commencer, elle fit une chose que maman n'attendait pas : elle demanda, très sérieusement,
— Maman, qu'est-ce que tu aimes aujourd'hui ?
Maman fut surprise et émue. Elle pensa un instant, regarda Rose et dit :
— J'aime quand tu me regardes, quand tu écoutes quand je raconte une histoire, et quand on fait des bêtises gentilles ensemble.
Rose hocha la tête avec la sagesse d'un petit professeur. L'écoute faisait partie du « service d'amour ». Elle ouvrit le livre et commença à lire. Sa voix était douce, parfois elle inventait des voix rigolotes pour les personnages. Maman riait, puis elle racontait aussi une page ou deux de sa propre histoire. Elles s'écoutaient l'une l'autre, comme deux bulleurs de savon qui flottent au soleil.
Un petit rebondissement arriva : Biscotte, qui s'était endormi sur le gravier de la couverture, fit un grand « snif » et se mit à éternuer en laissant tomber une miette de biscuit sur le nez de maman. Elles éclatèrent de rire. La pièce devint un peu une fête improvisée, avec des petits rires en cascade.
Surprises et improvisations
Après le coin lecture, Rose avait prévu une chasse au trésor. Elle avait caché des mots doux un peu partout : sous la cuillère, dans la boîte à crayons, même dans la montre de papa (mais elle avait oublié de prévenir papa, qui trouva le mot en mettant sa montre et éclata de rire). Chaque mot disait quelque chose de simple : « Tu es belle », « Merci pour les bisous », « Tu es ma meilleure amie ». À chaque découverte, maman posait sa main sur son cœur et ses yeux brillaient.
À mi-chemin de la chasse, un petit imprévu se produisit : il commença à pleuvoir fort dehors, comme si le ciel aussi voulait se joindre à la fête. Les gouttes tambourinaient sur le toit. Maman regarda la fenêtre, puis Rose prit une décision importante :
— Viens, on fait un petit théâtre de pluie !
Elles tirèrent les rideaux, posèrent la grande couverture comme une scène, et imitèrent le son de la pluie avec des petits grelots et des bouteilles vides. Rose inventait des phrases drôles pour la pluie, comme si elle était une dame qui venait chanter :
— “Plic-plac, je lave les chaussettes !”
Maman applaudit, surprise et attendrie par tant d'imagination.
Puis vint le cadeau fait main. Rose avait collé des gommettes, froissé du papier et attaché un ruban un peu de travers. Chaque petit défaut était une preuve d'amour. Maman ouvrit le paquet, froissa le nez en souriant comme une fleur qui s'ouvre au printemps, et dit :
— C'est le plus beau cadeau du monde.
Rose répondit en chuchotant, toute fière :
— C'est parce que je l'ai fait avec mes oreilles et mon cœur. J'ai beaucoup écouté.
La danse des bisous
La journée avançait et le soleil fit une timide apparition. Rose proposa une dernière activité : une mini-danse. Elle prit la main de maman et plaça Biscotte entre elles comme un chef d'orchestre. Elles mirent une chanson qu'elles aimaient, pas trop forte, une musique qui sentait la confiture et les après-midis doux.
Avant de commencer, Rose se pencha, dit très doucement :
— Maman, merci d'écouter mes histoires, même quand elles sont longues. Merci de dire quand je suis drôle, et de me prendre dans tes bras. Service d'amour est fini, mais je peux le recommencer demain.
Maman serra Rose très fort. Dans ce câlin, Rose sentit le cœur de maman battre comme un petit tambour. Elles se regardèrent, et la danse commença.
La mini-danse n'était pas une grande chorégraphie de stars. C'était des petits pas maladroits, des tours où Rose manqua presque de faire tomber Biscotte, des pirouettes qui firent rire maman, et des petits sauts où toutes deux atterrirent sur le tapis en riant. Elles firent une ronde, puis une pose comme des statues rigolotes. À la fin, elles se penchèrent l'une vers l'autre et échangèrent une pluie de bisous comme des confettis.
Maman dit en essuyant une larme de rire :
— Tu es la meilleure organisatrice de bonheur.
Rose, toute rougie, fit une révérence très exagérée :
— Merci, j'accepte le prix du meilleur sourire.
La journée se termina dans la lumière douce du soir. Papa arriva avec un bouquet de fleurs un peu fanées mais pleines d'aventures, et Grand-mère téléphona pour dire qu'elle avait reçu le dessin et qu'il décorerait son miroir. Rose s'endormit plus tard, blottie contre Biscotte, le cœur rempli comme une boîte de chocolats.
Avant de fermer les yeux, elle se rappela une dernière chose importante : écouter, c'était un cadeau aussi précieux que des fleurs. Elle rêva de nouvelles petites inventions pour faire plaisir à ceux qu'elle aimait. Et dans ses rêves, la danse continuait, légère et joyeuse, avec des pas minuscules qui disaient « je t'aime ».
La mini-danse de la fin resta leur secret pour toujours, un petit souvenir qu'elles pouvaient sortir Ă tout moment pour faire briller un jour gris.