Le matin des idées qui pétillent
Lina a six ans. Elle est petite, mais ses idées, elles, sont très grandes. Dans sa tête, elles sautent comme du pop-corn. Elle est une rêveuse… pratique. Ça veut dire qu'elle imagine des choses magiques, puis elle cherche tout de suite comment les faire avec ce qu'elle a dans la maison.
Ce dimanche-là, c'était la fête des mères.
Lina ouvrit un œil, puis l'autre. Le soleil faisait une tache dorée sur le mur, comme un autocollant géant. Elle entendit sa maman bouger dans la cuisine. Alors Lina se glissa hors du lit, en mode chat silencieux (enfin, presque). Son genou fit “toc” contre la chaise. Elle s'arrêta, souffla très fort, et chuchota à son genou :
« Chut, aujourd'hui, c'est une mission. »
Elle avait décidé de faire un cadeau surprise. Pas un truc compliqué. Un truc qui dit “je t'aime” sans avoir besoin de grandes phrases.
Sur la table, elle trouva une feuille blanche, des feutres, et une petite carte avec des cœurs que l'école avait donnée. Elle écrivit lentement, la langue sortie un peu, parce que ça aide :
“Bonne fête Maman. Tu es ma personne préférée de la Terre (et aussi de la Lune).”
Elle ajouta un dessin : une maman qui a des cheveux en soleil et une Lina qui tient un ballon trop gros.
Ensuite, Lina pensa : Une carte, c'est bien. Mais une carte avec des fleurs, c'est mieux.
Elle regarda autour d'elle. Il fallait un vase. Elle en vit un sur une étagère, un petit vase transparent, pas trop haut. Parfait. Elle le prit avec ses deux mains, très sérieuse, comme si c'était un trésor fragile.
Dans la salle de bain, elle ouvrit le robinet tout doucement. L'eau coula en chantant. Lina approcha le vase et le remplit. Enfin… elle essaya.
Plouf. Splash.
Une petite vague sauta par-dessus le bord et mouilla ses chaussettes.
Lina fixa ses pieds. Deux éponges.
Elle murmura :
« Bon. Les fleurs auront un bain avant d'arriver. Ça s'appelle… l'accueil chaleureux. »
Elle essuya un peu avec une serviette, posa le vase d'eau sur le rebord de la baignoire, puis partit chercher des fleurs.
Dans le jardin, il y en avait quelques-unes : deux pâquerettes, un brin de lavande, et une tulipe qui penchait comme si elle faisait la sieste. Lina ne voulait pas tout couper. Elle choisit juste ce qui semblait dire “oui” avec ses pétales.
Elle revint à pas rapides. Mais là, mini-rebondissement numéro un : le vase… avait disparu.
Lina resta figée.
Elle regarda la baignoire. Rien.
Elle regarda le sol. Rien.
Elle regarda la serviette. Toujours là. Mais pas le vase.
Son cœur fit un petit “boum” inquiet, comme un tambour dans un dessin animé.
« Où est passé le vase d'eau…? »
La piste du vase et le quai de gare
Lina suivit des traces invisibles, comme une détective. Elle chercha dans la cuisine, sous la table (au cas où le vase aurait décidé de se cacher, on ne sait jamais), et même dans le panier à linge. Rien.
Puis elle entendit son papa dire, dans l'entrée :
« Ah, ça y est, j'ai le sac. On y va ? »
Lina arriva en courant. Son papa avait son manteau. Sa maman aussi. Et sur la petite console, Lina vit quelque chose qui brilla.
Le vase. Son vase. Avec de l'eau dedans.
Lina ouvrit la bouche, ronde comme un “O”.
Son papa expliqua :
« Je l'ai pris sans faire exprès. Je pensais que c'était… euh… une bouteille très bizarre. »
Lina fronça les sourcils, puis éclata de rire. Une bouteille très bizarre, oui.
Sa maman demanda :
« On va vraiment prendre le train avec un vase ? »
Lina rougit un peu. Elle n'avait pas prévu ça. Mais elle avait une autre idée qui pétillait déjà.
« Oui… parce que… c'est pour plus tard ! »
Sa maman la regarda avec des yeux doux, ceux qui sentent la brioche chaude. Elle ne posa pas de questions. Elle prit la main de Lina. Et ils partirent tous les trois.
Au quai de gare, il y avait des gens, des valises qui roulaient, et des annonces qui faisaient “ding-dong”. L'air sentait le métal et les croissants. Lina tenait le vase contre elle comme un bébé poisson rouge imaginaire.
Mini-rebondissement numéro deux : le train avait du retard.
« Retard de dix minutes », disait une voix.
Dix minutes, c'est long quand on a six ans et un vase qui peut éclabousser.
Lina s'assit sur un banc. Elle posa le vase par terre, entre ses baskets. Elle regarda l'eau dedans. Elle tremblait un peu, comme si elle avait aussi le trac.
Alors Lina eut une idée pratique de rêveuse : elle sortit de sa poche un petit ruban rose. Elle ne savait pas d'où il venait exactement. Peut-être d'un paquet cadeau oublié, ou d'une aventure précédente. Dans sa tête, les rubans apparaissent souvent au bon moment.
Elle fit un nœud autour du vase. Pas très droit, mais très mignon.
Une dame passa et sourit.
« Oh, c'est joli ! »
Lina répondit, très fière :
« C'est un vase voyageur. Il va à une fête. »
La dame rit doucement, comme une clochette.
Enfin, le train arriva avec un grand souffle. Lina monta prudemment. Elle posa le vase sur la petite tablette, entre son papa et sa maman. L'eau fit une micro-vague, mais resta dedans. Bravo, eau.
Dans le train, Lina regarda le paysage filer. Des arbres, des maisons, puis des champs. Elle pensa à sa maman. Elle se demanda comment dire “merci” sans faire un discours de grande personne. Elle n'aimait pas trop les discours. Elle préférait les gestes.
Et puis, il y eut mini-rebondissement numéro trois : un petit garçon, en face, éternua très fort.
Atchoum !
Le courant d'air fit bouger le vase. Lina le rattrapa au dernier moment.
« Ouf ! »
Son papa chuchota :
« Tu as des réflexes de super-héroïne. Super Lina et le Vase Sacré. »
Lina rigola si fort qu'elle dut mettre sa main sur sa bouche.
La surprise douce et le secret gardé
Ils descendirent à leur arrêt et marchèrent jusqu'à une petite maison : celle de Mamie. Mamie avait un jardin plein d'odeurs et un chat qui avait l'air de connaître tous les secrets du monde.
Mamie ouvrit la porte.
« Oh, mes chéris ! »
Lina entra, le vase dans les bras. Et là, tout s'éclaira dans son plan : Mamie avait des fleurs encore plus jolies que dans le jardin de Lina. Des roses pâles, des marguerites, et même des petites fleurs bleues qui semblaient sorties d'un conte.
Lina tira doucement la manche de Mamie et chuchota :
« Mamie… j'ai besoin de fleurs. Mais c'est pour un cadeau. Chut. »
Mamie fit de grands yeux complices.
« Un cadeau ? Pour qui donc ? »
Lina sourit jusqu'aux oreilles.
« Pour Maman. C'est la fête des mères. »
Mamie posa un doigt sur ses lèvres, comme au théâtre.
« Motus et boutons de rose. Je t'aide. »
Dans le jardin, Mamie coupa quelques fleurs, juste ce qu'il fallait. Lina les prit avec un respect énorme, comme si chaque pétale était un petit “je t'aime” plié.
De retour dans la maison, Lina glissa les tiges dans le vase d'eau. Les fleurs se redressèrent, fières, comme si elles se mettaient en tenue de fête.
Puis Lina ajouta sa carte, pliée soigneusement, contre le vase. Elle demanda à Papa de poser le tout sur la table du salon, près du fauteuil où Maman aime s'asseoir.
« Mais elle va le voir tout de suite », souffla Papa.
Lina secoua la tête. Ses yeux brillaient.
« Non. Parce que maintenant… on fait le plan de la couverture. »
Le plan de la couverture, c'était simple : quand Maman irait s'asseoir, Lina lui apporterait un petit chocolat (ou un biscuit, selon ce que Mamie avait), et Maman tournerait la tête au bon moment.
Ils attendirent.
Maman s'assit enfin dans le fauteuil. Elle soupira, un soupir doux, content. Lina arriva avec un biscuit.
« Pour toi, Maman. Parce que c'est… un jour spécial. »
Maman sourit.
« Merci, ma puce. »
Lina fit semblant de regarder ailleurs, puis dit, comme si c'était une idée qui venait de tomber du plafond :
« Oh ! Regarde, là-bas ! Sur la table ! On dirait que… que des fleurs ont atterri. »
Maman tourna la tête.
Elle vit le vase, les fleurs, le ruban, et la carte.
Elle resta silencieuse une seconde. Ses yeux devinrent brillants, comme quand le soleil touche l'eau.
Elle prit la carte, la lut, puis serra Lina contre elle.
« C'est le plus beau cadeau. Tu sais pourquoi ? Parce que tu as pensé à moi. Et parce que tu as mis ton cœur dedans. »
Lina sentit la joue de Maman sur ses cheveux. Ça sentait le savon et la douceur. Lina eut envie de rire et de pleurer en même temps, alors elle choisit un petit rire, plus facile.
« Et aussi… j'ai mouillé mes chaussettes pour ça », avoua-t-elle.
Maman éclata de rire.
« Alors c'est un cadeau très courageux ! »
Tout le monde rit, même Mamie, même le chat (enfin, il cligna des yeux, ce qui est sa façon de rire).
Le soir, quand ils rentrèrent à la maison, Maman posa le vase sur le rebord de la fenêtre. Les fleurs semblaient contentes d'être là.
Lina se glissa dans son lit. Son papa lui demanda :
« Alors, mission réussie ? »
Lina chuchota :
« Oui. Et j'ai un secret. »
« Un secret ? »
Lina sourit dans l'oreiller.
« Le ruban… je l'avais caché depuis une semaine dans ma boîte à trésors, juste pour aujourd'hui. Je n'ai dit à personne. Même pas au chat. »
Papa chuchota :
« Secret bien gardé. »
Lina ferma les yeux, le cœur léger. Dans sa tête, les idées sautaient encore, mais doucement, comme des étoiles qui bâillent. Et elle s'endormit en pensant que les petits gestes, parfois, font les plus grands sourires.