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Conte effrayant 7 à 8 ans Lecture 11 min. (1)

Le tic-tac volé et le secret d'Éli

Trois amies suivent un vent qui murmure un nom jusqu’à une vieille maison où une montre silencieuse, une ombre mystérieuse et un gardien appelé Éli les entraînent dans une quête pour redonner son rythme au temps.

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Quatre personnages dans un vieux salon poussiéreux : Inès, 7 ans, cheveux châtain clair en couette, manteau vert, debout au centre, tient une montre ancienne argentée qu'elle ouvre tandis que l'ombre lumineuse d'Éli, gardien du temps pâle et translucide au fond près d'un grand miroir, tend une petite pièce dorée qui s'insère dans la montre et fait naître un tic-tac; à gauche Maëlys, 7 ans, cheveux bouclés bruns, pull jaune, sourit en tenant une feuille froissée, à droite Zoé, 7 ans, cheveux courts noirs en fauteuil roulant rouge, pose sa main sur le poignet d'Inès; autour, manteau de cheminée en pierre avec une pendule arrêtée, tableaux drapés, rideaux épais, lumière chaude d'une lampe à huile et poussière flottante, ambiance de conte légèrement effrayant mais chaleureuse. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 : Le vent qui murmure un nom

Dans la petite ville de Brumelune, le soir avait une odeur de pluie propre et de feuilles froissées. Les lampadaires semblaient porter des chapeaux jaunes, et les ombres jouaient à se cacher derrière les haies.

Inès, Maëlys et Zoé avaient toutes les trois sept ans, et elles formaient une bande soudée comme un nœud bien fait. Inès avait toujours un carnet dans sa poche, Maëlys riait même quand elle chuchotait, et Zoé roulait doucement sur les pavés avec son fauteuil, comme si les roues connaissaient déjà les chemins.

Ce soir-là, le vent soufflait d'une drôle de façon. Il ne faisait pas seulement “fouu” ou “fiii”. Il ressemblait à un nom.

“Éli… Éli… Éli…” disait-il, en glissant entre les branches.

Maëlys fronça le nez. Ce n'était pas de la vraie peur, plutôt un frisson, comme quand on boit trop vite un verre d'eau froide.

Au même moment, quelque chose cliqueta dans la poche d'Inès. Elle en sortit une montre ancienne, lourde et ronde, trouvée le matin même près du vieux lavoir. Son verre était un peu rayé, et ses aiguilles tremblaient comme deux petites pattes fatiguées.

Mais le plus étrange, c'était le silence. La montre ne faisait plus “tic-tac”. Elle était muette, comme un oiseau qui a oublié sa chanson.

Inès la posa contre son oreille, espérant entendre un battement minuscule. Rien. Juste le souffle du vent, encore: “Éli…”

Zoé pencha la tête. Dans ses yeux, il y avait cette lumière calme qui rassure, comme une veilleuse dans une chambre.

Inès sentit une envie profonde monter en elle, simple et claire: rendre à cette montre son tic-tac régulier. Comme on remet une couverture sur quelqu'un qui grelotte.

Chapitre 2 : La maison aux rideaux immobiles

Les trois filles suivirent le vent jusqu'à la rue des Saules, là où les arbres se courbaient comme des géants fatigués. Au bout, une maison se tenait un peu de travers, mais fière quand même, comme un vieux livre appuyé sur une étagère.

Les rideaux aux fenêtres ne bougeaient pas. Même quand le vent passait. C'était comme si la maison retenait son souffle.

Dans le jardin, une girouette en forme de corbeau grinçait doucement, mais sans méchanceté, juste comme une porte qui bâille.

Maëlys prit une feuille et la fit tourner entre ses doigts. “Si c'est un piège, je propose qu'on rigole très fort, comme ça le piège sera gêné.”

Inès sourit, mais son cœur faisait des bonds. Elle tenait la montre comme un trésor. Plus elles approchaient, plus elle avait l'impression que la montre était triste, un petit cœur sans musique.

Zoé roula jusqu'au portail. Il n'était pas fermé. Il poussa avec un “crrr” timide, comme s'il n'avait pas l'habitude d'être dérangé.

Sur la porte d'entrée, il y avait un heurtoir en forme de main. La main avait l'air froide, mais polie, presque élégante. Inès hésita. Puis elle frappa.

À l'intérieur, quelque chose répondit, pas avec une voix, mais avec un soupir. Un long soupir, comme si la maison disait: “Enfin.”

La porte s'ouvrit toute seule, lentement, et une odeur de poussière sucrée sortit, comme celle d'un vieux grenier où dorment des souvenirs.

Dans le couloir, les tableaux étaient couverts de draps blancs. On aurait dit des fantômes, mais des fantômes très bien rangés.

Le vent se faufila derrière elles, et murmura encore: “Éli…”

Inès serra la montre. “On ne vient pas pour embêter,” pensa-t-elle. “On vient pour aider.”

Chapitre 3 : Le tic-tac volé par l'ombre

Elles avancèrent dans un salon où une pendule géante trônait sur la cheminée. Ses aiguilles étaient arrêtées, elles aussi. Même les horloges semblaient avoir oublié le temps.

Soudain, une ombre glissa sur le mur. Elle ne venait d'aucune lampe. Elle était fine, allongée, comme un ruban noir qui aurait appris à ramper.

Maëlys avala sa salive, puis fit une petite grimace amusante, comme pour dire à l'ombre: “Je te vois, mais tu ne m'impressionnes pas trop.”

L'ombre s'arrêta. Elle ne bondit pas, ne cria pas. Elle tourna plutôt autour d'elles avec curiosité, comme un chat silencieux. Puis elle pointa, d'un coin très sombre, la montre d'Inès.

Inès sentit ses doigts devenir moites. “Pourquoi tu veux ma montre?” pensa-t-elle. Et aussitôt, comme si l'ombre lisait dans sa tête, le vent chuchota plus fort: “Éli… Éli…”

Zoé se rapprocha. Elle n'avait pas besoin de parler beaucoup. Elle posa sa main sur le poignet d'Inès, un geste simple, solide, une petite ancre.

Inès respira. Elle se souvenait de ce que sa grand-mère disait: la confiance, c'est une lampe qu'on allume à l'intérieur. Même si dehors, c'est flou.

L'ombre glissa jusqu'à la pendule géante, et là, un petit détail apparut: au centre du cadran, il manquait une pièce. Un minuscule pendule, la petite langue du temps, celle qui fait “tic-tac”.

Inès comprit. La montre qu'elle tenait semblait “vide” elle aussi, comme si son tic-tac avait été dérobé. Et l'ombre… l'ombre n'avait pas l'air méchante. Plutôt affamée de bruit.

Alors, dans le silence, Inès eut une idée: et si l'ombre n'était pas une voleuse, mais une gardienne qui s'était trompée? Une gardienne qui croyait protéger le tic-tac en le cachant.

Le vent passa, plus doux, presque comme une caresse: “Éli…”

Ce nom ressemblait à une clé.

Chapitre 4 : Éli, le gardien du temps tranquille

Dans un coin du salon, un miroir ancien se mit à frissonner. Pas de façon effrayante, plutôt comme une eau qui fait des ronds. Une silhouette pâle apparut, comme un dessin à la craie. Elle portait un nœud papillon et des chaussures trop grandes.

Son visage n'était pas terrible, pas monstrueux. Juste très sérieux, avec des yeux brillants comme des boutons.

Il n'ouvrit pas vraiment la bouche, mais Inès entendit dans sa tête une petite voix, claire et triste:

“Je m'appelle Éli. J'ai gardé le tic-tac pour que la maison ne s'écroule pas. Quand le temps avance, les souvenirs bougent, et ça me fait peur.”

Maëlys eut un frisson, puis une idée encore plus rapide: elle fit semblant de tenir une tasse imaginaire. “Si les souvenirs bougent, on peut leur offrir du chocolat chaud, non?”

Zoé gloussa doucement. Le sérieux d'Éli sembla se fissurer, comme une vitre qui devient moins froide.

Inès leva la montre. “Elle a besoin de son tic-tac. Et toi, tu as besoin de confiance. On peut faire les deux.”

Elle regarda l'ombre, qui s'était collée au plafond comme une tache d'encre. “Si tu rends ce que tu as pris, on promet de ne pas bousculer tes souvenirs. On avancera doucement. Un tic… un tac… à ton rythme.”

Le vent répéta “Éli” mais cette fois, c'était un nom qui encourage, comme quand on applaudit sans faire trop de bruit.

L'ombre descendit, très lentement. Dans son ventre noir, quelque chose brilla: une minuscule pièce d'or, le petit pendule volé. Elle le déposa au creux de la main d'Inès, avec la délicatesse d'une plume.

Inès posa la pièce dans la montre. Un instant, rien ne se passa.

Puis—comme si un petit animal se réveillait—la montre fit:

“Tic… tac… tic… tac…”

Le son était doux, régulier, comme une marche tranquille sur un chemin de mousse.

Éli soupira, mais cette fois, c'était un soupir de repos. Le salon sembla respirer avec lui. La pendule géante reprit son mouvement, et les rideaux de la maison frémirent enfin, comme s'ils recommençaient à danser.

Chapitre 5 : La nuit qui se termine en berceuse

La maison ne paraissait plus de travers. Elle avait juste l'air vieille, comme une grand-mère qui raconte des histoires.

Les draps sur les tableaux tombèrent d'eux-mêmes. On y vit des visages souriants, des pique-niques, des anniversaires. Les souvenirs n'étaient pas des monstres. Ils étaient des lanternes.

Éli, dans le miroir, semblait plus léger. “Merci,” dit sa voix dans la tête d'Inès. “Je croyais que le silence me protégeait. Mais c'est le tic-tac qui m'apprend que tout peut avancer sans se casser.”

Maëlys chuchota, presque fière: “Tu vois, même une ombre peut avoir besoin d'un câlin… ou d'un chocolat chaud.”

Zoé hocha la tête. Ses roues firent un petit bruit rassurant sur le parquet, un “roum-roum” calme, comme un ronron.

Avant de partir, Inès posa la montre une seconde contre son cœur. Le tic-tac semblait maintenant répondre au vent. Et le vent, lui, ne disait plus “Éli” comme un secret inquiétant. Il le disait comme un prénom d'ami.

Dehors, la nuit était toujours noire, mais elle n'était plus lourde. Elle ressemblait à une couverture douce, avec quelques étoiles cousues dessus.

Sur le chemin du retour, Inès pensa: la confiance, ce n'est pas ne jamais frissonner. C'est avancer même avec un petit frisson, parce qu'on sait qu'on n'est pas seule, et que les choses peuvent retrouver leur rythme.

Et dans leurs pas, dans leurs roues, dans leurs rires retenus, le monde battait tranquillement:

“Tic… tac… tic… tac…”

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Haies
Des rangées de buissons plantées pour marquer un jardin ou une limite.
Lavoir
Un endroit où l'on lavait les vêtements autrefois, souvent près d'une rivière.
Aiguilles
Les petites tiges qui montrent l'heure sur une montre ou une horloge.
Tic-tac
Le son régulier que fait une montre ou une horloge pour marquer le temps.
Girouette
Une petite sculpture sur un toit qui tourne selon le sens du vent.
Heurtoir
Une pièce de métal sur une porte qu'on frappe pour annoncer sa venue.
Pendule géante
Une très grande horloge qui tient souvent sur une cheminée ou un mur.
Cadran
La surface d'une montre ou d'une horloge où sont les chiffres et les aiguilles.
Grenier
La pièce sous le toit d'une maison où l'on range les objets anciens.
Silhouette
La forme sombre et reconnaissable d'une personne ou d'un objet vu de loin.
Nœud papillon
Un petit ruban attaché autour du cou, souvent porté pour être élégant.

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