Le matin de Léo
Léo a trois ans.
Ce matin, il ouvre les yeux dans son petit lit bleu.
Le soleil entre par la fenĂŞtre et fait des dessins sur le mur.
Léo se frotte les yeux.
Il serre fort son doudou lapin contre lui.
Son doudou s'appelle Grisou.
« Bonjour, Grisou », chuchote Léo.
Il sent son ventre un peu serré, comme un petit nœud.
Maman arrive doucement dans la chambre.
Elle sourit et parle avec une voix très douce.
« Bonjour, mon Léo. Bien dormi ? »
Léo hoche la tête et se cache un peu derrière Grisou.
« Aujourd'hui, on va au parc, tu te souviens ? » demande Maman.
Léo se souvient.
Au parc, il y a des enfants.
Parfois, les enfants le regardent, et Léo n'ose pas regarder leurs yeux.
Il baisse les yeux vers ses pieds.
Son cœur fait « boum boum » un peu plus fort.
Il sent la timidité, cette émotion qui le fait tout petit à l'intérieur.
Maman s'assoit sur le lit.
Elle pose sa main chaude sur le dos de Léo.
« Tu as un petit nœud dans le ventre ? »
Léo fait oui avec la tête.
« Tu peux me dire, mon cœur. »
Léo parle tout doucement.
« Quand les enfants me regardent… mes yeux veulent se cacher. Mes yeux veulent regarder mes chaussures. »
Maman sourit encore, un sourire tranquille.
« Tu sais, Léo, tes yeux sont comme deux petites fenêtres.
Quand tu regardes quelqu'un dans les yeux, c'est comme si tu ouvrais les fenêtres pour dire “bonjour”.
Pas besoin de les laisser ouvertes longtemps. Juste un petit moment. »
Léo réfléchit.
Il regarde Grisou dans les yeux.
C'est facile avec Grisou.
« Avec Grisou, mes fenêtres sont grandes ouvertes », dit-il.
Maman rit doucement.
« On va s'habiller, et on va essayer, d'accord ? On va faire un petit jeu avec tes yeux-fenêtres. »
Le jeu des yeux-fenĂŞtres
Au parc, il y a des arbres verts, des fleurs et le toboggan rouge.
On entend les oiseaux et les rires des enfants.
Léo tient la main de Maman très fort.
Dans l'autre main, il tient Grisou.
« On va faire le jeu des yeux-fenêtres », dit Maman.
« Regarde-moi un tout petit moment dans les yeux, juste jusqu'à ce que je dise “clac”. »
Léo lève la tête.
Il voit les yeux doux de Maman.
Il les regarde, un tout petit moment.
« Clac ! » fait Maman avec sa bouche, comme une petite porte qui se ferme.
Léo rit.
« Encore ! »
Ils recommencent.
Léo regarde les yeux de Maman.
« Clac ! » fait Maman.
Puis ils éclatent de rire.
« Tu vois ? » dit Maman.
« Tu as ouvert tes fenêtres, puis tu les as refermées. Tu peux faire pareil avec les autres, juste un tout petit moment. »
Un petit garçon avec un ballon bleu s'approche.
Il a presque le même âge que Léo.
« Tu veux jouer au ballon ? » demande le garçon.
Sa voix est gentille.
Léo sent le petit nœud dans son ventre.
Il regarde ses chaussures.
Ses doigts serrent Grisou très fort.
Maman se penche Ă son oreille.
« Rappelle-toi, Léo, juste une petite fenêtre.
Regarde ses yeux jusqu'à ce que je dise “clac” dans ma tête.
Moi, je serai là . »
Léo inspire doucement.
Il lève un tout petit peu la tête.
Il voit le ballon bleu.
Puis il voit les yeux du garçon.
Les yeux du garçon sont ronds et curieux.
Léo les regarde.
Un… deux…
Dans la tête de Léo, il entend « clac ».
Il baisse les yeux.
Le garçon sourit.
« Tu veux jouer ? » répète-t-il.
« Je m'appelle Sami. »
Léo murmure.
« Moi, c'est Léo. »
Maman fait un petit signe discret avec le pouce, pour dire « bravo ».
Léo sent quelque chose de chaud dans sa poitrine, comme un petit soleil.
Ils commencent Ă jouer au ballon.
Le ballon roule dans l'herbe.
Parfois, Sami rit très fort.
Parfois, Léo rit aussi, et il oublie un peu le nœud dans son ventre.
Un moment, le ballon se bloque sous un banc.
Sami regarde Léo.
« On le cherche ensemble ? » demande-t-il.
Léo lève la tête.
Cette fois, il regarde les yeux de Sami tout seul.
Un… deux…
Clac, dans sa tĂŞte.
Puis il sourit.
« Oui, on le cherche ensemble », répond Léo.
La discussion du soir
Le soir, Ă la maison, le ciel devient orange et rose.
Léo est dans son bain.
L'eau est chaude.
Il fait flotter Grisou sur l'eau.
Maman s'assoit sur le petit tabouret.
« Alors, mon Léo, comment s'est passée ta journée ? »
Léo pense au ballon bleu, aux rires, au banc, et aux yeux de Sami.
« J'avais un nœud dans mon ventre au parc », dit-il.
« Je n'osais pas regarder.
Mais… j'ai ouvert un peu mes fenêtres. Comme tu as dit. »
« Et comment tu t'es senti après ? » demande Maman.
Léo cherche ses mots.
Il souffle sur l'eau, qui fait des petites vagues.
« Mon nœud est devenu… plus petit.
Et dans ma poitrine, c'était chaud.
Comme un câlin à l'intérieur. »
Maman hoche la tĂŞte.
« Tu sais, la timidité, c'est une émotion gentille.
Elle veut te protéger.
Elle te dit : “Doucement, doucement, prends ton temps.”
C'est normal de la sentir.
Mais toi, tu as trouvé un petit truc pour avancer quand même.
Tes yeux-fenêtres. »
Léo sourit.
Il regarde Maman dans les yeux, un peu plus longtemps.
Un… deux… trois…
Clac, dans sa tĂŞte.
Mais cette fois, il garde les fenĂŞtres un peu ouvertes.
« Quand je te regarde dans les yeux, je me sens bien », dit-il.
« Moi aussi, je me sens bien », répond Maman.
« Et tu sais quoi ?
Tu peux dire aux autres si tu es timide.
Tu peux dire : “Je suis un peu timide, je regarde doucement.”
Les gens gentils comprennent. »
Léo réfléchit.
« Je peux le dire à Sami ? »
« Oui », dit Maman.
« Tu peux le dire à Sami, à Papa, à moi, à la maîtresse…
Et moi, je serai toujours là pour t'aider à ouvrir tes fenêtres, un petit peu, pas trop vite. »
Après le bain, Léo met son pyjama doux.
Ils s'installent dans le lit bleu.
Maman se couche à côté de lui.
La chambre est calme.
On entend juste un petit bruit de voiture au loin.
La lampe fait une lumière très douce.
« Maman ? » murmure Léo.
« Oui, mon cœur ? »
« Aujourd'hui, j'ai eu peur de regarder.
Mais tu m'as aidé.
Et Sami aussi.
Je suis content dans mon ventre maintenant. »
Maman le serre dans ses bras.
« Merci de me dire ce que tu ressens, Léo.
Ton cœur est très doux.
Quand tu as un nœud, on peut le regarder ensemble.
On peut lui parler doucement, comme à un petit animal qui a peur. »
Léo ferme les yeux.
Il imagine son nœud comme une petite souris qui tremble.
Dans sa tĂŞte, il lui dit :
« C'est bon, petite souris.
On va doucement.
On ouvre un tout petit peu les fenêtres. »
Maman dépose un baiser sur son front.
« Tu as fait un grand pas aujourd'hui », chuchote-t-elle.
« Tu as été gentil avec toi-même… et avec Sami.
C'est ça, avoir un grand cœur. »
Léo baille.
Son corps devient lourd et tranquille.
Il garde Grisou tout près.
Dans le noir doux de la chambre, il pense Ă demain.
Peut-ĂŞtre qu'il ouvrira encore un peu ses fenĂŞtres.
Pas trop, juste comme il veut.
Son ventre est calme.
Sa poitrine est chaude.
Il se sent aimé, tout entier, avec sa timidité, ses peurs et son petit soleil à l'intérieur.
Et, tout doucement, Léo s'endort.