Ce matin-là, dans le village des animaux, l'air sentait la confiture de fraise et les crêpes toutes chaudes. On entendait déjà la musique au loin : tam-tam, flûte, et “la-la-la” qui sautait comme une balle. C'était le jour du carnaval.
Lila la petite lapine ouvrit grand ses yeux ronds. Sur la table, il y avait des rubans, des boutons, des plumes, et même un vieux chapeau tout mou. Lila remua son petit nez. Elle voulait un costume original, un costume qui ferait rire, un costume qui ferait danser.
“Je veux être… une étoile !” dit Lila.
Puis elle pensa : “Non… une étoile, c'est joli, mais tout le monde peut mettre des étoiles.”
Elle tapa doucement de la patte sur la table. “Je veux être quelque chose de magique et rigolo. Quelque chose qu'on n'a jamais vu.”
Dehors, les voisins passaient en chantant. Monsieur Ours portait un gros nœud papillon. Madame Tortue avait un chapeau de fleurs. Et Petit Renard sautillait avec une cape qui brillait.
Lila sortit dans la cour avec son panier. “Je vais trouver des idées !” dit-elle.
Sur le chemin, les fanions colorés faisaient “flap-flap” au-dessus de sa tête. Les tambours faisaient “boum-boum” et son cœur faisait pareil. Lila souriait. Elle regardait partout, partout.
Elle arriva près de la rivière. Là, Canardou le canard lissait ses plumes devant un miroir d'eau.
“Bonjour, Lila ! Tu vas au carnaval ?” demanda Canardou.
“Oui ! Mais je n'ai pas de costume. Je veux un costume très original,” répondit Lila.
Canardou fit une petite révérence. “Moi, je suis un prince des flaques ! Regarde : une couronne de roseaux !”
Lila rit. “C'est drôle ! Tu as une idée pour moi ?”
Canardou réfléchit. “Tu aimes l'eau ?”
“J'aime l'eau… mais j'aime surtout les couleurs !”
“Alors cherche ce qui brille,” dit Canardou. “Le carnaval aime ce qui brille.”
Lila reprit sa route. Elle passa devant la boulangerie. Ça sentait la vanille. Dans la vitrine, des petits gâteaux avaient des paillettes de sucre.
“Ça brille !” murmura Lila. “Mais je ne peux pas me déguiser en gâteau… quoique…”
Au coin de la place, un orchestre d'animaux répétait. Les souris jouaient du violon, les grenouilles tapaient sur des casseroles, et un coq chantait très fort. La musique tournait comme un manège.
Lila s'approcha. “Bonjour !”
“Bonjour, petite lapine !” dit la chef, une grande chatte avec des moustaches en forme de sourire. “Tu danses ?”
Lila fit deux pas, puis trois. “Je danse, oui… mais je cherche surtout un costume.”
La chatte cligna des yeux. “Un costume ? Pour danser, il faut un costume qui bouge ! Un costume qui fait ‘frou-frou'.”
“Frou-frou…” répéta Lila. Ça sonnait bien.
Lila regarda sa petite queue blanche. Elle pensa à un costume qui bouge, qui brille, qui fait rire. Elle imagina des rubans qui tournent, des plumes qui chatouillent, et des clochettes qui font “ding-ding”.
Alors elle eut une idée. Une idée qui pétillait comme de la limonade.
Elle courut chez elle. Ses oreilles sautillaient. “Je sais ! Je sais !”
Dans la maison, elle étala tout sur le tapis : rubans, boutons, plumes, chapeau mou. Elle ajouta des choses trouvées en chemin : deux feuilles dorées, un petit grelot, et un bout de tissu bleu ciel que Maman Lapine avait dans une boîte.
Maman Lapine entra, douce comme un nuage. “Tu as l'air pressée, Lila.”
“Je prépare mon costume !” dit Lila. “Je vais être… une COMÈTE DU CARNAVAL !”
“Une comète ?” sourit Maman. “Quelle jolie idée.”
Lila hocha la tête. “Une comète qui danse ! Avec une queue qui bouge et qui brille.”
Maman Lapine l'aida un tout petit peu : elle fit un nœud solide, et elle montra comment accrocher le grelot sans qu'il tombe. Lila, elle, choisit les couleurs. Rouge, jaune, bleu, vert. Beaucoup de couleurs.
D'abord, Lila mit le chapeau mou. Elle le décora avec les feuilles dorées, comme deux petites ailes.
Ensuite, elle attacha un grand ruban derrière, très long, qui flottait comme une rivière.
Puis elle ajouta des plumes au bout du ruban.
Et enfin, le grelot, juste au milieu. “Ding-ding !” fit-il quand Lila bougea.
Lila se regarda dans le miroir. Elle tourna sur elle-même.
“Frou-frou ! Ding-ding !” fit le costume.
Lila éclata de rire. “Je suis une comète ! Une comète qui fait de la musique !”
Quand elle arriva à la fête, la place était pleine de couleurs. Il y avait des confettis au sol, des bulles dans l'air, et des lanternes qui dansaient au-dessus des têtes. Les animaux tournaient, tournaient, comme une grande ronde.
Petit Renard s'arrêta net. “Oh ! Lila ! Tu es… wahou !”
Monsieur Ours applaudit doucement. “Bravo, petite comète.”
Canardou fit “coin-coin” d'admiration. “Ça brille ! Et ça bouge !”
La chef chatte sourit. “Et ça fait ‘frou-frou'. Parfait pour danser.”
La musique commença, plus joyeuse encore. “Boum-boum, la-la-la !”
Lila entra dans la ronde. Elle levait les pattes, elle tournait, elle sautillait. Sa queue de rubans dessinait des arcs de couleurs. Les plumes chatouillaient l'air. Le grelot répondait : “ding-ding, ding-ding”.
Les autres animaux se mirent à suivre Lila. Tout le monde voulait faire une petite trace de couleur, un petit “frou-frou” de joie. On aurait dit un ciel rempli de comètes gentilles.
Et puis, au milieu de la danse, la chef chatte annonça : “Surprise du carnaval !”
Des amis oiseaux lâchèrent doucement des confettis en forme d'étoiles. Des étoiles qui tombaient lentement, comme une pluie douce.
Lila leva la tête. Une étoile de papier se posa sur son nez.
Elle chuchota : “Bonjour, petite étoile.”
Elle éternua un tout petit peu. “Atchoum !”
Tout le monde rit, mais d'un rire tendre, comme un câlin.
Quand le soleil commença à se coucher, la musique devint plus douce. Les lanternes brillaient comme des lucioles. Les animaux s'assirent, fatigués et heureux, avec des jus de fruits et des biscuits.
Maman Lapine rejoignit Lila. “Alors, ma comète, tu as aimé ?”
Lila se blottit contre elle. “Oui… J'ai dansé, j'ai brillé, et mon grelot a chanté.”
Maman caressa son oreille. “Ton costume était vraiment original.”
Lila sourit, les yeux mi-clos. “Je crois que le carnaval, c'est quand on met de la joie sur soi… et qu'on la partage.”
Dans la nuit calme, Lila rentra à la maison. Son ruban traînait doucement derrière elle, comme une petite traîne de rêve. Avant de dormir, elle accrocha son chapeau près du lit.
“À demain, ma comète,” murmura Maman.
Et Lila s'endormit en pensant aux tambours, aux confettis, aux “frou-frou” et aux “ding-ding”, le cœur tout léger, comme une petite étoile qui danse.