Il était une fois une princesse qui avait une mission très sérieuse : s'entraîner au « merci » princier. Elle s'appelait Lili-Cerise, parce que ses rires faisaient pétiller les jardins comme des confettis et parce qu'elle aimait les tartes au sucre avec une pointe de sel — ce qui faisait toujours rire les oiseaux.
Chapitre 1 — Leçon de merci
Lili-Cerise se tenait droite comme une baguette de pain chaude dans la grande salle aux tapis qui ronronnaient. Sa gouvernante, Mme Moustifleur, portait des lunettes en forme de moulin à vent et tenait un carnet où était inscrit « Merci-pratique ».
« Quand quelqu'un t'offre une plume dorée, tu dis « merci » d'une voix claire, » dit Mme Moustifleur en agitant une plume qui clignotait comme une luciole timide. Lili-Cerise répéta : « Merci. » Elle fit une révérence qui ressemblait davantage à un saut de grenouille polie. Tout le monde applaudit — même le tapis ronronna plus fort.
Mais la princesse avait une autre idée : si elle devait dire merci à tout, pourquoi ne pas le pratiquer partout ? Alors elle commença, dans le château et hors du château, à distribuer des mercis comme on distribue des biscuits : avec joie, parfois trop vite, parfois à contretemps.
Un oiseau porte-lettres lui apporta une lettre parfumée. Elle lança son « merci » avant d'écouter que la lettre disait : « Cher oiseau, pourrais-tu m'apporter une brosse à bulles ? » L'oiseau repartit un peu confus, et Lili-Cerise se retrouva sans la brosse et avec un doute qui chatouillait son oreille gauche.
Chapitre 2 — La colline aux moulins nuages
On parla alors d'une colline où les moulins ne tournaient pas avec le vent, mais avec les rires. La colline aux moulins nuages était un endroit où les nuages avaient des manches et où chaque moulin moulinait des idées farfelues pour la météo. Lili-Cerise sauta dans sa barque volante à rayures et prit la route, décidée à dire merci aux moulins-sourires.
Sur la colline, un moulin nommé Mr. Tourni-Tagada s'arrêta en plein milieu d'une blague. « Donne-moi un merci pour cet arc-en-ciel en sucre ? » demanda-t-il en inclinant ses ailes. Lili-Cerise ouvrit la bouche : « Merci ! » Mais avant que le moulin termine, elle lança un autre « merci » à un nuage qui faisait des figures — et oh ! Le nuage, vexé d'être remercié sans être entendu, se gonfla et cracha une pluie de confettis collants.
Les confettis collants empêchèrent Mr. Tourni-Tagada de finir sa blague, et le moulin se mit à tousser des petits éclats de musique. Tout le monde s'arrêta : la colline tenue en haleine. Lili-Cerise réalisa qu'elle avait dit merci trop vite, sans écouter. Elle s'assit sur une pierre moelleuse, écouta le cliquetis des ailes, les soupirs des nuages, les fredonnements des herbes, et pour la première fois dit « merci » en regardant et en écoutant vraiment. Le moulin reprit sa chanson, le nuage sourit, et la colline chanta.
Chapitre 3 — L'affaire de la chaussure parlante
En redescendant, une chaussure parlante fit la moue devant la porte du château. « On m'a laissée ici ! » grogna la chaussure. On l'avait posée par erreur près du bassin à poissons-pianos. Les poissons jouaient des airs en boucle et la chaussure ne supportait pas la chanson du matin.
Lili-Cerise voulut dire aussitôt « merci » pour la chaussure d'avoir attendu patiemment, mais elle se souvint de la colline : d'abord écouter. Elle demanda : « Qui t'a laissée ? » La chaussure raconta une histoire pleine de trous et d'aventures, de courses sous la pluie en sucre et de danses avec des fourmis accordéon. Lili-Cerise écouta chaque mot, sans interrompre, en hochant la tête comme un petit drapeau attentif.
Puis elle proposa : « Veux-tu que je te rende à ton pied ? » La chaussure applaudit (les chaussures applaudissaient avec leurs lacets). Lili-Cerise trouva le pied familier dans le parc des statues qui dansent, rendit la chaussure et dit, avec une voix douce et précise : « Merci d'avoir attendu. » La chaussure chuchota un soupir de soulagement et le bassin laissa échapper une note si belle que même la lune fit la révérence.
Chapitre 4 — La boîte à gadgets rangée
Lili-Cerise avait maintenant compris : dire merci c'était bien, mais dire merci après avoir écouté, c'était mieux. Elle revint au château, où les habitants l'attendaient pour la grande fête du « Merci-pratique ». Mme Moustifleur lui tendit la boîte à gadgets du royaume — une boîte assez grande pour contenir des sourires, des idées, des flûtes-escargot et des parapluies perdus.
La boîte avait l'air triste : ses gadgets étaient éparpillés et faisaient chacun leur petit numéro en cherchant leur propriétaire. Lili-Cerise demanda : « Qui a besoin de quoi ? » Elle écouta : une clochette voulait retrouver sa sœur la sonnette, une loupe souhaitait voir le monde de plus près, et un petit nuage de poche désirait aller chez un pêcheur de rêves.
Avec attention, Lili-Cerise prit chaque gadget, le remit à sa place, et, avant de fermer le couvercle, dit un merci à la boîte — mais pas un merci rapide. Elle posa sa main, écouta les murmures des ressorts, le soupir des rubans, et chuchota : « Merci de garder nos surprises. » La boîte se sentit aimée et se referma doucement, comme un chat fatigué.
Le château applaudit, mais cette fois pas de tapis qui ronronne trop fort : juste des mains, des yeux étincelants et un silence content. Lili-Cerise fit sa révérence, plus douce qu'un baiser sur la joue. Elle avait appris que l'écoute transforme un merci en cadeau.
La fête continua, avec des tartes qui jonglaient et des lampions qui racontaient des blagues. À la fin, Lili-Cerise rangea sa petite liste de « merci-pratique » dans la boîte désormais calme et heureuse. Elle souffla une dernière fois, prit une profonde inspiration qui sentait la lavande et les bons mots, puis rangea la boîte à gadgets dans un coffre en bois chantant, derrière la porte du grenier du cœur du château.
Et puisque l'écoute avait ouvert tant de portes, la princesse se coucha en rêvant de moulins qui riaient et de nuages polis. Dans son sommeil, elle répondit enfin à un rêve qui lui disait merci — et elle sourit en l'entendant, parce qu'elle avait appris à entendre.