Début : Le sac de sport de Lina
Lina a six ans. Elle aime regarder avant d'agir. Quand la maîtresse dit : « On va au sport », Lina serre la bretelle de son petit sac bleu. Dans son ventre, ça chatouille un peu, comme des bulles.
Dans le couloir, on entend des baskets qui grincent. Les enfants entrent dans les vestiaires. Ça sent le savon et le tissu propre. Il y a des bancs, des crochets, et des sacs qui font des bosses.
Lina s'assoit doucement. Elle enlève ses chaussures avec soin, puis ses chaussettes roulées en boule. À côté d'elle, Malo parle fort.
— Moi, je serai le capitaine au ballon ! Les capitaines, c'est les garçons !
Plus loin, Inès dit :
— Et moi, je prends les rubans pour la danse. Les rubans, c'est pour les filles.
Lina écoute. Elle n'aime pas quand on décide pour tout le monde. Elle pense à son jeu préféré dans la cour : jouer à « l'aventure ». Parfois, elle est exploratrice, parfois médecin, parfois mécanicienne. Elle aime changer.
Aujourd'hui, dans le cours de sport, la maîtresse a annoncé : « On fera un parcours et ensuite un petit match. Chacun aura un rôle. »
Lina relève la tête. Un rôle… Elle a une idée, mais elle hésite. Elle est prudente, alors elle souffle doucement et regarde les autres.
Près des casiers, il y a Sam. Sam a les cheveux courts et un t-shirt vert. Sam ne parle pas beaucoup, mais Sam sourit souvent. Lina aime bien ce sourire-là. Il est calme.
Lina serre son sac, puis dit à voix basse :
— Moi… j'aimerais être capitaine aujourd'hui.
Elle se surprend elle-même. Son cœur fait boum, boum, boum.
Milieu : Une petite phrase qui pique
Malo s'arrête de parler. Il regarde Lina, puis rit un peu.
— Mais Lina, t'es une fille. Une fille, ça fait plutôt la danse, non ?
Inès fronce le nez.
— Oui, et puis capitaine, ça donne des ordres. C'est dur.
La phrase de Malo pique comme un petit caillou dans la chaussure. Lina baisse les yeux. Elle pense : « Je suis peut-être trop petite. Peut-être que je vais me tromper. » Elle a envie de cacher son idée dans son sac.
Sam s'approche et demande doucement :
— Pourquoi ça serait seulement pour les garçons ?
La question est simple. Elle fait comme une lumière dans le vestiaire.
La maîtresse, qui range des plots dans un grand panier, entend la discussion. Elle vient près du banc.
— Qu'est-ce qui se passe ?
Malo hausse les épaules.
— Lina veut être capitaine.
La maîtresse sourit.
— Et alors ? Tout le monde peut être capitaine. On peut essayer, apprendre, changer. Un rôle, ça ne dépend pas d'être fille, garçon, ou autre. Ça dépend d'avoir envie et de faire de son mieux.
Lina relève un peu la tête. La maîtresse continue :
— Dans le sport, on a besoin de personnes qui encouragent, qui observent, qui écoutent. Lina, tu es prudente, tu fais attention aux autres. Ça peut être une force pour guider une équipe.
Malo regarde ses lacets.
— Moi je croyais que capitaine, c'était juste… crier.
— Un bon capitaine, répond la maîtresse, ça parle avec respect.
Lina respire. Elle se tourne vers Inès.
— Et toi, si tu veux, tu peux aussi être capitaine un jour. Et si Malo veut les rubans, il peut essayer.
Inès ouvre de grands yeux.
— Malo avec des rubans ?
Malo rougit.
— Ben… je sais pas.
Sam rit, pas fort.
— Les rubans, ça peut aider pour s'entraîner à bouger vite.
À ce moment-là, un petit rebondissement arrive : un crochet lâche, et le sac de Malo tombe. Une gourde roule et fait « clac clac » sur le sol. Malo se fige, embêté.
Lina se lève tout de suite, sans courir. Elle ramasse la gourde et la tend à Malo.
— Tiens. C'est pas grave. Ça arrive.
Malo souffle.
— Merci.
La maîtresse dit :
— On y va. Dans la salle, on choisira les rôles en tirant des cartes. Comme ça, on teste et on découvre.
Dans la salle de sport, il y a des cerceaux de couleurs, des plots, et des ballons qui brillent un peu sous les lumières. Lina tire une carte : « Capitaine du parcours ». Son cœur saute, mais elle reste calme.
— D'accord, dit Lina. On commence par le cerceau jaune. Puis on saute par-dessus les plots rouges. Après, on marche doucement sur la ligne bleue, sans se pousser.
Elle parle avec une voix claire, pas trop forte.
Malo essaie. Il rate un plot, puis recommence. Inès tombe assise en riant, puis se relève. Sam regarde bien le chemin et aide un camarade à ne pas glisser.
La maîtresse applaudit.
— Belle équipe ! Et Lina, tu as bien guidé : tu as observé, tu as encouragé, tu as expliqué.
Quand vient le petit match, c'est Sam qui tire « Gardien ». Sam hésite.
— On dit souvent que les gardiens, c'est les garçons…
La maîtresse répond :
— On dit beaucoup de choses. Mais on peut choisir ce qui est juste et gentil.
Sam met les gants. Sam arrête un ballon, puis deux. Les enfants crient :
— Bravo, Sam !
Sam sourit très grand.
Malo, lui, attrape une carte « Danse des échauffements ». Il fait une grimace.
— Je vais être nul.
Lina dit :
— On peut apprendre. Je peux te montrer un pas simple.
Alors Lina montre un pas : un, deux, bras en l'air, tourner. Malo essaye. Il rigole.
— En fait, c'est marrant.
Fin : Des mots qui font du bien
De retour dans les vestiaires, les joues sont roses et les cheveux un peu mouillés. Lina remet ses chaussettes doucement. Elle se sent plus grande à l'intérieur, comme si elle avait gagné une petite lumière.
Malo s'assoit à côté d'elle.
— Lina… je crois que j'ai dit une phrase pas gentille.
Lina le regarde.
— Ça m'a piqué. Mais tu peux apprendre.
Malo hoche la tête.
— Pardon. Tu as été une bonne capitaine.
Inès s'approche aussi.
— Et moi, je croyais que c'était dur, mais… tu as parlé calmement. J'aimerais essayer une autre fois.
Sam ajoute :
— On peut être qui on veut, tant qu'on respecte.
La maîtresse vient avec une feuille et un feutre. Elle dit :
— Parfois, des phrases blessent sans qu'on s'en rende compte. On peut les remplacer par des phrases qui aident. On va faire une liste pour la classe.
Les enfants proposent, et la maîtresse écrit. Lina lit à voix haute, lentement, comme une petite promesse pour demain :
— « Tout le monde peut essayer. »
— « Tu as le droit d'aimer ça, même si ce n'est pas ce qu'on attend. »
— « On peut changer d'avis et apprendre. »
— « Je te respecte, même si tu es différent. »
— « Fille, garçon, ou comme tu te sens : tu as ta place. »
— « On joue ensemble, on s'écoute, on s'encourage. »
— « Tu peux être capitaine si tu veux et si tu fais de ton mieux. »
— « Tes idées sont importantes. »
— « Si j'ai dit quelque chose de blessant, je peux m'excuser et faire mieux. »
— « Être soi-même, c'est courageux. »
Lina range sa feuille dans son sac bleu. Sur le chemin du retour, elle marche doucement. Les bulles dans son ventre sont encore là, mais elles sont joyeuses maintenant. Elle pense : « Je peux être prudente… et oser aussi. »