Lina était une femme astronaute. Elle avait un sourire doux. Et des mains calmes. Elle vivait dans un futur très loin d'aujourd'hui, avec des vaisseaux qui glissent sans bruit dans le ciel noir.
Ce matin-là, Lina entra dans son petit vaisseau rond, comme une bulle. Il s'appelait Plume. Plume avait une lumière bleue sur le tableau de bord. Et une voix gentille.
« Bonjour, Lina », dit Plume.
« Bonjour, Plume », répondit Lina.
Lina mit sa combinaison. Elle n'était pas lourde. Elle était souple, comme un pyjama de travail. Elle ferma la fermeture, puis elle toucha son badge.
« Mission du jour », dit Plume. « Déployer une balise. »
« Oui », dit Lina. « Une balise pour dire : ici, c'est sûr. Ici, on peut passer. »
Sur une étagère, il y avait une petite boîte. À l'intérieur, la balise dormait. Elle ressemblait à une grosse graine brillante. Une graine qui sait parler aux étoiles.
Lina posa sa main sur la boîte.
« Merci », murmura-t-elle.
Elle disait souvent merci. Merci au vaisseau. Merci à l'air. Merci aux outils. Ça lui faisait chaud au cœur.
Plume s'éloigna du port spatial. Il y eut un petit frisson, puis tout devint très doux. La Terre s'éloigna, ronde et bleue, comme une bille.
Lina regarda par le hublot.
« Elle est belle », dit-elle.
« Oui », dit Plume. « Merci, Terre. »
Dans l'espace, il y avait du silence. Mais il y avait aussi des lumières. Des points blancs. Des nuages fins de poussière brillante. Lina aimait compter les étoiles, mais elle n'allait jamais jusqu'au bout. Il y en avait trop.
Plume suivit une route invisible. Sur l'écran, une ligne verte avançait doucement.
« Pourquoi on met une balise ici ? » demanda Lina.
« Parce qu'il y a des cailloux qui voyagent », dit Plume. « Pas méchants. Juste rapides. La balise dira aux autres vaisseaux : attention, par ici, on tourne un peu. »
« D'accord », dit Lina. « C'est comme un panneau sur la route. »
Lina ouvrit une petite pochette. Dedans, il y avait une clé, un câble, et un ruban adhésif spécial. Tout était rangé. Tout était simple.
« Check », dit Lina.
« Check », répondit Plume.
Le vaisseau arriva près d'un rocher gris. Un gros rocher qui flottait, très tranquille. On aurait dit une montagne endormie dans le ciel.
« C'est ici », dit Plume. « Point de pose. »
« Très bien », dit Lina.
Plume ralentit encore. Tout alla très lentement, comme quand on souffle sur une plume. Lina attacha un fil de sécurité à sa ceinture.
« Je sors », dit-elle.
« Je te vois », dit Plume. « Je te garde. »
La porte s'ouvrit. Lina sortit. Dans l'espace, elle bougea doucement, en poussant à peine. Devant elle, le rocher tournait un peu, comme un jouet.
Lina prit la balise-graine. Elle la tint contre son cœur une seconde.
« Merci d'être là », souffla-t-elle.
Elle se posa près du rocher. Ses bottes aimantées firent un petit clic. Elle se sentait bien. Elle n'était pas seule. Plume l'écoutait. Et les étoiles semblaient regarder, calmement.
Lina sortit la clé. Elle chercha une place plate.
« Ici », dit-elle.
Elle posa la balise sur le rocher. Elle la fixa avec une patte qui s'ouvrit comme une petite fleur. Puis elle brancha le câble. Tout était facile, car les objets étaient faits pour aider.
Plume parla dans son oreille.
« Procédure : appuyer trois secondes. »
Lina appuya. Un point de lumière s'alluma sur la balise. D'abord tout petit. Puis plus clair.
« Balise active », dit Plume.
Lina sourit.
« Bonjour, balise », dit-elle. « Fais ton travail. Merci. »
Soudain, l'écran de Lina clignota. Pas fort. Juste un petit clignotement.
« Plume ? » demanda Lina.
« Je vois », dit Plume. « Un nuage de poussière approche. Rien de dangereux. Mais on va rentrer, doucement. »
« D'accord », dit Lina. « On rentre, doucement. »
Lina décolla ses bottes. Elle se repoussa, lentement. Le fil de sécurité la guida. Elle entra dans Plume. La porte se referma. Et Lina respira l'air tiède du vaisseau.
« Tout va bien », dit Plume.
« Oui », dit Lina. Elle posa sa main sur la paroi. « Merci, Plume. »
« Merci, Lina », répondit Plume.
Le nuage passa devant le hublot. On aurait dit de la farine d'étoiles. Ça scintillait, comme des paillettes dans une lampe.
Lina regarda, émerveillée.
« C'est joli », dit-elle.
« Oui », dit Plume. « L'espace est grand. Mais il sait être doux. »
La mission était finie. Mais Lina avait une étape en plus. Une étape qu'elle aimait beaucoup.
Plume tourna vers une station lumineuse, loin de tout. Une station ronde, avec des fenêtres dorées. Autour, dans des grands anneaux transparents, poussait un jardin.
« On arrive au jardin d'algues », dit Plume.
Lina applaudit doucement.
« Mon endroit préféré », dit-elle.
Le vaisseau s'amarra. Lina enleva son casque. Elle passa une porte. Et là, il y eut une lumière verte et bleue qui dansait.
Les algues flottaient dans de grands tubes d'eau claire. Elles brillaient toutes seules. Elles faisaient des rubans doux, comme des cheveux de sirène, mais gentils. Quand Lina passait sa main près du tube, les algues répondaient avec une petite vague de lumière.
« Bonjour, vous », dit Lina.
On aurait dit qu'elles disaient bonjour aussi, avec leurs couleurs.
Un robot-arrosoir roulait doucement.
« Arrosage terminé », dit-il.
« Merci », dit Lina.
Elle prit un petit gobelet. Elle le remplit d'une boisson verte, faite avec les algues. C'était bon. Ça donnait de l'énergie. Et ça venait du jardin, tout près, pas besoin d'aller loin.
Lina s'assit sur un banc. Elle regarda le ciel noir à travers la grande vitre. Au loin, la balise clignotait, minuscule, mais fidèle.
« Elle travaille », dit Plume, dans le haut-parleur.
« Oui », répondit Lina. « Grâce à elle, d'autres passeront en sécurité. »
Lina ferma un instant les yeux. Elle pensa à tout ce qui l'avait aidée aujourd'hui. Le fil. La clé. Le vaisseau. La Terre, si loin. Les algues, si lumineuses.
« Merci », dit-elle encore, tout bas. « Merci pour ce voyage. Merci pour la lumière. »
Les algues brillèrent un peu plus, comme un sourire. Plume baissa la lumière de la salle, tout doucement. La station ronronna, calme et chaude.
Lina resta là, tranquille. Dans le grand futur, au milieu des étoiles, elle se sentit chez elle. Et le jardin d'algues lumineux berça la fin de sa journée.