Lina avait quatre ans. Elle avait des boucles comme des petits ressorts et des yeux qui brillaient comme deux gouttes de miel au soleil. Ce matin-là, elle marchait dans le jardin de Mamie, là où les fleurs bavardent avec le vent.
« Bonjour, Lina », chuchota une rose.
« Bonjour, Rose », répondit Lina tout doucement, comme on parle à un oiseau.
Près du vieux pommier, elle vit quelque chose d'étrange : une pierre ronde, lisse, avec un petit dessin doré, comme une porte minuscule. Lina posa sa main dessus. La pierre était tiède, comme si elle avait gardé un secret au chaud.
« Oh ! » fit Lina.
La pierre glissa un peu, juste un peu, et derrière… il y avait une fente de lumière, fine comme un sourire. Un passage oublié. Un passage qui attendait.
Lina inspira. Son cœur faisait « boum boum » de curiosité, pas de peur. La curiosité, c'est une petite lanterne : elle éclaire le chemin.
« Je peux entrer ? » demanda Lina.
La lumière trembla, comme si elle disait oui.
Lina se pencha et… hop ! La fente devint grande, comme une porte de rêve. De l'autre côté, un sentier en sucre brun brillait, et des feuilles violettes dansaient au-dessus, comme des papillons en pyjama.
« Bienvenue dans le Pays des Passages », dit une voix douce.
Un petit animal arriva en trottinant. Il avait une queue en plume et des oreilles en feuille. Il souriait.
« Je m'appelle Plume-Feuille », dit-il. « Je suis ton guide. »
« Moi, je suis Lina », dit Lina. « Je cherche le passage oublié. »
Plume-Feuille hocha la tête. « Alors, aventure ! Suis le sentier. Il faut trois choses : des yeux curieux, un cœur courageux, et des mots gentils. »
Ils avancèrent. Le ciel était un grand drap bleu, avec des étoiles qui jouaient à cache-cache même en plein jour. Un ruisseau chantait « glou glou », et ses gouttes semblaient des perles.
Bientôt, ils arrivèrent devant un pont. Pas un pont en bois. Un pont en arc-en-ciel, tout doux, comme une écharpe de couleurs.
Mais le pont dormait. Oui, il dormait ! Il était tout mou et affaissé.
Lina s'approcha. « Bonjour, Pont-Arc-en-ciel. »
Le pont bâilla. « Je suis trop fatigué pour me lever. Personne ne me dit bonjour. »
Lina posa sa petite main sur une couleur verte. « Bonjour, s'il te plaît. Tu es beau. Tu peux te réveiller ? »
Le pont frissonna, heureux. Les couleurs se redressèrent, fières comme des rubans.
« Merci, petite voix douce », dit le pont. « Passe, je te porte. »
Lina traversa en faisant de petits pas. Plume-Feuille sautillait. De l'autre côté, une grande prairie scintillait. Au milieu, une statue de pierre en forme de géant souriant gardait un rond de brouillard.
« C'est le Gardien Sourire », chuchota Plume-Feuille. « Il protège le passage oublié. Mais il n'ouvre que si tu lui montres ton courage. »
Lina regarda le brouillard. Il tournait comme de la barbe à papa. Lina sentit un petit frisson, comme quand l'eau est fraîche. Alors elle prit une grande respiration.
« Le courage, c'est quand on avance quand même », murmura Plume-Feuille.
Lina s'avança. « Bonjour, Gardien Sourire ! Je suis Lina. Je veux retrouver le passage oublié, pour apprendre et pour grandir un peu. »
La statue ne bougea pas. Lina réfléchit. Puis elle eut une idée, simple comme une rondelle de pomme.
Elle leva ses bras comme des ailes. « Je suis petite, mais je peux essayer. Je peux dire la vérité. Je peux demander de l'aide. »
Plume-Feuille applaudit avec ses oreilles-feuilles. « Bravo ! »
Le Gardien Sourire ouvrit enfin un œil, puis l'autre. Ses yeux étaient deux lunes tranquilles.
« Lina, ton courage est une graine », dit-il. « Une petite graine peut devenir un grand arbre. Approche. »
Lina approcha. Le gardien tendit sa main de pierre, et dessus apparut une clé. Pas une clé en métal. Une clé en lumière, chaude comme du lait.
« La clé des Passages », dit-il. « Mais attention : la clé marche avec les mots gentils. »
Lina prit la clé. Elle était légère, comme un rayon de soleil. Le brouillard devant eux devint une porte toute ronde, dessinée de spirales.
Plume-Feuille chuchota : « Dis les mots. »
Lina regarda la porte. Son cœur faisait toujours « boum boum », mais c'était un « boum boum » joyeux.
Elle dit : « S'il te plaît, ouvre-toi. Merci. »
La porte brilla, puis s'ouvrit en silence. Derrière, un couloir de mousse verte menait vers un cercle de lumière dorée. Lina entra. Plume-Feuille la suivit.
Au bout, il y avait un miroir. Un miroir rond comme la lune. Lina se vit dedans : ses boucles, ses joues, ses yeux brillants. Mais autour d'elle, dans le miroir, il y avait aussi le pont arc-en-ciel, le gardien, et Plume-Feuille. Comme si tout le voyage était une couronne.
Une voix douce sortit du miroir : « Le passage oublié, Lina, ce n'est pas seulement une porte. C'est aussi en toi. C'est le chemin qui s'ouvre quand tu dis : “Je peux.” »
Lina sourit, toute chaude à l'intérieur. « Je peux », répéta-t-elle.
Alors le miroir devint une fenêtre. On voyait le jardin de Mamie, juste de l'autre côté, avec le vieux pommier qui attendait.
« Tu peux revenir quand tu veux », dit Plume-Feuille. « Les passages aiment les enfants curieux. »
« Je reviendrai », dit Lina. « Et je dirai bonjour. Et merci. »
Elle traversa la fenêtre de lumière, et hop ! La pierre ronde était là, au pied du pommier, sage comme une petite tortue.
Mamie arrosait les fleurs. Elle se tourna. « Lina, tu étais où ? »
Lina courut dans ses bras. « J'étais en aventure. J'ai trouvé un passage oublié. »
Mamie sourit. « Alors tu as grandi un tout petit peu. »
« Oui », dit Lina. « Dans mon cœur, il y a une clé. »
Le vent caressa les feuilles. La rose chuchota encore : « Bonjour, Lina. »
Et Lina répondit, heureuse et rassurée : « Bonjour. Merci. »