Chapitre 1 — Le départ vers l'atelier
Lina était ingénieure spatiale. Elle avait vingt-huit ans, des cheveux tirés en queue de cheval et toujours des mains un peu huilées. Ce matin-là, elle souriait en regardant la ville-flotte briller au soleil artificiel. Aujourd'hui, elle allait à l'atelier des combinaisons, un grand hangar rond où l'on fabriquait et ajustait des habits qui permettaient de voyager dans l'espace.
"Prête, Lina ?" demanda Milo, son petit robot à roulettes, en cliquetant de joie.
"Prête," dit Lina en vérifiant sa tablette. "Mais curieuse aussi. J'ai entendu dire qu'ils testent une nouvelle fonction de confort pour longues sorties."
Sur le chemin, Lina observa les panneaux d'information qui glissaient comme des bulles. Les enfants jouaient avec des maquettes d'astéroïdes. Des plantes vertes poussaient le long des fenêtres. Tout semblait calme et ordonné, comme dans un rêve bien réglé.
À l'entrée de l'atelier, un grand dôme de verre reflétait le ciel de la cité. Des techniciens souriants accueillaient les visiteurs. Lina sentait son cœur battre un peu plus vite — pas de peur, juste l'excitation d'une nouvelle découverte.
Chapitre 2 — La combinaison et les réglages
L'atelier sentait la cire douce et l'aluminium propre. Des combinaisons pendouillaient comme des vestes de pluie futuristes. Lina fut invitée à s'installer dans une cabine ronde. Un coussin la fit asseoir, et des bras mécaniques vinrent autour d'elle avec douceur.
"Ça ne fait pas mal," dit une voix, la chef de l'atelier, une femme aux cheveux argentés qui s'appelait Noor. "On va régler ta combinaison pour qu'elle épouse ta respiration et tes gestes."
Lina sourit. Elle aimait comprendre comment les choses fonctionnaient. Noor lui proposa de regarder l'écran. Des lignes simples montraient la pression, la température et la matière souple de la combinaison.
"On commence par la coupe," expliqua Noor. "Tu me dis si tu sens une pression, un point chaud, ou si quelque chose te gêne."
Lina se concentra et bougea la main. La combinaison suivit chaque mouvement comme une seconde peau. Milo roula autour d'elle, curieux. Lina fit une grimace comique, et Noor éclata de rire.
"Très bonne réponse," dit Noor. "Maintenant, le réglage des bulles d'air. Elles s'ouvrent et se ferment pour garder la chaleur et laisser respirer."
"Comme des petits poumons," chuchota Lina.
"Exactement." Noor ajusta quelques valeurs. "Et maintenant la voix qui rassure. Si tu te perds, la combinaison parlera doucement pour te guider."
Une douce voix, ni trop haute ni trop basse, répéta : "Je suis avec toi, Lina. Respire doucement."
Lina sentit un réconfort immédiat. Elle se surprit à chuchoter : "Merci." Milo émit un petit sifflement content.
Noor proposa un test dehors, sous le ciel artificiel du hangar. Lina sortit. Les lumières changeaient comme si elle marchait dans un couloir d'étoiles. Un petit défaut apparut : le joint près de l'épaule caressait un peu trop la peau.
"On rectifie," dit Noor. "Tu veux regarder comment on fait ?"
"Oui, s'il te plaît !" répondit Lina. La chef lui montra un outil fin et l'explication fut claire, étape par étape. Lina apprit à régler le joint, à lire les voyants. Tout semblait précis et simple. La curiosité la rendait forte ; elle n'avait pas peur d'essayer.
Chapitre 3 — L'aventure cosmique
Après les tests, Lina fut invitée à une mini-mission : une sortie dans le mini-orbite de la station pour vérifier une balise. Elle mit la combinaison, salua Noor et Milo, puis monta dans un petit vaisseau en forme de goutte.
"Tu reviendras avant le dîner ?" demanda Milo, inquiet mais enjoué.
"Je reviendrai," répondit Lina en lui faisant un clin d'œil. "Je reviendrai avec des histoires."
Le vaisseau glissa hors du hangar et globa le ciel. Dehors, l'espace n'était pas noir comme on l'imagine, mais doux, bleu profond, parsemé de lumières. Lina fixa la balise, une petite étoile de métal qui clignotait. Sa combinaison vibra légèrement pour indiquer la bonne distance.
"Procédure : approcher lentement," murmura la voix douce de la combinaison. Lina suivit. Elle utilisa une pince fine pour resserrer une vis. Une délicate poussière d'étincelles flotta. Elle sourit, satisfaite.
Soudain, une pluie de micro-grains lumineux passa à côté du vaisseau. Ce n'était pas dangereux, juste joli, comme un feu d'artifice spatial. Lina sentit une joie légère monter en elle. Elle pensa à la planète bleue en bas, à la ville-flotte, et à l'atelier où les gens travaillaient ensemble pour rendre l'espace accueillant.
"Mission accomplie," annonça la combinaison. "Retour programmé dans vingt minutes."
Lina regarda l'espace, pleine d'émerveillement. Elle se sentit petite mais confiante : la technique et la gentillesse l'avaient guidée jusque-là. Elle apprit qu'on pouvait explorer le monde sans être seul, en laissant la curiosité mener les pas.
Chapitre 4 — Le retour et la rivière sous dôme
Le vaisseau réintégra la station. Lina retrouva Noor et Milo à l'atelier. On célébra sa réussite avec des boissons chaudes et des biscuits aux formes d'étoiles. Noor posa la main sur l'épaule de Lina.
"Tu as bien travaillé," dit-elle doucement. "Tu nous aides à rendre le cosmos plus doux."
Lina rougit. Plus tard, Milo conduisit Lina vers un petit jardin secret que peu de visiteurs connaissaient. C'était un dôme transparent, plus petit que celui de la ville-flotte, mais parfait. Au centre coulait une rivière claire, calme comme un miroir. De petites poissons argentés nageaient tranquillement. Des plantes brillantes retombaient en rideaux verts.
"Pourquoi une rivière ici ?" demanda Lina en s'agenouillant près du bord.
"Pour rappeler la Terre," répondit Milo. "Et pour que les gens sachent qu'on peut apporter la douceur partout, même dans l'espace."
Lina passa la main dans l'eau. Elle était tiède, propre et rassurante. Elle pensa aux réglages, aux vis, à la voix de la combinaison et à la chaleur humaine qui avait guidé sa mission. Tout semblait lié : la science pour protéger, la curiosité pour découvrir, et la gentillesse pour partager les découvertes.
Noor s'assit à côté d'elle. "Tu feras encore beaucoup de voyages, Lina. Mais souviens-toi : la curiosité, c'est une rivière. Il faut l'entretenir, la partager."
Lina sourit. Elle regarda la surface claire de l'eau et imagina d'autres aventures. Des étoiles à visiter, des combinaisons à améliorer, des enfants à inspirer.
"Je partagerai," dit-elle. "Je raconterai comment on ajuste, comment on écoute et comment on n'a pas peur d'essayer."
La rivière sous le dôme reflétait les lumières de la station comme un petit ciel en miniature. Lina se sentit en paix. Sa combinaison, rangée à côté d'elle, semblait reposer. Milo plongea un petit appendice dans l'eau et fit des bulles joyeuses.
"C'est une bonne journée," dit Lina.
"Et demain ?" demanda Noor.
"Demain, on explore encore," répondit Lina, la voix douce et pleine d'espoir. Elle savait qu'au-delà du hangar, au-delà des étoiles, la curiosité la mènerait vers d'autres rivières, d'autres sourires et d'autres bricolages bienveillants.