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Histoire sur la guerre 11 à 12 ans Lecture 28 min.

Lina médiatrice, ou comment désamorcer les petites guerres du collège

Dans un collège, Lina se retrouve confrontée à des rumeurs sur la guerre qui affectent ses camarades, notamment Samir, un élève dont la famille a fui un pays en conflit. En devenant médiatrice, elle apprend à gérer les peurs et à instaurer le dialogue pour éviter les disputes et construire des ponts entre les élèves.

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Une fille de 12 ans, Lina, aux cheveux châtains et bouclés, se tient au centre de la scène, concentrée mais légèrement nerveuse, vêtue d'un t-shirt bleu clair et d'un jean. À ses côtés, Samir, 12 ans, aux cheveux noirs et à la peau olive, l'admire, les bras croisés en signe de soutien. Yanis, également 12 ans, aux cheveux blonds et aux yeux clairs, se tient en retrait, les poings serrés, affichant colère et inquiétude. La scène se déroule dans une salle de médiation lumineuse aux murs verts pastel, avec des affiches sur le dialogue pacifique. Une table en bois au centre est entourée de chaises colorées, avec des feuilles et des crayons éparpillés. Lina prend la parole avec assurance pour expliquer l'importance du dialogue dans la résolution des conflits, tandis que Yanis et Samir l'écoutent attentivement, créant une atmosphère tendue mais pleine d'espoir. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 – Les nouvelles qui font peur

Dans le bus du matin, tout le monde parlait plus fort que d'habitude. Les sièges grinçaient, les cartables cognaient, et les écrans de téléphone brillaient comme de petites lampes.

Assise près de la fenêtre, Lina, 12 ans, regardait les maisons défiler. Elle était le genre de fille qui ne se laissait pas facilement impressionner, mais qui faisait toujours attention aux autres. Ses amis disaient souvent qu'elle était « gentille, mais qui sait ce qu'elle veut ».

Ce matin-là, pourtant, elle sentait une boule dans son ventre.

Sur le siège d'en face, Yanis fixait son téléphone, les yeux écarquillés.

— T'as vu ça, Lina ? Il y a la guerre pas si loin d'ici !

Il tourna l'écran vers elle. On voyait des immeubles abîmés, de la fumée, des gens qui couraient. On n'entendait pas le son, mais les images suffisaient.

— C'est peut-être une vieille vidéo, répondit Lina, un peu méfiante. Tu es sûr que c'est d'aujourd'hui ?

— Bien sûr ! J'ai vu ça sur un groupe. Ils disent que ça va peut-être arriver chez nous aussi. Y en a qui parlent de bombes, de soldats…

Derrière eux, une autre élève répéta aussitôt, sans vérifier :

— Hé ! Vous avez entendu ? Peut-être qu'on va avoir la guerre ici !

Les mots circulèrent dans le bus, plus rapides qu'un ballon lancé dans une cour de récréation. Lina sentit la boule dans son ventre grossir. La guerre, elle connaissait surtout ce mot grâce aux livres d'histoire et aux reportages à la télé. Son grand-père racontait parfois le passé, mais il faisait toujours attention à ne pas entrer dans les détails trop durs.

Elle prit une grande inspiration.

— Attends, Yanis, dit-elle. On ne sait pas si c'est vrai. Tu as lu un article complet ? Ou c'est juste ce message dans le groupe ?

— Euh… c'est un message avec la vidéo, répondit Yanis. Mais… ça a l'air sérieux.

Lina avait envie de fermer les yeux et de faire comme si de rien n'était. Pourtant, une partie d'elle disait : « Il faut comprendre ce qui se passe, mais sans paniquer. » Elle se redressa sur son siège.

— OK, on en parlera à la récré, d'accord ? On va demander à quelqu'un qui sait vraiment. Pas juste au groupe.

Le bus freina devant le collège. Lina serra les bretelles de son sac et descendit en silence. Elle ne le savait pas encore, mais cette journée allait lui apprendre beaucoup de choses sur la guerre… et sur la paix.

Chapitre 2 – Un mot compliqué : guerre

En classe de géographie, la professeure, Mme Garnier, entra avec un visage sérieux, mais doux. Elle posa son sac sur le bureau et regarda la classe.

— Vous avez l'air agités, aujourd'hui. Il se passe quelque chose ?

Plusieurs mains se levèrent en même temps. Yanis parla le premier, sans attendre.

— Madame, c'est vrai qu'il y a la guerre qui arrive chez nous ? Sur les réseaux, ils disent que c'est pour bientôt !

Un murmure parcourut la salle. Lina leva les yeux vers Mme Garnier. Elle voulait une réponse claire.

La professeure resta silencieuse quelques secondes, comme pour bien choisir ses mots.

— D'abord, dit-elle calmement, nous allons respirer un bon coup. Ensuite, nous allons faire ce que les adultes devraient toujours faire avant d'avoir peur : vérifier les informations.

Elle alluma le vidéoprojecteur et afficha la page d'un grand journal en ligne.

— Oui, il y a un conflit armé dans un autre pays, un peu plus loin de chez nous, expliqua-t-elle. C'est grave pour les gens qui y vivent. Ils ont peur, ils doivent parfois quitter leur maison. Mais non, d'après les informations fiables, il n'y a pas de guerre prévue ici.

— Mais… les vidéos ? insista Yanis.

— Ces images peuvent être vraies, mais elles datent peut-être d'hier, de la semaine dernière, ou même d'un autre conflit, dit Mme Garnier. Sur internet, on peut montrer les choses hors de leur contexte. C'est pour ça qu'il faut être très prudent avec les rumeurs.

Elle se tourna vers le tableau et écrivit :

« Rumeur : information qu'on répète sans vérifier. »

Puis, elle ajouta :

« Guerre : quand des groupes armés, souvent des pays ou des groupes dans un même pays, se battent avec des armes, au lieu de discuter. »

Lina recopia la définition dans son cahier. Le mot « armes » la faisait frissonner, mais la voix calme de sa professeure l'apaisait.

— La guerre, poursuivit Mme Garnier, c'est quand le dialogue a échoué ou quand certains dirigeants choisissent la violence pour obtenir ce qu'ils veulent. Ce n'est pas un jeu vidéo. Ce sont des vraies familles, des vrais enfants, des vraies rues.

Elle fit une pause, comme pour laisser à chacun le temps d'imaginer.

— Mais il existe aussi des gens qui travaillent chaque jour pour empêcher la guerre ou l'arrêter : on les appelle les médiateurs, les négociateurs, les diplomates. Ils discutent, ils écoutent les deux côtés, ils cherchent un accord. Un peu comme les médiateurs dans une cour de récréation, mais à une autre échelle.

Ce mot frappa Lina : « médiateurs ». Elle l'avait déjà entendu au collège, mais elle n'y avait jamais trop prêté attention.

Elle leva la main.

— Madame, au collège aussi on a des médiateurs, non ? Pour les disputes ?

— Exactement, répondit Mme Garnier avec un léger sourire. C'est une forme de paix à petite échelle. On va y revenir plus tard. Pour l'instant, souvenez-vous de ceci : avant de croire qu'il y a la guerre partout, on vérifie. On ne laisse pas la peur diriger notre tête.

Lina nota cette phrase dans la marge de son cahier. Elle venait de trouver quelque chose d'important : on pouvait répondre à la peur par la connaissance.

Chapitre 3 – Les mots qui blessent

À la récréation, la cour du collège ressemblait à un grand marché de bruits. Des rires, des cris, des ballons qui rebondissaient. Mais dans un coin, l'ambiance était moins joyeuse.

Lina s'approcha du banc où elle avait l'habitude de s'asseoir avec ses amis. Cette fois, elle vit Samir, un élève de sa classe, debout, les poings serrés. Face à lui, trois garçons de quatrième rigolaient.

— Alors, c'est comment, la guerre, chez toi ? lança l'un d'eux.

— Tu viens envahir notre collège ? ajouta un autre en ricanant.

Samir rougit jusqu'aux oreilles. Sa famille était arrivée en France un an plus tôt, après avoir fui un pays en guerre. Il parlait doucement, il était poli, mais on voyait dans ses yeux qu'il portait des choses lourdes.

— Arrêtez, murmura-t-il. Ce n'est pas drôle.

Lina sentit son cœur battre plus vite. Elle se souvenait de ce que Mme Garnier avait dit. Elle s'avança.

— Hé, c'est nul ce que vous dites, lança-t-elle d'un ton ferme. Vous ne savez même pas ce qu'il a vécu.

Un des garçons haussa les épaules.

— On rigole, c'est bon. De toute façon, j'ai vu sur mon téléphone que ça va être la guerre partout. Autant s'habituer.

— Faux, répliqua Lina sans hésiter. La prof de géo a montré des vrais articles. Il y a un conflit ailleurs, mais rien n'annonce une guerre chez nous. Vos rumeurs font peur pour rien. Et en plus, vous embêtez Samir.

Elle se plaça à côté de lui, bien droite.

— Tu parles comme une adulte, toi, se moqua un des garçons. T'es la présidente du monde ou quoi ?

— Non, répondit Lina. Mais je sais que les mots peuvent blesser autant que des coups. Et je n'ai pas envie de laisser passer ça.

Les trois garçons se regardèrent, un peu déstabilisés. L'un d'eux marmonna :

— Pff… laissez tomber, on s'en va.

Ils s'éloignèrent en traînant des pieds. Samir souffla, comme s'il retenait sa respiration depuis longtemps.

— Merci, Lina, dit-il d'une voix rauque. J'en ai marre qu'on plaisante avec ça. Pour eux, c'est une blague. Pour moi… c'est ma famille, ma maison, tout ce qu'on a perdu.

Lina baissa les yeux un instant.

— Je ne sais pas tout ce que tu as vécu, dit-elle doucement. Mais si tu veux en parler un jour, je peux écouter. Ou on peut juste rester assis sans parler.

Samir hocha la tête.

— Peut-être plus tard. Pour l'instant, je veux juste qu'ils arrêtent.

À ce moment-là, la surveillante siffla pour annoncer la fin de la récré. Tandis qu'ils retournaient en classe, Lina se dit qu'il devait bien exister un moyen plus organisé d'aider à régler ce genre de problème. Le mot « médiateur » revint frapper à la porte de sa pensée.

Chapitre 4 – Découvrir les médiateurs

L'après-midi, la principale adjointe passa dans les classes avec une petite annonce.

— Bonjour à tous, dit-elle. Cette semaine, nous relançons le projet des médiateurs du collège. Ce sont des élèves formés pour aider à résoudre les conflits entre camarades, par le dialogue. Ceux qui sont intéressés peuvent s'inscrire auprès de la vie scolaire.

Lina leva aussitôt la tête. Le silence de la classe fut vite brisé par des chuchotements.

— Des médiateurs ? C'est comme des policiers ? demanda une élève à sa voisine.

— Non, répondit un autre. C'est des espèces de psys…

— En fait, intervint la principale adjointe, ce ne sont ni des juges, ni des policiers, ni des psys. Ils ne punissent pas, ils n'obligent pas. Ils écoutent, posent des questions, aident à se parler calmement. Comme des petits bâtisseurs de ponts entre les personnes.

Ce mot, « ponts », plut à Lina. Elle imagina un pont solide passant au-dessus d'une rivière remplie de disputes et de malentendus.

Quand la principale adjointe sortit, Lina se tourna vers Yanis.

— Tu te souviens de ce matin ? Quand les rumeurs ont circulé dans le bus ? Imagine si, au lieu de paniquer, on avait eu tout de suite quelqu'un pour nous aider à en parler calmement.

— Tu veux devenir médiatrice ? demanda Yanis, étonné.

— Peut-être, répondit Lina. On dit toujours que la guerre, c'est quand les gens ne se parlent plus. Je ne peux pas arrêter une vraie guerre, mais je peux peut-être aider à éviter les petites « guerres » dans la cour.

Elle sentit qu'elle était sérieuse. Elle n'aimait pas les injustices, elle n'aimait pas les rumeurs, et elle n'aimait pas voir des élèves comme Samir souffrir en silence.

À la fin des cours, au lieu de filer directement au bus, elle se dirigea vers la vie scolaire. Il y avait déjà quelques élèves, hésitants, devant le bureau.

La CPE, Mme Bouchard, les accueilli avec un sourire.

— Vous venez pour les médiateurs ? Super. Notez vos noms ici. On organisera une formation mardi et jeudi prochains.

Quand ce fut son tour, Lina prit le stylo. Elle écrivit : « Lina Ben Saïd – 5e B ».

En sortant du bureau, elle avait le cœur qui battait fort, mais cette fois, ce n'était pas à cause de la peur. C'était l'excitation d'essayer de faire quelque chose de concret.

Chapitre 5 – Apprendre à écouter

La semaine suivante, Lina se retrouva dans une petite salle avec six autres élèves. Samir était là aussi, ce qui la surprit et la toucha.

— Je veux éviter que d'autres vivent ce que j'ai vécu dans mon pays, expliqua-t-il timidement. Même si ce n'est qu'à l'échelle d'un collège.

La CPE, Mme Bouchard, et la psychologue scolaire, Mme Duarte, animaient la formation. Sur le tableau, il y avait écrit : « Formation des médiateurs : écouter, reformuler, rester neutre. »

— Un médiateur, commença Mme Duarte, ce n'est pas un magicien. Il ne peut pas tout arranger. Mais il peut offrir un espace pour que les gens se parlent vraiment, sans cris, sans moqueries.

Elle distribua des fiches.

— D'abord, on apprend à écouter. Vraiment. Pas seulement les mots. Aussi le ton, le regard, ce qui se cache derrière.

Ils firent des exercices par deux. L'un parlait de quelque chose qui l'énervait, l'autre devait reformuler calmement.

Quand ce fut le tour de Lina et de Samir, il hésita un moment.

— Je vais parler d'un truc simple, dit-il. Par exemple… quand les gens me posent mille questions sur la guerre, comme si j'étais un reportage vivant.

Il prit une voix un peu sèche pour imiter.

« Et t'as vu des tanks ? Et t'as entendu des bombes ? Et ton ancienne maison, elle a explosé ? » Parfois, je sens qu'ils sont plus curieux que vraiment tristes pour moi. Ça me met mal à l'aise.

Lina l'écouta sans l'interrompre. Puis elle dit :

— Donc, si je comprends bien, ça te blesse quand les autres transforment ton histoire en spectacle. Tu aimerais qu'on te voit d'abord comme un camarade normal, et pas seulement comme « le garçon qui vient d'un pays en guerre ». C'est ça ?

Samir hocha la tête.

— Oui. C'est exactement ça.

— Bravo, dit Mme Duarte. Lina, tu as bien reformulé, sans juger, sans donner de conseil tout de suite.

Lina sentit ses joues chauffer un peu, mais elle était fière. Elle découvrait que, parfois, la chose la plus forte qu'on puisse faire, c'est juste d'écouter correctement.

Plus tard, ils apprirent aussi à poser des questions neutres : « Que s'est-il passé ? » plutôt que « Qui a commencé ? » Ils travaillèrent sur la différence entre un fait et une rumeur.

Sur un grand papier, Madame Bouchard écrivit :

« Rumeurs et conflits se nourrissent l'un l'autre. Les médiateurs les coupent en posant des questions claires. »

Après trois séances, Lina se sentait différente. Elle n'était pas devenue une adulte, ni une super-héroïne, mais elle avait des outils. Et elle avait envie de les utiliser.

Chapitre 6 – Une dispute qui dérape

L'occasion arriva plus vite que prévu.

Un jeudi, à la pause de midi, un attroupement se forma près du grillage. On entendait des voix qui montaient, des mots secs.

Lina accourut, Samir sur ses talons. Ils virent Yanis face à un autre élève, Louis, un garçon de leur classe. Les deux étaient rouges de colère.

— T'as dit que ma famille soutenait la guerre ! cria Yanis.

— J'ai juste répété ce que j'ai entendu ! répondit Louis. C'est pas ma faute si ton oncle envoie de l'argent pour les soldats !

Tout le monde autour chuchotait.

— Il paraît que…

— J'ai vu sur un tchat que…

— Mon cousin m'a dit…

La rumeur gonflait comme un ballon prêt à éclater.

Lina sentit son cœur s'emballer, mais elle se rappela la formation. Elle inspira profondément.

— Stop ! cria-t-elle. On arrête là, s'il vous plaît !

Plusieurs têtes se tournèrent vers elle. Certains levèrent les yeux au ciel. Mais elle continua, la voix plus ferme :

— Je suis médiatrice du collège. Yanis, Louis, si vous acceptez, on peut aller dans la salle de médiation pour en parler calmement. Ça évitera que ça dégénère.

Yanis serra les poings.

— Ils salissent ma famille, Lina !

— Justement, dit Lina. Si tu cries ici, tout le monde va inventer encore plus de choses. Viens, on va mettre les faits au clair.

Louis regarda autour de lui, mal à l'aise.

— J'ai pas envie d'avoir une heure de colle…

— Les médiations, ce n'est pas une punition, expliqua Samir. C'est juste une discussion encadrée. On n'est pas là pour vous accuser, mais pour comprendre.

Après un instant de silence, Yanis souffla :

— OK. J'accepte.

Louis haussa les épaules.

— D'accord… mais je ne veux pas qu'on crie sur moi.

— Personne ne criera, promit Lina. On va se poser et on va parler.

Elle alla prévenir la vie scolaire, puis on leur prêta la petite salle tranquille réservée à la médiation. Elle s'assit au milieu, Yanis sur une chaise à gauche, Louis à droite. Samir accepta d'être co-médiateur, comme ils avaient appris.

Chapitre 7 – Fabriquer la paix à petite échelle

Dans la salle de médiation, l'air semblait plus calme que dans la cour. On entendait à peine un bruit de chaise au fond du couloir.

Lina commença, comme on le lui avait appris.

— Merci d'être venus tous les deux. Ici, on se parle chacun son tour, sans s'insulter, sans crier. Vous êtes d'accord ?

Yanis hocha la tête. Louis aussi.

— Yanis, tu veux bien expliquer ce qui s'est passé, avec tes mots ?

Yanis prit une grande inspiration.

— J'ai entendu Louis dire à d'autres que ma famille soutient la guerre, que mon oncle envoie de l'argent pour des soldats. Ça m'a choqué. Ça donne l'impression qu'on est dangereux, qu'on est d'accord avec la violence. Ce n'est pas vrai.

Lina regarda Louis.

— Louis, est-ce que tu peux reformuler ce que tu as compris de ce que Yanis ressent ?

Louis hésita.

— Euh… tu es en colère parce que… tu as l'impression que je traite ta famille comme des gens violents, alors que… ce n'est pas ce qu'ils sont.

— Oui, répondit Yanis. Et j'ai peur que tout le collège le croie.

Lina se tourna vers Louis.

— Maintenant, à ton tour. D'où vient cette histoire ?

Louis fixa le sol.

— Mon grand frère a reçu un message sur son téléphone. Dans un groupe, quelqu'un disait : « Méfiez-vous de certaines familles, parfois elles financent des trucs bizarres dans les guerres. » Et il a montré une liste de noms. Il y avait celui de la famille de Yanis. Moi, j'ai répété ça sans vérifier. Je croyais que c'était vrai, parce qu'il avait l'air sûr de lui.

Samir intervint doucement :

— Est-ce que tu as vu une preuve ? Un article sérieux ? Un papier officiel ?

— Non… admit Louis. Juste le message. Avec un ton très alarmant. Il disait qu'il fallait « prévenir les gens ».

Lina nota mentalement : ton alarmant, pas de source, rumeur typique.

— Tu comprends maintenant que c'est une rumeur ? demanda-t-elle, sans agressivité.

Louis hocha la tête.

— Oui. Je me sens idiot. Mais… quand tout le monde partage, c'est dur de ne pas y croire.

Lina prit un ton posé.

— C'est justement ça, le problème des rumeurs. Elles se propagent vite, surtout quand elles font peur. Mais elles peuvent détruire la réputation de personnes innocentes, et créer des conflits. C'est comme de mettre le feu à une petite étincelle sur une nappe pleine de papier sec.

Elle continua, plus doucement :

— Par rapport aux guerres, c'est encore plus grave. Certaines commencent à cause de mensonges, de peurs exagérées. Si on ne fait pas attention, on reproduit à notre échelle les mêmes erreurs : on se méfie les uns des autres, on se divise, on se fait du mal.

Elle regarda Yanis.

— Est-ce que tu veux ajouter quelque chose ?

Yanis serra ses mains sur ses genoux.

— Je voudrais que Louis reconnaisse que c'était faux. Et qu'il arrête de parler de ma famille comme ça.

Lina se tourna vers Louis.

— Est-ce que tu peux répondre à cette demande ?

Louis prit une petite seconde, puis releva la tête.

— Je reconnais que c'était faux, dit-il clairement. Je m'excuse, Yanis. J'ai répété sans réfléchir. Je n'ai pas voulu que les gens te voient comme un ennemi… mais c'est ce qui s'est passé.

Yanis le regarda, surpris par la clarté de ses mots.

— Merci de le dire, répondit-il. Je voudrais aussi que… tu expliques à ceux à qui tu l'as dit que ce n'est pas vrai.

— D'accord, promit Louis. Je le ferai.

Samir ajouta :

— Vous voyez, vous avez réglé quelque chose qui aurait pu devenir une grande dispute. C'est exactement l'inverse de la guerre. Au lieu d'empiler les accusations, vous avez fait circuler la parole.

Un silence plus léger tomba sur la salle. Lina sentit qu'un nœud se défaisait.

— Est-ce que vous êtes d'accord pour sortir d'ici sans rancune, et venir nous voir si ça recommence, au lieu de laisser les rumeurs reprendre ? demanda-t-elle.

— Oui, répondit Yanis.

— Oui, répéta Louis.

La médiation était terminée. Ce n'était pas spectaculaire, personne n'avait applaudi. Mais Lina savait que c'était important.

Chapitre 8 – Une réponse accueillie

Les jours suivants, on vit Louis parler à quelques élèves dans la cour, expliquer qu'il s'était trompé. Les murmures autour de Yanis diminuèrent petit à petit. On passa à d'autres sujets, plus légers, comme le prochain match de foot ou le contrôle de maths.

Un midi, pendant que Lina rangeait ses cahiers, Mme Garnier vint la voir.

— J'ai entendu dire que tu as animé une médiation compliquée, dit-elle. On m'a parlé de rumeurs, de famille, de guerre… Ce n'était pas facile.

Lina haussa les épaules.

— J'avais un peu peur de mal faire. Mais je me suis souvenu de ce que vous aviez dit en classe : que la guerre commence parfois quand les gens arrêtent de se parler. Je me suis dit que, si on arrivait à faire l'inverse ici, ce serait toujours ça de gagné.

Mme Garnier sourit.

— C'est exactement cela. Tu sais, les médiateurs qui travaillent entre les pays font la même chose, mais avec des présidents, des responsables. Ils rappellent les faits, ils écoutent chaque côté, ils cherchent un terrain d'entente. C'est long, c'est fragile, mais sans eux, il y aurait encore plus de conflits.

Elle ajouta :

— Ta façon d'agir, à ton niveau, c'est déjà une action pour la paix.

Plus tard, dans le bus du retour, Lina s'assit à côté de Yanis.

— Alors, comment ça va ? demanda-t-elle.

— Mieux, répondit-il. Louis est venu me voir ce matin. Il m'a dit qu'il avait expliqué à son grand frère que leurs messages faisaient du mal. Son frère a un peu râlé, mais au moins il a écouté.

Lina sourit.

— Comme quoi, parler, ça peut marcher.

Yanis la fixa un instant.

— Tu sais, je me méfierai plus des messages paniqués maintenant. On a tous eu trop peur pour rien l'autre jour.

— La peur, c'est normal, dit Lina. Mais on peut choisir ce qu'on en fait. On peut l'utiliser pour nous pousser à chercher la vérité, au lieu de partager n'importe quoi.

Il hocha la tête.

— Tu crois que… les grandes guerres, là-bas, elles peuvent vraiment s'arrêter grâce au dialogue ?

Lina regarda par la fenêtre. Le soleil se couchait derrière les toits. Elle pensa aux diplomates, aux médiateurs dans les pays en conflit, aux enfants qui, quelque part, vivaient dans l'ombre du danger. Elle ne voulait pas se mentir : ce n'était pas simple, et ça prenait du temps.

— Je crois que ça ne marche pas toujours, répondit-elle honnêtement. Mais je crois aussi que c'est la seule bonne direction. C'est comme éteindre un feu : même si c'est difficile, même si ça prend longtemps, on doit continuer, sinon tout brûle.

Elle se tourna vers lui.

— Et nous, ici, on peut déjà commencer par ne pas allumer de petites flammes avec des rumeurs. On peut écouter ceux qui ont vécu la guerre, sans les transformer en spectacle. On peut refuser les moqueries.

Yanis sourit.

— Tu parles encore comme une adulte.

— Peut-être, répondit Lina en riant. Mais je suis juste une élève de cinquième qui n'a pas envie de vivre dans un collège rempli de mini-guerres.

Un silence confortable s'installa. Le bus roulait doucement.

Avant de descendre, Lina se dit qu'un jour, si quelqu'un lui demandait ce qu'était la guerre, elle ne parlerait pas seulement de tanks ou de frontières. Elle expliquerait aussi comment tout peut commencer par des peurs, des mensonges, des mots mal utilisés. Et comment, à l'inverse, on peut construire la paix avec des gestes simples : vérifier avant de partager, écouter avant de juger, parler avant de se fâcher.

Ce soir-là, en rentrant chez elle, elle trouva ses parents devant les informations. On parlait encore de conflits dans le monde, de négociations en cours, de cessez-le-feu possibles.

Lina s'assit avec eux.

— Tu veux changer de chaîne ? proposa sa mère. Ce n'est pas très gai.

— Non, répondit Lina. Je veux comprendre. Et puis, moi aussi, aujourd'hui, j'ai fait un peu de médiation.

Elle raconta ce qui s'était passé au collège, en faisant attention à rester factuelle, sans exagérer. Ses parents l'écoutèrent en silence.

Quand elle eut terminé, son père dit simplement :

— Tu as bien fait, Lina. C'est comme ça que commencent les grandes choses : par des petites décisions courageuses.

Elle sentit une chaleur douce dans sa poitrine. Dans sa chambre, en se préparant pour dormir, elle nota dans son carnet :

« La guerre, c'est quand la parole est enfermée. La paix, c'est quand on l'ouvre et qu'on l'écoute. »

Puis elle posa son stylo. Dehors, la nuit était tranquille. Elle savait que le monde restait compliqué, qu'il y avait encore des conflits loin de chez elle. Mais elle savait aussi que, dans son collège, au moins pour aujourd'hui, une petite bataille avait été évitée grâce au dialogue.

Et cette idée-là, elle l'accueillit comme une réponse possible, simple et forte, à la peur que les rumeurs avaient voulu installer.

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