Le matin de Livia
Ce matin, le ciel est clair et doux. Des nuages blancs avancent lentement, comme des coussins. Livia, une petite licorne, ouvre les yeux. Sa corne brille un peu dans la lumière. Elle sourit. Aujourd'hui, la classe va au jardin de l'école.
Livia a une patte avant plus fragile. Elle se déplace avec un fauteuil léger. Les roues font un petit chuchotis sur le tapis. Livia passe ses doigts sur l'accoudoir. Elle dit merci à son fauteuil, tout bas, comme un secret. Elle attache sa ceinture. Son cœur est tranquille.
Dans la salle de bain, l'eau est tiède. Livia se lave le visage. Elle choisit une brosse douce pour sa crinière. Les poils glissent, lentement. Elle aime ce moment calme. Elle respire profondément. Elle pense aux plantes du jardin. Elle se voit déjà près des rangées de fraises.
Sur la table du petit-déjeuner, il y a des morceaux de pommes et du pain doré. Livia mange lentement. Elle écoute les bruits qui se réveillent dehors. Un oiseau siffle. Un vélo passe. Elle sourit encore. Elle prend son sac. Il est léger. Dedans, il y a une gourde, un petit carnet, et des crayons.
Le chemin jusqu'à l'école est familier. Le trottoir a des lignes claires. Les roues roulent en douceur. Livia prend son temps. Son corps sait ce dont il a besoin. Elle s'arrête quand il faut. Elle bouge quand elle est prête. Son souffle reste doux.
Au jardin de l'école
La cour sent la terre fraîche. Les feuilles bougent en silence. La maîtresse montre un bac à semis, des arrosoirs, des étiquettes en bois. Livia écoute. Elle aime les consignes simples. Aujourd'hui, il faut semer, arroser, et mettre les noms des plantes.
La classe se répartit. Certains portent des sacs de terre. D'autres tiennent les sachets de graines. Livia choisit les étiquettes et un petit arrosoir léger. Elle les pose sur ses genoux. Elle avance vers le bac de semis. Sur le chemin, il y a des cailloux. Ce n'est pas grave. Les roues savent nager entre les pierres.
Un caillou est un peu gros. Livia s'arrête. Son ventre se serre un peu. Elle respire. Ses amis s'approchent. Ils n'insistent pas. Ils attendent. Livia regarde le caillou. Elle pousse doucement, une roue après l'autre. Son fauteuil tremble un peu, puis passe. Son cœur bat fort. Une chaleur douce monte dans son cou. Elle sourit, fière. Elle dit merci à son courage, dans sa tête.
Au bord du bac, une planche forme une petite rampe. Elle a été construite la semaine dernière. Livia se souvient de la vis qui brillait au soleil. Elle monte la rampe lentement. Les graines rustlent comme des secrets. Elle ouvre un sachet. Les graines sont minuscules. Elles collent un peu à ses doigts. Elle les laisse tomber en pluie légère, ligne après ligne. Les gestes sont petits, précis. Son corps trouve son rythme.
Un nuage passe. L'ombre caresse la terre. Livia prend l'arrosoir. L'eau coule en fils brillants. Pas trop vite. Juste ce qu'il faut pour ne pas déranger les graines. Elle écoute le ploc-ploc. Elle pense à une chanson douce sans paroles. Elle lit les noms sur les sachets. Basilic. Ciboulette. Camomille. Elle écrit les étiquettes, lettre après lettre. Elle plante chaque étiquette comme un petit drapeau.
À côté, un tuteur attend. Une tige fine a besoin d'appui. Livia place le tuteur. Elle noue la ficelle doucement. La tige tient droit. Une fierté simple l'enveloppe. Elle regarde autour d'elle. Les autres aussi travaillent. Chacun à sa manière. Les mains se complètent. Les rythmes se répondent. Livia sent une chaleur dans la poitrine. Elle dit merci, encore une fois, à voix très basse, pour ce moment.
Le retour au calme
La journée se termine. Le soleil glisse derrière les toits. Livia rentre. Les roues roulent sur un tapis de lumière. À la maison, l'air sent la soupe chaude. Elle boit une gorgée d'eau. Son corps se repose. Elle pose son sac. Elle enlève sa ceinture. Ses épaules se détendent.
Vient le temps calme. Livia prend son carnet de « mercis ». C'est un petit cahier à couverture douce. Chaque soir, elle y dessine trois choses. Aujourd'hui, elle dessine un caillou avec un sourire. Elle dessine une étiquette plantée bien droit. Elle dessine un arrosoir qui fait de la pluie fine. Sous chaque dessin, elle écrit un mot simple. Courage. Patience. Joie.
Elle regarde ses mains. Elles ont un peu de terre sous les ongles. Ce n'est pas grave. C'est doux de se souvenir des gestes. Elle lave ses mains à l'eau tiède. La mousse glisse. Livia pense à son fauteuil. Elle passe un chiffon sur les roues. Elle dit merci à ses roues, qui la portent. Elle dit merci à ses bras, qui guident. Elle dit merci à ses amis, qui écoutent et attendent. Elle dit merci à la terre, qui va donner des plantes.
Le soir arrive. La chambre devient bleue. Livia range son arrosoir miniature sur l'étagère. Elle pose sa tête sur l'oreiller. Son souffle est lent. Elle pense au jardin de demain. Elle n'a pas besoin d'aller vite. Elle n'a pas besoin de tout faire. Juste un petit pas, puis un autre. Elle sent la fierté des petites avancées. Comme une couverture chaude.
Ses yeux se ferment. Dans le silence, des images passent. Un bac à semis, un tuteur, un rayon de soleil. Le monde est doux. Livia se sent à sa place. Elle chuchote un dernier merci qui flotte dans la chambre. Puis le calme s'installe, profond et lumineux, comme un jardin après la pluie.