Chapitre 1 — Le loup sans prénom
Il était une fois, dans une clairière qui pétillait comme une bouteille de limonade, un loup-garou très spécial. Il avait des oreilles pointues, une queue qui frisottait, et un sourire qui faisait penser à une écharpe de nuages. Le matin, il se coiffait avec une brindille; le soir, il chantait en remuant ses pattes. Mais il n'avait pas de prénom. Aucun nom pour dire bonjour, ni pour signer une lettre, ni pour répondre quand les oiseaux lui criaient «Bonjour!»
Chaque matin, il se réveillait en se demandant : qui suis-je ? Il essayait les noms qu'il trouvait dans les buissons : «Boris», «Gaston», «Câlinou». Aucun ne lui allait. «Boris» glissait comme une patate; «Gaston» avait l'air d'un pantalon trop serré; «Câlinou» faisait éternuer les écureuils. Le loup-garou secouait la tête et recommençait sa recherche de prénom comme on cherche une chaussette perdue.
La clairière était pleine de voisins rigolos : un renard qui écrivait des poèmes sur des cailloux, une chouette qui portait des lunettes rondes et lisait des étoiles comme un livre, et des fées qui faisaient du vélo sur des pétales. Tous connaissaient le loup-garou, mais ils avaient chacun un nom différent pour lui. La chouette disait «Toi, mon grand poilu». Le renard murmurait «Mon camarade de pâté de baies». Les fées chantaient «Petit chef des fourrés!» Rien de tout ça n'était son prénom.
Un jour, en se regardant dans une mare, il pensa que peut-être il n'aimait pas les prénoms tout faits. Peut-être que son prénom devait être drôle comme une tartine qui glisse, ou doux comme un oreiller de mousse. Alors il décida d'aller chercher son nom. Il prit son baluchon en feuille, ferma la porte en raclant sa patte, et partit vers le monde qui sentait l'aventure.
Chapitre 2 — Les propositions farfelues
Le chemin était une route de sucre filé qui montait et descendait, et partout le loup-garou rencontra des gens prêts à l'aider. Le premier fut un ogre qui tenait une boulangerie. L'ogre, qui avait des doigts de brioche, proposa : «Je te nommerai Crocbrioché!» Le loup-garou croqua une brioche, fit la grimace et répondit : «Merci, mais non.» Les miettes sur son museau roulaient comme des mini-lunes.
Plus loin, il croisa un poisson volant en sandales. Le poisson pensa très fort — il réfléchissait avec ses nageoires — et dit : «Je t'appellerai Zoubidon!» Le loup-garou essaya de prononcer Zoubidon; il avait l'air d'un mot qui gambadait sans savoir où aller. «Non», dit-il en riant, et le poisson fit une pirouette d'eau et disparut en laissant une odeur de mer.
Ensuite, une sorcière au chapeau qui brillait de confettis offrit une liste de prénoms. Elle fit apparaître des lettres qui claquaient comme des drapeaux. Il y avait «Minimousse», «Tonnerre-Marmelade», «Griffouille». Le loup-garou se mit à jongler avec les lettres. «Griffouille!» cria-t-il une fois, en se cognant la tête sur une branche. Tout le monde rit, la branche s'excusa en tombant et formant un cœur sur le sol.
Il goûta à chaque nom comme on goûte à des bonbons : certains piquaient, d'autres fondaient, mais aucun ne restait. À la fin de la journée, il se couchait sous une couverture de feuilles et se disait : peut-être que trouver un prénom, c'est comme attraper une étoile avec une épuisette. Ça peut prendre du temps. Il regarda la lune, qui faisait la moue, et se sentit un peu moins seul.
Chapitre 3 — Le concours du Grand Chuchotis
Un matin, une annonce fut plantée sur un arbre en pain d'épices : «Concours du Grand Chuchotis — Trouvez le prénom parfait!» Le prix était une boîte qui chantait quand on l'ouvrait et qui contenait des pierres qui racontaient des histoires. Le loup-garou sauta de joie. Voilà une chance de trouver son prénom! Il se prépara : il mettait son meilleur mouchoir de pétales et se nettoya les dents avec une brindille caramélisée.
Le village entier arriva pour écouter les propositions. Des surnoms s'envolaient comme des ballons : «Bip-Bip», «Frousse-Pouffe», «Louloup», «Zigzag». Les rires faisaient des vagues. Le loup-garou regardait les gens monter sur la scène et déposer leur idée dans une grande marmite d'oreillers. À chaque nom, la marmite faisait boum-boom si le nom sonnait bizarrement.
Quand ce fut son tour, il sentit son cœur battre comme une petite batterie. Il monta sur la scène, et au lieu de crier un nom, il raconta une histoire. Pas une histoire longue, juste une phrase qui avait le goût des sourires : «Il était une fois un loup-garou qui cherchait son prénom pour mieux se reconnaître dans le miroir et s'aimer un peu plus chaque jour.» Les mots, comme des flocons de sucre, tombèrent dans la marmite.
La marmite fit plus qu'un boum-boom : elle chanta une chanson douce. Les pierres qui racontaient des histoires dans la boîte du prix frétillèrent. Les gens applaudirent, puis se turent. Un petit enfant leva la main et dit timidement : «Peut-être que ton prénom n'attend pas d'être trouvé, peut-être qu'il croit venir quand tu fais quelque chose qui te rend heureux.» Le loup-garou sourit en sentant une chaleur qui venait de son ventre.
Plus tard, un vieux gnome aux cheveux en spaghetti murmura à l'oreille du loup-garou : «Regarde autour de toi. Les prénoms se trouvent souvent dans les petites choses que tu fais.» Le loup-garou soupira, content comme un chat qui découvre un coussin. Il avait fait rire, il avait partagé, il avait écouté. Peut-être que le prénom était déjà en train de se rapprocher, comme un nuage qui s'étire.
Chapitre 4 — Le prénom qui se glisse
Les jours suivants, il continua à vivre ses petites aventures. Il aida une fourmi à retrouver sa maison qui avait déménagé sans prévenir, il donna un cours de danse aux lapins qui perdaient toujours leurs chaussettes, et il planta des fleurs qui chuchotaient «merci» quand on les arrosait. À chaque fois qu'il faisait quelque chose, les animaux disaient son nom comme si c'était un écho nouveau. Un jeune faon apprit à rouler sur les feuilles et cria : «Regarde, c'est lui!» Mais il n'était pas sûr que ce soit un nom.
Un matin de printemps, alors qu'il tirait un chariot rempli de nuages miniatures pour les arroser, il rencontra une petite fille qui vendait des cartes où l'on échangeait des sourires. Elle avait des tresses qui frétillaient comme des verres d'eau. Elle le regarda avec des yeux très calmes et dit «Bonjour.» Le loup-garou répondit «Bonjour», et quelque chose de très léger frôla son cœur.
La petite fille dessina un cercle sur une feuille et écrivit un mot avec des craies de soleil. Elle tendit la feuille. «Tiens», dit-elle. Sur la feuille se trouvait un mot qui n'était ni trop grand ni trop petit. Ce mot avait l'air d'un pas qui sait où aller. Il disait : Lupo. Le loup-garou le regarda, surpris. Lupo sonnait comme un écho doux et comme un petit vent qui joue dans les herbes.
«Lupo?» demanda-t-il en faisant tourner un brin d'herbe entre ses doigts. La petite fille sourit. «Oui. Lupo, parce que tu roules les rires, tu cours après les nuages, et tu gardes les secrets des cailloux. Lupo, c'est un prénom qui te va bien.» Le loup-garou sentit ses poils s'hérisser, mais cette fois, c'était un frisson de bonheur. Lupo répétait le mot comme on goûte un fruit : sucré, un peu acidulé, parfait.
Il dit «Lupo» à voix haute. Les oiseaux se mirent à danser dans le ciel. Le renard fit un petit salut comme un nounours poli. Même la lune, qui passait, fit une petite révérence. Lupo aimait ce prénom. Il aimait la façon dont il roulait sur la langue et la chaleur qu'il laissait comme une tasse de chocolat.
Pourtant, même si Lupo tenait son nouveau nom dans ses pattes, il sentit qu'il y avait encore une porte entrebâillée quelque part. Il avait trouvé un prénom, oui, mais il avait aussi découvert que chercher peut être aussi doux que trouver. Chercher l'avait fait rire, partager l'avait rendu plus fort, et trouver l'avait fait grandir. Il rangea la feuille dans son baluchon, près de la couverture de feuilles.
Et la forêt, qui avait entendu son prénom, l'appela parfois d'autres façons encore, avec des surnoms fous ou des mots inventés. Lupo souriait à chacun. Il répondait quand on l'appelait, mais il gardait une petite place dans son cœur pour continuer à écouter les propositions bizarres et gentilles. Après tout, le monde était plein de sons qui n'attendaient que d'être transformés en prénoms.
La boîte qui chantait, gagnée au concours, lui offrit une chanson à fredonner. Les pierres parlaient le soir et racontèrent des histoires de prénoms qui changeaient comme des vêtements. Lupo s'endormit sous un chapiteau de feuilles et pensa à la petite fille aux tresses et à la craie de soleil. Il se promit, dans sa tête de loup-garou, d'aller souvent voir la petite fille pour échanger des sourires et des nouveaux mots. Qui sait quel autre prénom l'air du matin pourrait inventer?
La clairière semblait plus grande et plus brillante. Les voisins l'appelaient parfois «Lupo le Rigolo», parfois «Petit Poilu», et parfois encore «Ami des Nuages». Il aimait tous ces noms parce qu'ils racontaient des morceaux de lui. Il avait trouvé une part importante de qui il était : un loup-garou qui aimait chercher, aider et rire.
Un soir, alors que la lune faisait des guirlandes de lumière, Lupo ouvrit la boîte chantante. Elle fredonna une chanson qui parlait d'espoir et d'aventures. En écoutant, Lupo sentit une boussole tout au fond de sa poche vibrer doucement. Elle pointait vers un sentier qu'il n'avait jamais pris, où des lettres dansaient sur des fleurs. Il sourit, se leva, prit son baluchon et glissa la feuille avec son prénom dans sa poche. Puis il fit un pas vers le sentier.
Il n'avait jamais été aussi content d'être lui. Le pas suivant était un mystère tout doux. Il se demanda doucement ce que trouverait son cœur s'il continuait à chercher — peut-être d'autres prénoms, peut-être d'autres amis, peut-être des histoires à collectionner. Et comme la brise murmurait «Bonne route», Lupo s'avança, prêt à écouter encore.