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Histoire sur le printemps 11 à 12 ans Lecture 16 min.

Noisette et Marlon, la graine du printemps

Deux jeunes lapins, Noisette et Marlon, visitent une serre où ils plantent une graine et apprennent, par petites attentions, la patience, l'entraide et le respect de la nature.

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Noisette, petit lapin blanc aux yeux brillants, penche tendrement au‑dessus d’un pot en terre cuite où une fine pousse de capucine aux deux feuilles montre une goutte d’eau; Marlon, jeune lapin brun clair aux grandes oreilles, sourit timidement et tient une coquille de noix transformée en arrosoir à côté de Noisette; une petite abeille jaune et noire butine sur une feuille voisine; le tout se déroule dans une serre en verre aux cadres verts, lumière chaude, pots en terre et feuilles mouillées, ambiance humide, intime et pleine d’espoir. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 : L'odeur de la terre qui se réveille

Le matin avait une lumière neuve, comme si le soleil s'était lavé le visage pendant la nuit. Dans son terrier, Noisette le lapin entrouvrit les yeux. L'air sentait la terre humide et la feuille tendre, pas la neige ni le froid.

Il posa ses pattes sur le sol, très doucement, pour ne pas déranger un petit cloporte qui roulait près de l'entrée. Noisette aimait ces minuscules voisins. Il se pencha.

— Bonjour, voyageur en armure, murmura-t-il.

Le cloporte continua son chemin, sérieux comme un chef d'expédition. Noisette sourit. Il sortit et respira fort. Le printemps avait un goût de promesse. On entendait des gouttes tomber d'une branche, un merle s'essayer à une chanson, et, dans l'herbe, un froissement discret de pattes pressées.

Près d'un tas de feuilles, une coccinelle était coincée sur le dos. Ses pattes moulineaient dans l'air.

— Oh là, tu as fait une roulade sans prévenir, dit Noisette.

Il approcha le museau et souffla tout doucement, puis utilisa le bord d'une feuille comme un petit levier. La coccinelle se retrouva sur ses pattes et resta un instant immobile, comme si elle reprenait son souffle.

— Merci, fit-elle d'une voix minuscule mais décidée.

— De rien. Bon printemps à toi.

Noisette s'éloigna en sautillant. Il aimait cette saison : elle ne fonçait pas, elle s'installait. Elle commençait par des détails, comme un bouton vert sur une branche, un parfum de mousse, une flaque où le ciel se regarde.

Sur le chemin, il aperçut un panneau en bois, un peu de travers, où l'on pouvait lire : « Jardin botanique — Serres ». Les serres le fascinaient. Là-bas, même quand le dehors hésitait, il y avait des plantes qui osaient déjà grandir.

Aujourd'hui, Noisette se sentait prêt à aller voir de plus près. Et, surtout, il avait envie de partager cette envie avec quelqu'un.

Chapitre 2 : Une invitation sous les bourgeons

Au bord d'un sentier, Noisette trouva son camarade Marlon, un jeune lapin au poil un peu plus sombre et aux oreilles toujours en mouvement, comme deux antennes qui captent tout.

Marlon grignotait une tige en regardant l'eau couler dans un ruisseau.

— Tu fixes l'eau comme si tu allais lui poser une question, lança Noisette.

— Je me demande où elle va, répondit Marlon. Elle ne revient jamais au même endroit.

Noisette s'assit à côté de lui. La pierre était froide sous ses pattes, mais le soleil réchauffait le dos.

— Ça te dirait de venir à la serre du jardin botanique ? demanda Noisette. J'aimerais planter une graine… avec toi.

Marlon cligna des yeux, surpris.

— Planter une graine ? Nous, les lapins ? On n'est pas plutôt… des mangeurs de graines ?

— Justement, dit Noisette en riant. Pour une fois, on va en sauver une. On peut en choisir une et l'aider à devenir une plante. Ça te tente ?

Marlon réfléchit. Un vent léger fit bouger les jeunes feuilles au-dessus d'eux. On aurait dit un chuchotement.

— D'accord, finit-il par dire. Mais… je ne sais pas très bien comment on fait. Et si je fais une bêtise ?

— On apprendra ensemble. Et puis, dans une serre, on voit mieux comment les plantes vivent. C'est comme une classe… mais sans pupitre.

Marlon eut un petit sourire.

— Et sans devoir s'asseoir droit.

Ils partirent côte à côte. Noisette ralentissait parfois pour éviter d'écraser des fourmis qui traversaient en file. Marlon le remarqua.

— Tu fais attention à tout, toi.

— Je préfère contourner que déranger, répondit Noisette. Les petits animaux ont des vies minuscules, mais elles comptent autant que les grandes.

Marlon hocha la tête, comme si cette idée trouvait une place au chaud dans sa poitrine.

— Alors, on fera attention à la graine aussi, dit-il.

En approchant du jardin botanique, l'air changea. Il était plus doux, plus chargé d'odeurs : la sève, la fleur, la terre noire. Les serres brillaient au loin, grandes bulles de verre posées sur le monde.

Chapitre 3 : Le souffle chaud de la serre

La porte de la serre grinça un peu quand Noisette la poussa. À l'intérieur, c'était comme entrer dans un autre printemps, plus concentré, plus parfumé. Une chaleur tranquille enveloppa leurs moustaches.

— Oh… souffla Marlon. On dirait que l'air est une couverture.

Noisette huma. Ça sentait la tomate, la menthe, et quelque chose de sucré, comme une fleur qui ne veut pas se taire.

Des gouttes d'eau dormaient sur les feuilles larges. Quand Noisette effleura une plante, une perle tomba et fit « ploc » sur la terre. Le son était petit, mais il résonnait comme dans un secret.

Ils avancèrent entre les rangées. Des étiquettes en bois indiquaient des noms : « basilic », « capucine », « tournesol ». Marlon s'arrêta devant un petit bac où des graines étaient rangées dans des sachets.

— Elles ont l'air… minuscules, dit-il. Comment un tournesol peut sortir de ça ?

Noisette prit un sachet et le renifla.

— C'est ça qui est magique et réel à la fois. Tout est déjà dedans, mais en sommeil. Comme si la plante attendait le bon moment pour se réveiller.

Un escargot se promenait sur le bord d'un pot, lent et brillant. Noisette lui laissa la place.

— Pardon, monsieur le tranquille, dit-il.

Marlon pouffa.

— Tu parles à tout le monde.

— Ça aide à ne pas oublier qu'on n'est pas seuls.

Ils choisirent une graine de capucine, ronde et un peu ridée, comme un petit caillou vivant.

— Elle est jolie, dit Marlon. On dirait une noisette… mais pas la tienne.

— Heureusement, répondit Noisette. Sinon je passerais ma vie à planter des cousins.

Ils trouvèrent un coin libre avec un pot, de la terre et un petit arrosoir. La serre était calme, juste ponctuée par le bourdonnement doux d'un bourdon qui testait les fleurs.

— Bon, dit Noisette, on fait comment ?

Marlon se pencha, très sérieux.

— On met la graine… et on lui souhaite bonne chance ?

Noisette rit doucement.

— Ça, on peut. Mais d'abord, il faut lui préparer une maison.

Ils grattèrent la terre avec précaution. La terre était tiède, souple, et sentait fort, comme une forêt après la pluie. Noisette fit un petit trou.

— Pas trop profond, expliqua-t-il. Sinon elle se fatigue à remonter.

Marlon déposa la graine dans le trou, comme on pose quelque chose de précieux.

— Dors bien, petite, murmura-t-il.

Ils recouvrirent, tassèrent un peu, puis Noisette versa quelques gouttes d'eau. L'eau glissa dans la terre sans bruit, comme si elle disparaissait pour faire son travail.

— Voilà, dit Noisette. Maintenant… on attend.

Marlon resta immobile, les yeux fixés sur le pot.

— Attendre, c'est difficile, avoua-t-il. J'ai toujours l'impression de rater quelque chose.

Noisette posa une patte sur son épaule.

— Attendre, c'est aussi faire confiance. Et pendant qu'on attend, on peut observer.

Chapitre 4 : Petites aides et grandes observations

Les jours suivants, Noisette et Marlon revinrent souvent à la serre. Chaque visite avait son odeur : parfois plus humide, parfois plus chaude, parfois pleine de parfum de fleurs nouvelles.

Un matin, Marlon arriva en sautant presque.

— J'ai apporté de l'eau ! s'écria-t-il, fier, en montrant une minuscule coquille de noix remplie à ras bord.

Noisette éclata de rire.

— C'est… l'arrosoir le plus courageux que j'ai vu.

Ils versèrent l'eau ensemble, goutte après goutte. Marlon se concentrait tellement que sa langue dépassait un peu, ce qui fit rire Noisette encore plus.

— Arrête, je vais tout renverser ! protesta Marlon.

— Pardon, pardon. C'est juste que tu as l'air d'un scientifique.

Ils observèrent aussi les autres plantes. Noisette montra comment une feuille se tourne vers la lumière, comment la tige se redresse après un arrosage, comment la terre se craquelle quand elle a soif.

Ils croisèrent une abeille fatiguée posée sur une tuile chaude, à l'intérieur de la serre. Elle remuait à peine.

— Elle a l'air épuisée, dit Marlon, inquiet.

Noisette réfléchit. Il se souvenait qu'une abeille avait parfois besoin d'énergie rapide.

— Viens, on peut l'aider sans la toucher.

Il trouva une petite goutte de sève sucrée au bord d'une plante et en guida une autre, minuscule, sur une feuille près de l'abeille. L'abeille sentit, s'approcha, but, puis releva la tête.

— Elle bouge ! dit Marlon, soulagé.

— On n'a pas fait grand-chose, répondit Noisette. Juste… un petit pont de douceur.

Marlon regarda l'abeille s'éloigner en bourdonnant.

— C'est ça, l'entraide, alors ? Même quand on est petit, on peut faire une différence.

— Oui. Et souvent, ça commence par remarquer.

Ils revinrent au pot de capucine. Rien ne dépassait encore.

Marlon soupira.

— Elle se moque de nous.

— Non, dit Noisette. Elle travaille en dessous. Les racines sont comme des idées : on ne les voit pas, mais elles préparent la suite.

Marlon plissa les yeux, impressionné.

— Tu dis des choses qui donnent envie de grandir.

Noisette eut un sourire calme.

— Alors, grandissons doucement.

Chapitre 5 : Le premier vert

Un après-midi, la pluie tambourinait sur le toit de verre de la serre. Le son était régulier, rassurant, comme des doigts qui tapotent une table en attendant le gâteau.

Noisette et Marlon entrèrent, leurs moustaches encore humides. Dans l'air chaud, l'odeur de la terre mouillée devint encore plus forte, presque chocolatée.

Marlon courut vers le pot.

— Je vais voir si… si…

Il s'arrêta net. Ses oreilles se dressèrent d'un coup.

— Noisette. Viens. Tout de suite.

Noisette s'approcha. Et là, au milieu de la terre sombre, une pointe verte, fine comme une aiguille de lumière, sortait.

Marlon chuchota, comme si parler trop fort pouvait la faire rentrer.

— Elle est là.

Noisette sentit son cœur faire un petit bond, pas bruyant, juste joyeux.

— Bonjour, capucine, dit-il doucement. Bienvenue.

Marlon la regardait comme on regarde un secret qui devient vrai.

— On l'a fait, souffla-t-il. Enfin… elle l'a fait. Mais on l'a aidée.

Noisette hocha la tête.

— On l'a accompagnée. C'est déjà beaucoup.

Marlon resta silencieux un moment. La pluie continuait, et la petite pousse tremblait à peine, solide dans sa fragilité.

— C'est drôle, dit Marlon. Elle est minuscule, mais j'ai l'impression que tout a changé.

— Parce que tu l'as attendue, répondit Noisette. Quand on attend quelque chose en le respectant, on le voit mieux quand ça arrive.

Marlon sourit.

— Je crois que je comprends. Le printemps, c'est pareil. Il ne saute pas d'un coup dans la forêt. Il arrive par petites touches.

Noisette regarda autour d'eux : des bourgeons, des fleurs, des feuilles qui s'étiraient. Tout avait l'air de dire : « Patience, je viens. »

Ils arrosèrent très peu, juste assez. Noisette expliqua :

— Trop d'eau, c'est comme trop de conseils : ça étouffe.

Marlon éclata d'un rire bref.

— Tu compares l'eau à moi quand je parle trop ?

— Peut-être un peu, avoua Noisette. Mais c'est gentil. Tu es comme une cascade : ça fait du bruit, mais c'est vivant.

Marlon rougit sous son pelage, ce qui était invisible, mais ses oreilles trahirent sa fierté en se dressant encore plus.

Chapitre 6 : Une discussion sur le temps qui passe

Quelques jours plus tard, ils sortirent de la serre en fin d'après-midi. Le dehors était tiède. Le ciel avait la couleur d'une pêche, et l'air portait une odeur de lilas venue d'on ne sait où.

Ils s'installèrent près du jardin botanique, sur une butte d'herbe jeune. Sous eux, la terre semblait respirer. On entendait des grillons timides, pas encore très sûrs de leur musique.

Marlon fixait ses pattes.

— Tu sais, dit-il, avant… je croyais que le temps passait surtout quand on faisait des trucs. Courir, manger, jouer. Mais avec la graine… le temps passait même quand on ne voyait rien.

Noisette suivit du regard une plume qui tournoyait dans l'air, lente comme une pensée.

— Le temps passe toujours, dit-il. Parfois il court, parfois il marche, parfois il s'assoit un instant. Et nous, on peut choisir comment on l'accompagne.

Marlon fronça le nez.

— Comment ça ?

— On peut se plaindre qu'il est lent, répondit Noisette. Ou on peut l'utiliser pour regarder mieux. Écouter mieux. Aider mieux.

Marlon repensa à l'abeille, à la coccinelle, à la petite pousse.

— Alors, quand on aide… on ne gagne pas du temps, mais on le rend plus doux.

Noisette le regarda, content.

— Oui. Et l'entraide, c'est aussi ça : partager l'attente. Quand on est deux, la patience pèse moins lourd.

Le vent apporta un parfum d'herbe coupée. Un oiseau lança trois notes, puis se tut, comme s'il laissait de la place au silence.

Marlon soupira, pas triste, juste rempli.

— Un jour, la capucine aura des fleurs. Et après, elles tomberont. Et ça recommencera.

— C'est vrai, dit Noisette. Le printemps revient, mais jamais exactement pareil. Comme nous.

Marlon tourna la tête vers lui.

— Tu crois qu'on change, nous aussi ?

Noisette pensa à leurs visites, aux arrosages minuscules, aux pas ralentis pour éviter les fourmis.

— Oui, répondit-il. On change à force de faire attention.

Ils restèrent là, côte à côte, à regarder la lumière se poser sur les jeunes feuilles. Le monde n'avait rien d'extraordinaire au sens bruyant du mot. Il était simplement en train de devenir plus vert, plus vivant, jour après jour.

Marlon bâilla.

— Ça fait du bien, dit-il, de ne pas se dépêcher.

Noisette ferma un peu les yeux, content d'entendre les petits sons du soir.

— Le temps qui passe, murmura-t-il, c'est comme une promenade. Si on court, on arrive plus vite… mais on voit moins.

Et, pendant que la nuit approchait doucement, ils se promirent, sans même le dire, de continuer à marcher calmement, ensemble, au rythme du printemps.

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Terrier
Abri creusé dans la terre où vivent certains animaux comme les lapins.
Cloporte
Petit animal à carapace qui vit dans l'humidité et se roule en boule.
Serre
Grande construction en verre où l'on garde des plantes au chaud.
Capucine
Plante à fleurs souvent colorées, dont la graine est ronde et ridée.
Bourdon
Gros insecte qui bourdonne, proche de l'abeille, bon pollinisateur.
Sève
Liquide qui circule dans les plantes et transporte l'eau et les nutriments.
Racines
Parties souterraines des plantes qui puisent l'eau et les minéraux.
Bourgeons
Petites boules sur les branches qui deviennent feuilles ou fleurs.
Entraide
Action d'aider les autres et d'être aidé en retour, ensemble.
étiquettes
Petits morceaux sur lesquels on écrit le nom des plantes ou objets.

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