Le soleil se levait sur une grande plaine verte. Les fougères brillaient encore de rosée. Près d'une rivière qui chantait doucement, un jeune diplodocus avançait lentement. Il s'appelait Lumo. Son long cou allait de gauche à droite, comme une branche curieuse.
Autour de lui, sa famille mangeait des feuilles tendres. Il y avait Maman Doli, Papa Dolo, et sa petite sœur, Pipa, toute ronde et toute vive.
Lumo les regardait souvent. Il aimait quand tout le monde était près de lui. Il aimait les rires, les bruits de mastication, et le calme du matin.
« Je veux vous protéger, » dit Lumo, tout bas.
Maman Doli sourit. « Tu le fais déjà, mon grand. Tu veilles avec tes yeux doux. »
Pipa leva la tête. « Protéger, c'est comme être un grand arbre ? »
« Oui, » répondit Lumo. « Un arbre qui fait de l'ombre et qui rassure. »
Ce jour-là, l'air avait un parfum différent. Comme du miel et des fleurs. Une brise passa, et les feuilles frémirent en faisant un petit “chut, chut”.
Puis, quelque chose de merveilleux arriva.
Dans un buisson de fougères, une lumière apparut. Une petite lumière ronde, comme une luciole… mais plus grande. Elle tournait, elle dansait, elle brillait.
Pipa recula d'un pas. « C'est quoi ? »
Lumo approcha doucement. « Bonjour, lumière. Tu es gentille ? »
La lumière fit un petit cercle dans l'air, puis se posa sur une pierre. Et, surprise, elle parla avec une voix claire, comme une goutte d'eau.
« Je suis Perline, la lumière des fougères, » dit-elle. « Je guide les pas quand on veut rester ensemble. »
Papa Dolo cligna des yeux. « Une lumière qui parle. C'est un jour très spécial. »
Perline scintilla. « Aujourd'hui, un grand nuage va apporter une pluie épaisse. La rivière va grandir, mais seulement un peu. Rien de méchant. Pourtant, les plus petits peuvent glisser. »
Lumo pensa aussitôt à Pipa. À ses petites pattes pressées. À sa façon de courir trop vite.
« Je vais la protéger, » dit Lumo. « Et protéger tout le monde. »
Perline fit un petit “ting” joyeux. « Alors suis-moi. Je connais un endroit sûr, avec de l'herbe moelleuse et des pierres rondes pour faire un chemin. »
La famille se mit en marche. Lumo avançait à côté de Pipa. Il marchait lentement exprès.
« Reste près de moi, petite feuille, » dit-il.
« Je reste, je reste, » répondit Pipa. « Mais je veux sauter ! »
« Tu pourras sauter… plus tard, » dit Lumo en riant doucement.
Ils arrivèrent près d'un passage où la terre devenait sombre et un peu glissante. La rivière murmurait plus fort. Des gouttes commencèrent à tomber : ploc… ploc… ploc…
Pipa fit un pas et glissa un tout petit peu. Ses yeux s'agrandirent.
Lumo posa sa queue au sol, bien large, comme un tapis. « Mets tes pattes sur ma queue. Elle est solide. »
Pipa essaya. « Oh ! C'est doux ! »
« Doux et sûr, » dit Lumo. « Un pas après l'autre. Un pas après l'autre. »
Maman Doli suivit. Papa Dolo suivit. Tous passèrent, calmement. Perline flottait devant eux et éclairait les cailloux les plus stables.
La pluie devint plus forte, mais c'était une pluie chaude. Elle faisait une musique : plic, ploc, plic, ploc. Les fougères se balançaient comme si elles dansaient.
De l'autre côté, ils trouvèrent une petite colline avec de grands cycas. Le sol y était ferme. L'herbe y sentait la menthe sauvage.
« Ici, c'est parfait, » dit Papa Dolo.
Pipa secoua ses pattes. « Je suis sèche ! Enfin… presque ! »
Perline se posa sur le bout du nez de Lumo. « Tu as été un bon protecteur. Tu as utilisé ton corps comme un pont. »
Lumo rougit un peu, comme s'il avait chaud sous ses écailles. « Je voulais juste que Pipa ne tombe pas. Je veux qu'on reste ensemble. »
Maman Doli approcha son grand cou et le frotta contre celui de Lumo. « Tu as un cœur très large, comme la plaine. »
Pipa leva la tête. « Moi aussi, je veux protéger. Je peux protéger… une petite pierre ! »
Elle choisit une pierre ronde et la posa près d'une flaque. « Comme ça, personne ne glisse ici. »
Tout le monde rit. Même Perline fit un “ting ting” qui ressemblait à un rire de lumière.
La pluie ralentit. La rivière, en bas, chuchotait à nouveau. Un arc-en-ciel pâle apparut, comme un ruban dans le ciel.
Perline commença à briller moins fort. « Je dois retourner dans les fougères, » dit-elle. « Mais souvenez-vous : protéger, ce n'est pas seulement être grand. C'est regarder, écouter, et avancer doucement. »
« Comme un pas après l'autre, » dit Pipa.
« Oui, » dit Lumo. « Un pas après l'autre. »
Perline fit une dernière pirouette et disparut dans une feuille.
La famille se blottit sous les cycas. Ils mâchèrent des feuilles fraîches. Ils sentirent la terre humide. Ils entendirent la pluie finir sa chanson.
Lumo posa son cou autour de Pipa, sans serrer, juste pour la chaleur.
« Je suis bien, » murmura Pipa.
« Moi aussi, » dit Lumo. « Tant que tu es près de moi. »
Et, dans la grande époque des dinosaures, sous un ciel lavé par la pluie, tout resta calme, doux et heureux.