Chapitre 1 — Le petit nuage coquin
Pipin était un petit nuage blanc. Il roulait comme une boule de coton dans le ciel bleu. Il aimait flotter près des toits des maisons, sans y entrer. Il aimait compter les toits comme on compte les bonbons.
Ce soir, le ciel sentait la soupe tiède et le vent avait des papillons. Pipin avait les yeux tout ronds, mais pas pour voir. Les nuages ne voient pas comme les yeux. Ils sentent avec leur ventre. Et le ventre de Pipin disait : « Ce soir, je vais m'amuser. »
Il prit une grande inspiration. Il souffla des petites gouttes de pluie en forme de perles. Elles brillaient. Alors il se mit à raconter des blagues aux étoiles. Les étoiles, elles, firent semblant de ne pas rire. Elles clignotaient quand même.
Un cerf-volant passa en sifflant. Il crut que Pipin était un coussin géant. « Bonjour, coussin ! » dit le cerf-volant. Pipin rit dans son coton. « Non, non, je suis un nuage, pas un coussin. Mais tu peux t'asseoir si tu veux. » Le cerf-volant s'assit et se mit à ronronner comme un chat. Pas très fort. C'était un ronron-mistral.
Chapitre 2 — Les quiproquos doux
Tout se mit à se confondre, mais gentiment. Un oiseau alla chercher un ver. Il vit Pipin et pensa : « Miam, chamallow ! » L'oiseau piqua un petit peu. Il se fit un ploc très doux et dit : « Oh, c'est mou comme une tartine de nuage. » Alors il boucla son nid dessus et fit un dodo en pelote. Pipin rougit (un nuage peut un peu rosir au coucher).
Une étoile tua l'ennui. Elle voulut s'asseoir sur Pipin pour regarder la Terre. Elle commença par se poser comme une toupie. Mais elle glissa, glissa, et fit une pirouette. Elle atterrit pile sur le nez du cerf-volant. Le cerf-volant éternua. L'étoile lança un petit rire qui fit des pétales de lumière.
La Lune, ronde comme un fromage, passa par là. Elle se gratta la joue avec un rayon. « Qui a pris mon oreiller ? » demanda-t-elle d'une voix très douce. Pipin dit : « Ce n'est pas un oreiller, c'est moi. Mais tu peux me prêter ton sourire. » La Lune fit un grand clin d'œil et prêta son sourire, qui était chaud comme une tasse de miel.
Un ballon rouge arriva. Il croyait que Pipin était son ami perdu. Il s'accrocha au bras du nuage. Ils firent une danse lente et maladroite. Le ballon chantonna : « Bloop, bloop ! » Pipin répondait par de petites gouttes qui faisaient des notes de musique. Bloop, ploc, ploc. Et tout le ciel fit une petite chanson pour accompagner.
Les moutons du champ en bas regardèrent. Ils virent Pipin et dirent : « Hé, c'est notre cousin, un mouton dans le ciel ! » Ils comptèrent Pipin comme s'il faisait partie de la clôture. Pipin fut surpris. Il poussa un petit "ouaf". Personne ne savait pourquoi un nuage dirait "ouaf", mais tout le monde trouva cela très drôle.
Personne ne se fâcha. Chacun prenait Pipin pour ce qu'il voyait. Les quiproquos tournaient en chamallows et en bisous gentils. Pipin, lui, aimait ces erreurs comme on aime les histoires avec des bonbons à la fin. Il riait tout bas dans ses fibres. Ce rire ressemblait à un doudou qui se tortille.
Chapitre 3 — Le grand bâillement et la douceur
Plus la nuit avançait, plus les étoiles clignotaient comme des lanternes miniatures. Le vent était devenu très conteur. Il racontait des histoires de voyages, de plumes et de petites portes. Pipin écoutait. Il sentit son ventre-chat se transformer en petit tambour qui battait lentement.
Un gros bâillement monta du loin, tout en bas. C'était la Terre qui bâillait. Les arbres bâillèrent aussi, et les fleurs firent une grande révérence. Même les petits ruisseaux firent « shhh » comme pour dire bonne nuit. Pipin sentit que ses gouttelettes se collaient doucement les unes aux autres, comme des amis qui se tiennent la main.
Le cerf-volant, qui avait pris une sieste sur Pipin, se réveilla un peu étourdi. Il voulut repartir. Mais il n'arrivait pas à décoller, il avait trop de songes dans les ficelles. « Je suis rempli de rêves, » dit-il. Le ballon rouge, tout encombré d'amitié, glissa un peu et tomba en riant dans une nuée de confettis d'étoiles. Tout scintillait.
Pipin comprit qu'il était temps de trouver un coin doux pour dormir. Il chercha un endroit calme. Il trouva une petite baie du ciel, un creux creux qui sentait la vanille. Il se mit en boule. Les étoiles vinrent s'aligner comme des veilleuses. La Lune posa son sourire à côté comme un coussin brillant. Les oiseaux chuchotèrent des mots comme "dors", "bien", "tout va bien".
Avant de fermer les yeux, Pipin eut une petite hésitation. Il pensa à tous ceux qui l'avaient pris pour un oreiller, un coussin, un mouton, une friandise. Il pensa à la danse du ballon, au ronron du cerf-volant, à l'oiseau qui avait mis son nid sur lui. Il sourit. Un sourire qui clignotait tout doux de l'intérieur. Un sourire intérieur, comme une lampe de poche qui n'a besoin de personne.
Pipin ferma un œil (les nuages ferment comme on replie une serviette). Puis il ferma l'autre. Son souffle devint petit, lent, comme une chanson qui descend les escaliers. Les gouttes se mirent à se câliner. Les bords de Pipin devinrent peluche. Les couleurs du ciel s'étirèrent en rubans roses.
À l'intérieur de son ventre, Pipin imagina un paysage. Ce paysage n'était pas dehors, il était dedans. Il y voyait des collines en oreillers moelleux. Des rivières de lait chaud qui sentaient la lavande. Des arbres qui portaient des lampes en guimauve. Des chemins de sable en sucre où l'on marchait pieds nus sans jamais avoir froid. Il s'y promenait en bateau, dans un chocolat translucide qui faisait des petits "ploc" amicaux.
Dans ce paysage intérieur, les amis de Pipin arrivaient. Le cerf-volant flottait comme une feuille de papier, mais sans se déchirer. Le ballon rouge roulait comme une pastèque ronde mais gentille. L'oiseau chantait sans fin, et sa voix ressemblait à des bulles. La Lune faisait la ronde en filigrane argenté. Ils se tenaient tous la main. Ils formaient un cercle doux. Chacun souriait à Pipin. Ils disaient : « Repose-toi. Nous sommes là. »
Pipin sentit sa chaleur devenir un petit nid. Il entendit une musique qui venait du bas : c'était la Terre qui fredonnait une berceuse ancienne. Les étoiles y ajoutaient des petites clochettes. Même un moustique très poli fit un petit solo, tout bas, pour dire bonne nuit. Le ciel entier tenait la respiration, mais une respiration tendre, comme une peluche qui respire.
Peu à peu, les phrases que Pipin pensait se firent plus longues, mais plus molles aussi, comme de la pâte à mie de pain. Elles glissaient doucement, se déroulaient, s'étiraient en images chaleureuses. « Je suis un nuage, je suis un coussin, je suis un champ de fleurs, » pensa-t-il, « et je suis entouré. » Ses pensées devinrent laineuses, elles se tricotaient en couverture.
Son sourire intérieur brilla une dernière fois. Il n'était pas grand. Il n'avait pas besoin d'être grand. Il était une lueur qui disait : je suis en sécurité. Je suis aimé. Tout va bien. Et le monde là-bas, le monde qui respire et qui veille, chuchota aussi : « Tout va bien. »
Pipin sentit ses bords s'étirer comme des mains qui veulent faire un câlin. Il se cala plus profondément dans sa baie. Les étoiles se penchèrent et mirent des petits chapeaux de lumière. La Lune souffla un souffle tiède qui sentait la confiture et les bisous. Le cerf-volant fit un dernier petit tour pour remettre tout en ordre.
Alors, doucement, sans bruit, Pipin s'endormit. Son corps de nuage devint un oreiller pour ses propres rêves. Sa respiration devint une chanson lente. Et dans son paysage intérieur, les collines d'oreillers se couchèrent pour la nuit, les rivières de lait chaud se couvrirent d'une peau douce, et les arbres aux lampes en guimauve fermèrent leurs petites lumières.
Le monde entier sembla retenir son souffle pour écouter le sommeil. Et Pipin, avec un sourire tout rond à l'intérieur, dormit comme une promesse. Il rêva d'un matin où tout recommencerait, mais pour l'instant, il resta plongé dans la douceur, couché sur un nuage qui s'appelait Pipin, entouré d'amis imaginaires et réels, et il souriait, tout simplement, à l'intérieur, comme on garde un trésor dans sa poche.