Chapitre 1 — Le renard qui voulait une carte
Rémy le renard avait des yeux pétillants et une queue toute douce. Un matin, en fouillant la plage, il trouva une coquille lumineuse qui brillait comme une petite lune. À l'intérieur, une plume d'oiseau marin et un vieux bout de parchemin tout froissé. Sur le parchemin, quelqu'un avait dessiné des cercles et des maisons sous la mer. Rémy sourit. Il aimait les dessins et les abris où se cacher quand il pleuvait.
« Je vais faire une grande carte des abris pour tous les amis de la côte ! » se dit-il. Il voulait aider les poissons, les crabes, les oiseaux et même les petites créatures des algues. Mais pour dessiner la carte, il devait visiter ces abris. Et beaucoup d'abris se trouvaient... sous la mer.
Rémy savait nager un peu, mais il n'avait jamais passé beaucoup de temps sous l'eau. Il frissonna de joie et d'un peu d'inquiétude. Il alla demander de l'aide à sa voisine, la vieille bernard-l'ermite Brune, qui était bavarde et courageuse.
« Tu veux construire une carte ? » dit Brune en hochant sa coquille. « Emporte-moi ! Et prends aussi Octave le poulpe, il est talentueux et connaît tous les recoins. »
Rémy trouva Octave le poulpe en train de peindre des rondes colorées sur une pierre. Octave sourit de toutes ses ventouses.
« Je peux faire des bulles magiques qui gardent l'air, » dit-il. « Et j'ai des amis méduses qui brillent. Allons-y ! »
Chapitre 2 — La bulle magique
Octave souffla une grande bulle. Les méduses la tinrent comme une lanterne. Sur la bulle, des algues cousurent une petite fenêtre pour que Rémy puisse regarder. Brune la bernard-l'ermite monta sur l'épaule de Rémy. Ensemble, ils glissèrent dans l'eau comme une petite montgolfière.
La mer était douce. Des poissons curieux vinrent saluer : des poissons-soleil souriants, des sardines qui faisaient des pirouettes et des poissons-lunes aux yeux ronds. Des coraux chantaient une chanson qui sonnait comme une cloche tendre. Rémy écrivit tout sur son carnet : « Corail chantant, endroit sûr pour les fleurs de mer. »
Ils rencontrèrent Chiffon, une petite tortue timide qui cherchait un abri pour la nuit. « Mon nid de sable s'est envolé avec la tempête, » dit-elle. Rémy prit soin de noter l'endroit où une vieille épave posait une petite ombre douce. « Ici, on peut dormir, il y a des algues qui protègent, » expliqua Octave.
Tout allait bien, jusqu'à ce qu'un courant fort secoue la bulle. Rémy eut peur. La bulle tanguait, les méduses clignotaient plus vite. Une grande feuille d'algue bloqua le trou où ils devaient passer pour rejoindre la baie tranquille.
« On ne peut pas abandonner, » dit Rémy en serrant sa plume. Il respira profondément, même si c'était à travers la bulle, et il pensa à Brune qui avait traversé de grands sables et à Octave qui peignait des pierres.
Avec patience, Octave utilisa ses tentacules pour tirer doucement sur l'algue. Brune racla avec sa coquille. Rémy fit une petite chanson pour encourager tout le monde. Peu à peu, l'algue se desserra. La bulle passa et la paix revint.
« Tu vois ? » chuchota Octave. « Un petit effort, et tout redevient tranquille. »
Chapitre 3 — Les grottes aux couleurs
Ils arrivèrent aux grottes aux couleurs. Des poissons-lanternes peignaient des dessins lumineux sur les murs. Là , ils trouvèrent plusieurs petits abris : une cavité entre deux pierres, un rideau de varech qui protégeait du courant, et une grotte plus profonde où les conques chantaient doucement. Rémy demanda l'autorisation d'entrer dans chaque abri pour dessiner.
Une fois, en explorant une grotte, un petit éboulement de pierres fit tomber un nuage de sable. Rémy toussa et ses pages du carnet s'envolèrent. Oh non ! Sa précieuse plume tomba aussi dans une flaque sombre. Il pouvait repartir, laisser la flaque et les pages. Mais il se souvint de la promesse qu'il avait faite : faire une carte pour tous.
« Restez près de l'entrée, » dit Octave. « Je vais éclairer le chemin. » Les amis travaillèrent ensemble : Brune racla doucement les cailloux, Octave poussa avec ses ventouses, et Rémy, malgré le sable, se faufila. Il trouva la plume, ramassa les pages et sourit, sale mais heureux.
« On y arrive parce qu'on ne renonce pas, » dit-il. Sa détermination fit sourire la grotte. Les conques accordèrent une note joyeuse. Rémy nota chaque abri, dessina une petite maison pour chaque ami, et écrivit : « Ici, les chantons protégés. »
Ils découvrirent aussi des lieux drôles : la forêt de nez de poisson où chacun se sentait léger, le jardin de méduses qui servait de balai doux. Rémy apprit à écouter les signes de la mer : un mouvement d'algue signifiait un courant, un chant de corail signalait la paix. Chaque observation allait sur sa carte.
Chapitre 4 — Le retour et le partage
Quand la carte fut presque complète, le soleil commença à tomber comme une grosse orange. Rémy sentit ses pattes fatiguer sous la bulle. Ils revinrent vers la plage en chantant. Les méduses firent briller une route de lumière jusqu'au sable, et Octave fit une dernière grande bulle qui les déposa doucement.
À la tombée du soir, tous les voisins de la côte vinrent voir la grande carte. Les crabes, les oiseaux marins, les petites pieuvres, même les poissons-sauteurs se réunirent autour du tronc creux où Rémy accrocha la carte avec une ficelle d'algues.
« Bravo Rémy ! » dit Brune. « Tu as été courageux. »
« Et patient, » ajouta Octave en tapant gentiment la carte avec un tentacule. « Tu as écouté la mer et les amis. »
Rémy sourit, les yeux brillants. Il raconta comment ils avaient passé la bulle, comment ils avaient retiré l'algue, comment ils avaient retrouvé la plume dans la grotte. Les enfants poissons applaudirent en faisant des bulles. La carte montrait tous les abris : les cavités, les rideaux de varech, la maison de corail, la baie protégée. À côté de chaque abri, Rémy avait dessiné un petit cœur et quelques conseils : « Sois doux avec les voisins », « Attends le calme pour t'abriter », « Partage ton abri si quelqu'un a froid. »
Ce soir-là , la côte était tranquille. Les amis comprirent que la mer et la terre étaient plus sûres quand on se prêtait main (ou tentacule) les uns aux autres. Rémy se blottit dans son petit terrier, content et fatigué. Il regarda la lune qui se reflétait dans la coquille lumineuse.
« Demain, nous compléterons la carte pour les jours de grand vent, » murmura-t-il. Octave fit un petit bruit qui voulait dire oui, et Brune ronfla paisiblement.
Rémy s'endormit en pensant aux nouvelles aventures à dessiner. Il avait appris que la persévérance et l'entraide ouvrent les portes des endroits les plus mystérieux. Et si jamais la mer avait besoin d'un guide, il y aurait désormais une carte, des amis, et un renard qui n'abandonne jamais.