1) Le ciel qui clignote
Dans la ville de Néo-Lucioles, les immeubles brillaient comme des tours de bonbons au soleil. Les tramways glissaient en faisant « chhh » et les fenêtres reflétaient des nuages doux, comme de la crème.
Sur le toit d'un petit immeuble, une jeune femme en combinaison bleu nuit surveillait la ville. Elle s'appelait Soléa Voltige. Elle avait des bottes argentées, des gants avec de fines lignes lumineuses, et une cape courte qui flottait comme un drapeau. Ses cheveux noirs étaient attachés en deux tresses, et ses lunettes rondes affichaient des petits points de lumière qui bougeaient. Soléa n'était pas une héroïne qui fonce sans réfléchir. Elle était prudente. Elle regardait, elle écoutait, elle comptait.
Ce soir-là, elle leva les yeux et resta immobile.
Le ciel était… étrange.
Il n'était pas seulement sombre et étoilé. Il clignotait par endroits, comme si quelqu'un avait allumé et éteint une grande lampe derrière les nuages. Des bandes violettes passaient, puis disparaissaient. Et, entre deux étoiles, un rond vert pâle s'ouvrait et se refermait, comme un œil curieux.
Soléa posa une main sur son oreillette.
Elle murmura pour elle-même : « D'accord… On reste calme. On observe. »
Dans sa poche, son mini-robot, un petit cube jaune avec des pattes, frissonna. Il s'appelait Plip.
Plip fit un « bip-bip » qui voulait dire : attention.
Soléa sortit une petite carte hologramme. Des lignes apparurent, comme des routes de lumière.
Le rond vert du ciel se déplaçait doucement… vers le centre-ville.
Soléa inspira, puis sourit.
« Bon. Super-héroïne prudente, c'est moi. Allons-y. »
Elle sauta du toit, attrapa un câble lumineux qu'elle lança avec son gant, et glissa entre les lampadaires. Sa cape claquait gentiment. Elle avait l'air d'une étoile filante qui aurait décidé de protéger les gens.
En dessous, les habitants levaient le nez.
« Oh ! Une aurore ? » disait quelqu'un.
« Non, c'est peut-être un spectacle ! » disait un autre.
Soléa, elle, savait que ce n'était pas un spectacle. C'était un mystère. Et les mystères, ça demande du courage… et de la responsabilité.
2) La tempête de bulles
Le rond vert dans le ciel s'agrandit au-dessus d'une grande rue commerçante. Les enseignes brillaient : boulangerie, librairie, boutique de jouets. Tout était joyeux.
Puis, pouf !
Une pluie de bulles tomba du ciel.
Mais ce n'étaient pas des bulles normales. Elles étaient grosses comme des ballons, et elles collaient aux choses. Une bulle se posa sur une boîte aux lettres : la boîte aux lettres se mit à glisser toute seule. Une autre bulle attrapa un panneau : le panneau se mit à tourner comme une toupie.
Et surtout… les bulles riaient. Oui, elles faisaient un petit son : « Hi-hi-hi ! » comme des chatouilles.
Les gens reculèrent, sans courir trop vite, un peu surpris.
Soléa atterrit sur un passage piéton, bien droite. Elle leva ses mains, paumes ouvertes.
« Pas de panique ! Je suis là. »
Plip sortit de sa poche et cliqueta.
« Bip ! » fit-il, comme s'il disait : on a du travail.
Soléa observa. Les bulles semblaient chercher quelque chose. Elles roulaient vers les vitrines, vers les lampes, vers tout ce qui brillait.
Et là, mini-rebondissement : une bulle énorme s'approcha d'une vitrine de pâtisserie. La vitrine était belle, pleine de gâteaux colorés. La bulle se colla dessus, gonfla, et la vitre fit un petit « crac ».
Soléa fronça les sourcils.
« Oh non. Pas les gâteaux. Et pas la vitrine. »
Elle prit une grande inspiration. Elle se rappela une règle de super-héros : d'abord protéger les gens, ensuite sauver les objets.
Elle lança un petit champ de lumière avec son gant. Un dôme doux apparut devant les passants, comme un parapluie transparent.
Les bulles rebondirent dessus en faisant « pouf pouf », sans faire mal.
Mais les bulles étaient nombreuses. Elles glissaient partout, et leurs « hi-hi-hi » remplissaient la rue.
Soléa réfléchit vite. Ses lunettes affichèrent des symboles.
« Elles aiment ce qui brille… et elles collent. D'accord. On va leur donner quelque chose de plus brillant. Mais loin d'ici. »
Elle pointa le ciel avec son gant. Un fil de lumière monta comme un ruban. Il partit vers le grand terrain de sport de la ville, pas très loin, là où il y avait un stade et une grande pelouse.
Soléa courut en tête, Plip sautillant sur son épaule.
Les bulles suivirent le ruban lumineux, attirées comme des papillons par une lampe.
« Bien joué, Soléa, » se souffla-t-elle. « Maintenant, il faut tenir. Persévérer. Même si c'est collant. »
Sur le chemin, une bulle tenta de s'accrocher à sa botte. Soléa leva le pied, fit un petit pas de danse très sérieux, et la bulle glissa.
« Hi-hi ! » fit la bulle.
Soléa répondit, un peu amusée : « Pas le moment de me chatouiller, merci. »
3) Match sur le terrain de sport
Le terrain de sport était immense, avec des lignes blanches bien droites et des gradins vides. Les projecteurs étaient éteints, mais la lune posait une lumière douce sur la pelouse.
Soléa s'arrêta au centre, les pieds bien ancrés.
Les bulles arrivèrent en roulant, en flottant, en bondissant.
On aurait dit une équipe entière de ballons farceurs.
Plip se mit sur le sol et projeta un petit schéma lumineux.
Soléa comprit : les bulles venaient d'une chose cachée dans le ciel… comme une porte.
Au-dessus du stade, le rond vert clignota plus fort. Il faisait un léger bourdonnement, comme une toupie qui tourne.
Soléa leva les bras.
« D'accord, les bulles. On joue ici. Mais on joue gentiment. »
Elle activa ses gants. Deux anneaux de lumière tournèrent autour de ses poignets. Elle pouvait guider l'énergie, comme si elle tenait des rubans de vent.
Mini-rebondissement : soudain, les bulles se rassemblèrent et formèrent une grosse bulle géante, haute comme un bus. Elle pencha vers Soléa, comme si elle voulait l'engloutir dans une énorme étreinte collante.
Soléa recula d'un pas. Son cœur fit boum.
Elle eut envie de dire « oups », mais elle se redressa.
« Courage, » se dit-elle. « Et responsabilité. Je peux le faire. Je vais essayer… encore et encore. »
Elle lança un anneau de lumière autour de la bulle géante. L'anneau glissa… et rebondit.
La bulle fit : « Hiiiii ! » comme un rire très chatouilleux.
Soléa serra les dents, puis souffla.
« Ce n'est pas la bonne méthode. On persévère, mais on change de plan. »
Elle observa la bulle. Elle voyait de petits éclats verts à l'intérieur, comme des paillettes.
« Les paillettes vertes… c'est la même couleur que la porte du ciel. »
Plip fit « bip-bip-bip » et pointa ses pattes vers les projecteurs du stade.
Soléa sourit. Elle comprit.
Si les bulles aiment ce qui brille, alors les projecteurs pourraient les attirer… mais aussi les calmer, comme une veilleuse.
Elle courut vers le panneau de commande. Ses doigts tapèrent vite. Les projecteurs s'allumèrent.
WHOUM.
Quatre grands faisceaux blancs illuminèrent le terrain. La lumière était forte, mais douce, comme un matin d'été.
Les bulles se figèrent, surprises. Leurs rires devinrent plus petits : « hi… hi… »
Elles commencèrent à flotter plus lentement, comme des ballons fatigués.
Soléa leva ses gants et dessina dans l'air une grande spirale lumineuse, un peu comme une sucette géante.
La spirale monta vers la porte verte, là-haut.
Les bulles, attirées, suivirent la spirale.
Une par une, elles montèrent, montèrent, montèrent… et passèrent dans le rond vert.
Avant de partir, la bulle géante se retourna presque, comme pour regarder Soléa. Elle fit un dernier petit rire, très doux : « hi. »
Puis elle disparut.
Le ciel s'éteignit d'un coup. Le rond vert se ferma, comme un œil qui s'endort.
Le silence revint. Le stade était calme.
Soléa posa ses mains sur ses genoux et souffla.
Plip grimpa sur sa botte et fit un « bip » fier.
Soléa rit.
« On dirait que j'ai gagné un match contre des bulles chatouilleuses. »
Mais elle se rappela aussitôt la vitrine de la pâtisserie.
Elle se redressa.
« Mission pas finie. Une héroïne va jusqu'au bout. »
4) La lumière qui répare
Soléa retourna en ville en courant, puis en glissant avec ses câbles lumineux. Les rues avaient retrouvé leur rythme. Les gens parlaient doucement, un peu excités, mais rassurés.
Devant la pâtisserie, la vitrine avait une grande fêlure en étoile. Les gâteaux étaient toujours là, heureusement. Mais la vitre faisait triste mine.
Le pâtissier, un monsieur avec un tablier blanc plein de farine, soupira.
Soléa s'approcha calmement.
« Je suis désolée. J'ai détourné les bulles, mais je n'ai pas pu empêcher ce petit crac. Je vais réparer. »
Le pâtissier cligna des yeux.
« Tu… tu peux réparer une vitrine ? »
Soléa hocha la tête.
« Je vais essayer. Et je vais persévérer jusqu'à ce que ce soit bien. »
Elle s'agenouilla. Plip sortit une petite boîte de son ventre-cube : un gel transparent qui brillait comme de l'eau de lune.
Soléa appliqua le gel sur la fêlure. Elle activa ses gants très doucement, comme si elle caressait la lumière.
Un fil lumineux parcourut la fissure. On entendit un petit « tsssss », pas méchant, comme une limonade qui pétille.
La fêlure se resserra. Les bords se rejoignirent.
Soléa recommença une seconde fois, plus lentement.
Puis une troisième fois, encore plus soigneusement.
Parce que réparer, c'est aussi une aventure. Une aventure de patience.
Enfin, la vitrine redevint lisse et claire. On voyait à nouveau les gâteaux comme dans une histoire : éclairs au chocolat, tartes aux fraises, biscuits en forme d'étoile.
Le pâtissier ouvrit grand la bouche.
« Oh… Elle est comme neuve ! »
Soléa se releva, un peu gênée, mais contente.
« C'est normal. Protéger la ville, c'est aussi prendre soin de ses petits trésors. »
Des enfants qui passaient s'arrêtèrent et applaudissaient doucement.
L'un d'eux demanda : « Et le ciel bizarre ? »
Soléa leva les yeux. Le ciel était redevenu sage, avec ses étoiles tranquilles.
« Parfois, l'espace fait des blagues, » dit-elle. « Mais ici, on veille. Et on apprend. »
Plip fit un « bip ! » qui sonnait comme : et on reste prudents.
Soléa rit et salua.
Elle sentit dans sa poitrine une chaleur douce, comme une petite lampe.
Elle n'avait pas seulement été forte. Elle avait été attentive, responsable, et elle n'avait pas abandonné.
Cette nuit-là, Néo-Lucioles brillait encore plus. Pas seulement à cause des lampes.
Mais parce qu'une héroïne prudente avait choisi de persévérer, jusqu'à la dernière vitre réparée.