Début : Le héros et le talkie-walkie qui fait « Grrrzzzt »
Dans la grande ville de Pim-Poum, les bus faisaient « pschiiiit » en freinant, les vélos faisaient « dring dring », et les immeubles brillaient comme des boîtes de bonbons.
Là-bas vivait Léo. Il était un jeune homme… et aussi un super-héros bricoleur. On l'appelait Cap'Bricolo. Il n'avait pas de lasers dans les yeux. Non. Son super-pouvoir, c'était de réparer n'importe quoi avec trois bouts de ficelle et une idée rigolote.
Il portait une cape bleue, des baskets rapides, et une ceinture pleine d'objets étonnants : du ruban adhésif, un mini-tournevis, une pince, et même un petit canard en plastique « pour le courage », disait-il.
Ce matin-là, il tenait son talkie-walkie préféré. Il grésillait tout le temps.
« Grrrzzzt… Cap'Bricolo… on m'entend… grrrzzzt ? » fit l'appareil.
Léo tapota dessus.
« Oui, je t'entends, petite radio qui tousse ! Qu'est-ce qu'il y a ? »
Dans le talkie-walkie, une voix paniquée répondit :
« Grrrzzzt… Ici… le Gardien du Centre Commercial… gros souci… la porte automatique… elle fait n'importe quoi ! Elle avale les gens… enfin… presque ! »
Léo ouvrit de grands yeux.
« Une porte qui avale les gens ? Oh là là. J'arrive ! »
Il partit en courant. Sa cape fit « fwoooosh ». Mais au coin de la rue, le talkie-walkie grésilla encore plus fort.
« GrrrZZZT ! Attention… la cour de service… derrière… grrrzzzt… »
« La cour de service ? Pourquoi la cour de service ? » demanda Léo.
Trop tard. En voulant couper par un passage, il poussa une petite porte grise… et se retrouva dans une cour de service.
C'était un endroit étrange : des poubelles bien alignées, des cartons, des balais, et un énorme ventilateur qui faisait « VROOOOUM » comme un dragon enrhumé. Une mouette regardait Léo en penchant la tête, comme si elle disait : « Tu t'es perdu, toi. »
Léo sourit.
« D'accord, cour de service. On va travailler ensemble. »
Milieu : La mission de la porte affamée
Léo avançait prudemment. Il y avait des flèches au sol, des tuyaux, et une odeur de pizza froide. Son talkie-walkie crachota :
« Grrrzzzt… la porte… elle se ferme et s'ouvre… trop vite… grrrzzzt… »
Au bout de la cour, une grande porte métallique menait au centre commercial. Juste à côté, une petite fenêtre montrait l'intérieur : des gens attendaient, un peu serrés, comme des sardines. Un agent de sécurité, Monsieur René, agitait les bras.
« Cap'Bricolo ! Par ici ! »
Léo passa par une porte de service et arriva devant la fameuse porte automatique. Elle faisait : « TCHAC ! » puis « TCHOUF ! » puis « TCHAC ! » encore, sans raison. On aurait dit qu'elle jouait à cache-cache.
Une dame avec un sac de courses s'approcha.
La porte s'ouvrit.
La dame avança.
La porte se referma très vite : « CLAC ! »
La dame recula d'un bond.
« Oh ! Elle m'a pincé l'air ! » dit-elle.
Un petit garçon rigola :
« Elle a faim de nez ! »
Léo leva les mains.
« Pas de panique ! Je suis Cap'Bricolo. Je vais parler à la porte. »
Il se pencha et chuchota :
« Bonjour, porte. Tu peux arrêter de faire la chipie ? »
La porte répondit… à sa façon.
« TCHAC ! »
Puis elle s'ouvrit d'un coup si fort que le courant d'air fit voler la cape de Léo : « FLAP FLAP FLAP ! »
Sa cape lui tomba sur la tête.
On ne voyait plus que ses baskets.
« Je suis… un fantôme de bricolage ! » dit-il, la voix étouffée.
Les gens éclatèrent de rire, mais gentiment, parce que Léo riait aussi.
Il se dégagea et déclara :
« Je crois qu'elle est d'humeur rigolote. Bon. Observons. »
Léo sortit un petit tournevis et un rouleau de ruban adhésif.
Monsieur René chuchota :
« On a déjà appelé un technicien, mais il est coincé dans les embouteillages. »
« Pas grave, » dit Léo. « Je suis le technicien… version cape. »
Il ouvrit le petit panneau près de la porte. Dedans, il y avait des fils et un boîtier qui clignotait « bip bip bip ».
Le talkie-walkie grésilla :
« Grrrzzzt… attention… ça peut… faire… bzzz… »
« Merci pour ce conseil très clair, » répondit Léo.
Tout à coup, la porte se mit à s'ouvrir et se fermer encore plus vite : « TCHAC-TCHAC-TCHAC ! »
Les gens reculaient comme une vague.
« Elle danse ! » cria le petit garçon.
« Une danse de porte ! » dit une mamie en riant.
Léo regarda autour de lui. Au-dessus de la porte, il vit un petit capteur, comme un œil.
« Ah ! Je comprends. Elle croit qu'il y a quelqu'un tout le temps. »
À ce moment-là, une mouche passa devant le capteur.
La porte s'ouvrit : « PSHOOO ! »
Puis une autre mouche.
« PSHOOO ! »
La porte faisait la fête avec les mouches !
Léo se gratta la tête.
« Il me faut… un plan. Un plan simple. »
Il eut une idée. Une idée Cap'Bricolo.
Il sortit de sa ceinture… le petit canard en plastique.
« Coin-coin, je compte sur toi. »
Monsieur René fronça les sourcils.
« Un canard ? »
« Un assistant très sérieux, » dit Léo.
Léo posa le canard juste sous le capteur, bien au milieu, puis il colla un petit morceau de carton en forme de chapeau au-dessus, pour faire de l'ombre.
« Maintenant, le capteur va voir… le canard. Tout le temps. Et il va comprendre que ce n'est pas un vrai client qui bouge. »
La porte hésita.
« Tch…? »
Puis elle fit « BIP ».
Puis… elle s'ouvrit doucement. « Pssshhh… »
Et elle resta ouverte.
Tout le monde applaudit.
« Bravo le canard ! » cria le petit garçon.
Léo salua :
« Merci, merci. Mais ce n'est pas fini. Une porte doit aussi savoir se fermer gentiment. »
Il retira le canard, et cette fois il colla une petite bande de ruban sur le capteur, comme une mini-lunette.
« Voilà. Ça va l'empêcher de voir les mouches en plein milieu. Elle verra seulement les grands mouvements, comme… un vrai passage. »
La dame au sac de courses tenta.
La porte s'ouvrit : « Pssshhh… »
La dame passa.
La porte se referma lentement : « chhh… clac. »
Sans surprise, sans pincement.
Tout le monde fit :
« Ooooh ! »
Fin : Le héros, la confiance, et la cape pliée
Monsieur René souffla, soulagé.
« Cap'Bricolo, tu nous as sauvés d'une porte danseuse ! »
Le petit garçon demanda :
« Tu n'avais pas peur ? La porte faisait “TCHAC” très fort ! »
Léo se pencha à sa hauteur.
« J'ai eu un tout petit frisson, comme quand on voit une grosse mousse de bain. Mais tu sais quoi ? Quand on doute, on peut faire une chose : respirer… et essayer une idée. Puis une autre. Et encore une autre. »
La mamie hocha la tête.
« Ça, c'est de la confiance. »
Léo rougit un peu.
« Et de l'adhésif. Beaucoup d'adhésif. »
Son talkie-walkie grésilla une dernière fois :
« Grrrzzzt… mission… réussie… grrrzzzt… »
Léo lui tapota doucement.
« Merci, toi aussi tu as bien travaillé, même en éternuant. »
Les gens recommencèrent à entrer et sortir du centre commercial. La porte faisait maintenant « pssshhh… chhh… clac », comme une porte polie et bien élevée.
Léo retourna dans la cour de service pour ranger ses affaires. Le ventilateur-dragon ronronnait toujours « VROOOOUM », mais ça ne l'impressionnait plus.
Il plia soigneusement sa cape, bien carrée, comme une serviette magique.
« Une cape pliée, c'est un héros prêt pour demain, » murmura-t-il.
Il posa la cape pliée sur une caisse propre, à l'abri du vent.
Puis il sourit, droit comme un grand.
« Je peux le faire, » se dit-il. « Même quand ça grésille, même quand ça claque. Je peux le faire. »
Et dans la ville de Pim-Poum, quelque part, une mouche passa devant un autre capteur… mais cette fois, rien de terrible n'arriva.
Juste un petit « bip » timide, comme un rire discret.