Chapitre 1 — La cape qui parle
Mathis aimait parler. Il parlait tout le temps. À sa pluie, à son petit-déjeuner, même à sa chaussette gauche. Un matin, il décida d'être super-héros. Pas un super-héros sérieux. Un super-héros bavard aux pouvoirs bizarres.
Il enfila une cape rayée qui miaulait quand il bougeait. La cape s'appelait Popcorn. Popcorn avait des idées. « Fais une entrée qui pétille ! » ronronnait-elle. Mathis sourit. Il aimait les entrées qui pétille. Il prit son casque en plastique jaune, ses bottes en caoutchouc vertes, et son écharpe à pois qui brillait quand on la secouait.
« Prêt ? » demanda Popcorn.
« Toujours prêt, » répondit Mathis, qui parlait même à ses chaussettes quand il sautait.
Dans la ville moderne, les immeubles étaient brillants comme des boîtes de bonbons. Les gens allaient et venaient. Mathis voulait faire une entrée spectaculaire. Il se gara justement devant le cinéma de quartier, un petit bâtiment rouge avec une enseigne qui disait CINÉMA en lettres lumineuses. Il avait choisi ce lieu pour sa grande entrée : cinéma, pop-corn, rires — tout ce qu'il aimait.
Chapitre 2 — L'entrée spectaculaire
Mathis voulut créer un saut avec un petit trampoline qu'il avait fabriqué avec une couverture et des coussins. Il monta sur le toit d'une petite voiture, prit une grande inspiration, et cria : « TADA ! » mais sa voix sortit comme un canard qui éternue. Un monsieur passa, rit fort, et dit : « Bravo, jeune homme ! »
Mathis courut, sauta... et atterrit dans une poubelle à fleurs. La poubelle explosa de pétales. Les pigeons firent la révérence. Popcorn applaudit en faisant « miam » comme du pop-corn qui craque.
Oh ! Il oublia un pouvoir : Mathis pouvait changer la couleur des choses avec ses mots. Il prononça, tout à fait par accident, « confetti ! » et la poubelle se mit à lancer des confettis roses et bleus. Les enfants qui jouaient près du cinéma crièrent de joie. « Encore ! Encore ! » dit une petite fille.
Mathis sentit son cœur qui bat fort. Il voulait que son entrée soit parfaite. Il fit une roulade dramatique, glissa sur une peau de banane (une vraie, pas du dessin), et atterrit devant la porte du cinéma. La porte était bien fermée. Un petit chat était posé sur le tapis d'entrée et portait des lunettes de soleil.
« Excusez-moi, Madame la Porte, je suis un super-héros ! » dit Mathis, en s'inclinant très, très bas.
La porte ne répondit pas, mais le chat remua la queue. Popcorn murmura : « Hypnotise la porte avec une blague. »
Mathis fit ce qu'on lui disait. Il raconta la blague la plus drôle qu'il connaissait : « Pourquoi la chaise a-t-elle pris la poudre d'escampette ? Parce qu'elle en avait marre de rester assise ! » Les lumières de l'affiche clignotèrent. La porte ricana (ou peut-être ce fut le chat). Elle s'ouvrit en grinçant, comme pour dire : « Bon, tu peux entrer. »
Mathis frappa la porte comme un tambour. À l'intérieur, la salle était sombre. Un film commençait bientôt. Les gens étaient assis, les enfants mangeaient des bonbons. Mathis voulait faire une entrée spectaculaire, silencieuse et douce. Il oublia qu'il avait un autre pouvoir étrange : il pouvait faire tout petit... avec sa voix.
Il murmura « tout petit » pour se faufiler entre les sièges. Mais Popcorn, curieuse, miaula fort et transforma « tout petit » en « gigantesque ». Mathis, qui était devenu grand comme un arbre, se retrouva coincé entre deux rangées. Les bonbons tombèrent comme de la pluie. Les adultes sursautèrent, les enfants applaudirent.
« Oh non ! » chuchota Mathis. Il se sentit un peu honteux. Le projectionniste éteignit la lumière et dit d'un ton bonhomme : « Qui a apporté le soleil dans la salle ? »
Mathis baissa les yeux. Il rougit jusqu'aux oreilles. Une petite voix derrière lui dit : « C'est drôle ! » C'était la petite fille aux rubans. Elle tendit une main pleine de confettis. « Tu veux un peu de confetti magique ? » demanda-t-elle.
« Oui, s'il te plaît, » répondit Mathis, tout content. Il se sentit soudain moins grand, moins gêné. Il fit un petit bond et redevint sa taille normale. Les gens rirent sans méchanceté. Ils rirent avec lui. Mathis réalisa quelque chose : son arrivée n'avait pas besoin d'être parfaite. Elle pouvait être drôle, maladroite, inclusif. Les rires étaient comme des mains qui l'aidaient à se sentir chez lui.
Chapitre 3 — Le film, le pop-corn et le merci
La projectionniste, une dame au chapeau étoilé, lui fit un clin d'œil. « Entre, champion, et partage ton pop-corn. » Mathis prit un grand seau de pop-corn — la cape miaula : « Partage d'abord ! » — et alla s'asseoir avec la petite fille, le chat aux lunettes et quelques nouveaux amis. Tous étaient différents : un garçon en t-shirt bleu qui aimait les avions, une mamie avec des lunettes roses, un petit garçon qui avait une prothèse au bras et la portait fièrement comme une épée magique. Mathis sourit. Il sourit parce qu'il aimait les gens différents. Il aimait quand chacun avait sa place.
Le film commença. C'était une histoire drôle sur un canard qui voulait être chef d'orchestre. Mathis chuchota des commentaires tout haut, parce qu'il parlait beaucoup. Les amis lui chuchotèrent aussi, et bientôt toute la rangée riait aux mêmes blagues. Le cinéma devint un petit village de rires, où les différences faisaient des couleurs au lieu de murs.
À la fin du film, les lumières se rallumèrent. Mathis se leva, fit un petit salut comme un super-héros et dit : « Merci ! » tout fort. La dame au chapeau lui tendit un badge : SUPER-AMI. Popcorn brilla et fit une petite chanson.
Le chat aux lunettes monta sur les genoux de Mathis. La petite fille le serra fort. Le garçon au t-shirt bleu proposa de partager un jeu demain. La mamie raconta une blague encore plus drôle que celle de la porte. Le petit garçon à la « prothèse-épée » leva son bras comme un drapeau et dit : « Tu peux venir jouer avec nous. »
Mathis sentit une chaleur douce dans la poitrine. Il avait voulu faire une entrée spectaculaire. Il avait trouvé quelque chose de plus doux : des amis. Il regarda le ciel par la porte du cinéma. Le ciel était presque violet, avec une goutte de lune qui clignotait comme une luciole. Mathis leva la main, comme pour saluer quelque chose de grand.
« Merci au ciel, » murmura-t-il, mais cette fois ce n'était pas seulement un mot. C'était un merci pour la chance d'être ensemble, pour les rires, pour la cape qui parle et pour tous ceux qui sont différents mais qui brillent pareil.
Les gens se dirent au revoir en rigolant. Mathis fit sa révérence, Popcorn fit un dernier miaou, et le chat retira ses lunettes en faisant un clin d'œil. La ville moderne brilla encore un peu plus quand des confettis restèrent collés aux chaussures des passants. Mathis rentra chez lui, le cœur léger, prêt pour d'autres maladresses héroïques.
Un merci au ciel.