Chargement en cours...
Histoire de créature rigolote 9 à 10 ans Lecture 32 min. (1)

Gaspard le géant et le sourire de Bourribo

Gaspard le Géant, connu pour ses siestes inopportunes, se lance dans une aventure pour faire sourire Bourribo, un hérisson boudeur, en utilisant son tambourin, un mégaphone chuchoteur et son cœur généreux. Accompagné de Mademoiselle Rigoria, il découvre que la joie et l'amitié peuvent transformer même les situations les plus délicates.

Télécharger cette histoire en PDF

Idéal pour partager ou imprimer cette histoire !

Télécharger l'e-book (.epub)

Lisez cette histoire sur votre liseuse électronique

Un géant nommé Gaspard, aussi grand qu'un clocher, avec des cheveux ébouriffés et un sourire éclatant, se tient au centre d'une clairière. Ses yeux brillent de joie. Il porte une cape bleue et tient un tambourin. À ses côtés, Mademoiselle Rigoria, une lutinne aux lunettes carrées et au chignon, sourit. Elle est petite, avec des ailes scintillantes et une blouse blanche, tenant un flacon de savon. La scène se déroule dans une clairière ensoleillée, entourée d'arbres verts et de fleurs colorées, avec des bulles de savon flottant dans l'air. Gaspard et Mademoiselle Rigoria se préparent à glisser sur un tapis fait de sa cape, entourés de rires et de bulles, prêts pour une aventure pleine de sourires et de surprises. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 - Le géant qui s'endort au mauvais moment

Dans le royaume de Fantaisie-Pétille, tout le monde connaissait Gaspard le Géant. Il n'était pas seulement grand comme un clocher, il était grand comme trois clochers empilés. On disait qu'il pouvait cueillir les nuages comme des pommes de coton. On disait aussi qu'il s'endormait souvent au mauvais moment, comme si les bâillements se cachaient derrière chaque coin, prêts à lui sauter au visage.

Ce jour-là, il y avait le Grand Festival des Grimaces Joyeuses. Des elfes tiraient des langues roses, des dragons miniatures faisaient des clins d'œil, et même les sapins ondulaient avec des sourires en forme d'étoile. Gaspard se tenait au bord de la place, tout excité. Il avait apporté un tambourin de taille baignoire et un sac de bonbons au goût de comète.

Quand la reine des Papillonnades monta sur la scène pour lancer le concours du sourire le plus contagieux, Gaspard décida, pour une fois, de ne pas cligner des yeux. Il allait tenir bon. Il allait rester bien réveillé. Il allait…

Sa paupière gauche fit ploc. Sa paupière droite fit ploc aussi. Son menton s'enfonça dans son écharpe en laine épaisse. Et il s'endormit, assis, en plein milieu du roulement de tambour. Ses ronflements formaient une petite chanson: “Ron-ti-ron, ron-ti-ron.”

Il rêva qu'il pliait la lune pour en faire une chaise longue. Quand il rouvrit un œil, un seul, il vit au-dessus de lui un nuage qui tenait une pancarte: “Réveille-toi, Gaspard!” Le nuage brûma un peu d'eau sur son front, et le géant sursauta. La place était vide. Le festival avait filé comme une poignée de confettis dans le vent. À la place, un petit colibri-messager portait une enveloppe scellée d'un autocollant en forme de sourire.

Gaspard ouvrit la lettre avec ses doigts énormes et délicats. Les mots étaient très grands, comme s'ils avaient compris qu'il avait de grands yeux: “Cher Gaspard, le hérisson le plus grincheux du royaume, Bourribo l'Infronçable, ne sourit jamais. Si tu parviens à le faire sourire, une pluie de bulles de savon tombera sur la vallée et les enfants pourront sauter dedans. Si tu n'y parviens pas, Bourribo risque de se transformer en boule de bouderie éternelle. Aide-nous, s'il te plaît.”

Gaspard se redressa. Il se sentit tout chaud au cœur. Il n'aimait pas voir quelqu'un bouder pour toujours. Il attrapa son tambourin, prit son sac de bonbons, et déclara: “D'accord, je vais essayer.” Un papillon passa et lui fit un clin d'œil. Gaspard lui répondit d'un clignement un peu lourd. Il fit deux pas, puis trois. Puis, évidemment, il bâilla.

“Pas maintenant,” se dit-il. Il toucha sa joue pour rester éveillé. Il voulut demander la route à un lapin qui tricotait des écharpes de carottes, mais à ce moment exact, ses genoux plièrent, sa tête se posa sur un tonneau de confiture de myrtilles, et hop! Il s'endormit encore.

Quand il se réveilla, il n'était plus sur la place. Il était couché au fond d'une brouette à roulettes, qui roulait toute seule en gloussant. La brouette l'emmena en zigzag, franchit un petit pont à ressorts, traversa un tunnel de plumes et s'arrêta devant une porte peinte avec des éclairs, des étoiles et des cravates. Sur la porte, une enseigne clignotait: “Atelier Bric-à-Bric: on répare, on invente, on rigole (si possible).”

Gaspard sourit. Cela sentait l'aventure.

Chapitre 2 - L'atelier qui éternue et le mégaphone chuchoteur

L'Atelier Bric-à-Bric était un joyeux bazar. Des marteaux éternuaient dans un coin: “Atchoum!” Des scies chantaient des chansons de berceuses, très faux mais très doux. Un pot de peinture rose poursuivait un pot de peinture verte en lui reprochant de lui avoir volé son pinceau. Sur une table, des vis jouaient aux billes avec des roulements à billes, ce qui pouvait durer un bon moment.

Au centre du tumulte, une personne aux gestes précis tentait d'écrire sur un tableau. Elle portait une blouse propre, des lunettes carrées, et un chignon si serré qu'on aurait dit un petit bouton sur sa tête. C'était Mademoiselle Rigoria, la lutinne la plus sérieuse de tout Fantaisie-Pétille. Elle avait un crayon rangé à la verticale sur l'oreille. Elle n'avait pas l'air de plaisanter avec le désordre.

“Bonjour,” dit Gaspard d'une voix qui fit vibrer les étagères.

Mademoiselle Rigoria leva les yeux, puis les abaissa, puis les releva. Elle regarda le géant de la tête aux pieds, puis des pieds à la tête. “Ah. Vous êtes grand,” dit-elle, comme si c'était une surprise. “Vous êtes en retard aussi. Mais passons. J'ai reçu la commande du jour: Mission Sourire de Bourribo l'Infronçable.”

Gaspard cligna des yeux. “C'est vrai? Vous pouvez m'aider?”

“Je peux aider si on suit le plan,” répondit-elle en brandissant un rouleau de papier. “Étape 1: outils. Étape 2: essais. Étape 3: exécution parfaite. Sans taches, sans confusions, sans… enfin, sans quiproquos. Elle prononça ce mot comme si c'était un gros grumeau.

À ce moment précis, un ventilateur s'alluma tout seul et envoya des confettis dans ses lunettes. Elle ne cligna pas. Gaspard, lui, sourit un peu.

Mademoiselle Rigoria lui donna un objet enveloppé dans un tissu bleu. “Ceci est un mégaphone chuchoteur. Il amplifie les chuchotements, pas les cris. Si vous chuchotez une petite blague, la blague devient grande, mais reste douce comme un murmure. C'est parfait pour les oreilles délicates des hérissons boudeurs.”

Gaspard prit l'objet avec respect. C'était tout léger, en forme de coquillage. Il le plaça à son oreille et entendit, très loin, quelqu'un chuchoter “banane”. Il rit dans sa barbe.

“Étape 2,” enchaîna Mademoiselle Rigoria. “Nous faisons des essais. Besoin d'un tapis antidérapant.” Elle cria: “Tapis!”

L'atelier entendit: “Tapi!” Et tout à coup, un tapis se cacha sous la table. Mademoiselle Rigoria tapota sa liste, contrariée.

“Des coussins d'air!” ordonna-t-elle.

L'atelier entendit: “Des cousins d'air!” Deux petits courants d'air coiffés de moustaches apparurent et firent: “Coucou, cousine!” en se saluant. Ils se mirent à tourner autour de Gaspard en lui chatouillant les genoux. Il se pencha pour les saluer poliment, son front cogna une étagère, un pot de colle pailletée tomba, et plouf, des paillettes brillantes se répandirent sur la blouse impeccable de Mademoiselle Rigoria.

Elle regarda sa manche scintillante. Sa bouche fit un trait. “Ce n'est… pas grave,” dit-elle d'une voix très serrée. “Continuons.”

“Des balles de jonglage!” dit-elle encore.

L'atelier entendit “baleines de jonglage”, et trois petites baleines en caoutchouc bondirent sur une bassine d'eau en lançant des oranges avec leurs jets d'eau. Gaspard éclata de rire, un rire rond qui fit trembler les clous. Mademoiselle Rigoria eut l'air d'avaler un sourire qui voulait s'échapper, mais elle le repoussa dans sa poche.

“Je vois le problème,” souffla Gaspard. “C'est une cascade de quiproquos.”

“Justement ce que je ne voulais pas,” répondit-elle.

Ils continuèrent quand même. Gaspard essaya le mégaphone chuchoteur: “Hérisson qui sourit, hérisson guéri,” murmura-t-il. Le mégaphone fit passer le murmure dans tout l'atelier. Les marteaux sourirent. Les scies cessèrent de fausser une seconde, puis reprirent, mais avec plus d'entrain.

“Étape 3,” dit Mademoiselle Rigoria en époussetant les paillettes de son épaule. “Nous exécutons. Direction la Clairière des Ronces, là où habite Bourribo.”

Gaspard prit son tambourin, son sac de bonbons, le mégaphone chuchoteur, et un tapis antidérapant (qui avait finalement cessé d'être timide). Mademoiselle Rigoria sortit une carte, un compas, et une petite règle. “On y va,” dit-elle, très sérieux.

“On y va,” répéta Gaspard, très grand.

La porte s'ouvrit d'elle-même. La brouette à roulettes les attendait. Elle fit un clin d'œil. Gaspard bâilla malgré lui. “Ne dors pas,” chuchota-t-il à lui-même. La brouette partit. Le voyage commençait.

Chapitre 3 - Souris, sourires et savon glissant

La brouette les emmena sur un chemin de mousse. Des papillons accordéons jouaient une marche joyeuse. Mademoiselle Rigoria tenait la carte si droit qu'on aurait pu l'utiliser comme plateau à gâteaux. “À gauche aux pierres qui rient. À droite à l'arbre qui fait coucou. Tout droit à la rivière qui chante,” dictait-elle.

Gaspard, lui, regardait partout. Les champignons avaient des petits chapeaux à plumes. Les écureuils portaient des gilets tricotés. À chaque fois qu'il se penchait vers une curiosité, il bâillait un peu. Ses yeux piquaient. “Pas maintenant,” se répétait-il. “Pas maintenant.”

“Nous devons trouver un sourire,” dit-il soudain, pensif.

“Mmm,” fit Mademoiselle Rigoria. Elle était concentrée comme un fil tendu. “Un sourire. Oui.”

Une petite fée passa avec un panneau: “Souris ici.” Gaspard lut trop vite et cria dans son mégaphone, sans réfléchir: “Des souris ici!” Son chuchotement devint un murmure énorme et très poli. Trois petites souris en béret apparurent en portant des pains au chocolat. “On a entendu qu'on demandait des souris,” dirent-elles.

“Je voulais des sourires,” s'excusa Gaspard, rouge comme une tomate géante.

“On peut sourire aussi,” dirent les souris, et elles firent de si jolis sourires que même Mademoiselle Rigoria cligna des yeux un peu plus vite. “Merci,” souffla Gaspard. Il leur prit un pain au chocolat et le partagea avec Mademoiselle Rigoria.

“Je ne mange pas en mission,” dit-elle, mais elle croqua quand même un tout petit coin. “C'est… bon,” avoua-t-elle à voix basse.

La brouette continua. Au bord de la rivière qui chantait, un coq tout rouge se tenait sur un rocher. “Cocorico!” cria-t-il.

“Vous avez un coquelicot sur la tête,” lui dit Gaspard avec douceur.

“Je suis un coquelicoq,” répondit-il fièrement. Mademoiselle Rigoria nota quelque chose sur sa liste qui devait être un trait très droit.

Le soleil glissait dans l'eau. Le chant de la rivière était si doux que Gaspard sentit ses paupières se fermer toutes seules. “Holà…” murmura-t-il. Il posa sa tête une seconde sur son sac de bonbons. Il s'endormit. La brouette continuait, mais sans lui — enfin, avec lui dedans, endormi comme un gros chaton.

Il rêva qu'il marchait sur un gigantesque savon qui avait la forme d'une planche. Il glissait, glissait, et faisait “Houuu!” Quand il se réveilla, c'était vrai. Il était allongé sur un chariot de savon roulant, fabriqué par l'atelier (sans doute livré par erreur), et il dévalait une pente d'herbe, les bras ouverts, Mademoiselle Rigoria accrochée à son pantalon en criant: “Droit! À gauche! En bas! Pas sur la grenouille!”

Ils passèrent à toute vitesse devant un champ de tournesols qui tournèrent tous la tête pour les regarder. Ils traversèrent un pont de ficelle en sifflant de peur. Le chariot sauta un caillou, fit un tour complet, atterrit dans un tapis de mousse, et s'arrêta en douceur, comme un câlin d'herbe.

Mademoiselle Rigoria, décoiffée, ajusta son chignon. Un cheveu récalcitrant resta en travers de son front. Elle voulut l'attraper, mais ses doigts étaient glissants. Gaspard lui tendit un mouchoir si grand qu'elle aurait pu le porter en cape. “Merci,” dit-elle très vite. Elle regarda Gaspard et lâcha, à contre-cœur: “Vous avez… bien glissé.”

“Merci,” dit Gaspard en riant, tout fier. “Je crois que j'aime le savon.”

Ils levèrent les yeux. Devant eux s'étendait la Clairière des Ronces. Au milieu, comme une petite boule de poils piquants, trônait Bourribo. Il portait un sourire? Non. Il portait une expression plus dure qu'un bouton de porte. Ses yeux plissés ressemblaient à deux petits clous. À côté de lui, une pancarte disait: “Pas de blague. Pas de chatouille. Pas de froufrou.”

Gaspard inspira. Il sentit son cœur battre fort, pas parce qu'il avait peur, mais parce qu'il voulait bien faire.

Chapitre 4 - Bourribo l'Infronçable et l'art des quiproquos

Gaspard s'accroupit doucement pour que ses yeux soient à hauteur de Bourribo. Il fit attention de ne pas faire voler de poussière, parce que les hérissons n'aiment pas les éternuements surprise.

“Bonjour, Bourribo,” chuchota Gaspard dans le mégaphone chuchoteur. Le bonjour devint un grand murmure qui caressa la clairière. Des papillons s'arrêtèrent de voler pour écouter. Les ronces elles-mêmes redressèrent leurs épines.

Bourribo grogna sans lever la tête.

Gaspard essaya une blague très simple. “Que dit un hérisson quand il se brosse? ‘Je pique un fard.'” Il chuchota, le mégaphone chuchota fort. Quelques oiseaux gloussèrent. Bourribo ne bougea pas.

Mademoiselle Rigoria fit un pas en avant. “Étape 1: offres,” dit-elle. Elle avait apporté un petit panier. Dedans: des pommes, des noisettes, un livre de poèmes, et un peigne pour hérisson, tout petit avec des dents arrondies. “Pour toi,” dit-elle, raide.

Bourribo regarda le peigne comme s'il avait fait une blague. Il détourna la tête.

“Étape 2: démonstration,” déclara Gaspard. Il planta son tambourin devant lui et commença à danser en tapant dessus. Il était si grand que chaque tapotement faisait sauter des marguerites comme des pop-corns. Il fit un pas vers la gauche. Son pied glissa un peu, parce qu'il restait du savon du chariot. Il fit un grand moulinet avec les bras. Le tambourin lui échappa, fit un bond, atterrit sur la tête d'un gnome de passage. Le gnome leva les bras: “Je ne suis pas un tambour!” cria-t-il en riant. Gaspard s'excusa mille fois, et le gnome partit, très fier d'avoir été un instrument, un instant.

Mademoiselle Rigoria consulta sa liste. “Étape 2 bis: limonade.” Elle installa avec précision une fontaine miniature qu'elle avait inventée: un petit tonneau, un tuyau, un entonnoir. Elle versa de la limonade jaune pétillante. La fontaine s'activa, mais à cause d'un papillon curieux qui entra par le tuyau, la limonade sortit en clapotant par un endroit imprévu et aspergea la pancarte “Pas de blague...” qui devint “Pas… de… gague”. Gaspard eut un fou rire, tout en essayant de se retenir. Mademoiselle Rigoria se mordit la lèvre, et ses lèvres tremblèrent. Bourribo cligna des yeux une fois, très lentement. Pas de sourire.

“Étape 3: générosité, murmura Gaspard pour lui-même. Il fouilla dans son sac. Il sortit son sachet de bonbons au goût de comète. Il en versa une poignée et tendit sa paume ouverte vers Bourribo. “Pour toi,” chuchota-t-il dans le mégaphone. Le murmure fit frémir les feuilles. Bourribo renifla. Un bonbon sauta par accident et se coinça entre deux épines. Gaspard, très délicat, utilisa le petit peigne pour le dépêtrer sans faire mal. “Pardon,” souffla-t-il.

Bourribo ne dit rien, mais il ne grogna pas. Gaspard se sentit encouragé. “Je peux te raconter une histoire? Juste une petite?” chuchota-t-il. Il raconta comment, un jour de pluie, il avait prêté son manteau à tout un groupe de grenouilles frileuses. “Il faisait très froid,” dit-il, “et j'avais chaud dans mon cœur.” Il n'exagérait rien. Il disait vrai, simplement.

Mademoiselle Rigoria leva la main pour dire un truc sérieux, mais à ce moment, les “cousins d'air” de l'atelier, que l'étiquette du sac avait gardés, se faufilèrent et firent “Coucou, cousine!” à Bourribo. Comme il ne répondait pas, ils se mirent à lui lisser les épines en faisant des pirouettes. Le petit peigne, jaloux, se mit à vibrer. Un pot de colle pailletée, oublié sur la brouette, se vida doucement, et des paillettes s'accrochèrent aux pointes de Bourribo. Tout le monde s'arrêta. Bourribo aussi. Sur sa tête, un petit éclat dansait.

Gaspard étouffa un rire. Mademoiselle Rigoria voulut dire “Énorme erreur,” mais ce qui sortit fut “Étoile… oh.” Elle regarda Bourribo étincelant et un petit gloussement lui échappa. Il fut si discret qu'on aurait dit un insecte qui rit. Elle toussa pour le cacher. Dans sa gorge, l'envie de rire tapait du pied.

Gaspard continua avec douceur. Il offrit ses bottes, deux bottes de géant si grandes que trois lapins pouvaient faire trampoline dedans. “Tu veux essayer, Bourribo?” chuchota-t-il. Pas de réponse. Alors Gaspard invita les enfants de la clairière – pas vraiment des enfants humains, plutôt des rejetons de gnomes et de fées – à sauter. Ils sautèrent, rebotèrent, gloussèrent, retombèrent. Ça fit “boing”, “boing”, “boing”.

Bourribo observait sans fléchir. Puis il tira sur une épine rebelle qui lui piquait la joue. Gaspard, très délicat, sortit le petit peigne et se mit à démêler, mèche par mèche, en chuchotant: “Là… et là… attention… oh pardon.” Ça prit du temps. Il ne se moqua pas. Il ne força pas. Il donnait simplement son attention, son temps, ses bonbons, son peigne. Mademoiselle Rigoria regardait la scène sans liste à la main. Son chignon, un peu décramponné, laissait échapper une boucle.

“Quiproquos ou pas,” dit Gaspard en chuchotant avec son mégaphone, “je ne veux pas te faire rire à tout prix. Je veux juste que tu te sentes bien. Si tu n'as pas envie de sourire, c'est d'accord. Je peux rester là et peigner tes épines. Et je peux partager mes histoires, ma limonade, mes bottes.”

Bourribo fit un son très petit, comme un ressort qui se détend. Ce n'était pas un rire. Pas encore. Mais c'était quelque chose. Il sembla… moins coincé.

Et c'est à ce moment précis que la cascade de quiproquos reprit, plus grande que jamais. Un lutin crut entendre “dérider” et apporta une “ride” de rideau pour la “dé-rider”, en tirant dessus jusqu'à la déchirer. Les “cousins d'air” se prirent pour des coiffeurs et coiffèrent la pancarte de travers. Le coquelicoq débarqua avec un chapeau de paille en criant “Cocori-glousse!” Un tapis roula tout seul en se croyant “tapi”. La fontaine de limonade eut envie de chanter et se mit à faire des bulles qui chantaient “plop-plop” en rythme. Les souris en béret revinrent en disant: “On a apporté plus de souris… euh, de sourires!”

La clairière tournait comme un gâteau dans un manège. Gaspard tenta de garder son sérieux, mais plus il essayait, plus ses épaules secouaient. Mademoiselle Rigoria, elle, tenait encore sa bouche avec sa main, comme pour empêcher le rire de sortir. Elle tremblait, ses lunettes glissaient, ses paillettes scintillaient sur sa blouse, et finalement, elle craqua.

“Ha!” fit-elle d'abord, toute petite. Puis “Ha-ha-ha!” puis “Ha-ha-ha-ha-ha!” Elle rit, rit, rit. Elle rit tellement qu'elle dut s'asseoir sur un champignon. Le champignon, très flatté, rougit. Gaspard la regarda avec des yeux ronds et se mit à rire aussi, de bon cœur. Le rire de Gaspard, grand et rond, s'enroula au rire de Mademoiselle Rigoria, clair et un peu aigu, et la clairière vibra comme une cloche joyeuse.

Bourribo lâcha un minuscule “pfff”, comme si son air grincheux s'échappait par une fissure.

“Pfff,” répéta Gaspard, en chœur.

La fissure s'agrandit.

Chapitre 5 - Le salut sur le tapis glissant

“Il nous manque quelque chose,” dit Gaspard, haletant après avoir tant ri. Il observa les paillettes, la limonade, les bottes-trampolines, les cousins d'air, les souris et le coquelicoq. Il regarda sa cape de géant, une cape bleu nuit qui lui tenait chaud les soirs de vent. Il se rappela le chariot de savon qui les avait fait voler. Il se rappela la lettre qui parlait de pluie de bulles. Il eut une idée simple et généreuse, l'idée qui lui vint du cœur.

“On va faire un tapis glissant,” chuchota-t-il dans le mégaphone. Le murmurge grandit. “Pas pour faire une farce. Pour partager un moment.”

Il étendit sa cape par terre. Elle fit un long chemin bleu, comme un morceau de ciel tombé. Les “cousins d'air” soufflèrent doucement pour enlever les cailloux. Mademoiselle Rigoria, encore en train de rire, retrouva ses esprits et sortit de sa poche un petit flacon de savon magique (probablement pour les mains, mais enfin). “C'est une mauvaise idée,” dit sa bouche. Mais ses yeux disaient autre chose. Elle versa un filet de savon sur la cape. Le coquelicoq apporta un seau d'eau. La fontaine de limonade, bien élevée, prêta un peu d'eau claire qu'elle gardait pour se rincer. Ils frottèrent, ils polirent, et la cape devint lisse comme un lac en été.

“Prêts?” dit Gaspard.

“Je n'ai pas validé la fiche de sécurité,” tenta Mademoiselle Rigoria. Puis elle sourit. “Prêts.”

Un minuscule silence s'installa. Gaspard fit un signe à Bourribo. “Tu veux regarder? Tu n'es pas obligé de monter. Tu peux être le juge.”

Bourribo leva un sourcil. On aurait dit que son sourcil était un petit hérisson dans son hérisson, mais il se leva. Il se roula en boule, pas pour se protéger, mais pour s'approcher sans montrer qu'il s'approchait. Il prit place au bord du tapis.

Gaspard se plaça au début de la cape. Il prit Mademoiselle Rigoria par la main, avec délicatesse, comme on prend une bulle pour ne pas la faire éclater. “On glisse ensemble?” chuchota-t-il.

“On glisse,” répondit-elle, avec une voix qu'il n'avait jamais entendue chez elle, une voix un peu enfantine.

Ils s'élancèrent. Le tapis glissant les emporta. Ils filèrent, filèrent, filèrent! Les paillettes sur la blouse faisaient comme des étoiles filantes. Le rire de Gaspard faisait des “Houuu!” dans les arbres. La cape bleue ondulait. Ils se laissèrent porter jusque devant Bourribo. Au dernier moment, Gaspard fit une petite pirouette. Leur glissade s'arrêta avec douceur. Ils se redressèrent ensemble, bras tendus, et firent un grand salut sur le tapis glissant.

“Ta-daaa!” chuchota le mégaphone, qui n'avait pas pu s'en empêcher.

La clairière éclata en applaudissements et en “plop-plop” de bulles. Les souris battirent des mains. Le coquelicoq lança un “Cocori-bravo!” Les cousins d'air soufflèrent des confettis de pollen. Mademoiselle Rigoria, essoufflée, se pencha vers Bourribo et lui tendit un bonbon au goût de comète. Gaspard, lui, pencha sa grande tête vers le hérisson et dit, tout bas: “Tu n'es pas obligé de sourire si tu n'en as pas envie. Mais si tu veux, je peux te tenir la main. Enfin, pas la main, parce que… tu piques. Je peux… te tenir le regard.”

Bourribo le regarda. On pouvait presque voir ses pensées passer comme des petits poissons. Le géant ne demandait rien pour lui. Il ne se moquait pas. Il avait partagé sa cape, son savon, ses bonbons, son temps, ses histoires, sa danse maladroite et même son tapis glissant.

Alors cela se produisit. Tout doucement, très doucement, comme une fleur qui s'ouvre, la bouche de Bourribo se releva d'un côté. Puis de l'autre. C'était minuscule, puis petit, puis moyen. Ses yeux, deux clous au début, devinrent deux cailloux ronds, puis deux billes claires. Un sourire. Un vrai.

“Il sourit,” souffla Mademoiselle Rigoria, stupéfaite et heureuse.

“Il sourit,” chuchota Gaspard au mégaphone, et le murmure devint une brise qui fit danser les herbes.

La première bulle tomba du ciel. Puis une autre, puis dix, puis cent, puis mille. Une pluie de bulles de savon descendit sur la clairière. Elles éclataient contre les feuilles sans les mouiller, et faisaient des “plip” musicaux. Les enfants-fées sautaient pour les attraper. Les gnomes jouaient à faire des moustaches de bulles. Les souris en béret dansaient le tango de la bulle. Le coquelicoq se mira dans une bulle et se trouva très beau.

Bourribo, ravi malgré lui, eut un petit rire. Il était impossible d'en douter. Ce n'était pas fort. C'était un rire tout intérieur, qui fit bouger ses épines comme l'herbe dans le vent. Il se roula sur le dos, et on vit son ventre, ce qui est très rare chez les hérissons grincheux.

Gaspard sentit son cœur se gonfler de joie. Il attrapa Mademoiselle Rigoria par la main encore une fois. “On refait?” demanda-t-il. Elle hocha la tête. Ils remontèrent le tapis glissant, accompagnés par les “cousins d'air” qui soufflaient doucement pour qu'ils n'aient pas à forcer. Gaspard invita Bourribo d'un geste.

Le hérisson s'approcha. Il posa une patte hésitante sur la cape, puis deux. Gaspard s'accroupit et tendit sa paume, ouverte et calme. “Tu peux t'appuyer là,” dit-il. Bourribo posa ses petites pattes sur la peau du géant, sans se piquer car Gaspard était prudent. Ils glissèrent doucement, tous les trois, avec Mademoiselle Rigoria qui tenait le mégaphone comme un sceptre.

Ils s'arrêtèrent devant tout le monde et firent, ensemble, un autre salut sur le tapis glissant. Le mégaphone chuchota: “Merci.” Les bulles éclatèrent en applaudissements de “plip” et de “plop”.

La fête continua longtemps. On but de la limonade (cette fois dans des verres, pas directement de la fontaine). On mangea des bonbons au goût de comète et des noisettes caramélisées. Gaspard raconta des histoires de grenouilles frileuses et de manteaux chaleureux. Mademoiselle Rigoria, débarrassée de ses lunettes un instant, riait encore parfois toute seule, comme si son rire avait pris goût à l'air libre. Elle n'avait pas perdu son sérieux, mais elle avait gagné un sourire qu'elle portait très bien.

Quand le soleil déclina et que les bulles se firent rares, Bourribo s'approcha du géant. Il ne parlait pas beaucoup. Il toucha l'ourlet de la cape bleue du bout de la patte. Il fit un signe de tête, très court, qui voulait dire merci. Il posa ensuite, très délicatement, une de ses épines tombées sur la paume de Gaspard. Une épine brillante, couverte d'un peu de paillettes, comme un souvenir. Gaspard la glissa dans sa poche, tout fier. Ce n'était pas un trésor en or. C'était mieux: c'était un petit bout de sourire.

“Je crois,” dit Mademoiselle Rigoria en rangeant son flacon de savon, “que la prochaine fois, on peut commencer directement par le tapis glissant.”

Gaspard rit. “La prochaine fois, je vais essayer de ne pas m'endormir au mauvais moment.”

“Oui,” répondit-elle. “Ou bien, si tu t'endors, on fera comme l'atelier: on transformera les quiproquos en rire.”

Ils se dirent au revoir à Bourribo, qui leva une patte avec un sérieux qui ressemblait à de la politesse, pas à de la bouderie. Gaspard replia sa cape, la posa sur son épaule. La brouette à roulettes vibra d'impatience, comme si elle espérait une autre course.

Sur le chemin du retour, le ciel se stria de rose. Gaspard bâilla — mais cette fois, il bâilla avec fierté. “Ça a été une belle journée,” chuchota-t-il au mégaphone, juste pour le plaisir d'entendre sa phrase passer entre les feuilles. Mademoiselle Rigoria acquiesça. “Belle, et bien faite,” conclut-elle.

Ils s'arrêtèrent une dernière fois au bord de la rivière qui chantait. Gaspard s'assit. Mademoiselle Rigoria s'assit à côté de lui. Les “cousins d'air” jouèrent avec leurs moustaches en faisant des petits ronds dans l'air. Gaspard posa sa main ouverte sur la mousse. Des fourmis y montèrent et descendirent, très occupées. Il sourit. Il pensait à Bourribo, au sourire qui avait poussé comme une fleur.

“Tu vois,” dit Mademoiselle Rigoria, “la générosité, ça glisse mieux qu'un tapis. Ça t'emmène exactement là où il faut.”

Gaspard hocha la tête. Il referma son sac de bonbons, parce qu'il n'en restait presque plus. Il en laissa quand même trois dans un coin pour les souris en béret qui passeraient certainement. Puis il se leva.

Ils prirent la route, la brouette devant, le géant derrière, la lutinne à lunettes entre les deux. L'atelier Bric-à-Bric brillait déjà au loin de petites lumières. La nuit venait, douce comme un murmure. Gaspard sentit ses yeux se fermer un peu. Il sourit. Cette fois, s'il s'endormait au mauvais moment, il savait que, peut-être, au réveil, une nouvelle aventure l'attendrait. Et que, quoi qu'il arrive, il aurait toujours sa cape pour glisser, son mégaphone pour chuchoter, et son grand cœur pour donner.

Sans publicité 3 € par mois

Envie d’une lecture sans interruption ? Soutenez Mes Histoires du Soir, retirez toutes les publicités et profitez d’autres avantages inclus dès 3 € par mois.

Voir les forfaits & tarifs
Partager

signaler un problème avec cette histoire

Qu'avez-vous pensé de cette histoire ?

Donnez votre avis en attribuant une note à cette histoire en fonction de ce que vous et/ou votre enfant en avez pensé. Merci par avance !

Merci ! Votre note a été prise en compte !

Note actuelle : 5 sur 5 (1 avis)

Le quizz : as-tu bien compris l'histoire ?

Infronçable
Qui ne peut pas être fléchi, qui reste toujours rigide et sérieux.
Quiproquos
Des malentendus ou des situations comiques qui se produisent à cause d'une confusion.
Paillettes
De petits morceaux brillants et colorés, souvent utilisés pour décorer.
Générosité
Le fait d'être prêt à donner aux autres, sans attendre quelque chose en retour.
écharpe
Un long morceau de tissu que l'on porte autour du cou pour se protéger du froid.
Murmure
Un son doux et faible, comme une voix qui parle à voix très basse.

Créez une histoire magique et unique pour votre enfant !

Créez en quelques minutes une aventure personnalisée où votre enfant devient le héros. Avec notre outil exclusif, c'est facile, gratuit et divertissant !

Créer une histoire

Téléchargez cette histoire :

Télécharger cette histoire en PDF Télécharger l'e-book (.epub)

À lire ensuite dans Histoires de créatures rigolotes pour 9 à 10 ans

Recevez de nouvelles histoires chaque dimanche soir !

Recevez 7 histoires passionnantes et captivantes, adaptées à l'âge et aux goûts de votre enfant, chaque dimanche à 17h*. C'est gratuit et garanti sans spam !
*E-mail envoyé à 17h, heure de Paris.
Nous n'aimons pas non plus le spam. Ainsi, nous ne vous enverrons que des histoires. Vous pourrez vous désinscrire quand vous le souhaiterez.