Chapitre 1 : Un matin géant et des petits gâteaux
Dans la vallée toute verte de Chocilon, là où les arbres ressemblaient à des sucres d'orge tordus et les rivières coulaient doucement comme du sirop, vivait Gaston, le géant gourmand. Gaston n'était pas un géant ordinaire. Il avait beau mesurer plus haut que le clocher de la ville, il était surtout connu pour deux choses : son rire qui faisait trembler les feuilles… et son appétit fantastique.
Ce matin-là, Gaston se réveilla d'un bond si puissant que sa tête heurta le plafond de sa grotte (il avait oublié, comme d'habitude, qu'il était gigantesque). Il se frotta le crâne, puis sourit en apercevant le soleil qui pointait entre deux montagnes de caramel mou.
— Aujourd'hui, c'est le marché des friandises ! s'exclama-t-il. Youpi, des gâteaux, des bonbons, des tartes à la crème et des sucres d'orge fondants !
Son ventre gronda comme un orage. Gaston se lava les dents avec un tronc d'arbre et un peu de mousse, s'habilla d'un pantalon cousu dans six draps à fleurs et sortit d'un pas joyeux, sa besace géante sur l'épaule.
Sur le chemin du marché, il saluait tout le monde avec entrain. Mais comme il parlait fort, les oiseaux s'envolaient en catastrophe, les écureuils perdaient leurs noisettes, et même les lutins cachaient leurs oreilles !
Arrivé sur la place, Gaston ouvrit grand les yeux : partout, des stands colorés proposaient des montagnes de douceurs. Tartines de nuages sucrés, caramels mous, éclairs au chocolat de minuit… Gaston salivait déjà. Il tendit la main pour attraper un plateau de croissants géants, mais la marchande, madame Pistache, leva un doigt sévère.
— Gaston, tu veux tout goûter en même temps, mais tu bouscules tout le monde ! Attends ton tour, gros gourmand.
Gaston, penaud, se recula. Il n'aimait pas attendre. Mais, après tout, la gourmandise était sa spécialité, pas la patience.
Chapitre 2 : La queue, c'est du gâteau ?
Gaston gigotait dans la file, impatient. Devant lui, des lutins bavardaient de la pluie de confettis, tandis qu'une famille de trolls hésitait entre tarte aux myrtilles et choux à la crème. Gaston, lui, lorgnait déjà sur le gâteau arc-en-ciel qui trônait comme un roi au stand de madame Pistache.
— Miam… juste une bouchée… pensa-t-il tout haut.
Les lutins sursautèrent.
— Chut ! siffla madame Pistache, agacée. Ici, on écoute les autres avant de parler ou de manger, mon grand.
Gaston sentit ses oreilles chauffer. Écouter, ce n'était pas son fort. Il pensait surtout à remplir son ventre. Et puis, il était tellement grand qu'il n'entendait pas toujours les petites voix autour de lui.
Alors, il tenta de se faire tout petit, ce qui, pour un géant, ressemblait à une montagne qui essaie de se cacher derrière une motte de beurre. Il se pencha pour mieux entendre. Évidemment, il pencha un peu trop… et d'un coup de coude maladroit, il envoya valser le stand de bonbons de la fée Sucrette ! Les bonbons, eux, bondirent dans tous les sens, roulant sous les pieds, rebondissant sur les chapeaux et atterrissant jusqu'à la fontaine au chocolat.
— Oups… balbutia Gaston, tout rouge.
La fée Sucrette croisa les bras.
— Gaston, tu sais, si tu écoutais un peu plus, tu ferais moins de dégâts ! Tu veux nous aider à ramasser ?
Gaston accepta, confus, et ramassa les bonbons un à un, s'excusant à chaque fois. Il essaya même d'écouter ce que disaient les lutins en rangeant.
— Moi, je préfère les bonbons violets, disait l'un.
— Pas moi, je les donne à papa, répondit l'autre.
Gaston sourit. C'était drôle d'écouter les histoires des autres.
Chapitre 3 : Le concours du gâteau magique
Après avoir aidé à tout remettre en ordre (et avoir croqué quelques bonbons tombés par terre, oups !), Gaston remarqua une agitation étrange. Les gens s'attroupaient autour du kiosque de la reine Groseille, organisatrice du marché.
— Mes amis ! annonça la reine d'une voix chantante, aujourd'hui a lieu le concours du gâteau magique ! Celui qui écoutera le mieux la recette, et la suivra sans se tromper, gagnera un cadeau merveilleux !
Les yeux de Gaston brillèrent. Un gâteau magique… et un cadeau ? Il ne pouvait pas rater ça. Il fila s'inscrire en écrasant malencontreusement deux tabourets sur son passage.
Le cuisinier-chef, monsieur Biscotte, expliqua la règle : il fallait écouter attentivement la recette, car elle changeait à chaque fois, et la réaliser en équipe. Chacun devait faire sa part et écouter les instructions.
Gaston se retrouva dans l'équipe des lutins. Les petits avaient l'air un peu méfiants, après la catastrophe des bonbons. Gaston leur promit de faire attention.
— Cette fois, je vais écouter. Promis juré, les lutins !
Le cuisinier commença la recette :
— On commence par mélanger la farine de nuage, le jus de fraise pétillante, et trois pincées de poudre de rire !
Gaston, très concentré, fit bien attention. Mais à chaque étape, il avait une envie folle de goûter la pâte. Les lutins, eux, surveillaient et chuchotaient :
— Gaston, c'est à toi de verser la poudre de rire ! Attends que Biscotte ait fini…
Gaston serra la boîte de poudre, mais il éternua si fort que la poudre s'envola partout, colorant les lutins de jaune fluo. Tout le monde éclata de rire.
— Oups ! fit Gaston en se mouchant dans une serviette large comme une nappe.
Mais il continua d'écouter les instructions. Cette fois, il se força à ne rien manger ni toucher sans demander.
Enfin, le chef annonça la dernière étape :
— Pour finir, pliez la carte dorée qui est glissée sous l'assiette. Elle révélera la touche magique du gâteau…
Gaston se pencha, hésitant. Les lutins, eux, lisaient déjà à voix haute la carte pliée : “Chuchotez au gâteau votre vœu le plus doux, il s'en souviendra pour vous !”
Gaston ferma les yeux et écouta. Tout le monde se pencha sur le gâteau. Les lutins murmurèrent : “Qu'il soit moelleux comme un nuage !”
Gaston, timide, ajouta tout bas : “Et qu'il rende tout le monde heureux, même la fée Sucrette…”
Quand le gâteau fut prêt, il était doré, gonflé, et sentait le bonheur.
Chapitre 4 : Un festin pas comme les autres
La reine Groseille invita tout le monde à goûter. Chacun prit une part, même madame Pistache et la fée Sucrette, un peu méfiante. À la première bouchée, des petites plumes colorées s'envolèrent, chatouillant les nez, déclenchant des éclats de rire géant. Les lutins dansèrent, les trolls chantaient, et même les oiseaux revinrent pour gazouiller autour de Gaston.
— C'est le meilleur gâteau de tout Chocilon ! s'exclama la reine Groseille.
Gaston était aux anges. Mais surtout, il était fier. Ça n'était pas son ventre qui grondait le plus fort aujourd'hui, mais ses oreilles qui bourdonnaient de toutes les histoires entendues.
La fée Sucrette s'approcha, souriante.
— Tu as appris à écouter, Gaston. Et tu as vu ? Ça a fait du bien à tout le monde… même à toi !
Gaston rougit jusqu'aux oreilles, qui devinrent aussi roses que des bonbons à la fraise.
— C'est vrai ! J'ai adoré entendre les secrets des lutins et… et j'ai moins renversé de bonbons, aussi !
Les lutins hochèrent la tête, fiers de leur géant.
— Tu es un géant drôlement chouette quand tu écoutes, dit l'un d'eux.
Chapitre 5 : Une surprise bien pliée
Alors que la fête battait son plein, la reine Groseille distribua des cartes dorées à chacun. Gaston reçut la sienne, énorme, à l'image de sa taille. En la dépliant, il vit apparaître un message magique :
“Merci d'avoir écouté et partagé,
Grâce à toi, le bonheur a circulé !
Plie cette carte, et garde-la précieusement,
Elle te rappellera qu'écouter, c'est important.”
Gaston plia délicatement la carte, la rangea dans sa besace et jura de la garder toujours sur lui.
Ce soir-là, en rentrant à sa grotte, le géant ne pensa pas à ce qu'il allait manger. Il repensa à tous ces petits moments où il avait écouté, où il s'était amusé, et il sentit son cœur gonfler comme une brioche au four.
Et, juste avant de s'endormir, il posa la carte pliée sous son oreiller géant, pour ne jamais oublier qu'un bon géant, c'est surtout un géant à l'écoute.
Dans la vallée de Chocilon, on dit que, depuis ce jour, Gaston n'a plus jamais oublié d'écouter. Ou alors, juste un tout petit peu… le temps de croquer dans un biscuit !