Début : La bande du Nuage-Farceur
Ce matin-là, dans le Pays des Choses Qui Rigolent Toutes Seules, Lila la petite fée rangeait des rubans de lumière dans une boîte à biscuits. Elle aimait le calme, comme un coussin moelleux. Et pourtant… elle adorait aussi quand tout le monde s'amusait ensemble.
Alors Lila eut une idée brillante, qui pétillait comme une limonade : organiser une bande. Une vraie bande, pas une bande collante de pansement. Une bande d'amis qui partagent, qui rient, et qui se donnent un coup d'aile quand ça coince.
Elle cloua (avec un clou en sucre, très pratique) une affiche sur le Tronc-à-Idées :
« Bande du Nuage-Farceur : venez avec un objet à partager ! »
Le premier à arriver fut Pim, un petit lutin vert qui marchait en sautillant, comme si ses chaussures avaient des ressorts invisibles. Il tenait un sifflet en coquille d'escargot.
Pim souffla dedans… et le sifflet fit : « Pouêt-pouêt-patate ! »
Pim cligna des yeux.
— Oups. Il dit des mots, maintenant.
Ensuite arriva Zora, une sorcière minuscule avec un chapeau trop grand. Elle portait un sac rempli de bonbons qui changeaient de couleur selon l'humeur.
— Aujourd'hui, ils sont violets… ça veut dire “j'ai très faim”, annonça-t-elle en regardant son ventre.
Puis un bruit de pas, énormes, fit trembler les feuilles. Le géant Gromm arriva, plié en deux pour ne pas accrocher les nuages avec ses oreilles.
Il avait une voix comme un tambour doux :
— Bonjour… euh… je peux entrer ? Je n'ai pas d'objet petit. J'ai… une casserole.
Il posa au sol une casserole grande comme une barque. Elle tint un instant… puis elle se mit à glisser toute seule, comme si elle avait décidé de partir en vacances. La casserole fila entre les champignons, en faisant « clong clong clong ».
Tout le monde la regarda.
Lila inspira très fort, comme quand on souffle une bougie têtue.
— Parfait ! On commence par une aventure. Ensemble.
Milieu : La chasse à la casserole fugueuse
La bande du Nuage-Farceur se lança à la poursuite de la casserole.
Pim courait devant en jouant du sifflet-qui-parle :
— Pouêt ! Par ici ! Patate ! Par là !
Le sifflet donnait des indications… mais pas les bonnes. Il disait aussi : « Concombre ! » dès qu'il voyait une pierre.
Zora tenta un sort de ralentissement. Elle pointa sa baguette… qui était en fait une cuillère.
— Ralentis, casserole, ralentis !
Un petit nuage de paillettes sortit… et ralentit… le chapeau de Zora. Son chapeau descendit doucement sur ses yeux comme un rideau.
— Je ne vois plus rien, annonça-t-elle calmement. C'est… reposant.
Gromm, lui, essayait d'être discret, mais chaque pas faisait “boum” et les oiseaux rigolaient en s'envolant en désordre.
— Je suis désolé, souffla-t-il. Je dérange tout.
Lila vola près de son nez.
— Tu ne déranges pas. Tu aides. Tu es notre grand repère.
Ils suivirent les traces de casserole : des rayures brillantes sur le sol, comme si quelqu'un avait dessiné une route au crayon argenté. La route les mena jusqu'à la Colline des Grelots, un endroit où chaque brin d'herbe portait une petite cloche.
Et là, surprise : la casserole était coincée dans un buisson de barbe-à-papa. Elle tournait sur elle-même, un peu vexée, en faisant « ding-dong-clong ».
Autour d'elle, des petits lutins-chaussettes dansaient. Oui, des chaussettes avec des yeux. Elles riaient et faisaient des nœuds.
— La casserole chatouille ! cria l'une.
— On veut la garder ! cria une autre. Elle fait de la musique !
Pim, sans réfléchir, souffla dans son sifflet. Le sifflet cria :
— Partage !
Tout le monde s'arrêta, même les grelots, comme si l'air écoutait.
Lila se posa au milieu du cercle. Elle parla doucement, mais son idée sonnait clair.
— On ne vient pas prendre. On vient partager. Cette casserole appartient à Gromm, mais on peut s'amuser avec… si on s'amuse tous ensemble.
Les chaussettes se regardèrent. L'une d'elles demanda :
— On peut taper dessus avec des cuillères ?
Gromm sourit, si grand que ça fit une petite ombre rigolote.
— Oui… mais doucement. Et je peux partager ma casserole… si vous partagez aussi quelque chose.
Alors une chaussette offrit un bouton en caramel. Une autre offrit un fil de laine parfumé à la vanille. Zora ouvrit son sac de bonbons-humeur.
— Je partage les violets, dit-elle. Comme ça, j'ai moins faim… enfin… un peu moins.
Pim partagea son sifflet, mais précisa :
— Attention, il dit “patate” sans prévenir.
Ils firent une mini-fanfare. Les chaussettes tapaient “ting” avec des cuillères en bois. Pim faisait “pouêt-patate”. Zora lançait des confettis qui sentaient la fraise. Gromm, très concentré, tapait un rythme doux avec un doigt, comme un géant qui joue à la pluie.
La casserole, elle, ne voulait plus fuir. Elle vibrait de bonheur.
Fin : Une évidence toute simple
Quand le soleil devint orange comme une orange, la bande rentra vers le Tronc-à-Idées. Les chaussettes les suivirent en file indienne, fières comme des héros.
Lila sortit la boîte à biscuits et y versa les rubans de lumière. Ils s'enroulèrent autour de tout le monde, comme un câlin brillant.
— Bienvenue dans la bande, dit-elle.
Zora distribua les bonbons qui changeaient de couleur. Ils devinrent bleus, ce qui voulait dire “content”. Pim rangea le sifflet dans sa poche… mais il chuchota quand même :
— Partage… patate…
Gromm posa sa grande casserole au centre. Cette fois, elle ne bougea pas. Elle semblait dire : « Ici, je suis bien. »
Lila prit une grande feuille et écrivit la règle de la bande, avec une encre qui sentait le miel :
« Quand on partage, tout devient plus drôle et plus facile. »
Les chaussettes hochèrent la tête. Même les grelots, au loin, tintèrent comme pour dire oui.
Et c'est là que tout le monde comprit l'évidence : ce n'était pas la casserole qui avait rendu la journée amusante. C'était le fait de la prêter, de l'offrir un moment, et de recevoir en retour des rires, des bonbons, des boutons en caramel et des idées.
Lila regarda sa bande. Son cœur était calme… et joyeux, comme un lac qui fait des bulles.
— Demain, annonça-t-elle, on partage une autre aventure.
Et tout le monde répondit en chœur, même le sifflet :
— Partage !