Début : Le lutin et la baguette qui fait “pouf”
Dans la Clairière des Bulles, les champignons avaient des pois qui brillaient comme des lampes de poche. Les arbres, eux, éternuaient parfois des feuilles dorées. Et au milieu de tout ça courait Zing, un petit lutin malin, avec des chaussettes rayées et des cheveux en bataille.
Ce matin-là, Zing devait faire une démonstration de magie devant le Conseil des Lucioles. Rien que ça. Il avait trouvé une baguette magique en bois de réglisse, toute neuve, qui sentait la friandise.
Zing grimpa sur une pierre plate, se racla la gorge comme un grand chanteur, et brandit sa baguette.
Il annonça : « Regardez bien, je vais faire apparaître un magnifique… euh… un énorme gâteau nuage ! »
Il secoua la baguette.
Il cligna des yeux.
Il secoua encore.
Et là… “POUF”.
Un seul petit nuage apparut. Mais ce n'était pas un nuage-gâteau. C'était un nuage qui faisait… des bulles de savon. Des bulles partout, dans les cheveux des lucioles, sur les nez des écureuils, dans les oreilles des statues.
Le Conseil des Lucioles resta bouche bée. Puis une luciole éternua une bulle, ce qui est très difficile à faire, et tout le monde se mit à rire.
Zing, lui, devint rouge comme une fraise.
Le chef des lucioles, qui portait une minuscule moustache brillante, dit d'une voix douce :
« Ce n'est pas un gâteau, Zing. »
Zing répondit, un peu vexé mais pas méchant :
« C'est… une entrée. Une entrée très… mousseuse. »
Il descendit de la pierre en faisant semblant d'être sûr de lui. Sauf que sa chaussure glissa sur une bulle. Il fit trois pas de danse involontaires, un tour, un demi-tour… et atterrit assis dans un panier de pommes-papillon. Les pommes s'envolèrent en battant des ailes.
« Hop là », dit Zing, comme si c'était prévu.
Milieu : Le plan malicieux des bulles qui chantent
Zing n'aimait pas rater. Mais il adorait les idées bizarres. Alors, il observa le nuage à bulles qui flottait au-dessus de la clairière.
Les bulles montaient, rebondissaient sur les branches, et faisaient “pling” quand elles touchaient une feuille.
Zing plissa les yeux.
« Attendez… si ça fait “pling”… ça peut faire une musique ! »
Il se mit à courir dans la forêt, si vite que ses chaussettes rayées faisaient “froufrou”.
Il attrapa une toile d'araignée élastique (sans déranger l'araignée, qui bâillait), puis il emprunta trois tiges de roseau qui servaient de pailles aux grenouilles, et enfin, il demanda à un escargot un peu de bave brillante, pour coller le tout.
En un clin d'œil, il fabriqua une sorte de harpe rigolote, avec des fils d'araignée tendus et des roseaux qui vibraient.
Il plaça son instrument juste sous le nuage.
« Maintenant… on va voir si mon échec peut devenir un spectacle ! » murmura-t-il.
Il tapa doucement dans une bulle. “Pling !”
Une deuxième bulle passa. “Plong !”
Une troisième éclata sur un fil. “Piiing !”
Zing ouvrit grand les yeux.
« Oh ! Ça chante ! »
Sauf que le nuage, lui, ne voulait pas rester tranquille. Il se mit à gonfler, gonfler, gonfler… comme un ballon qui mange trop de soupe.
Et les bulles devinrent énormes. Des bulles grosses comme des citrouilles, des bulles grosses comme des baignoires !
Une bulle avala le chapeau de moustache du chef des lucioles.
Une autre enferma un écureuil… qui se mit à flotter en faisant coucou, très content.
Une autre encore se posa sur la tête de Zing comme un casque transparent. On voyait son nez collé contre la paroi. Il parla, et sa voix fit “broubroubrou”.
Zing essaya d'enlever la bulle-casque, mais elle glissait.
« D'accord, d'accord… c'est drôle… mais un peu trop drôle ! » dit-il en tournant sur lui-même.
Les lucioles s'agitèrent. On entendit même une petite luciole dire :
« Et si la clairière devenait une baignoire géante ? »
Zing inspira fort. Il devait trouver une solution. Une solution de lutin : rapide, futée, et un peu farfelue.
Il eut une idée en voyant les pommes-papillon qui volaient encore, en rond, comme une mini-tempête.
« Si je ne peux pas arrêter les bulles… je vais les guider ! »
Il grimpa sur le grand champignon-tribune, leva sa baguette de réglisse, et fit un geste très large.
« Bulles ! En file indienne ! »
Évidemment, les bulles ne comprirent pas “file indienne”. Mais elles comprirent le geste. Elles commencèrent à se suivre, attirées par la baguette qui sentait bon le sucre.
Zing courut devant, entraînant le nuage hors de la clairière, vers l'Ancien Pont de Lune, un pont en pierre qui passait au-dessus d'un ruisseau qui gloussait.
Fin : Le chapeau levé et les rires qui brillent
Sous le Pont de Lune vivait un monstre… enfin, un monstre très particulier : une Truite-Gargouille. Elle avait une bouche en forme de fontaine et crachait de l'eau en dessinant des spirales.
Zing s'approcha, sans trembler, parce qu'il était un lutin et qu'il savait faire le brave en courant.
« Madame Truite-Gargouille ! J'ai un nuage de bulles qui fait des bêtises. Vous pouvez… euh… le boire ? »
La truite leva un œil, puis l'autre. Elle fit “glou” d'un air important.
Elle ouvrit grand la bouche-fontaine.
Zing dirigea le nuage au-dessus d'elle. Les bulles descendirent comme une pluie ronde.
La Truite-Gargouille but les bulles avec des “slurp” délicats, comme si c'était une limonade.
Et plus elle buvait, plus son jet d'eau changeait : il devint multicolore ! Un arc-en-ciel en spirale jaillit sous le pont. Le ruisseau gloussa encore plus fort, ravi.
Quand la dernière bulle disparut, le silence revint… puis un petit “pling” final, comme une note de musique qui dit au revoir.
Zing retourna dans la clairière en trottinant. Le chef des lucioles récupéra son chapeau de moustache, un peu mouillé mais toujours brillant.
Les écureuils applaudirent avec leurs petites pattes. Les champignons clignotèrent de joie.
Le chef des lucioles s'avança et dit :
« Zing, tu n'as pas fait apparaître un gâteau nuage… mais tu as inventé un concert de bulles, une parade, et un arc-en-ciel en spirale. C'est très… fantastique. »
Zing se gratta la tête. Il sourit.
« Donc… ce n'était pas un ratage ? »
« C'était une surprise », répondit le chef.
Zing prit alors un chapeau trop grand, qu'il avait trouvé un jour dans une noix, et le posa sur sa tête.
Il fit une révérence si profonde que ses chaussettes rayées pointèrent le ciel.
Puis, avec un grand geste, il leva son chapeau bien haut.
Et tout le monde, lucioles, grenouilles, pommes-papillon et même le ruisseau gloussant, répondit par un éclat de rires qui brillait dans l'air comme des confettis de lumière.