Chapitre 1 : La chambre d'amis interdite… enfin presque
Ce matin-là, la maison sentait la confiture de mûres et les bêtises fraîches. Moi, Mino, j'avais les moustaches qui frétillaient d'envie d'inventer quelque chose. J'étais le plus grand du trio… donc, officiellement, le plus responsable. Officieusement, le plus fort en plans farfelus.
Dans le couloir, mes deux frère et sœur se disputaient déjà.
"Tu as pris mon coussin nuage !" râla Pipo, tout petit, tout rond, et très dramatique.
"Pas du tout ! C'est MON coussin nuage ! Il me ressemble : moelleux et magnifique !" répondit Lila, qui pouvait faire une moue si longue qu'on aurait pu y étendre une chaussette.
Je me raclai la gorge comme un chef.
"Stop. Je suis le responsable ici."
"Ça veut dire quoi, responsable ?" demanda Pipo.
"Ça veut dire… que je décide des bêtises autorisées."
Ils me regardèrent avec des yeux brillants. Parfait.
Je pointai la porte au bout du couloir.
"La chambre d'amis."
Lila cligna des yeux.
"Celle où on n'a pas le droit d'entrer ?"
"Justement," dis-je, en chuchotant comme si les murs avaient des oreilles. "Aujourd'hui, on y entre… pour une mission très importante."
Pipo se redressa.
"Une mission ?!"
"Oui. L'oreiller géant d'invités doit être… testé. Pour la sécurité. C'est une responsabilité."
Je posai une patte sur la poignée. La porte grinça : "Niiiiiik."
Nous nous faufilâmes à l'intérieur.
La chambre d'amis était impeccable, trop impeccable. Le lit était fait au carré, les rideaux tombaient tout droit, et une petite pile de serviettes semblait nous regarder sévèrement. Sur une chaise, une couverture à carreaux attendait, bien pliée, comme une nappe qui ne voulait pas être une nappe.
Lila murmura :
"On dirait que tout a été rangé par un robot triste."
Pipo renifla.
"Je n'ai rien contre les robots tristes, mais je préfère les robots qui font des crêpes."
Je fis signe de ne pas toucher… puis je touchai quand même.
"On va juste… vérifier l'oreiller géant. Et on remet tout comme avant."
Responsable, moi ? Bien sûr.
Chapitre 2 : Le test de l'oreiller… qui dérape
L'oreiller géant trônait comme une montagne molle en haut du lit. Un vrai nuage capturé. Mes moustaches frémissaient de respect.
"Plan simple," dis-je. "On saute dessus, une fois chacun. On note le niveau de rebond. Puis on sort."
"Et si ça nous avale ?" demanda Pipo, déjà à moitié inquiet, à moitié excité.
"Alors je te sauve," dis-je, protecteur. "Mais en riant un peu, parce que c'est toi."
Lila grimpa la première sur le lit. Elle prit une pose de championne.
"Je suis l'inspectrice officielle des oreillers !"
Et hop ! Elle sauta.
"BOUMPF !"
L'oreiller géant s'écrasa, puis remonta doucement, comme un soufflé qui hésite. Lila éclata de rire.
"Ça chatouille les pattes !"
Pipo ne pouvait pas laisser ça. Il bondit à son tour.
"Super-saut Pipo !"
"POF-PLOP !"
Il rebondit si fort que ses oreilles firent "flap-flap" et qu'il se retrouva assis, surpris, sur la couverture à carreaux.
"Je suis vivant ! Et légèrement plié !" annonça-t-il.
Mon tour. Je pris ma voix la plus sérieuse.
"Test numéro trois. Attention, c'est scientifique."
Je sautai.
"BWOUF !"
L'oreiller géant fit un bruit étrange, comme s'il soupirait. Et là, un petit objet roula hors de la taie : une boule jaune, minuscule, avec une étiquette.
Lila la ramassa.
"Une… bille ?"
Pipo se pencha.
"On dirait un bonbon. Je vote qu'on le mange."
"Non," dis-je, très responsable d'un coup. "On lit l'étiquette."
Lila plissa les yeux.
"‘Bille à rire — ne pas secouer trop fort'."
Pipo avait déjà la bille entre ses pattes.
"Je l'ai pas secouée fort. Juste… moyen."
La bille fit "tling" contre la griffe de Pipo.
Et soudain, Pipo eut un hoquet bizarre.
"Hik—hahah—"
Il se mit à rire. Pas un petit rire. Un rire qui secoue tout le corps, qui fait sauter les épaules, qui donne envie de rire juste en le regardant.
"Hahahahaha !"
Lila recula.
"Pourquoi tu ris ?"
"Je sais pas ! Hahahaha ! C'est… mon ventre… il fait des bulles !"
Je tentai de garder mon sérieux. Tentai seulement.
"Arrête, Pipo. C'est… c'est…"
Le rire de Pipo fit "ha-ha-ha" comme un tambour. Et, sans prévenir, mon nez tressaillit.
"Hihihi…"
Oh non. Un rire sortit de moi, tout petit, puis grandit.
"Hahaha !"
Lila nous fixa, bouche ouverte.
"Vous êtes bizarres."
Puis elle regarda Pipo qui riait comme une fontaine, et moi qui riais comme un moulin.
Sa bouche trembla.
"Non… non…"
Elle éclata.
"HAHAHAHA !"
Nous étions trois, au milieu de la chambre d'amis, à rire comme si l'oreiller avait raconté la blague du siècle.
Chapitre 3 : La contagion rigolote
Le problème avec un rire incontrôlable, c'est qu'il fait faire des choses incontrôlables.
Pipo roula sur le lit.
"J'ai l'impression d'être une crêpe qui se marre !"
Lila se cacha derrière un coussin.
"Ce coussin a une tête de patate… HAHAHA !"
Je tentai de parler, mais je n'arrivais qu'à faire :
"St—hihi—stop !"
La chambre d'amis, elle, restait très propre. Mais pas pour longtemps.
Pipo, en riant, tapota la pile de serviettes.
"Elles sont si sérieuses… ça me fait rire encore plus !"
Les serviettes glissèrent lentement : "froufroufrouf… PAF !"
Lila s'écroula.
"Les serviettes ont fait un plongeon !"
Je voulus remettre les serviettes à leur place. Responsabilité ! Sauvetage !
Je les pris… mais mes pattes tremblaient tellement que je les empilai de travers. Ça ressemblait à une tour de crêpes penchée.
"Parfait," dis-je en riant. "C'est… artistique."
La bille à rire roula au bord du lit.
"Attention !" criai-je, enfin une phrase presque normale.
Je me jetai pour l'attraper.
"SPROING !"
Je glissai sur la couverture à carreaux et atterris dans un tas de coussins : "PLOUF !"
Les coussins s'échappèrent comme des moutons paniqués.
Pipo hurla de rire :
"Les coussins fuient le responsable !"
Lila essuya une larme de rire.
"Mino ! Tu devais nous protéger, pas faire du patinage sur couverture !"
Je pris une grande inspiration. Il fallait reprendre le contrôle. C'était mon rôle, même si mes moustaches faisaient des petits "tremblotremblo".
"Écoutez," dis-je. "On doit arrêter ce rire. Et remettre tout en ordre. Avant que… avant que quelqu'un— enfin… avant que la maison remarque."
Pipo hoqueta.
"Comment on arrête ?"
Je regardai la bille, qui brillait gentiment, comme si elle trouvait tout ça très drôle.
"On ne la secoue plus. On la remet là où on l'a trouvée. Et on se calme."
Lila renifla.
"Se calmer… alors qu'on vient de voir une tour de serviettes faire de l'équilibre ?"
"Hmm," fis-je. "D'accord. On se calme… après avoir rangé."
Responsable, mais pas triste.
Chapitre 4 : Mission rangement, version fou rire
On se mit au travail. Enfin… on essaya.
Je pris la pile de serviettes et je la refis. Cette fois, bien droite.
Lila ramassa les coussins fugitifs.
Pipo avait une tâche très importante : tenir la bille sans la faire tinter.
"Ne bouge pas," lui dis-je.
"Je suis une statue," souffla Pipo.
La statue éternua.
"HAP—HAHAHAHA !"
La bille fit "tling."
Et le rire revint, encore plus fort, comme s'il avait mis un chapeau rigolo.
"Hahahahaha !"
Lila se plia en deux.
"Ta statue est nulle !"
Je me cachai le visage.
"On va jamais y arriver !"
Je me stoppai net. Non. Je ne pouvais pas laisser ça tourner en catastrophe. J'étais l'aîné. Le protecteur. Le taquin, oui, mais pas le destructeur de chambre d'amis.
Je frappai dans mes pattes : "CLAP !"
"Pause ! On change de stratégie."
Pipo essuya ses yeux.
"Quelle stratégie ?"
"Une stratégie responsable… et comique."
Je pris une petite boîte sur la table de chevet. À l'intérieur, il y avait des cartes, un crayon, et du papier coloré. Sans doute pour les invités. Parfait.
"On va faire un panneau. Un vrai. Qui explique la règle : ‘Ne pas secouer la bille à rire'. Et on la range avec le panneau. Comme ça, plus personne ne se fait surprendre."
Lila se redressa.
"Un panneau dans la chambre d'amis ? Ça fait sérieux."
"Exactement," dis-je. "Et on va le faire tellement coloré que même un coussin le respectera."
Pipo hocha la tête, très concentré.
"Je peux dessiner une bille avec une bouche qui fait ‘HAHA' ?"
"Oui," dis-je. "Mais doucement. Sans tinter."
On se mit à dessiner. Le rire diminuait petit à petit, comme une radio qu'on baisse.
Lila traça un grand cercle jaune.
Pipo dessina des yeux qui louchent, parce que "c'est plus drôle".
Moi, j'écrivis les mots, bien lisibles :
NE PAS SECOUER
BILLE À RIRE
(OU VOUS RIREZ COMME UNE PATATE)
Lila ajouta :
"On met des éclairs autour ?"
"Oui," dis-je, "des éclairs responsables."
Quand le panneau fut fini, il brillait de couleurs : jaune, rouge, bleu, vert. On aurait dit un feu d'artifice sur papier.
Et, miracle, nos rires se calmèrent. Il restait juste un petit "hihi" dans les coins.
Chapitre 5 : L'affiche qui sauve tout
On glissa la bille dans la boîte, doucement, sans "tling". Pipo avançait au ralenti, langue sortie de concentration.
"Je suis… hyper… délicat."
"Pour une fois," chuchotai-je, taquin.
Il réussit. La bille se posa dans la boîte sans bruit.
Silence.
Puis, tous les trois, on éclata d'un dernier petit rire, mais cette fois, un rire normal, choisi.
"Hihi."
"Haha."
"Hehe."
On rangea la boîte sur la table de chevet, juste à côté de l'affiche colorée. Lila la posa contre un cadre pour qu'elle se voie bien.
"Comme ça, les invités sauront," dit-elle. "Et nous aussi."
Pipo pointa le dessin.
"Je suis fier de la bille qui louche."
Je regardai la chambre d'amis : le lit refait, les coussins à leur place, les serviettes redressées. On aurait dit qu'aucune tempête de rire n'était passée… sauf l'affiche, qui annonçait fièrement la vérité.
Je pris une voix solennelle :
"Mission accomplie. Responsabilité assurée."
Lila me donna un petit coup d'épaule.
"Et bêtise contrôlée."
Pipo leva les pattes.
"Et fous rires autorisés… mais avec panneau de sécurité !"
On sortit sur la pointe des pattes. La porte fit "clac" tout doux.
Dans le couloir, Lila murmura :
"Tu sais, Mino… t'es vraiment protecteur."
Je gonflai un peu la poitrine.
"Normal. Je suis le responsable."
Pipo ricana.
"Le responsable qui fait du patinage sur couverture."
Je lui ébouriffai les oreilles.
"Chut. Ça, c'est un secret d'invités."
Et, sans qu'on puisse s'en empêcher, on se mit à rire encore un peu… mais juste assez pour se sentir heureux, pas assez pour faire tomber des serviettes.