Chapitre 1 : Le défi du siècle
Léonie, dix ans, avait toujours eu un faible pour les défis. Surtout quand il s'agissait d'écraser son petit frère Léo, huit ans, dans une compétition. Ce matin-là, le soleil filtrait à travers les volets de leur chambre et projetait des rayons dorés sur les draps froissés. Léonie, déjà réveillée, était allongée en diagonale sur son lit, les bras croisés derrière la tête, à observer Léo qui dessinait des extraterrestres sur son cahier de vacances.
— Hé, Léo, tu veux faire un concours ? lança-t-elle, les yeux brillants de malice.
Léo releva la tête, un crayon bleu coincé derrière l'oreille.
— Un concours de quoi ? Le plus beau dessin d'alien ? Parce que là, tu vas perdre.
Léonie se redressa d'un bond et secoua la tête.
— Non, mieux ! Un concours pour voir qui tient le plus longtemps sans rigoler. Tu sais bien que tu craques toujours le premier !
Léo fronça les sourcils, comme s'il réfléchissait à un plan secret.
— Pfff, même pas vrai. Cette fois, c'est moi qui vais gagner ! Promis, juré, je ne rirai pas. Même si tu fais ta grimace de poisson constipé.
Léonie éclata de rire à cette évocation, puis se ravisa aussitôt, réalisant qu'elle venait déjà de perdre… avant même que le jeu ne commence. Léo, fier, leva le menton.
— On commence après le petit-déj ! annonça-t-elle, déterminée à prendre sa revanche.
Le défi était lancé. Ce serait LE défi du siècle.
Chapitre 2 : Grimaces et stratégies secrètes
Après avoir englouti leurs tartines à la confiture, Léonie et Léo se postèrent l'un en face de l'autre dans le salon. Leur maman, affairée avec la vaisselle, les regarda du coin de l'œil.
— Qu'est-ce que vous préparez, encore ? demanda-t-elle, un sourire amusé aux lèvres.
— Rien, maman ! répondit Léonie en bombant le torse. On fait juste un concours hyper sérieux.
Léo ajouta d'un ton solennel :
— Interdiction de rire, même si l'autre fait des trucs débiles.
Leur mère haussa les épaules et retourna à ses casseroles, habituée aux inventions farfelues de ses enfants.
Léonie commença avec sa meilleure arme : la grimace de la grenouille enrhumée. Elle gonfla les joues, tira la langue de côté et fit des yeux de poisson. Léo la fixa, imperturbable, même si ses lèvres tremblaient dangereusement.
— Pas mal, admit-il. Mais regarde ça !
Léo leva les bras et fit la danse du spaghetti molle, en tordant ses jambes et en battant des pieds. Léonie sentit un fou rire monter, mais elle se mordilla la lèvre jusqu'à ce que ça passe.
— Tu crois que tu peux me faire rire comme ça ? demanda-t-elle, narquoise. Attends un peu.
Elle se roula par terre en imitant un chat qui éternue. Léo faillit craquer, mais détourna vite les yeux, observant la tapisserie pour se concentrer.
— Léonie, tu triches ! Tu sais bien que je suis chatophobe !
— Ça n'existe même pas, chatophobe ! éclata-t-elle.
Mais elle se reprit aussi vite, reprenant son air sérieux. Les deux enfants se fixaient maintenant, concentrés, prêts à toutes les folies pour faire craquer l'autre. La tension était à son comble.
Chapitre 3 : Pièges et sabotages
Leur jeu attira bientôt l'attention de leur grand-père, venu rendre visite. Il entra dans le salon, un journal sous le bras, et observa la scène avec amusement.
— On dirait que vous préparez un numéro de cirque, fit-il remarquer.
— Chut, papy ! C'est un concours très sérieux, expliqua Léo, concentré.
Le grand-père s'installa dans le fauteuil, prêt à assister à la bataille. Léonie, flairant une opportunité, se pencha à l'oreille de son frère.
— Tu sais que papy ronfle en dormant ? Je parie qu'il pourrait réveiller toute la rue.
Léo ouvrit de grands yeux.
— N'importe quoi ! Toi, tu parles en dormant. L'autre nuit, tu as dit : “Donne-moi la pizza licorne !”
— Menteur ! s'indigna Léonie, mais elle sentit ses joues rougir.
Pour détourner l'attention, elle attrapa la télécommande et alluma la télévision. Un dessin animé de lapins ninjas passait. Léo adorait ça, mais aujourd'hui, il était prêt à tout pour gagner.
— Même pas drôle, fit-il, les dents serrées.
Léonie chercha une nouvelle idée. Elle fila dans la cuisine, revint avec des cuillères et les accrocha à ses oreilles comme des boucles d'oreilles géantes.
— Bonjour, je suis la princesse des fourchettes ! déclama-t-elle.
Léo poussa un petit gloussement, mais se reprit juste à temps. Il riposta en mettant son pull à l'envers et en dansant la macarena.
— Tu vois, moi aussi je peux être le roi du ridicule !
Papy, lui, riait franchement, secouant la tête devant tant d'imagination.
— Vous êtes vraiment incorrigibles, mes petits clowns.
Chapitre 4 : L'escalade du fou rire
À force de tentatives plus inventives les unes que les autres, la tension monta d'un cran. Chacun voulait à tout prix faire craquer l'autre. Léonie inventa une chanson sur les haricots sauteurs qu'elle accompagna au balai. Léo improvisa un sketch où il imitait leur chat Minouchette, grimpant sur le canapé et faisant mine de se lécher les pattes.
Mais rien n'y faisait. Les deux adversaires tenaient bon, les joues rouges, les yeux brillants, prêts à exploser.
Leur maman entra dans le salon avec un plateau de fruits.
— Alors, qui gagne ? demanda-t-elle en posant les clémentines.
Léo répondit d'une voix coincée, les lèvres pincées :
— Personne, maman. Mais ça ne va pas tarder.
Léonie, elle, sentait qu'elle n'en pouvait plus. Sa sœur Marie, qui avait six ans, débarqua soudain, déguisée en super-héroïne avec une cape de serviette et un masque en carton.
— Tadaaam ! Je suis Super-Banane, et je viens sauver la planète des chaussettes sales !
Cette apparition fut la goutte d'eau. Léo pouffa. Léonie aussi, incapable de résister au spectacle de Marie qui agitait les bras en criant : “Au secours, la chaussette mutante !” Papy riait si fort qu'il en renversa son verre d'eau. Même maman ne put s'empêcher de glousser en voyant la petite tornade jaune courir autour de la table.
Les enfants éclatèrent de rire, à s'en tenir les côtes. Le salon résonna de leurs éclats, une véritable tempête de fou rire.
Chapitre 5 : La réconciliation par le rire
Une fois calmés, Léonie essuya une larme de rire et fixa son petit frère, encore plié en deux.
— D'accord, tu as gagné, admit-elle en souriant. Enfin, c'est plutôt Marie qui a tout fait capoter.
Léo secoua la tête.
— Non, je crois qu'on a tous perdu… et gagné en même temps.
Marie, toute fière, grimpa sur le dos de Léonie.
— Moi, je suis la championne des blagues ! proclama-t-elle.
Leur maman s'approcha et les entoura de ses bras.
— Vous savez ce que j'aime chez vous ? Vous êtes toujours prêts à transformer n'importe quelle journée en fête.
Papy ajouta, malicieux :
— Surtout quand il s'agit de rigoler plus fort que le voisinage.
Léonie attrapa une clémentine et la lança dans les airs, la rattrapant de justesse.
— On fait une trêve ? proposa-t-elle à Léo.
— D'accord, répondit-il. Mais demain, c'est moi qui choisis le défi !
Léonie leva les yeux au ciel, un sourire aux lèvres.
— Prépare-toi, petit frère. Je suis imbattable à la bataille des grimaces.
Ils se lancèrent alors dans une nouvelle série de grimaces, sous le regard attendri de leur famille. Les disputes s'étaient envolées, remplacées par une complicité solide, tissée de rires et de souvenirs partagés.
Chapitre 6 : Un souvenir inoubliable
Le soir venu, Léonie s'installa sur son lit et observa Léo, déjà en pyjama, les cheveux en bataille. Elle repensa à la journée, à la compétition, aux fous rires, aux grimaces et aux danses ridicules. Elle se sentit chanceuse d'avoir un frère aussi drôle et inventif, même s'il était parfois un peu trop rêveur.
Léo, assis à côté d'elle, murmura :
— Tu crois qu'on pourra refaire ça demain ?
Léonie sourit, touchée.
— Bien sûr, on pourra toujours rigoler. Même quand on sera vieux et ridés.
Léo fit une grimace de vieillard sans dents, déclenchant un nouveau fou rire dans la chambre.
Leur maman passa la tête par la porte.
— Bonne nuit, les champions du rire ! N'oubliez pas de dormir un peu, quand même.
Léonie éteignit la lumière, mais le sourire ne quittait pas ses lèvres. Dans le noir, elle chuchota à Léo :
— Tu sais, le plus drôle, c'est qu'on a tous gagné aujourd'hui.
Léo hocha la tête, les yeux brillants.
— Oui, on a gagné le plus beau des souvenirs.
Dans la nuit, la maison s'apaisa, mais on aurait juré entendre encore, par moments, quelques éclats de rire étouffés, comme une promesse que, chez les frères et sœurs, les chamailleries sont toujours le début des plus belles rigolades.