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Histoire de pirate 7 à 8 ans Lecture 22 min. (1)

La boussole de la loyauté : l’honneur de la capitaine Lila Brise-Sel

La capitaine Lila Brise-Sel et son équipage partent à la recherche d’un coffre de médicaments disparu pour laver son honneur, affrontant îles mystérieuses, collectionneur étrange et capitaines rivaux grâce à leur loyauté et leur malice.

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Capitaine Lila Brise-Sel, femme calme et fière, foulard bleu, chapeau de travers, bottes en cuir, main droite posée sur un coffre marqué d’un L et main gauche tenant une boussole au verre rayé ; Milo, garçon d’environ 10 ans, vif, souriant et touchant le coffre ; l’Amiral Cendré, ~50 ans, visage sévère adouci, tend une médaille en bois et la boussole ; Madame Rumba, femme joviale d’environ 40 ans, torchon et panier de biscuits, rit en arrière-plan ; Gabin, homme costaud d’environ 35 ans, appuyé sur une corde, regarde avec fierté ; le Baron Bric‑à‑Brac, petit et rond d’environ 55 ans, tient un coussin ; lieu : port de Brume‑Claire, quai en bois usé, pavés mouillés, habitants curieux, lampes à huile, banderoles, mouettes et voiles en arrière‑plan ; situation : remise d’un coffre de médicaments, moment de réparation et de reconnaissance sous une lumière dorée du soir, atmosphere chaleureuse et solennelle ; style : traits nets type gravure sur papier journal, couleurs légèrement désaturées, grain et hachures visibles, composition centrée sur Lila et le coffre. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1 : La pirate au sourire calme

Le soleil se levait comme une grosse orange au-dessus de la mer. Sur le pont du Perroquet Pailleté, une femme pirate regardait l'horizon d'un air tranquille, comme si les vagues lui racontaient une blague connue.

Elle s'appelait Capitaine Lila Brise-Sel. Elle avait un foulard bleu, des bottes qui faisaient “toc toc” sur le bois, et un sourire si calme que même les mouettes semblaient voler moins vite.

Pourtant, ce matin-là, son équipage chuchotait.

Milo le mousse, petit et vif comme un poisson-argent, tirait la manche de Lila.

“Capitaine… c'est vrai ce qu'on dit au port ?”

“Ça dépend,” répondit Lila doucement. “On dit aussi que je peux siffler si fort que les nuages reculent.”

“Non… on dit que vous avez… perdu votre honneur.”

Sur le pont, on entendit même une corde grincer, comme si elle aussi était gênée.

Lila ne se fâcha pas. Elle posa une main sur la rambarde, sentit le sel sur ses doigts et répondit calmement :

“Je ne l'ai pas perdu. On me l'a pris. Et je vais le reprendre.”

Madame Rumba, la cuisinière, sortit la tête de la cuisine, un torchon sur l'épaule.

“Reprendre l'honneur, c'est bien. Mais pas à jeun ! Je vous ai fait des biscuits à la noix de coco. Ça aide la bravoure.”

L'équipage rigola. Même Milo.

Lila tourna ensuite vers un petit coffre posé près du gouvernail. Elle l'ouvrit. À l'intérieur, il y avait un objet simple : une boussole ronde, avec un verre un peu rayé. Au dos, une inscription : “Loyauté d'abord.”

“Cette boussole,” dit Lila, “m'a été offerte par l'Amiral Cendré, le plus strict des capitaines de la flotte royale. Il disait que j'avais un cœur droit, même si je portais un chapeau trop grand.”

Milo pencha la tête.

“Et pourquoi l'Amiral vous l'a… retirée ?”

“Parce qu'un soir, quelqu'un a volé un coffre de médicaments au port, et on a prétendu que c'était moi. Et l'Amiral m'a chassée. Depuis, on dit que je suis une pirate sans parole.”

Le grand Gabin, le charpentier, grogna :

“Un mensonge qui pue comme du poisson oublié.”

Lila hocha la tête.

“Je ne veux pas seulement qu'on me croie. Je veux prouver la vérité. Retrouver le coffre… et rendre ce qui doit être rendu. Alors mon honneur reviendra.”

À ce moment, une voile apparut au loin. Fine et rapide, comme une feuille qui glisse sur l'eau.

Milo écarquilla les yeux.

“Un navire ! Il vient vers nous ?”

Lila plissa les yeux, sans perdre son calme.

“Ce n'est pas n'importe quel navire. C'est le Furet Gris.”

À ces mots, l'équipage se redressa. Le Furet Gris appartenait à Capitaine Maro Rougeton, un pirate malin qui aimait les tours et les histoires tordues. Pas vraiment méchant… mais toujours prêt à embrouiller quelqu'un pour rigoler.

Le Furet Gris s'approcha, et une voix cria depuis l'autre pont :

“Lila Brise-Sel ! J'ai entendu que tu cherchais ton honneur ! Ça se trouve, j'en ai vu passer, mais je l'ai laissé filer… comme un savon mouillé !”

L'équipage du Perroquet Pailleté grogna. Milo serra les poings.

Lila leva la main, tranquille.

“Capitaine Maro, si tu as une information, dis-la. Sinon, va raconter tes blagues aux poissons.”

Maro éclata de rire.

“Oh ! Toujours le même calme. Ça doit être pratique quand on marche sur une banane. Écoute : j'ai vu quelqu'un avec un coffre marqué d'un L, près des îles Tambour. Un certain… Baron Bric-à-Brac.”

Le nom fit frissonner les voiles. Le Baron Bric-à-Brac n'était pas un vrai baron, bien sûr. C'était un collectionneur bizarre qui adorait accumuler des objets de pirates : cartes, sabres, boutons, et même des cuillères célèbres.

“Les îles Tambour,” répéta Lila. “C'est loin ?”

Maro fit une révérence exagérée, faillit tomber à l'eau, se rattrapa de justesse.

“À deux jours de navigation, si tu ne te trompes pas de sens. Et avec toi, je me méfie : tu as l'air si calme que tu pourrais confondre le nord et une sardine.”

Lila sourit.

“Merci pour l'info, Maro. Je te devrai peut-être un biscuit.”

Le Furet Gris s'éloigna en zigzag, comme s'il dansait.

Gabin tapota la boussole.

“Capitaine, et si c'est un piège ?”

Lila prit le gouvernail.

“Alors on fera preuve d'intelligence. Et si ça tourne mal, on fera preuve de courage. Ensemble.”

Milo lança, avec un petit rire :

“Et si ça se passe bien, on fera preuve… de biscuits !”

Le Perroquet Pailleté vira de bord. Les voiles se gonflèrent. L'aventure commençait.

Chapitre 2 : Les îles Tambour et la carte qui chatouille

Deux jours plus tard, les îles Tambour surgirent de la brume. Elles étaient rondes, vertes, et quand les vagues tapaient contre les rochers, on aurait dit un “boum boum” lointain, comme un tambour géant.

“On dirait que la mer joue de la musique,” murmura Milo.

Lila posa sa longue-vue sur ses yeux.

“Et nous allons danser au bon rythme.”

Ils jetèrent l'ancre dans une petite baie. Le sable était jaune comme du pain grillé. Des crabes se promenaient de côté, très fiers de leur démarche.

Madame Rumba descendit avec un panier.

“Je préviens : si un crabe vole mes biscuits, je le mets à éplucher les pommes de terre toute sa vie.”

“Les crabes n'épluchent pas,” dit Milo.

“Justement,” répondit-elle. “Ça leur apprendra.”

L'équipage avança dans la jungle légère. Pas de monstres, pas de hurlements : seulement des oiseaux colorés qui sifflaient, et des feuilles qui faisaient “froufrou”.

Au bout d'un moment, Gabin s'arrêta devant un panneau en bois tordu. Quelqu'un y avait écrit :

“Musée du Baron Bric-à-Brac — Entrée par là (si vous osez… ou si vous avez des chaussures).”

Milo chuchota :

“On ose ?”

Lila cligna de l'œil.

“On a des chaussures, déjà. C'est un bon début.”

Ils trouvèrent une grande cabane, moitié maison, moitié entrepôt. Des objets pendaient partout : des cloches, des filets, des chapeaux, des lanternes. Une enseigne grinçait : “Ne touchez à rien (sauf si vous aimez être grondés).”

Un homme sortit, petit, rond, avec une veste trop brillante et des lunettes qui glissaient sur son nez. Il avait un sourire qui voulait faire ami, mais qui semblait aussi compter les boutons de tout le monde.

“Bienvenue ! Je suis le Baron Bric-à-Brac,” annonça-t-il. “Baron… parce que ça fait sérieux. Bric-à-brac… parce que c'est vrai.”

Il s'inclina, puis ajouta :

“Si vous cassez quelque chose, vous le remplacez par deux choses.”

Lila s'avança.

“Je cherche un coffre de médicaments volé au port de Brume-Claire. On l'a vu par ici.”

Le Baron leva les mains.

“Moi ? Un voleur ? Jamais ! Je suis un… emprunteur très longtemps. Mais je comprends. L'honneur, la justice, les grands mots ! Suivez-moi.”

Il les conduisit dans une salle remplie de cartes. Des cartes roulées, pliées, froissées. Certaines étaient si vieilles qu'elles avaient l'air de tousser.

“Je collectionne les cartes,” expliqua le Baron. “Certaines montrent des trésors, d'autres montrent des raccourcis vers la cuisine. Les meilleures sont les deux à la fois.”

Il sortit une petite carte et la posa sur une table. Elle était couverte de symboles : une ancre, un poisson, une moustache, et… une plume.

Milo plissa les yeux.

“C'est une carte… qui a une moustache ?”

“C'est une île célèbre,” répondit le Baron très sérieusement. “L'île Moustache. Les vents y chatouillent le nez.”

Madame Rumba souffla :

“Ça, c'est mon genre d'île.”

Lila resta concentrée.

“Cette carte mène où ?”

Le Baron tapota la plume dessinée.

“À un endroit secret. Mais la carte est… capricieuse. Elle n'obéit qu'aux gens loyaux.”

Gabin croisa les bras.

“Une carte qui juge les gens, maintenant.”

Le Baron hocha la tête avec fierté.

“Oui. Elle chatouille même les doigts des menteurs. Regardez.”

Il posa son doigt sur la carte. Aussitôt, il se mit à rire malgré lui.

“Hihihi ! Ça chatouille !”

Il retira son doigt, rouge de surprise.

“Bon, d'accord… j'ai peut-être pris un petit objet au port, une fois. Un minuscule objet ! Un bouton royal. Il brillait. Je n'ai pas pu résister.”

Lila ne cria pas. Elle parla d'une voix calme mais ferme.

“Le coffre de médicaments, Baron. Ce n'est pas un bouton. Des gens en avaient besoin.”

Le Baron baissa la tête.

“Je sais… Je ne l'ai pas gardé. Je l'ai échangé contre une statue de perroquet en or… qui, entre nous, est très lourde et pas très pratique. Le coffre est parti sur un navire : la Griffe d'Étain.”

Milo sursauta.

“C'est le navire du Capitaine Sable-Noir !”

Sable-Noir était connu pour être dur… mais surtout pour ne jamais admettre qu'il avait tort. Avec lui, les discussions tournaient vite en concours de grimaces.

Le Baron se tortilla.

“Je peux vous aider ! Je vous donne la carte capricieuse. Elle vous guidera vers la Griffe d'Étain. Mais…”

“Mais quoi ?” demanda Gabin.

“Mais vous promettez de ne pas prendre ma statue de perroquet. Elle m'écrase déjà les pieds, mais je m'y suis attaché.”

Madame Rumba murmura :

“Il s'attache à ce qui l'écrase. Ça me rappelle ma marmite.”

Lila posa sa main sur la carte. Rien ne chatouilla. La carte sembla même briller un peu, comme si elle approuvait.

Le Baron ouvrit de grands yeux.

“Incroyable… Elle vous aime bien.”

Lila sourit.

“Ce n'est pas une question d'être aimée. C'est une question de faire ce qui est juste.”

Avant de partir, Lila se tourna vers le Baron.

“Vous viendrez avec nous.”

Le Baron faillit avaler ses lunettes.

“Moi ? Sur un bateau ? Avec du vent ? Et… des mouettes ?”

“Oui,” dit Lila. “Parce que la loyauté, ce n'est pas seulement donner une carte. C'est aussi réparer ses erreurs.”

Le Baron soupira, puis hocha la tête.

“D'accord… Mais je prends un coussin. L'aventure, ça fait mal aux fesses.”

Milo éclata de rire. Même Gabin sourit.

Ils repartirent vers le Perroquet Pailleté, la carte bien protégée, et un Baron Bric-à-Brac qui essayait de marcher d'un air courageux, comme un crabe en costume.

Chapitre 3 : La Griffe d'Étain et le courage qui parle doucement

La carte capricieuse les guida. Elle changeait de direction selon le vent, comme si elle dansait. Quand Milo essayait de la tenir, elle lui faisait des plis bizarres.

“Elle me boude !” protesta-t-il.

“Elle t'entraîne,” dit Lila. “Regarde bien : elle pointe vers l'est.”

Le soir du troisième jour, ils virent la Griffe d'Étain. C'était un grand navire gris, avec une proue en forme de pince. On aurait dit qu'il voulait attraper la mer.

“On fait quoi, Capitaine ?” demanda Gabin.

Lila observa. Elle ne voulait pas une bagarre. Pas pour de vrai. Elle voulait son honneur, pas des bleus sur le nez.

“On utilise notre tête,” dit-elle. “Et notre loyauté.”

Elle appela Madame Rumba et Milo.

“Plan simple : nous allons demander à parler au Capitaine Sable-Noir. Poliment. Et si ça ne marche pas… on sera malicieux.

Le Baron avala sa salive.

“Je suis très bon pour être poli. Je dis ‘bonjour' même aux chaises.”

“Parfait,” dit Lila. “Alors tu seras le premier à saluer.”

Ils s'approchèrent sous un petit drapeau blanc improvisé : un torchon propre de Madame Rumba.

“C'est mon plus beau,” précisa-t-elle. “Alors pas de trous dedans.”

Une voix gronda depuis la Griffe d'Étain :

“Qui ose venir chatouiller ma patience ?”

Lila leva la tête.

“Capitaine Lila Brise-Sel. Je viens parler d'un coffre de médicaments volé. Il doit être rendu.”

Sable-Noir apparut. Grand, bras croisés, barbe noire comme une nuit sans lune. Mais ses yeux n'étaient pas méchants ; ils avaient juste l'air fatigués, comme s'il avait trop compté des pièces toute la nuit.

“Je n'ai rien volé,” grogna-t-il.

Le Baron, courageux malgré ses genoux tremblants, s'avança.

“Euh… bonjour. Je suis le Baron Bric-à-Brac. J'ai… échangé ce coffre contre une statue. Donc… techniquement… c'est un peu ma faute aussi.”

Sable-Noir plissa les yeux.

“Je me souviens de toi. Tu m'as donné un perroquet en or qui pèse comme un éléphant mouillé.”

“Merci,” dit le Baron, comme si c'était un compliment.

Lila parla clairement.

“Ce coffre est important. Il appartient au port de Brume-Claire. Des gens malades en ont besoin. Si vous le rendez, je dirai à tous que vous avez fait le bon choix.”

Sable-Noir ricana.

“Et pourquoi je te croirais ? Tout le monde dit que toi, Lila, tu es une voleuse.”

Le pont du Perroquet Pailleté sembla se raidir. Milo serra les dents. Gabin posa sa main sur une corde, prêt à réagir.

Lila inspira. Son calme n'était pas de la faiblesse. C'était une force.

“Je comprends,” dit-elle. “On a dit ça de moi. Mais je suis venue avec un drapeau de trêve, et je ne veux pas de bataille. Je veux la vérité. Et je veux réparer.”

Elle sortit la boussole, la montra.

“Cette boussole porte un serment : ‘Loyauté d'abord'. Je le respecte, même quand ça me coûte.”

Sable-Noir regarda la boussole. Son visage bougea, comme si une pensée lui tirait la barbe.

“Loyauté…” murmura-t-il. “Ça fait longtemps qu'on ne m'a pas parlé de ça sans rire.”

Madame Rumba fit un pas en avant, brandissant un petit sac.

“Et j'ai des biscuits. Ils ne mentent jamais.”

“Les biscuits mentent ?” demanda Milo, perplexe.

“Pas ceux-là,” répondit-elle. “Ils sont trop occupés à être délicieux.”

Sable-Noir hésita. Puis il fit signe à un marin.

“Apporte le coffre.”

Un homme arriva avec un coffre en bois, marqué d'un L. Lila sentit son cœur bondir, mais elle ne se précipita pas.

Sable-Noir gronda :

“Je l'ai acheté. Je ne savais pas d'où il venait. Quand j'ai appris que c'était des médicaments, j'ai… hésité. La mer est dure, tu sais. On prend ce qu'on peut.”

Lila hocha la tête.

“Je sais que la mer peut rendre les gens méfiants. Mais aujourd'hui, vous pouvez choisir d'être loyal.”

Sable-Noir fixa l'équipage de Lila. Personne ne riait. Personne ne menaçait. Ils attendaient, simplement.

Finalement, Sable-Noir poussa le coffre vers eux.

“Prenez-le. Et… je veux bien que tu dises que je ne suis pas un monstre. Je suis juste… têtu.”

Milo sourit.

“Moi aussi, je suis têtu. Une fois, j'ai voulu manger une soupe brûlante vite. J'ai perdu.”

Madame Rumba ajouta :

“Et moi, je suis têtue aussi. C'est pour ça que mes biscuits existent.”

Un petit rire passa sur la Griffe d'Étain, comme un souffle de vent plus doux.

Lila s'inclina.

“Merci, Capitaine Sable-Noir. C'est un choix courageux.”

Sable-Noir grogna, mais sans méchanceté.

“Ne le répète pas trop fort, ça pourrait abîmer ma réputation.”

Ils repartirent avec le coffre, le drapeau blanc toujours levé. Le Baron soupira de soulagement.

“Je suis vivant… et mes fesses aussi.”

Chapitre 4 : L'honneur retrouvé et le fanion rangé

Le retour vers Brume-Claire fut rapide, porté par un vent joyeux. Le coffre était bien attaché au centre du pont, comme un passager important. Milo lui avait même donné un petit surnom : “Monsieur Coffre”.

“Comme ça,” expliqua-t-il, “il se sent respecté.”

Quand ils arrivèrent au port, les gens se rassemblèrent. On voyait des visages inquiets, puis curieux. Un homme en uniforme royal attendait près du quai : l'Amiral Cendré.

Il avait une cape grise, un regard sérieux et une moustache bien peignée, comme si elle obéissait à des règles.

Lila descendit la passerelle, le coffre derrière elle. Son équipage restait proche, comme un mur de soutien.

L'Amiral parla d'une voix forte :

“Capitaine Lila Brise-Sel. On m'a dit que vous reveniez avec… ce qui a disparu.”

Lila posa une main sur le coffre.

“Oui, Amiral. Le coffre de médicaments. Je l'ai retrouvé. Il a été échangé, vendu, déplacé… mais le voici. Je n'étais pas la voleuse.”

Un murmure parcourut la foule.

L'Amiral fixa le coffre, puis le visage de Lila. Il sembla peser chaque mot, comme une pièce d'or.

“Pourquoi avez-vous fait tout cela ? Vous auriez pu continuer à vivre en pirate loin d'ici.”

Lila répondit simplement :

“Parce que la loyauté compte. Je ne veux pas que mon équipage porte un mensonge. Et je ne veux pas qu'un port souffre à cause d'une rumeur.”

Milo chuchota à Gabin :

“Elle parle comme une capitaine… et comme une maman quand on a cassé un verre.”

Gabin murmura en retour :

“Oui. Et ça marche.”

L'Amiral fit signe à deux gardes qui ouvrirent le coffre. À l'intérieur, tout était en ordre. Il hocha la tête, puis, à la surprise de tous, il s'approcha de Lila et sortit de sa poche un petit objet : une médaille en bois, simple, avec une ancre gravée.

“Je me suis trompé,” dit l'Amiral. Les mots semblaient difficiles à dire, comme s'ils étaient collés à sa langue. “Je n'aurais pas dû vous juger si vite.”

Il tendit la médaille.

“Voici votre honneur. Et… votre boussole. Je l'avais gardée. Je croyais la protéger. En réalité, je la retenais.”

Il sortit la boussole et la posa dans la main de Lila.

Lila ne triompha pas. Elle ne lança pas de “je te l'avais dit”. Elle sourit doucement.

“Merci, Amiral.”

La foule applaudit. Madame Rumba fit une révérence avec son panier.

“Pour fêter ça, biscuits pour tout le monde ! Sauf pour les mouettes. Elles n'ont pas payé.”

Une mouette cria “Kraa !” comme si elle protestait.

Le Baron Bric-à-Brac, derrière, se racla la gorge.

“Euh… moi aussi, je dois réparer. Je rendrai… le bouton royal. Et je promets d'arrêter d'échanger des choses importantes contre des statues trop lourdes.”

Milo souffla :

“Bonne chance.”

Le Baron répondit :

“Merci. Je vais commencer par échanger la statue contre… une statue plus petite.”

Madame Rumba leva les yeux au ciel.

“On avance, mais doucement.”

L'Amiral regarda l'équipage du Perroquet Pailleté.

“Votre loyauté envers votre capitaine est claire. Et votre capitaine a montré du courage sans violence. C'est rare.”

Gabin se gratta la tête, gêné.

“On fait ce qu'on peut. Et parfois, on répare des planches en chantant faux.”

Milo ajouta :

“Moi, je chante juste… quand personne n'écoute.”

Le soir, sur le Perroquet Pailleté, l'équipage se rassembla. La mer brillait comme un drap de soie sombre.

Lila sortit un petit fanion de trêve, celui qu'ils avaient utilisé : le torchon blanc de Madame Rumba, soigneusement plié.

Madame Rumba surveillait.

“Attention, c'est toujours mon plus beau.”

Lila le plia encore mieux, avec soin, comme on range un souvenir précieux.

“Ce fanion nous a rappelé qu'on peut parler avant de se battre,” dit-elle.

Milo demanda :

“On le ressortira ?”

“Quand ce sera utile,” répondit Lila. “La trêve, ce n'est pas la fin de l'aventure. C'est une manière de la rendre plus belle.”

Elle rangea le fanion dans le coffre du bord, bien au sec.

Gabin leva une tasse de jus de pomme.

“À notre capitaine ! À son honneur !”

Milo leva la sienne aussi.

“Et à Monsieur Coffre !”

Madame Rumba conclut :

“Et aux biscuits, toujours loyaux.”

Ils rirent ensemble. Le vent gonfla doucement les voiles. Lila regarda l'horizon, le cœur léger.

Son honneur était revenu, oui. Mais surtout, elle savait une chose : tant que l'équipage restait loyal, aucune rumeur ne pourrait vraiment les couler.

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Pont
Le plancher plat sur un bateau où les marins marchent et travaillent.
Mousse
Un jeune marin qui aide l'équipage et apprend à naviguer.
Gouvernail
La grande pièce à l'arrière du bateau qui sert à le diriger.
Boussole
Petit instrument qui montre le nord pour ne pas se perdre en mer.
Serment
Une promesse très sérieuse que l'on fait devant d'autres personnes.
Loyauté
Le fait de rester fidèle et d'aider ses amis ou son équipage.
Trêve
Un moment où les adversaires arrêtent de se battre et parlent.
Capricieuse
Qui change d'avis souvent et n'obéit pas facilement.
Proue
L'avant du bateau, la partie qui coupe les vagues.
Charpentier
La personne qui répare et construit le bois du bateau.
Malicieux
Qui aime faire des petites plaisanteries ou taquiner gentiment.
Médicaments
Les remèdes qui aident les gens à guérir quand ils sont malades.

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