Chapitre 1 : Le compas disparu
Sur le pont du Perroquet Pétillant, les cordages chantaient doucement au vent. La mer était si bleue qu'on aurait dit une grande couverture brillante. Capitaine Maïa, une pirate adulte au foulard rouge et aux bottes toujours propres (mystère total), observait l'horizon avec sa longue-vue.
À ses côtés, l'équipage s'activait. Il y avait Jo le mousse, petit mais rapide comme une sardine, et Nino, le cuisinier, qui disait toujours qu'un bon ragoût pouvait calmer une tempête.
Maïa posa sa main sur sa ceinture… et se figea.
Son compas n'était plus là.
Pas n'importe quel compas : le Compas des Marées, celui qui indiquait toujours le bon chemin, même quand les nuages se mettaient à jouer à cache-cache avec le soleil. C'était aussi un souvenir précieux, offert par son ancienne capitaine, Lila, avant de lui confier le Perroquet Pétillant.
Maïa inspira, puis souffla lentement, comme elle le faisait quand quelque chose l'énervait.
« Quelqu'un a vu mon compas ? » demanda-t-elle, la voix calme mais ferme.
Jo leva la main, l'air inquiet. « Je l'ai vu hier soir, accroché à ta ceinture. Je l'ai même salué… enfin, pas vraiment, mais j'y ai pensé. »
Nino sortit la tête de la cuisine. Il avait de la farine sur le nez. « Moi, je n'ai volé que du sel, et encore, c'est le sel de la mer ! »
Un rire léger passa sur le pont, mais Maïa gardait les yeux sérieux.
Sur le plancher, près du grand mât, une plume violette était coincée entre deux lattes.
Maïa la ramassa. « Tiens… »
Jo écarquilla les yeux. « Une plume de mouette ? »
« Non, » dit Maïa. « Une plume de perroquet… violet. Et je ne connais qu'un seul pirate qui adore les couleurs voyantes : Capitaine Brume. »
À ce nom, quelques marins se regardèrent, puis haussèrent les épaules. Capitaine Brume n'était pas un monstre, juste un pirate très… fier. Il aimait surtout collectionner des objets rares pour se vanter.
Maïa se redressa. « Équipage ! On récupère le Compas des Marées. Pas pour se battre, mais parce qu'il est à nous. Et parce que la fidélité, ça compte. On ne laisse pas voler un souvenir. »
Jo hocha la tête très fort. « On te suit, Capitaine Maïa ! »
Nino brandit une louche comme une épée. « Et moi, je suis fidèle… au dessert. Mais aussi à toi. »
Maïa sourit malgré elle. « Alors, en route. Et cette fois, gardez l'œil ouvert. Même les bottes propres ne voient pas tout. »
Le Perroquet Pétillant vira de bord, joyeux, comme s'il aimait les missions importantes. Au loin, un nuage en forme de moustache semblait leur faire signe.
Chapitre 2 : L'île des Lanternes
Deux jours plus tard, l'équipage aperçut l'île des Lanternes. La plage était dorée, et sur les collines poussaient des arbres aux feuilles rondes qui brillaient au soleil, comme de petites lampes.
« On dirait une île qui a toujours une idée derrière la tête, » murmura Jo.
Maïa rit. « Alors gardons la nôtre bien accrochée. Brume est peut-être déjà passé ici. »
Ils débarquèrent avec prudence, mais sans peur. Maïa avançait la première, son sabre à la ceinture, surtout pour faire sérieux. Jo portait une longue-vue trop grande pour lui, et Nino un sac rempli de biscuits « au cas où on tombe sur des gens polis ».
Au bord d'un sentier, une tortue énorme somnolait. Sur sa carapace, quelqu'un avait collé un autocollant : un petit dessin de perroquet violet.
Maïa s'accroupit. « Bonjour, madame Tortue. Tu as vu passer un bateau avec un drapeau gris et un perroquet violet ? »
La tortue ouvrit un œil, puis l'autre, très lentement. « Mmmh… peut-être. J'étais en train de rêver d'une laitue géante. »
Jo chuchota : « Les tortues sont fidèles à leurs rêves. »
Maïa posa un biscuit devant la tortue. « Si tu nous aides, on te laisse aussi ces biscuits. Fidèlement, promis. »
La tortue renifla, puis croqua doucement. « D'accord. Le bateau gris s'est arrêté dans la crique derrière les rochers. Ils ont pris quelque chose de brillant et sont allés vers le phare. Ils parlaient fort. Un peu trop fort pour des gens qui veulent être discrets. »
« Merci ! » dit Maïa.
Ils suivirent le sentier. Plus ils montaient, plus les feuilles-lanternes brillaient autour d'eux. Ce n'était pas magique au point de faire peur, plutôt comme si l'île avait installé des petites veilleuses.
Arrivés près du phare, ils entendirent des voix.
« Je vous dis que ce compas est parfait ! » fanfaronnait quelqu'un. « Il va m'aider à trouver la… euh… la meilleure route pour… faire du commerce très honnête. »
Jo souffla : « Très honnête… comme un poisson qui dit qu'il n'aime pas l'eau. »
Maïa fit signe à l'équipage de se baisser. Elle réfléchit vite. Brume avait peut-être des gardes, et Maïa ne voulait pas d'une bagarre. Elle préférait une idée malicieuse.
« Nino, » murmura-t-elle, « tes biscuits… tu en as avec beaucoup de cannelle ? »
Nino sourit. « Ceux qui font éternuer même les statues ? Bien sûr. »
Maïa chuchota son plan. Jo écouta, les yeux brillants.
Ils avancèrent doucement jusqu'à une fenêtre du phare. À l'intérieur, Capitaine Brume était là, grand manteau gris et chapeau trop large. Sur son épaule, un perroquet violet gonflait ses plumes comme une boule de confettis.
Et sur la table… le Compas des Marées.
Maïa sentit son cœur faire un petit bond. Elle posa une main sur l'épaule de Jo. « On le récupère ensemble. Fidèles, et malins. »
Chapitre 3 : Le plan des biscuits
Maïa prit une grande inspiration et adopta une voix joyeuse. Elle sortit de sa cachette et frappa à la porte du phare.
Toc toc toc.
Les voix s'arrêtèrent. La porte s'ouvrit d'un coup, et Brume apparut, surpris.
« Qui ose… oh ! Capitaine Maïa ! » Il se redressa, comme s'il venait d'être invité à une fête. « Quelle… coïncidence. »
Maïa sourit, polie comme une reine des pirates. « Quelle chance, en effet. Je passais par là et… j'ai senti une odeur de thé. »
Nino surgit derrière elle avec un plateau. « Et de biscuits ! Tout frais. On partage ? C'est plus sympa que de manger tout seul. »
Brume hésita. Son perroquet violet pencha la tête, curieux.
Maïa ajouta, l'air innocent : « On dit que les bons capitaines savent accueillir. Et toi, tu as l'air d'un capitaine… très accueillant. »
Brume gonfla la poitrine. « Évidemment ! Entrez ! »
Ils s'installèrent autour de la table, juste à côté du compas. Maïa garda son sourire, mais son regard ne le quittait pas. Jo, lui, fixait le perroquet violet, comme s'il voulait lui apprendre à être plus discret.
Brume prit un biscuit. « Mmh, pas mal… »
Nino toussota discrètement. « Attention, ceux-là ont… beaucoup de cannelle. »
Trop tard.
Brume éternua. « Atchoum ! »
Son perroquet violet éternua aussi. « Atchoum-crouiiik ! »
Jo se leva d'un bond, jouant la panique. « Oh non ! La cannelle attaque ! Vite, de l'eau ! Je vais en chercher ! »
Il fit mine de trébucher et, dans son mouvement, il renversa doucement une petite nappe sur la table. La nappe glissa… et couvrit le compas.
Maïa, rapide comme une vague, attrapa le compas sous la nappe et le glissa dans sa poche.
Brume éternuait encore. « Atchoum ! Qui a inventé la cannelle ?! »
Nino, très sérieux : « Des gens fidèles au goût. »
Maïa se leva, avec un air sincèrement préoccupé. « Capitaine Brume, tu as l'air malade. On ne voudrait pas t'embêter. On va te laisser te reposer. »
Brume renifla. « Oui… oui… revenez… quand je… atchoum… je serai… mieux. »
Jo revint avec un seau d'eau. « Voilà ! De l'eau ! »
Mais il fit semblant de glisser et éclaboussa le sol. Rien de dangereux, juste assez pour que tout le monde recule en râlant.
Maïa en profita pour faire signe vers la sortie. En quelques secondes, ils étaient dehors, courant sur le sentier, le phare derrière eux.
Une fois à l'abri des arbres-lanternes, ils s'arrêtèrent, essoufflés.
Maïa sortit le Compas des Marées. Le verre brillait doucement, comme s'il était content de rentrer à la maison.
Jo sautilla. « Mission réussie ! On est des génies ! »
Nino leva sa louche. « Vive la cannelle ! »
Maïa rit, puis serra le compas contre elle. Son rire devint plus doux. « Merci. Vous avez été fidèles. Pas seulement à moi, mais à ce que ce compas représente. »
Jo demanda : « Et Brume ? Il va nous courir après ? »
Maïa secoua la tête. « Brume aime surtout se vanter. Pas se fatiguer. Mais… j'aimerais que cette histoire finisse mieux que “on s'enfuit en courant”. On va lui parler. »
Jo ouvrit de grands yeux. « Maintenant ? »
« Maintenant, » confirma Maïa. « Avec courage… et avec des mots. »
Chapitre 4 : Une paix de mer calme
Ils revinrent près du phare, mais cette fois en marchant tranquillement, comme des gens qui n'ont rien à se reprocher. Maïa leva les mains pour montrer qu'elle venait sans menace.
Brume était dehors, le nez encore un peu rouge, son perroquet violet frottant son bec contre son aile.
« Capitaine Brume ! » appela Maïa.
Brume plissa les yeux. « Vous… vous avez pris quelque chose ? »
Maïa sortit le compas et le tint bien en vue. « Oui. J'ai repris ce qui m'appartient. Ce compas a été volé. Il ne sert pas à se vanter. Il sert à guider… et à se souvenir. »
Brume regarda le compas, puis détourna les yeux. « Je… je voulais juste prouver que j'avais le meilleur butin. »
Jo, courageux, fit un pas en avant. « On peut être un grand pirate sans voler les souvenirs des autres. Tu peux collectionner… des coquillages ! Ou des recettes de biscuits ! »
Nino s'illumina. « Oh oui, des recettes ! Je peux t'en donner une. Fidèlement. Sans cannelle, si tu veux. »
Brume eut un petit rire malgré lui. Son perroquet violet imita : « Fidèlement ! Fidèlement ! »
Maïa adoucit sa voix. « Brume, je ne veux pas d'ennemis. Je veux une mer où les équipages se respectent. Rends ce que tu prends, et on peut faire la paix. Une vraie paix, qui dure. »
Brume gratta sa joue, embarrassé. « Et si je dis… pardon ? »
Jo chuchota : « C'est un mot très courageux. »
Brume inspira. « Pardon, Capitaine Maïa. J'ai eu tort. »
Maïa hocha la tête. « Merci. En échange, je te promets quelque chose : si un jour tu perds un objet important, tu pourras compter sur nous. Parce que la fidélité, ça marche dans les deux sens. »
Brume sembla surpris, puis soulagé, comme si on venait de lui enlever un sac trop lourd. « D'accord. Alors… paix ? »
Maïa tendit la main. Brume la serra. Son perroquet violet poussa un cri joyeux, et les arbres-lanternes, autour d'eux, semblaient briller un peu plus fort.
Sur le chemin du retour, Jo demanda : « Capitaine, tu n'as pas eu peur de revenir lui parler ? »
Maïa sourit. « J'ai eu un petit nœud dans le ventre. Mais le courage, ce n'est pas ne jamais trembler. C'est avancer quand même… et choisir la bonne chose. »
De retour sur le Perroquet Pétillant, Maïa accrocha le compas à sa ceinture, cette fois avec un double nœud.
Nino servit un ragoût chaud. Jo fit un salut sérieux au compas, puis éclata de rire.
Au loin, on aperçut un drapeau gris qui s'éloignait, tranquillement. Pas en fuite, pas en colère. Juste en route, comme un bateau qui a décidé de mieux naviguer.
La mer, elle, restait grande et brillante. Et sur le pont, l'équipage se sentait plus uni que jamais, fidèle comme une étoile qui revient chaque nuit à sa place.