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Histoire de trésor caché 11 à 12 ans Lecture 24 min. (2)

La boussole-trésor du phare de Brume-Lune

Quatre amies du port de Brume-Lune découvrent une boussole mystérieuse et partent en quête de trois marques, affrontant énigmes, frayeurs et épreuves qui mettront à l’épreuve leur amitié et leur courage.

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Quatre filles dans une petite salle de pierre sous un phare à voûte basse et murs gravés : Élise (~11 ans), cheveux châtain clair en queue basse, à genoux devant un coffre ouvert, pose une vieille boussole sur le couvercle ; Salomé (~12 ans), cheveux noirs courts, debout à gauche, posture protectrice, main sur le bord du coffre ; Nora (~10 ans), cheveux roux en tresses, à droite, saute de joie éclairée par la lueur ; Jade (~11 ans), cheveux noirs longs lâchés, derrière le coffre, penchée pour lire un carnet à la lueur. Du coffre s'élève une lumière nacrée comme une perle de lune qui révèle un carnet, une longue-vue en laiton et une poignée en bronze ; l'atmosphère est mystérieuse mais chaleureuse, avec ombres nettes, reflets humides sur la pierre et expressions de surprise, solidarité et émerveillement. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1

Dans le petit port de Brume-Lune, les maisons sentaient le sel et la confiture d'abricot. Les voiles claquaient comme des draps qu'on secoue, et les mouettes lançaient leurs blagues criardes au-dessus des pontons.

Élise avançait sans bruit, comme si ses chaussures connaissaient le secret des planches. Discrète, elle préférait écouter plutôt que parler. À ses côtés, Salomé marchait vite, les yeux toujours en alerte; Nora, elle, avait une curiosité qui lui tirait les sourcils vers le haut; et Jade, plus grande dans sa tête que sur sa taille, gardait un carnet où elle notait tout… surtout ce qui semblait impossible.

Elles s'étaient donné rendez-vous près de la vieille boutique du cordier. La devanture était grignotée par le temps, et une clochette tintait comme un petit rire quand on poussait la porte.

— Vous êtes en retard de deux minutes, annonça Jade, crayon en main.

— C'est toi qui es en avance de trois, répliqua Salomé.

Nora renifla l'air. — Ça sent la corde humide et… le mystère.

Le cordier, un homme au dos courbé comme un point d'interrogation, leur fit signe d'approcher. Sur son comptoir, il posa un objet enveloppé dans un chiffon. Quand il le déplia, une boussole apparut, mais pas une boussole ordinaire: le boîtier était gravé de petites vagues, et l'aiguille, au lieu de trembler, semblait hésiter, comme si elle réfléchissait.

— La boussole-trésor du capitaine Armand Le Roux, murmura le cordier. On dit qu'elle ne pointe pas le nord… mais ce qu'on cherche vraiment.

Élise sentit un frisson lui courir sur la nuque, comme une goutte froide. Le cordier glissa ensuite une lettre jaunie vers elle, comme si c'était évident que ce devait être elle.

Élise la prit. Ses doigts frôlèrent le papier rugueux, et elle eut l'impression d'entendre un chuchotement de mer ancienne.

La lettre disait, d'une écriture serrée:

« À celle qui marche sans faire de bruit. Retrouve ma boussole, ou elle restera muette. Trois marques pour la réveiller. Ne confonds pas vitesse et précipitation. — Capitaine Armand »

Salomé ouvrit de grands yeux. — “Celle qui marche sans faire de bruit”, c'est toi, Élise!

Élise rougit jusqu'aux oreilles. — Je… je ne fais pas exprès.

Le cordier hocha la tête. — On me l'a confiée avec une mission. Une vraie. Le capitaine est mort depuis longtemps, mais sa boussole… non. Elle attend. Et vous, vous êtes quatre. À quatre, on a moins peur.

— Et si on a quand même peur? demanda Nora.

— Alors on avance quand même, répondit Jade en refermant son carnet.

La clochette tinta encore. Dehors, un souffle de vent apporta une odeur de varech. Élise serra la boussole contre elle. Elle ne savait pas encore où commencer… mais elle sentit, très clairement, que l'aventure venait de pousser la porte.

Chapitre 2

Elles se réfugièrent sur la digue, à l'abri d'un vieux phare. Les pierres étaient tièdes au soleil, mais l'air restait frais, comme si la mer gardait des secrets dans sa bouche.

Jade posa la boussole au milieu, comme une reine sur son trône. Salomé s'accroupit, prête à bondir. Nora sortit une loupe de poche, comme si elle s'attendait à voir une carte apparaître par magie. Élise resta un peu en retrait, attentive à tout: les pas sur les galets, le rythme des vagues, le moindre changement dans le vent.

— Trois marques pour la réveiller, relut Jade. Il faut trouver ces marques. Mais lesquelles?

— Des marques de pirates! lança Nora.

— Les pirates ne laissent pas des marques, ils laissent des problèmes, grogna Salomé. Regardez plutôt les gravures.

Sur le boîtier, près des vagues, trois petits symboles presque effacés: un poisson, une étoile, et… une poignée de porte.

— Une poignée? s'étonna Nora. C'est… précis.

Élise se pencha. La poignée était dessinée comme une main ouverte. Cette image la fit sourire malgré elle.

Salomé tapota la boussole. — Bon. Poisson, étoile, poignée. Où on trouve ça?

Jade pointa du doigt la ville. — Le poisson: le marché. L'étoile: le vieux observatoire sur la colline. Et la poignée… ça doit être un endroit où il faut ouvrir quelque chose.

— Ou quelqu'un, plaisanta Nora. Genre un fantôme coincé dans un placard!

Salomé souffla. — Si c'est un fantôme, je lui fais la morale.

Elles prirent le chemin du marché. Les étals débordaient de sardines brillantes, de crabes qui faisaient les durs, et de filets qui sentaient l'iode. Un poissonnier criait des prix avec une voix de trompette.

Élise remarqua, accroché au mur du marché, un vieux panneau en bois, mangé par le sel. Dessiné dessus: un poisson exactement comme celui de la boussole. En dessous, une petite plaque: « Première marque: à qui sait regarder sans se montrer. »

— Encore toi, Élise, dit Nora, admirative.

Élise haussa les épaules. — Ça… ça pourrait être n'importe qui.

— Non, répondit Jade. Toi, tu vois. Et tu ne prends pas toute la place. C'est utile.

Sous le panneau, un clou rouillé tenait un bout de ficelle. Au bout, une petite perle noire.

Salomé la prit. — Une perle? C'est la marque?

Jade secoua la tête. — Je pense que c'est une clé… ou un morceau de clé.

Élise posa la perle contre la boussole. Un petit clic retentit, comme un soupir. L'aiguille se mit à tourner doucement, puis pointa vers la colline.

— L'étoile, murmura Nora. On y va?

Le marché continuait de vivre, mais pour elles, le monde venait de changer de direction.

Chapitre 3

La montée vers l'observatoire ressemblait à un défi posé par un géant. Le sentier serpentait entre des pins qui sentaient la résine chaude. Les cigales faisaient un bruit de casserole lointaine, et la mer, en bas, brillait comme une pièce de monnaie géante.

Nora racontait une histoire pour se donner du courage.

— Si on trouve un trésor, je m'achète une bibliothèque qui tourne sur elle-même!

— Tu ferais mieux d'acheter des chaussures silencieuses, dit Salomé en regardant Élise.

— Hé! protesta Nora. Je peux être silencieuse. Écoutez.

Elle posa le pied sur une branche. CRAC. Un lézard détala, outré.

Jade étouffa un rire. — Silencieuse comme un tambour.

Élise, elle, avait le souffle plus court. Pas seulement à cause de la montée. Elle sentait une pression étrange, comme si l'air devenait plus épais à mesure qu'elles approchaient.

L'observatoire était une petite bâtisse ronde, avec un dôme fendu. On aurait dit un œil fermé depuis longtemps. La porte grinça quand Salomé la poussa.

À l'intérieur, il faisait frais. L'odeur de poussière se mélangeait à celle du métal. Des cartes du ciel étaient accrochées aux murs, avec des étoiles dessinées comme des points de couture.

Jade leva la boussole. L'aiguille vibra et pointa vers une grande carte où une étoile était entourée d'un cercle rouge.

— Voilà notre deuxième marque, dit-elle.

Sous la carte, une boîte en fer, verrouillée, attendait. Sur le cadenas, trois petits trous, comme pour des perles.

— La perle noire, dit Nora, fière d'avoir compris.

Élise plaça la perle dans le premier trou. Le métal avala l'objet avec un petit bruit sec. Un deuxième trou se mit à briller faiblement, comme une luciole.

— Il nous manque deux perles, conclut Salomé. Où on les trouve?

À ce moment, un grondement sourd remua le plafond. Des grains de poussière tombèrent comme une pluie fine.

— Heu… c'était quoi? demanda Nora, la voix plus petite.

Salomé s'approcha de la fenêtre. — Un orage? Non… La mer est calme.

Un autre grondement, plus proche. Puis un bruit de pas. Lents. Lourds.

Élise sentit son cœur cogner. Son instinct lui disait de se cacher, mais elle se força à réfléchir. La lettre: « Ne confonds pas vitesse et précipitation. »

— On ne panique pas, chuchota-t-elle. On écoute.

Les pas s'arrêtèrent devant la porte. Un silence épais s'étira, si long qu'on entendait le crissement d'un insecte dans un coin.

Puis une voix âgée, râpeuse, appela:

— Y a quelqu'un?

Salomé se redressa, prête à jouer les gardiennes du monde.

— Oui. Et l'observatoire est fermé, lança-t-elle, sans savoir si c'était vrai.

— Fermé? s'étonna la voix. Pourtant, je viens nourrir mon chat.

La porte s'ouvrit, révélant une vieille dame avec un châle bleu nuit. Un petit chat gris la suivait, très sérieux, comme un assistant.

— Ah, des exploratrices, dit la dame en les observant. Je m'appelle Madame Céleste. Et vous êtes… en train de réveiller quelque chose, non?

Jade serra son carnet contre elle. — Comment vous savez?

Madame Céleste sourit, ridant son visage comme une carte.

— Parce que la boussole du capitaine n'aime pas le sommeil. Elle a déjà fait trembler ces murs.

Élise osa demander:

— Vous connaissez le capitaine Armand?

La vieille dame posa sa main sur la carte des étoiles. — Je connaissais surtout sa sagesse. Il disait: « Le vrai trésor se cache derrière la bonne question. »

Nora murmura:

— Et la bonne question, c'est… où sont les autres perles?

Madame Céleste éclata d'un rire doux. — Bonne tentative. Les perles? L'une est dans le bassin du phare. L'autre… elle n'est pas dehors. Elle est dans votre façon de vous tenir ensemble.

Elles se regardèrent, un peu perdues.

— Prenez ceci, ajouta Madame Céleste en tendant un petit morceau de craie blanche. Dessinez une étoile à la craie sur la porte du phare. La boussole comprendra.

Élise prit la craie. Elle sentait sous ses doigts une poudre sèche, prometteuse. Elles remercièrent et ressortirent.

Dehors, l'air avait changé: il sentait la pluie, mais il n'y avait pas de nuages. Comme si l'aventure préparait une surprise.

Chapitre 4

Le phare de Brume-Lune se dressait au bout de la jetée comme un doigt qui rappelait le ciel à l'ordre. À mesure qu'elles approchaient, le vent devenait plus fort, apportant des éclats de sel sur les lèvres.

Dans la cour du phare, un bassin rond recueillait l'eau de pluie. Il était couvert de feuilles et de reflets tremblants.

— La perle est là-dedans? soupira Salomé. Super.

— Je peux plonger mon bras, proposa Nora, déjà prête à se salir.

— Non, dit Jade. On réfléchit. Sagesse, tout ça. Le capitaine n'aurait pas voulu qu'on se jette au hasard.

Élise regarda autour. Le bassin avait une margelle lisse, mais un côté était rayé de trois griffures, comme des traits d'ongles. Elle se pencha et vit, au fond, quelque chose qui brillait à peine.

— Il y a une grille, dit-elle. Une petite grille retient… quelque chose.

Salomé tenta de passer ses doigts. Trop étroit.

Nora pointa du doigt une tige métallique posée près d'un seau. — On peut l'attraper avec ça.

Jade secoua la tête. — Et si on la pousse plus loin? Le mieux serait de soulever la grille.

Élise observa le bord. Une vis rouillée tenait la grille. Juste à côté, une pierre plate semblait posée exprès.

— On peut faire levier, dit Élise, surprenant tout le monde… et elle-même.

Salomé la fixa. — Toi? Faire levier?

Élise déglutit. — Je… je peux essayer.

Elles glissèrent la pierre sous la grille. Élise appuya doucement. La grille résista, puis céda d'un coup, éclaboussant un peu. L'eau froide mouilla leurs doigts, et Nora poussa un « brrr » dramatique.

Avec la tige, elles récupérèrent une deuxième perle, cette fois bleue, lisse comme un bonbon.

— Deux sur trois, annonça Jade.

Il restait l'étoile à dessiner. Elles entrèrent dans le phare. Les marches en colimaçon grinçaient comme si elles racontaient des commérages. En haut, une porte donnait sur une petite pièce vitrée. L'odeur de vieux bois y était mélangée à celle d'huile.

Élise sortit la craie. Ses mains tremblaient un peu.

— Sur la porte du phare, avait dit Madame Céleste. Mais laquelle? Celle d'entrée? Celle du sommet?

Salomé répondit en haussant les épaules. — On fait les deux. Comme ça, on ne se trompe pas.

Jade fronça les sourcils. — C'est de la précipitation.

Nora tenta l'humour. — On appelle ça une stratégie “double étoile”.

Élise réfléchit. La boussole vibrait légèrement, comme un animal impatient. Elle pointait vers la porte du sommet.

— Celle-là, dit Élise. Je le sens.

Elle traça une étoile à cinq branches. La craie crissa, laissant une poussière blanche qui sentait la pierre. Quand elle posa la dernière ligne, un léger souffle passa dans la pièce, comme si quelqu'un venait de dire « enfin ».

La boussole cliqueta. Une lueur minuscule apparut sur le boîtier, au niveau du symbole étoile.

— Ça a marché! s'exclama Nora, qui faillit trébucher de joie.

Mais la joie dura une seconde. Dehors, un sifflement étrange s'éleva, un son qui ressemblait à une flûte trop grave. Puis un choc contre la porte du phare, en bas. Un autre. Comme si quelque chose frappait.

Salomé pâlit. — Il y a quelqu'un.

— Ou quelque chose, ajouta Nora, regrettant instantanément.

Jade serra les dents. — On ne va pas se faire piéger ici.

Élise posa sa main sur la boussole. L'aiguille tournait vite, puis s'immobilisa en pointant… vers l'intérieur du phare, derrière un panneau en bois.

— Là, murmura-t-elle. Une cache.

Elles tirèrent le panneau. Derrière, un passage étroit descendait. Un souffle d'air froid en sortit, avec une odeur de pierre mouillée et de vieux secret.

— On y va, dit Salomé, la voix ferme, même si ses yeux disaient autre chose.

Élise inspira. Elle avait peur, oui. Mais la peur n'était pas un mur. Juste une porte qu'il fallait pousser.

Chapitre 5

Le passage ressemblait à la gorge d'un monstre endormi: étroit, sombre, et humide. Leurs pas faisaient un bruit de chuchotement sur la pierre. L'air collait un peu à la peau, et un goutte-à-goutte régulier donnait l'impression qu'une horloge invisible comptait le temps.

Nora alluma la petite lampe de son porte-clés. Le faisceau trembla sur les murs, révélant des gravures: des vagues, un bateau, et parfois une main ouverte… la même que sur la boussole.

— La poignée, souffla Jade. C'est notre troisième marque.

Au bout du passage, une porte de pierre les attendait, avec une poignée en métal terni. Elle avait la forme d'une main, paume ouverte. Sur l'index, un minuscule creux, comme pour y poser quelque chose.

— Une perle? demanda Salomé.

Élise sortit les deux perles. Elles testèrent: la noire ne rentrait pas, la bleue non plus. Le creux semblait fait pour… autre chose.

Jade relut dans sa tête: « L'autre perle… elle est dans votre façon de vous tenir ensemble. »

— C'est une énigme, dit-elle. La troisième “perle”, ce n'est pas un objet.

Nora, soudain sérieuse, posa sa main sur celle de Salomé. — Ensemble, alors.

Salomé hésita, puis posa sa main. Jade ajouta la sienne. Elles regardèrent Élise.

Élise sentit la chaleur de leurs doigts, la confiance qui pesait plus que la peur. Elle posa sa main au-dessus des autres, comme un couvercle.

Au même instant, la poignée de pierre vibra. Dans le creux de l'index, une petite lumière apparut, blanche et ronde, comme une perle faite de lune.

— Voilà, murmura Jade, la gorge serrée.

La porte de pierre s'ouvrit en grinçant, révélant une salle basse. L'air y était plus sec, et l'odeur de bois ancien flottait, comme dans un grenier de souvenirs.

Au centre, un coffre reposait sur un socle. Pas énorme, pas couvert de bijoux. Juste un coffre solide, avec des coins de cuivre. Sur le couvercle, une inscription:

« Ce qui est trouvé sans sagesse se perd sans bruit. »

Salomé approcha. — On l'ouvre?

— Doucement, dit Élise. Pas de précipitation.

Elle posa la boussole sur le coffre. L'aiguille se mit à tourner, puis s'arrêta net, pointant vers la serrure. Comme si elle donnait la permission.

Jade observa le cadenas: trois trous, comme celui de la boîte à l'observatoire.

Élise plaça la perle noire, puis la bleue. La serrure attendit. La “perle de lune”, elle, glissa seule dans le troisième trou, comme attirée par un aimant.

Un clac. Le coffre s'ouvrit.

À l'intérieur, pas de montagnes d'or. À la place: un petit carnet de cuir, une longue-vue, une bourse contenant quelques pièces anciennes… et une poignée de porte en bronze, soigneusement enveloppée dans un tissu rouge.

— Une poignée? répéta Nora, presque déçue.

Salomé la prit et la souleva. Elle était lourde, froide, mais étrangement douce sous les doigts, lisse comme une pierre polie.

Jade ouvrit le carnet. L'écriture du capitaine courait sur les pages comme une mer agitée mais lisible:

« La boussole-trésor ne mène pas aux pièces, elle mène aux choix. Le trésor, c'est de savoir quand s'accrocher… et quand relâcher. La poignée que tu tiens ouvre la dernière porte. Mais n'oublie pas: toute poignée peut aussi être un piège, si on ne la lâche jamais. »

Élise sentit quelque chose se serrer en elle. Elle pensa à sa discrétion, à toutes les fois où elle n'osait pas parler, où elle gardait tout dans ses poches comme des cailloux trop lourds.

Un bruit résonna derrière elles, venant du passage: des coups sourds, comme en haut du phare.

— On n'est pas seules, chuchota Nora.

Salomé se plaça devant le coffre, protectrice. — Personne ne touche à ça.

Une silhouette apparut à l'entrée du passage, encadrée par l'ombre. C'était… Madame Céleste, essoufflée, son chat gris sur l'épaule comme un capitaine sur son perroquet.

— Ne vous inquiétez pas, dit-elle. C'est moi. Le sifflement et les coups? Le vent. Et mon chat qui déteste les portes fermées.

Le chat miaula, vexé, comme pour confirmer.

Nora souffla, mi-rieuse, mi-soulagée. — J'ai failli faire une attaque de préado.

Madame Céleste s'approcha du coffre, regarda la poignée en bronze, puis Élise.

— Vous l'avez trouvée. Maintenant, la question n'est pas “qu'est-ce que c'est?”. La question, c'est “qu'est-ce que vous allez en faire?”.

Chapitre 6

Elles remontèrent dans le phare en silence, avec le coffre refermé et le carnet serré contre Jade. Dehors, la lumière avait changé: le soleil descendait, et la mer prenait une couleur d'étain. Le vent jouait dans leurs cheveux comme un enfant impatient.

Sur la terrasse du phare, Madame Céleste posa une vieille porte en bois contre le mur. Elle avait été retirée depuis longtemps, rongée sur les bords. À l'endroit de la poignée, un trou béant attendait.

— Cette porte appartenait à une remise du capitaine, expliqua-t-elle. Il l'a laissée ici, comme une leçon. Il disait que certains trésors n'ont de valeur que si on sait les transmettre.

Salomé regarda la poignée en bronze. — Alors on la fixe et on ouvre?

— Vous pourriez, répondit Madame Céleste. Mais l'histoire ne se termine pas toujours en fermant le poing.

Élise sentit le poids de la poignée dans sa main. Elle pensa aux mots: « savoir quand s'accrocher… et quand relâcher. »

— Et si le trésor, c'était… de ne pas garder? murmura-t-elle.

Jade la fixa, surprise, puis hocha lentement la tête. — La sagesse, c'est parfois de partager. Ou de rendre.

Nora grimaça. — Mais j'avais déjà choisi la couleur de ma bibliothèque qui tourne…

Salomé soupira, puis sourit malgré elle. — On peut quand même garder le carnet, non? Au moins la leçon.

Madame Céleste répondit doucement: — Les mots peuvent rester, si vous les utilisez.

Élise s'approcha de la porte. Elle plaça la poignée dans le trou, mais au lieu de la visser pour la posséder, elle la posa simplement, comme on rend un objet emprunté. La poignée tint en place, un instant, comme par magie ou par équilibre parfait.

La boussole, dans la poche d'Élise, vibra. Elle la sortit: l'aiguille s'était calmée. Elle pointait désormais droit devant, vers l'horizon, comme si elle disait: « C'est bon. »

Madame Céleste posa sa main sur celle d'Élise. — Maintenant, relâche.

Élise ouvrit les doigts. La poignée resta fixée à la porte… puis, d'un léger déclic, elle se détacha d'elle-même et tomba dans une petite boîte encastrée dans le bois. La boîte se referma aussitôt, comme si la porte avait avalé le dernier morceau du secret.

— Hé! s'exclama Nora. La porte a mangé la poignée!

Salomé éclata de rire. — C'est la première fois que je vois un trésor faire “miam”.

Élise, elle, ressentit un étrange soulagement, comme si elle venait de déposer un sac trop lourd. Elle avait trouvé ce qu'on lui avait demandé de retrouver… et elle venait de le laisser partir.

Madame Céleste regarda les quatre filles. — Le capitaine appelait ça “la poignée relâchée”. Une preuve que vous n'êtes pas prisonnières de ce que vous trouvez. Vous savez lâcher au bon moment.

Jade nota la phrase, mais sans se presser, comme si chaque mot devait respirer.

Nora se pencha vers Élise. — Tu sais… tu n'es pas seulement discrète. Tu es… solide.

Salomé ajouta, un peu gênée: — Et courageuse. Même si tu ne cries pas.

Élise sentit ses yeux picoter. Elle sourit, toute petite, mais vraie. — Merci.

La boussole-trésor brilla une dernière fois, puis l'aiguille se figea au centre, immobile, apaisée. Comme si elle avait compris que la quête était terminée.

Elles redescendirent du phare ensemble, leurs pas mêlés au bruit des vagues. Le port de Brume-Lune les attendait, avec ses odeurs de sel et de confiture. Et dans leurs poches, il n'y avait pas un trésor lourd et brillant, mais quelque chose de plus rare: une histoire partagée, et la sagesse de savoir ouvrir la main.

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Devanture
La partie devant un magasin, la façade que l'on voit de la rue.
Cordier
Personne qui fabrique ou répare des cordes et filets pour bateaux.
Boîtier
Petit coffret ou boîte qui contient un objet ou un mécanisme fragile.
Boussole-trésor
Boussole spéciale dans l'histoire; elle indique ce qu'on cherche vraiment.
Gravé
Qui a été creusé ou marqué dans une surface pour laisser un dessin ou mot.
Varech
Algue qui vit sur les rochers et qui sent le sel près de la mer.
Digue
Mur ou passage construit au bord de la mer pour protéger la terre.
Phare
Grande tour avec une lumière qui aide les bateaux à ne pas se perdre.
Margelle
Bord ou rebord autour d'un bassin ou d'un puits, où l'on peut s'appuyer.
Colimaçon
Escalier en spirale qui tourne sur lui-même, comme une coquille.
Socle
Support solide sur lequel on pose un objet important, comme un coffre.
Précipitation
Action de faire quelque chose trop vite sans bien réfléchir d'abord.

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