1) La carte du quotidien
Malo avait six ans. Il était rêveur, mais très précis. Quand il rangeait ses crayons, il les alignait comme des petits soldats. Quand il regardait les nuages, il y voyait des baleines, puis il notait dans sa tête : « Baleine à droite, queue en forme de virgule. »
Ce mercredi-là, il pleuvait un peu. Des gouttes glissaient sur la fenêtre, comme des perles pressées. Malo soupira.
« On ne peut pas explorer avec cette pluie… »
Maman posa une chaussette sur le radiateur.
« On peut explorer quand même. Dans la maison, il y a des pays secrets. »
Malo ouvrit grand les yeux.
« Des pays ? Ici ? »
Maman sourit. Elle lui tendit une feuille pliée.
« J'ai trouvé ça dans un vieux livre. Une carte. Mais il manque la fin. À toi de la découvrir. »
Malo déplia la feuille. Il y avait un dessin au feutre : un couloir, un tapis, une plante, et une grande croix près de « l'Île du Canapé ». En haut, on lisait : « Objectif : dénicher une cache. »
Le cœur de Malo fit un petit bond.
« Une cache ! Comme un trésor ? »
« Peut-être, » dit Maman. « Mais un trésor du quotidien. Il faut des yeux curieux. Et de la prudence. »
Malo attrapa sa petite lampe de poche, celle qui faisait une lumière ronde comme une lune. Il mit aussi son carnet dans sa poche.
« Je suis prêt. Capitaine Malo ! »
À ce moment, le chat, Biscotte, passa dans le couloir. Il bâilla très fort, comme s'il voulait avaler la pluie dehors.
Malo chuchota :
« Biscotte, tu viens ? »
Biscotte répondit avec un « miaou » très sérieux, puis se frotta à sa jambe. C'était sûrement un « oui ».
Malo suivit la carte. D'abord, il fallait traverser le « Pont du Tapis ». C'était juste le tapis du salon, mais aujourd'hui, il devint un pont au-dessus d'une rivière de lava… enfin, au-dessus du sol froid.
Malo posa un pied, puis l'autre.
« Pont stable, » murmura-t-il. « Je note : doux, un peu poilu. »
Biscotte le suivait, la queue droite comme un drapeau.
Sur la carte, un symbole étrange apparaissait : un cercle avec trois traits. Malo se gratta la tête.
« C'est quoi, ça ? Une… fleur ? Un soleil ? »
Il regarda autour de lui. Sur la table basse, il y avait le dessous de verre avec un motif de soleil.
Malo sourit.
« Ah ! Premier indice. Le soleil de la table. »
Sous le dessous de verre, il trouva un petit papier plié. Il le déplia doucement, comme si c'était une aile de papillon.
Il y avait écrit : « Cherche là où la plante boit sans bouche. »
Malo éclata de rire.
« Une plante qui boit sans bouche ! C'est drôle. »
Maman, depuis la cuisine, demanda :
« Tout va bien, Capitaine ? »
« Oui ! Je cherche une plante qui boit ! »
Malo se dirigea vers le grand pot de la plante du salon. Ses feuilles étaient larges, vertes, et brillaient un peu.
« Elle boit… par les racines ! » dit Malo, fier.
Il glissa la main dans la soucoupe du pot. Rien. Il regarda derrière. Rien.
Biscotte renifla le pot, puis donna un petit coup de patte sur la terre.
Malo fronça le nez.
« Tu crois qu'il y a quelque chose dedans ? Mais je ne dois pas salir. »
Il réfléchit. Précis, Malo. Il prit une petite cuillère dans le tiroir, et demanda :
« Maman, je peux juste… creuser un tout petit peu ? Je promets de remettre. »
Maman apparut, essuyant ses mains.
« D'accord. Doucement. Et après, tu remets la terre comme avant. »
Malo creusa un petit trou, pas plus grand qu'un bouchon. Et là… il sentit du papier. Il tira très doucement.
Un deuxième message ! Biscotte cligna des yeux, impressionné.
Le message disait : « Bravo. Maintenant, écoute le son qui claque, près de la mer de savon. »
Malo leva sa lampe de poche, comme un vrai explorateur.
« La mer de savon… c'est la salle de bain ! »
2) La mer de savon et le mini-rebondissement
Dans le couloir, le vent de la pluie faisait un petit bruit. Malo avançait en silence, comme un chat… enfin, comme Biscotte.
Il entra dans la salle de bain. Ça sentait le shampoing à la fraise. Le carrelage était froid sous ses chaussettes.
Malo murmura :
« Ici, la mer de savon. Attention aux vagues. »
Il regarda partout. Quel son claque ? Il ouvrit le robinet : glouglou, puis plouf. Pas un claquement.
Il ferma. Il ouvrit encore. Plouf. Plouf.
Biscotte sauta sur le tapis et s'assit, comme s'il attendait un spectacle.
Malo essaya autre chose. Il ouvrit le placard. Le miroir fit « clac » quand il se referma.
Malo sourit.
« Le son qui claque ! Le miroir ! »
Il passa la main derrière le miroir. Il y avait une petite enveloppe scotchée. Malo la décolla avec soin.
À l'intérieur, un papier roulé.
« Étape suivante : le dragon du linge garde le passage. Donne-lui un mot gentil. »
Malo recula d'un pas.
« Le dragon du linge… c'est la pile de vêtements ! »
Dans sa chambre, une montagne de pulls et de chaussettes attendait d'être pliée. Parfois, elle tombait d'un coup, comme un monstre fatigué.
Malo avala sa salive. Il n'aimait pas quand ça glissait.
« Je suis courageux, » se dit-il. « Et prudent. »
Il entra et vit la montagne. Elle semblait plus grande que d'habitude. Biscotte s'approcha… puis recula, comme si la montagne respirait.
Malo prit une voix douce.
« Bonjour, dragon du linge. Tu es… très moelleux. Et pas du tout effrayant. Enfin… un peu, mais gentiment. »
La montagne ne répondit pas. Mais un coin de chaussette tomba.
Malo sursauta.
« Oh ! Mini-rebondissement ! »
Il rit, pour se donner du courage. Puis il s'approcha et fit ce qu'il faisait avec précision : il plia. Un pull, puis un autre. Une chaussette, puis sa sœur. Il rangea sur la chaise.
La montagne devenait plus petite. Malo souffla.
« Le dragon s'endort. »
Et là, derrière la pile, il vit quelque chose : une petite boîte en métal, comme une boîte à bonbons, mais vide. Dessus, un autocollant disait « Bravo ».
Malo l'ouvrit. À l'intérieur, un troisième indice, et une petite ficelle rouge.
Le papier disait : « Attache la ficelle à ta lampe. Tu auras besoin de tes deux mains. Va là où les livres font la sieste. »
Malo attacha la ficelle à sa lampe, comme un explorateur qui prépare son outil. Il la passa autour de son poignet.
« Les livres font la sieste… la bibliothèque ! »
Biscotte le suivit encore. Malo chuchota :
« Tu es mon second, Biscotte. Tu ne parles pas, mais tu as un bon nez. »
Biscotte répondit : « Mrrr. » Ça voulait dire : « Évidemment. »
3) La bibliothèque qui chuchote
Dans le salon, la bibliothèque était haute. Les livres étaient serrés, comme des biscuits dans une boîte. Certains avaient des couleurs vives. D'autres étaient vieux et sentaient la poussière douce.
Malo pointa sa lampe.
« Bonjour, livres. Je cherche une cache. »
Il posa l'indice sur la table et relut.
« Là où les livres font la sieste. D'accord. Mais où ? »
Sur la carte, un petit dessin montrait trois livres inclinés. Malo observa les étagères. Tout semblait normal.
Biscotte, lui, passa derrière le rideau et revint avec un bout de ficelle dans la bouche. Malo le regarda.
« Mais… c'est ma ficelle ? Non, la mienne est là. Celle-là vient d'où ? »
Il suivit Biscotte. La ficelle menait à un livre un peu de travers, tout au bord.
Malo tira doucement. Le livre sortit un peu. Et derrière… il y avait un petit trou dans le carton du fond, comme une cachette.
Malo souffla, émerveillé.
« Oh… c'est un passage secret de bibliothèque ! »
Il glissa la main. Il sentit quelque chose de lisse : une boîte, plus grande. Il tira lentement.
C'était une boîte d'indices, carrée, avec un couvercle brillant. Elle était fermée par un petit cadenas jaune. Un cadenas qui avait l'air de sourire.
Sur le couvercle, une étiquette disait : « Boîte d'indices. Ne pas ouvrir sans la bonne idée. »
Malo resta immobile. Un mélange de joie et de surprise chatouillait son ventre.
« J'ai déniché la cache ! » chuchota-t-il, comme si la bibliothèque dormait vraiment.
Maman arriva doucement, pour ne pas casser la magie.
« Alors, Capitaine Malo ? »
Malo montra la boîte.
« Je l'ai trouvée. Mais… elle est fermée. »
Maman s'accroupit.
« Oui. Les vraies caches sont parfois comme ça. Elles te disent : “Tu as réussi… et tu peux encore imaginer.” »
Malo caressa le cadenas du bout du doigt.
« Il faut une clé ? »
« Ou un code. Ou un indice caché ailleurs. Mais pas ce soir. Ce soir, tu peux être fier. Tu as été curieux. Tu as réfléchi. Tu as demandé avant de creuser. Et tu as rangé le dragon du linge. »
Malo rit.
« Oui ! Je lui ai parlé gentiment. »
Biscotte sauta sur le canapé, se roula en boule, et ferma les yeux. Mission terminée pour lui.
Malo serra la boîte contre lui. Elle était un peu froide, mais rassurante.
« Demain, je trouverai comment l'ouvrir. Je vais noter tout ce que j'ai vu. Comme un vrai explorateur. »
Il ouvrit son carnet et écrivit, avec ses lettres un peu rondes : « Plante. Miroir clac. Dragon plié. Livre de travers. Boîte fermée. »
Maman lui donna un baiser sur le front.
« Et maintenant, on range la carte dans un endroit sûr. Les aventures aiment dormir aussi. »
Malo glissa la carte dans son livre préféré. Puis il posa la boîte d'indices fermée sur l'étagère, juste à côté. Comme un secret bien gardé.
En allant se coucher, il regarda la pluie dehors. Elle n'avait plus l'air triste. Elle faisait une musique douce, comme un tambour lointain.
Malo murmura dans l'oreiller :
« Le quotidien peut être une grande aventure… si on regarde bien. »
Et dans le salon, la boîte d'indices fermée attendait, patiente, la prochaine idée de Capitaine Malo.