Chapitre 1 : Le plan (presque) parfait
Dans la maison des Landry, un samedi après-midi ressemble rarement à un samedi calme. Surtout quand Jules, le benjamin de 10 ans, décide que l'ennui n'a pas le droit d'exister. Ce jour-là , la pluie tambourinait sur les vitres et le vent faisait danser les rideaux comme des fantômes farceurs. Jules, le roi des idées tordues, bondit dans le salon, les bras chargés de feuilles de papier, de feutres, et d'un vieux chapeau de pirate trop grand pour lui.
— Chantier interdit à l'ennui ! a lancé Jules d'un ton solennel. On organise une chasse au trésor !
Lou, sa grande sœur de 13 ans, leva les yeux de son roman, un sourire en coin.
— Encore une ? La dernière fois, tu as caché le trésor dans les toilettes…
— C'était pas ma faute ! Le chat l'a emporté.
Max, le frère du milieu, 11 ans, grignotait une tartine en réfléchissant. Il aimait bien les chasses au trésor, sauf quand il s'agissait de ramper sous le lit de Lou — le territoire du chausson perdu.
— D'accord, mais cette fois, pas de chaussettes puantes dans le trésor, hein ?
Jules fit un clin d'œil malicieux.
— Je promets rien.
Lou referma son livre avec un soupir exagéré, mais dans ses yeux brillait déjà la curiosité. C'était parti !
Chapitre 2 : Indices, chicanes et chaussures volantes
Les trois enfants se réunirent autour de la table de la cuisine pour élaborer le plan. Jules s'empara du vieux chapeau de pirate, symbole du chef de chasse.
— Je vous préviens, c'est moi qui écris les indices.
— Pas question ! protesta Lou. Tes indices, on dirait des devinettes pour les fourmis. Je veux écrire celui du salon.
Max glissa son doigt dans son oreille, faussement perplexe.
— Et moi, je veux l'indice de la salle de bains. Rien de mieux qu'une énigme dans la mousse à raser !
Bientôt, les stylos grattèrent le papier et les disputes commencèrent.
— Mais non, on ne dit pas “Je suis chaud et douillet, j'attends le pied sous le lit”, c'est trop facile ! rouspéta Lou.
— T'as qu'à faire mieux ! rétorqua Jules, la langue tirée, concentré sur son plan du trésor.
Max, lui, avait une autre idée.
— Si le trésor était dans le frigo ? Il fait chaud aujourd'hui, le chocolat fond dehors…
— Non, maman va râler si tu planques encore quelque chose derrière les yaourts, dit Lou.
— Et si on faisait deux équipes ? proposa Jules. Les garçons contre les filles ! Enfin… sauf que je perds à chaque fois contre vous…
C'était le bazar. Entre les feutres qui roulaient par terre, les papiers froissés, et les miettes de tartine sur le plan du salon, la chasse au trésor ressemblait déjà à une mini bataille. Mais dans la maison Landry, une bonne dispute n'était jamais bien méchante. Lou jeta un chausson (propre !) à Max qui, en esquivant, fit tomber le verre de jus de pomme.
— Frappe ratée ! s'écria Max en esquivant.
Tout le monde éclata de rire.
Chapitre 3 : Que la chasse commence !
Après un vote à main levée (et des chuchotements pour s'accuser de triche), Jules fut élu maître du jeu. Il courut partout, cachant les indices : sous le coussin du canapé, derrière la porte de la chambre de Lou, dans le bocal à pâtes (une cachette que seuls les vrais gourmands sauraient trouver).
Max attendait, les pieds déjà impatients.
Lou s'improvisa exploratrice avec une lampe torche empruntée à Papa. Elle n'avait peur de rien, sauf peut-être des moutons de poussière sous le canapé.
— Premier indice : “Je vois tout sans avoir d'yeux, dans le salon je surveille les jeux !” annonça Jules, d'un ton mystérieux.
Max fila vers la télévision, fouilla derrière. Rien.
Lou, plus maline, inspecta la grande horloge murale.
— Trouvé !
Elle brandit le petit papier comme un trophée, tandis que Max grogna :
— Tricheuse de grande sœur…
— Mauvais perdant, va !
Le deuxième indice parlait de “perles cachées dans la mousse”, direction la salle de bains ! Max se rua sur la baignoire, vida la trousse de toilette et se retrouva nez à nez avec… la brosse à dents de Lou.
— Beurk ! Elle est encore pleine de dentifrice.
— C'est pas l'indice, ça, c'est ma brosse ! s'offusqua Lou en poussant Max hors de la salle de bains.
En fouillant, ils finirent par trouver le papier sous le pot de savon. Jules, pas peu fier, se frotta les mains.
— Hé, vous êtes loin d'avoir gagné !
Chapitre 4 : L'énigme du placard à balais
L'indice suivant menait au placard à balais, territoire interdit depuis la fois où le balai s'était échappé tout seul (grâce à Max et une ficelle, mais chut). Le placard était sombre et sentait un peu la vieille serpillière.
Max hésita, mais Lou lui lança avec défi :
— Allez, t'as peur du monstre à poussière ?
— Même pas vrai ! répondit Max en bombant le torse.
Jules accompagna son frère, s'imaginant déjà héros de la grande aventure.
Le placard grinça quand ils l'ouvrirent, révélant piles de torchons, boîtes et… un vieux ballon crevé. Pas d'indice au premier abord.
Lou, malicieuse, s'approcha en douce et cria soudain :
— Bouh !
Max sursauta, se cogna le genou, et Jules éclata de rire tellement fort qu'il faillit s'asseoir par terre.
— T'es pas drôle ! bougonna Max, mais le sourire coinça vite sa bouche.
Finalement, Jules trouva l'indice attaché au manche du balai. Il le brandit, triomphant :
— C'est ça, l'esprit d'équipe ! On a peur, mais ensemble !
Lou leva les yeux au ciel en souriant, et Max fit semblant de boxer le balai pour l'apprivoiser.
Chapitre 5 : Le trésor (et la grande surprise)
Le dernier indice indiquait : “Là où les rêves commencent et où les histoires s'achèvent, cherchez sous la couette un secret qui se relève.”
— La chambre ! s'exclama Lou.
Ils débarquèrent tous les trois dans la chambre de Jules, le cœur battant, les joues rouges d'excitation. Ils soulevèrent la couette, fouillèrent les oreillers, retournèrent le matelas (failli casser un ressort), mais rien.
Max trouva enfin, coincé dans une taie d'oreiller, une petite boîte en fer. Il l'ouvrit avec précaution, les autres retenant leur souffle.
À l'intérieur, un trésor inattendu : des bonbons multicolores, des autocollants brillants, et… un petit mot.
Lou lut Ă haute voix :
— “Le plus beau des trésors, c'est d'avoir des frères et sœurs géniaux avec qui rigoler, même les jours de pluie.”
Jules rougit un peu. Il n'avait pas prévu d'émouvoir tout le monde, mais ça lui faisait chaud au cœur. Max, toujours gourmand, attrapa un bonbon en premier.
— C'est vrai, mais c'est pas une raison pour ne pas partager les bonbons !
Lou éclata de rire et lança une poignée d'autocollants sur Max, qui se retrouva avec une étoile sur le nez.
— Voilà , capitaine Trésor, dit-elle en riant.
Jules, tout fier, remit son chapeau de pirate et déclara :
— Prochaine fois, le trésor sera encore plus grand ! Mais cette fois, interdiction de mettre quoi que ce soit dans les toilettes.
Tout le monde rit, et même le chat vint se joindre à la fête, visiblement attiré par l'odeur des bonbons.
Ce fut la plus drôle des chasses au trésor qu'ils aient jamais vécue, et aucun or du monde ne valait leurs éclats de rire.