Chapitre 1 : L'idée qui chatouille le nez
Monsieur Edgar Bricolo était un inventeur comme on n'en fait plus. Il portait toujours une salopette bleue, des lunettes rondes tachetées de peinture, et il avait la manie de griffonner ses idées sur des serviettes en papier. Ce matin-là, il était assis à sa table, les joues gonflées de concentration, une tartine à la confiture d'abricot en équilibre sur le coin de sa bouche.
Soudain, il éternua si fort que la tartine s'envola, fit une pirouette et atterrit confiture contre mur. Edgar éclata de rire. « Voilà ! » s'écria-t-il en levant les bras, « j'ai trouvé mon idée du siècle ! »
Il était fatigué de voir ses tartines s'échapper à cause de ses éternuements. Mais surtout, il en avait assez de ses objets qui tombaient, se cassaient, ou se perdaient sous les meubles. Son besoin était simple : il voulait une invention qui puisse réparer n'importe quoi, n'importe où, et à n'importe quel moment. Il la baptisa aussitôt : la Réparatoutoche.
La Réparatoutoche serait un petit appareil, pas plus gros qu'un harmonica, capable de réparer tout ce qu'on lui confiait, des chaussettes trouées aux tasses cassées, en passant par les cœurs chiffonnés. Edgar commença à dessiner des croquis, le sourire aux lèvres et les doigts couverts de confiture.
Chapitre 2 : L'atelier des bricoles farfelues
Dans son atelier, Edgar s'affairait parmi des montagnes de ressorts, des boulons qui chantaient et des outils qui dansaient entre ses mains. Il bricolait, vissait, dévissait, et parfois, il récitait à voix haute : « Pour réparer, il faut d'abord comprendre comment ça marche… et comment ça se démonte ! »
La Réparatoutoche prenait forme. Elle avait des boutons multicolores, une antenne en tire-bouchon et un écran qui affichait des sourires. Chaque bouton servait à quelque chose : le bouton bleu réparait les objets durs, le jaune recollait ce qui était mou, le vert soignait les objets électroniques et le rouge… eh bien, Edgar n'était pas encore sûr, mais il avait bon espoir que ça servirait un jour.
Tout allait bien jusqu'au moment du premier test. Edgar posa une assiette fêlée sur la table, appuya sur le bouton bleu, ferma les yeux… et l'assiette se mit à chanter l'opéra ! Il la reposa, un peu surpris, et nota dans son carnet : « Réparatoutoche, version 1 : répare ET rend musical. À ajuster ! »
Chapitre 3 : Testons en bande… et en cacophonie
Edgar décida qu'il était temps de tester la Réparatoutoche en groupe. Il invita ses amis du quartier : Madame Zoé, la fleuriste qui perdait toujours ses arrosoirs, Monsieur Léon, le boulanger aux baguettes cassantes, et les jumeaux Tom et Lou, spécialistes en bêtises et en jouets cassés.
Chacun apporta un objet à réparer. La petite troupe s'installa dans l'atelier, prête à bricoler l'impossible.
« On commence par quoi ? » demanda Zoé en tendant une pelle à plantes dont le manche pendouillait.
Edgar appuya sur le bouton jaune. La pelle trembla, fit une grimace, puis devint toute droite. Mais, surprise ! Un minuscule tournesol poussa au bout du manche. Zoé éclata de rire : « Elle est mieux qu'avant ! »
Monsieur Léon confia sa baguette toute molle à la machine. Edgar actionna le bouton bleu. La baguette devint si dure qu'elle rebondit sur le mur, rebondit sur la tête de Tom (qui trouva ça très drôle) puis sur le plafond avant d'atterrir dans la corbeille à pain.
Tom et Lou déposèrent un robot-jouet qui ne dansait plus. Edgar pressa le bouton vert. Le robot se remit à danser… mais il fit la danse du canard en émettant des coin-coin électroniques. Edgar nota : « Réparatoutoche, version 2 : efficace, mais imprévisible. »
Tout le monde riait. Les objets étaient réparés, mais avec une touche de fantaisie. Edgar fronça les sourcils, puis sourit. « Ce n'est pas encore parfait, mais c'est joyeusement réparable ! »
Chapitre 4 : La panne géante et la grande improvisation
Alors qu'ils s'amusaient, un grand bruit retentit dans la rue. Un camion de glaces venait de tomber en panne juste devant l'atelier. Le glacier, Monsieur Popop, sortit la tête par la fenêtre, tout affolé.
« Ma machine à glaces ne veut plus rien savoir ! Si je ne la répare pas, les glaces vont fondre et tout le quartier sera sans dessert ! »
La troupe sortit en courant, la Réparatoutoche dans les bras d'Edgar. Monsieur Popop ouvrit la porte du camion, dévoilant un bazar de tuyaux, de pistons et de cornets en équilibre.
Edgar inspecta la machine. « Ouh là, il y a du boulot ! » Il posa la Réparatoutoche sur le moteur, hésitant. « On tente le bouton rouge ? »
Tout le monde retint son souffle. Edgar appuya d'un doigt tremblant. Un bruit de trompette retentit, des bulles multicolores s'échappèrent de la machine, et soudain… la machine à glaces se remit à ronronner. Mais les glaces, elles, sortirent en forme de petits animaux : des éléphants vanille, des pingouins chocolat, des girafes fraise.
Les enfants du quartier, attirés par la fête, se mirent à rire et à choisir leurs glaces-bestioles. Monsieur Popop avait les larmes aux yeux, mais il riait aussi. « Merci, Edgar ! Ma machine n'a jamais été aussi créative ! »
Edgar nota dans son carnet : « Réparatoutoche, version 3 : répare et ajoute de la fantaisie. À conserver ! »
Chapitre 5 : Une réparation tout en douceur
Après la fête des glaces, tout le monde retourna dans l'atelier. Les objets réparés trônaient sur une étagère, fiers de leurs nouvelles excentricités. Edgar rangeait ses outils quand Lou s'approcha, tenant dans les bras un vieux doudou tout râpé.
« Edgar, tu crois que la Réparatoutoche peut réparer mon doudou ? Il a perdu une oreille et il ne sent plus la lavande. »
Edgar examina le doudou. Il sourit doucement. « On va essayer ensemble. » Il prit la Réparatoutoche, appuya sur le bouton jaune, puis sur le vert, puis sur le bleu, dans un ordre joyeusement improvisé.
Le doudou se mit à vibrer doucement. Une nouvelle oreille poussa, toute douce, et une odeur de lavande et de bonbons envahit la pièce. Lou serra son doudou contre son cœur, les yeux brillants.
« Merci, Edgar ! »
Edgar posa une main sur l'épaule de Lou, touché. Il savait que la meilleure réparation, c'était celle qui rendait le sourire.
Chapitre 6 : Le câlin discret et la morale du bricoleur
Le soir tomba sur l'atelier. Les amis d'Edgar s'apprêtaient à rentrer chez eux, leurs objets réparés sous le bras et le cœur léger. Avant de partir, Zoé s'approcha d'Edgar, les bras ouverts.
« Merci pour tout, Edgar. Même si tes réparations sont un peu… spéciales, elles rendent la vie plus drôle et plus jolie. »
Edgar, un peu gêné, accepta le câlin discret de Zoé, puis de Léon, puis de Tom et Lou. Un câlin rapide, mais qui valait toutes les inventions du monde.
Quand tout le monde fut parti, Edgar s'assit dans son atelier, la Réparatoutoche sur les genoux. Il sourit en repensant à toutes les réparations de la journée. Il nota, pour finir :
« La vraie magie, ce n'est pas de tout réparer parfaitement. C'est d'essayer, encore et encore, d'ajouter un peu de fantaisie et beaucoup de gentillesse à chaque bricole. Et si on se trompe, on peut toujours réparer… encore mieux la prochaine fois ! »
Depuis ce jour, la Réparatoutoche n'a jamais cessé d'évoluer. Et dans le carnet d'Edgar, il y a toujours de la place pour de nouvelles idées, des blagues, et, bien sûr, des câlins discrets.