Le matin des petits secrets
Ce matin-là, Léo a ouvert les yeux très vite. Le soleil faisait une tache dorée sur le mur. Dans la cuisine, ça sentait le pain grillé. Maman chantonnait tout doucement.
Léo a chuchoté à son ours en peluche : « Aujourd'hui, c'est la fête des mamans. Chut, c'est un secret. »
Il a glissé hors du lit, en chaussettes. Ses chaussettes avaient des rayures. Il a marché comme un chat, très sérieux… puis il a failli rire, parce que son ventre a fait « glou-glou ».
Dans le salon, il a vu une feuille blanche sur la table. Et des crayons. Et un vieux papier rouge, un peu froissé.
« Maman aime les cœurs », a pensé Léo. Il a posé sa petite main sur la feuille et a dit tout bas : « Je vais faire un cœur en papier, un vrai, un grand. »
Mais Léo ne savait pas bien découper. Les ciseaux étaient grands. Et ses doigts, eux, étaient tout petits.
Papa est passé la tête par la porte. Il a souri. « Bonjour, champion. Tu prépares une surprise ? »
Léo a fait un signe de tête très fort. « Oui. Un cœur. Pour Maman. Mais… les ciseaux sont trop grands. »
Papa a chuchoté aussi, comme si la maison dormait encore. « On va faire simple. On plie, on trace, et je t'aide à couper. C'est un travail d'équipe. »
Léo a aimé ce mot : équipe. Ça faisait comme un câlin à deux.
Le cœur qui rigole
Ils ont plié la feuille en deux. Léo a tenu le papier bien serré. Papa a dessiné une moitié de cœur, arrondi comme une joue.
« À toi de décorer », a dit Papa.
Léo a pris le crayon rose. Puis le rouge. Puis le jaune. « Je mets du soleil dedans, comme dans les yeux de Maman », a-t-il décidé.
Il a dessiné des points, des spirales, et même un petit bonhomme qui sourit. Le bonhomme avait des cheveux qui partaient dans tous les sens.
Papa a demandé : « C'est qui, celui-là ? »
Léo a éclaté de rire. « C'est moi, quand je me coiffe tout seul ! »
Ensuite, Papa a coupé doucement le long du trait. Léo regardait la lame avancer, très concentré, comme si c'était une mission de super-héros.
Quand Papa a ouvert le papier, le cœur est apparu. Un vrai cœur, grand et joli, avec des couleurs partout.
Léo a tapé dans ses mains. « Il est beau ! Il est beau ! »
Mais… au milieu, il y avait un petit trou, parce que le papier rouge froissé avait collé et s'était déchiré.
Léo a arrêté de sourire. Ses yeux ont fait une petite vague.
Papa s'est penché. « Oh, un trou. Tu sais quoi ? On va le transformer. »
« En quoi ? » a murmuré Léo.
« En fenêtre à bisous. »
Léo a reniflé, puis il a regardé le trou. Une fenêtre à bisous… ça sonnait drôle. Ça sonnait bien.
Ils ont collé derrière le trou un petit bout de papier jaune, comme une lumière. Puis Léo a soufflé un bisou dans la fenêtre. « Pfff ! » Il a rigolé.
« Encore ! » a dit Papa.
« Pfff ! Pfff ! Pfff ! » Léo a rempli la fenêtre de bisous invisibles.
Sur le cœur, Papa a écrit ce que Léo dictait, très lentement : « Maman, je t'aime gros comme la maison. »
Léo a ajouté, avec un feutre bleu : « Et gros comme un éléphant… mais gentil. »
Le goûter des câlins
Quand Maman est entrée dans le salon, elle a dit : « Oh ! Vous avez des têtes de secrets, vous deux. »
Léo a caché le cœur derrière son dos. Il s'est avancé, tout droit, très fier. « Bonne fête, Maman ! »
Il a donné le cœur, doucement, comme un trésor. Maman l'a pris et l'a regardé longtemps. Elle a touché la fenêtre à bisous du bout du doigt.
« C'est… merveilleux », a-t-elle soufflé.
Léo a montré le trou. « C'est une fenêtre à bisous. Dedans, il y en a plein. »
Maman a fait semblant d'ouvrir la fenêtre. Elle a attrapé un bisou dans l'air et l'a posé sur la joue de Léo. « Celui-là, je le garde. »
Léo a gloussé. « Il en reste ! »
Papa a annoncé : « Et maintenant, le goûter spécial fête des mamans ! »
Dans la cuisine, ils ont mis la table ensemble. Léo a posé des serviettes, un peu de travers. Maman a dit : « C'est parfait. Les serviettes dansent. »
Il y avait des morceaux de pommes, des petits biscuits, et un yaourt avec du miel. Papa a fait des verres d'eau qui brillaient.
Léo a levé son biscuit comme un micro. « Maman, tu es douce comme la confiture. »
Maman a ri, les yeux brillants. « Et toi, tu es mon petit soleil. »
Après le goûter, Léo s'est blotti contre elle, le cœur en papier sur la table. La maison était calme. Les bisous, eux, continuaient de voyager, tout près, tout doux.