Le matin tout doux
Ce matin-là, Lila a trois ans et des chaussettes dépareillées. Une bleue. Une jaune. Elle trouve ça parfait.
Elle ouvre un œil. Puis l'autre. Le soleil fait une petite tache de lumière sur le mur, comme un autocollant chaud.
Lila chuchote : « Aujourd'hui, c'est la fête des mamans. Chut. Surprise. »
Dans la chambre, Maman dort encore. Elle respire doucement, comme un petit “fouuu… fouuu…”. Lila sourit.
Elle glisse hors du lit. Elle marche sur la pointe des pieds. Enfin… elle essaie. Son pied fait “pouf” sur un doudou. Puis “crac” sur un jouet. Oups.
Lila se fige. Elle écoute. Maman ne bouge pas.
« Ouf », souffle Lila. « Mission petit-déj. »
Elle va dans la cuisine. La cuisine est grande… et Lila est petite. Mais Lila est très, très motivée.
Sur la table, elle pose une assiette. Elle pose une cuillère. Elle pose une serviette. La serviette tombe. Elle la remet. Elle la remet encore.
« Je suis responsable », dit-elle à son ours en peluche, posé sur une chaise. « Toi, tu surveilles. »
L'ours ne répond pas. Il a l'air sérieux.
Lila ouvre le frigo. Le frigo fait “brrr”. Elle dit : « Bonjour, frigo. »
Elle voit des yaourts. Des fraises. Du lait. Et du beurre.
Elle veut faire un petit-déjeuner de fête. Un petit-déjeuner qui dit : “Je t'aime”, sans même parler.
Le petit-déj improvisé
Lila attrape une petite chaise et la pousse jusqu'au plan de travail. La chaise grince un peu.
« Chut, chaise », dit Lila. « On fait une surprise. »
Elle grimpe doucement. Elle fait attention. Elle ne court pas. Elle ne saute pas. Elle est lente, comme une tortue polie.
Sur l'étagère, il y a un bol avec des céréales. Lila prend le bol. Le bol est presque plus grand que son ventre.
« Attention, bol », murmure-t-elle. « Ne fais pas plouf. »
Elle verse un peu de céréales dans un petit bol. Ça fait “tic tic tic”. Quelques céréales s'échappent et roulent sur la table.
« Oh ! Des petites boules qui font du ski », rigole Lila. Elle les ramasse avec ses doigts. Une pour le bol. Une pour… sa bouche.
« Miam. Test qualité. »
Elle veut aussi des fraises. Elle prend une fraise. Elle la sent. Elle sent bon, comme le jardin.
Elle la pose sur une assiette. Puis une autre. Puis encore une.
Lila regarde. Ça fait joli. Ça fait rouge. Ça fait fête.
Elle cherche une fleur. Dans un verre, il y a une petite marguerite. Elle l'a cueillie hier avec Papa. Elle la met près de l'assiette.
« Voilà, c'est comme un sourire », dit-elle.
Et puis… il y a le lait.
Lila prend le petit pichet. Elle verse. Au début, ça va. Puis le lait déborde un peu.
« Oh non. Petit nuage blanc ! »
Le lait coule, tout doucement, comme une mini rivière.
Lila ne panique pas. Elle se rappelle : quand on fait une bêtise, on répare.
Elle prend une éponge. Elle essuie. Elle essuie encore. Elle souffle sur la table, comme si ça aidait.
« Voilà. Tout propre. Presque. »
L'ours en peluche tombe de la chaise. PAF.
Lila sursaute. Elle le remet assis.
« Tu as glissé, ours. Attention, hein. C'est une mission calme. »
À ce moment-là, Papa arrive, les cheveux en bataille.
Il chuchote : « Coucou, petite chef ? »
Lila met un doigt sur sa bouche. « Chut ! Surprise pour Maman. »
Papa sourit. « Tu as besoin d'un coup de main ? »
« Oui… pour porter le plateau. Il est lourd comme un éléphant. »
Papa met tout sur un plateau : bol, fraises, yaourt, marguerite, petite cuillère. Lila ajoute une carte.
Sur la carte, il y a un dessin : un grand rond pour Maman, un petit rond pour Lila, et beaucoup de cœurs qui ressemblent à des pommes de terre.
« C'est nous », dit Lila fièrement.
Merci, Maman
Ils avancent vers la chambre. Lentement. Très lentement. Le plateau ne doit pas trembler.
Papa chuchote : « Prête ? »
Lila chuchote : « Prête. »
Ils entrent. Maman ouvre les yeux. Elle cligne. Elle voit Lila, les chaussettes dépareillées, et le plateau.
Maman s'assoit, surprise et heureuse.
« Oh… mais qu'est-ce que c'est ? » dit-elle doucement.
Lila se penche. Elle parle avec sa petite voix sérieuse.
« C'est le petit-déjeuner de la fête des mamans. Je l'ai fait. Enfin… avec Papa pour porter. Et avec l'ours pour surveiller. »
Maman rit, un rire tout chaud. « Merci, mon cœur. »
Lila lui donne la marguerite. « Pour toi. Parce que je t'aime grand comme la maison. »
Maman prend Lila dans ses bras. Un câlin long, doux, tranquille.
Le yaourt attend. Les fraises brillent. Le soleil aussi.
Lila regarde Maman manger une fraise. Maman ferme les yeux, comme si la fraise chantait une chanson.
« C'est délicieux », dit Maman. « Et tu sais quoi ? Je suis très fière de toi. Tu as fait attention. Tu as réparé le lait. Tu as pris ton rôle au sérieux. »
Lila se gonfle comme un petit ballon content.
Puis elle dit, tout doucement, avec un grand sourire :
« Merci, Maman. Merci d'être ma Maman. »
Maman embrasse son front. « Merci à toi, Lila. »
Après, ils restent un moment dans le lit, tous les trois, à grignoter et à rire. Papa raconte que le bol a failli faire du surf. Lila raconte que les céréales ont fait du ski.
Et la journée commence comme un bonbon doux : simple, drôle, et plein d'amour.