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Histoire de Saint-Valentin 11 à 12 ans Lecture 15 min.

La fête des petits gestes et des grands pardons

Léo organise une fête d'amitié minutieusement planifiée, mais les caractères différents de ses amis et un imprévu bousculent son besoin de contrôle. Ensemble, ils vont devoir apprendre à composer avec leurs différences pour que la fête fonctionne.

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Léo, 12 ans, visage rond et cheveux châtains en bataille, tient une petite carte d'amitié blanche à cœur rouge, assis au bord d'une table tandis que Mina, 12 ans, queue-de-cheval noire et sourire malicieux, pose un confetti sur sa tête, Hugo, 12 ans, blond ébouriffé, hésite à partir en tenant une petite enceinte près de la porte, et Samir, 12 ans au teint olive, apporte une boîte de makrouts en essuyant la nappe ; le chat roux Biscotte est perché sur le canapé, la pièce chaleureuse aux guirlandes de cœurs, confettis et douce lumière montre le moment tendre de réconciliation entre amis. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1

Le mercredi avant la Saint-Valentin, Léo rangeait ses crayons par couleur, du rouge tomate au rose bonbon. Dans sa chambre, tout avait une place : les livres alignés comme des dominos, les chaussettes roulées comme des petits escargots, et même la poussière… enfin, presque.

Sur son bureau, une feuille blanche attendait. Léo y avait écrit en grand : « FÊTE DES PETITS GESTES ». Avec un dessin de cœur… plutôt réussi, pour une fois.

— Cette année, pas de “couples” et de “gnagnagna”, annonça Léo à son chat Biscotte, qui bâilla comme s'il était d'accord. Une fête d'amitié. Avec des cartes, des jeux, et des mini-muffins.

Il ouvrit son carnet à spirales, celui des plans sérieux. Page 1 : invités. Page 2 : décoration. Page 3 : musique. Page 4 : goûter. Page 5 : “au cas où quelqu'un panique”.

Léo aimait quand tout était prévu. Ça lui donnait l'impression que le monde avait des coins bien droits.

Au collège, pourtant, le monde ressemblait souvent à une pâte à crêpe : ça débordait, ça collait, et ça faisait des bulles au mauvais moment.

Le lendemain, il annonça son idée à sa bande, près des casiers.

— Chez moi, vendredi après les cours. Petite fête. Rien de compliqué. Une heure et demie. Deux maximum. J'ai un planning.

Mina, qui portait des boucles d'oreilles en forme de cerises, leva un sourcil.

— Un planning pour s'amuser ? T'es né avec une règle en métal dans la main, toi.

— Règle en plastique, corrigea Léo. Plus légère. Et plus sûre.

Hugo éclata de rire.

— J'apporte des bonbons ! Et je peux mettre la musique ! J'ai une playlist “Amour et boom boom”.

— Non, répondit Léo trop vite. Enfin… on verra.

À côté, Samir, nouveau depuis deux semaines, tenait son sac comme un bouclier. Il avait l'air de vouloir disparaître dans l'ombre des casiers.

Léo hésita, puis lui dit :

— Tu veux venir aussi ? C'est une fête… pour tout le monde.

Samir cligna des yeux.

— Euh… d'accord. Si je peux aider.

Léo sourit. Aider, ça, il comprenait.

Chapitre 2

Vendredi, Léo rentra en courant, mais en faisant attention de ne pas courir “n'importe comment”. Il compta les marches de l'escalier. Treize. Comme d'habitude. Il posa son sac exactement à gauche de l'entrée.

Dans le salon, sa mère le regarda avec cet air qui voulait dire : “Je sais que tu mijotes quelque chose.”

— Alors, Monsieur l'Organisateur, tout est prêt ?

— Presque. Il me manque… une guirlande. Et des gobelets. Et… de la patience, peut-être.

— Ça, j'en ai en stock, répondit sa mère en lui ébouriffant les cheveux. Mais tu n'aimes pas quand ça dépasse.

— Personne n'aime quand ça dépasse.

— Si, Biscotte. Il adore dépasser du panier.

Le chat, justement, sortit la tête de son panier et poussa un miaulement qui ressemblait à un “je confirme”.

Léo accrocha des cœurs en papier sur une ficelle. Il les avait découpés avec une précision de chirurgien. Chaque cœur était identique. Il aligna les cartes d'amitié sur la table : “Merci”, “Tu es chouette”, “Je suis content que tu existes”.

Il fit une liste de jeux : “Charades”, “Quiz des amis”, “Défi gentillesse” (où il fallait dire quelque chose de sympa sans rougir, mission quasi impossible).

Puis il regarda l'horloge. Dans une heure, les autres arriveraient.

— Biscotte, tu as une mission. Interdiction de renverser les confettis.

Biscotte cligna lentement des yeux. C'était une promesse très floue.

Quand la sonnette retentit, Léo inspira comme avant un contrôle de maths.

— C'est parti.

Mina arriva la première.

— Wow, dit-elle en entrant. On dirait une pâtisserie romantique… mais sans les gens qui se regardent dans les yeux en mâchant.

— Merci… je crois.

Hugo débarqua ensuite avec un sac énorme.

— J'ai des bonbons, des chips, et… une enceinte. La musique, c'est la vie !

Léo avala sa salive.

— On a une playlist “douce”, dit-il en montrant son téléphone.

— Douce ? Ça veut dire sans “boom boom” ? protesta Hugo, déjà scandalisé.

Enfin, Samir arriva, avec une boîte en carton dans les bras.

— J'ai apporté des pâtisseries. C'est… des makrouts. Ma tante en fait souvent.

Mina s'approcha, curieuse.

— Ça sent trop bon !

Léo prit la boîte avec soin, comme si c'était une pièce fragile.

— Merci, Samir. Tu les as faits ?

— Non, mais j'ai… surveillé la cuisson. Un peu. Et je peux aider à servir.

Léo se sentit rassuré. Surveiller, servir. Tout était… ordonnable.

— Ok, dit Léo. On commence par les cartes. Chacun en écrit une pour quelqu'un. Pas forcément le meilleur ami. Quelqu'un qui mérite un petit geste.

Hugo fit une grimace.

— Et si j'écris “tu es cool” à mon voisin de classe, ça compte ?

— Ça compte, répondit Léo. Tant que tu le penses.

— Je le pense… quand il ne me pique pas mes stylos.

Mina s'assit.

— Allez, on joue.

Léo sentit son cœur battre vite, mais d'une bonne manière. Comme un tambour tout neuf.

Chapitre 3

Au début, tout roulait comme une bille sur une table bien droite. Les cartes se remplissaient. Les rires aussi.

Samir écrivait lentement, langue sortie, concentré. Mina ajoutait des petits dessins. Hugo faisait des cœurs énormes et des flèches qui ressemblaient à des trombones.

— Léo, dit Mina, ton “Défi gentillesse” c'est du génie et du sadisme en même temps.

— Je prends ça comme un compliment.

Puis vint le moment de la musique.

Hugo leva son enceinte comme un trophée.

— Mesdames et messieurs, voici : “Amour et boom boom” !

— Attends, dit Léo. On avait dit la playlist douce.

— Mais ma playlist est douce… pour mes oreilles.

Avant que Léo puisse protester, Hugo appuya. La première chanson démarra avec un “BOUM” qui fit vibrer les verres.

Biscotte bondit du canapé, affolé, et fila sous la table. La guirlande trembla.

Léo sentit ses épaules se crisper. Le bruit, l'imprévu, le “BOUM” dans sa tête.

— Stop ! dit-il. Trop fort. Et pas prévu.

Hugo baissa le son d'un millimètre, comme si c'était un sacrifice héroïque.

— Voilà. C'est bon.

— Non, ce n'est pas bon, lâcha Léo. Tu ne respectes rien.

Le silence tomba, un silence un peu collant. Même Mina se mordit la lèvre.

Hugo plissa les yeux.

— Oh ça va, c'est une fête, pas un examen d'architecture !

Léo rougit.

— Justement. C'est MA fête. Et j'ai travaillé. Chaque détail.

Samir regardait ses mains. Il n'osait pas parler, comme si sa voix pouvait casser quelque chose.

Mina s'approcha de Léo.

— Léo, respire. Tu fais cette fête pour la joie, pas pour la perfection.

— Je sais… mais…

Et là, Biscotte choisit ce moment pour surgir sous la table, paniqué par la musique encore trop présente. Sa queue balaya le bol de confettis. Un nuage rose et rouge s'envola, puis retomba sur les muffins, sur la nappe, sur les cheveux de Hugo, qui éternua.

— Atchoum ! Je suis une fraise pailletée ! cria-t-il.

Mina éclata de rire malgré elle. Samir aussi, un petit rire discret, comme une porte qui s'entrouvre.

Mais Léo, lui, vit surtout : le désordre. Les confettis dans les assiettes. Les cœurs collés à la nappe. Son plan qui se froissait.

— C'est… n'importe quoi, souffla-t-il, la gorge serrée.

Il attrapa une serviette, essaya d'essuyer, étala encore plus.

Hugo, piqué, posa l'enceinte.

— Ok, si je gêne, je pars.

Léo resta figé. Le “je pars” résonna plus fort que n'importe quel boom boom.

Samir leva enfin la tête.

— Je peux… aider à nettoyer, dit-il doucement. Chez moi, quand il y a trop de bruit, on met les choses au calme. On fait du thé. On respire.

Mina prit une poignée de confettis et en posa un peu sur la tête de Léo.

— Tu sais quoi ? Maintenant, tu es aussi une fraise pailletée.

— Mina ! protesta Léo, mais sa voix tremblait moins.

Elle le regarda sérieusement.

— Léo, tu as le droit d'aimer quand c'est bien rangé. Hugo a le droit d'aimer quand ça fait du bruit. Samir a le droit d'aimer le calme et le thé. On peut faire une fête qui respecte tout ça. Sinon, ça sert à quoi, la Saint-Valentin version amitié ?

Léo sentit une pointe de chaleur dans la poitrine. Pas seulement de la colère. Plutôt… de la honte, un peu. Et de l'envie de réparer.

Chapitre 4

Léo posa la serviette. Il regarda Hugo, qui avait l'air prêt à claquer la porte, mais aussi à rester si on l'en empêchait.

— Hugo… dit Léo. Attends.

Hugo s'arrêta, une main sur la poignée.

— Quoi ?

Les mots se bousculaient dans la tête de Léo, comme des billes dans une boîte. Il en attrapa un, le plus simple.

— J'ai été… trop dur. Je voulais que tout soit parfait. Mais une fête, c'est des gens. Et les gens, ça ne se plie pas comme des serviettes.

Mina hocha la tête, satisfaite.

Samir ajouta, timidement :

— Et parfois, les serviettes non plus.

Hugo eut un petit sourire, malgré lui.

— Ok. Mais j'ai juste voulu mettre une bonne ambiance.

— Je sais, dit Léo. Et j'aime que tu aies de l'énergie. Ça… ça met de la lumière.

Hugo cligna des yeux, surpris.

— Tu viens de réussir ton “Défi gentillesse”, mec.

Léo souffla.

— Voici le nouveau plan. On fait une playlist à trois. Une chanson “boom boom”, une chanson douce, une chanson… euh… calme.

Samir leva la main comme à l'école.

— J'ai une chanson que ma mère met quand elle cuisine. Ça donne envie de sourire.

— Parfait, dit Mina. Et on met le volume… raisonnable. Ni tsunami, ni moustique.

Ils se mirent à nettoyer. Léo découvrit un truc étrange : à plusieurs, le désordre se rangeait plus vite, et c'était moins effrayant. Mina ramassait les confettis en faisant des tas “comme des mini-volcans”. Hugo secouait la nappe dehors en chantant faux. Samir essuyait la table avec soin, sans presser, comme si chaque geste disait : “Ça va aller”.

Quand tout fut à peu près correct, Léo sortit les makrouts. Le miel brillait, doré, et l'odeur d'amande remplissait la pièce.

— Attention, dit Hugo, je vais tomber amoureux… de la pâtisserie.

— Autorisé, répondit Mina. La Saint-Valentin, c'est aussi l'amour du goûter.

Ils goûtèrent. Ça collait un peu aux doigts, mais c'était délicieux. Léo se surprit à apprécier le côté “pas parfaitement propre”.

— On peut faire un quiz, proposa-t-il. Mais sans chronomètre.

— Waouh, s'étonna Mina. Léo sans chronomètre. Quelqu'un note la date !

Ils jouèrent. Ils devinèrent les films préférés, les peurs ridicules (Hugo avoua qu'il n'aimait pas les pigeons trop confiants), et les talents cachés (Samir savait imiter le bruit d'un ballon de basket, très précisément).

La lumière dehors devenait orange. Dans le salon, les cœurs en papier bougeaient légèrement, comme s'ils respiraient.

Léo regarda ses amis. Son plan avait changé, mais l'essentiel était là. Même mieux.

Chapitre 5

Quand l'heure de partir arriva, ils distribuèrent les cartes d'amitié. Pas de grands discours. Juste des petites phrases, comme des cailloux brillants qu'on glisse dans une poche.

Mina donna une carte à Samir.

“Merci d'être toi. Ton calme, ça fait du bien.” J'ai écrit ça. Et j'ai dessiné une théière, parce que… voilà.

Samir la regarda longtemps.

— Merci, dit-il. Je la mettrai dans mon cahier.

Hugo tendit une carte à Léo.

“T'es relou avec tes plans… mais t'es un relou qui tient à ses amis.” C'est affectueux, hein.

Léo éclata de rire.

— Je prends. Et moi, j'en ai une pour toi.

Il tendit sa carte. Hugo la lut à voix basse, puis releva les yeux.

“Pardon d'avoir crié. Merci pour ton énergie. Elle fait danser les journées.” … Ok. Je… j'aime bien.

Léo sentit ses joues chauffer.

— Alors… tu me pardonnes ?

Hugo haussa les épaules, mais son sourire trahissait tout.

— Évidemment que je te pardonne. Et moi, pardon d'avoir lancé le boom boom sans demander.

Léo inspira, comme si on ouvrait une fenêtre dans sa poitrine.

— Pardon accepté.

Ils se tapèrent dans la main, puis Mina les obligea à faire une “poignée d'amitié officielle”, très compliquée, qui se termina par un fou rire général.

À la porte, Samir hésita, puis dit :

— Chez moi, on dit parfois… “Le pardon, c'est un cadeau qu'on se fait aussi à soi-même.”

Léo hocha la tête. Il comprenait mieux, maintenant. Le pardon n'effaçait pas l'erreur. Il empêchait juste l'erreur de devenir un mur.

Quand ils furent partis, le salon était encore un peu pailleté. Un confetti s'accrochait au rideau, comme un minuscule cœur qui refusait de quitter la fête.

Biscotte sortit enfin de sa cachette et sauta sur le canapé, digne, comme s'il avait surveillé toute l'opération.

— Mission accomplie, murmura Léo.

Il ramassa le dernier confetti et le posa dans son carnet, entre “décoration” et “au cas où quelqu'un panique”.

Cette fois, il ajouta une ligne, au crayon rouge tomate :

“Prévoir aussi : de la place pour l'imprévu. Et beaucoup de pardon.”

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Spirales
Des courbes enroulées comme un escargot, souvent sur un cahier ou un objet.
Casiers
Petites armoires ou compartiments où les élèves rangent leurs affaires au collège.
Mijotes
Préparer quelque chose doucement et lentement, comme une idée ou un plat.
Guirlande
Décoration faite d'objets reliés en chaîne, accrochée pour faire joli.
Précision de chirurgien
Grande finesse et exactitude dans un geste, comme un travail très soigné.
Charades
Jeu où l'on devine un mot en assemblant des syllabes ou en mimant.
Panique
Peur soudaine qui rend difficile de penser ou d'agir calmement.
Makrouts
Petite pâtisserie sucrée d'origine maghrébine, souvent faite de semoule et de miel.

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