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Histoire de Saint-Valentin 11 à 12 ans Lecture 17 min. (1)

Opération Saint-Valentin : la boîte des mots d’amitié

Deux préadolescents décident d'écrire un mot d'amitié à une camarade timide pour la Saint‑Valentin, en prenant soin du consentement et des mots pour ne pas la mettre mal à l'aise.

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Trois enfants de 12 ans dans une cour d'école au crépuscule : Nolan, garçon aux cheveux bruns en bataille et yeux noisette, sweat bleu délavé et jean, à gauche, tient une petite enveloppe blanche qu'il tend timidement mais avec détermination vers Lila ; Sami, garçon aux cheveux noirs courts, veste kaki, se tient juste derrière et à droite de Nolan, bras croisés, sourire en coin, posture complice et protectrice ; Lila, fille aux longs cheveux châtains en queue de cheval, écharpe rose pâle, assise sur un banc à droite avec un livre fermé sur les genoux, sourit doucement en tenant l’enveloppe ouverte. Décor : cour d'école pavée de dalles grises, préau aux piliers rouges, boîte à messages décorée posée sur une table en bois près du banc, casiers colorés et grande fenêtre de couloir en arrière-plan, lumière orangée du soir projetant de longues ombres. Scène douce et respectueuse, style comics américain aux contours nets, couleurs saturées et texture papier visible sur l’enveloppe. signaler un problème avec cette image

Chapitre 1

Dans la cour du collège, l'air piquait un peu les joues, mais ça sentait déjà la fête. Des cœurs en papier pendaient aux fenêtres, et même la sonnerie semblait moins sévère, comme si elle avait mis un pull rose.

Nolan, 12 ans, avançait avec son sac en bandoulière et un sourire de comploteur. À côté de lui, Sami, 12 ans aussi, marchait en mâchouillant le bout de son stylo, ce qui voulait dire une chose : il réfléchissait beaucoup, peut-être trop.

— C'est aujourd'hui, chuchota Nolan. Opération Saint-Valentin.

— Je croyais que tu détestais les trucs gnangnan, répondit Sami.

— Je déteste les trucs gnangnan… quand ils sont obligatoires. Là, c'est une mission.

Nolan sortit de sa poche un petit carnet à spirales. Sur la couverture, il avait écrit au feutre : “Plan d'attaque : gentillesse”.

Sami plissa les yeux.

— Ton plan d'attaque, c'est… être gentil ?

— Chut ! On n'annonce pas un coup de théâtre avant le rideau.

Ils passèrent devant la “boîte à messages” installée par la vie scolaire : une grande boîte en carton décorée de paillettes. Une affiche disait : “Dépose un mot d'amitié ! Pas de moqueries. Respect obligatoire.”

— Respect obligatoire… répéta Sami. Ça me rassure, mais ça fait un peu panneau “interdit de faire des bêtises”.

— Justement, dit Nolan. On va faire une bêtise… mais une bêtise gentille.

Sami leva un sourcil.

— Ça existe, ça ?

— Oui. Exemple : écrire un mot gentil à quelqu'un de timide sans lui faire peur.

Sami s'arrêta net.

— Attends. Tu parles de… Lila ?

Nolan hocha la tête. Lila était dans leur classe. Discrète, toujours un livre à la main, pas du genre à lever le doigt, mais du genre à sourire quand personne ne la regardait. Elle avait un rire silencieux, comme un petit courant d'air.

— Elle est sympa, dit Sami. Mais elle déteste quand on la met au centre.

— Voilà pourquoi je suis un génie, répondit Nolan. On va faire ça bien. Avec consentement.

— Avec quoi ?

— Avec… son accord, si tu préfères.

Sami souffla, mi-amusé, mi-inquiet.

— Comment tu demandes à quelqu'un de timide l'autorisation de lui écrire un mot gentil, sans que ça devienne… bizarre ?

Nolan tapa sur son carnet.

— C'est là que l'art entre en scène.

Chapitre 2

En classe, la prof de français avait prévu une activité spéciale : “Écrire un message d'amitié pour la Saint-Valentin. Pas de déclaration gênante. Juste des mots qui font du bien.”

— Merci, madame, murmura Nolan, comme si le destin venait de lui faire un clin d'œil.

Sami, lui, fixait sa feuille blanche comme si elle allait le mordre.

Nolan pencha la tête vers lui.

— On va pas écrire n'importe quoi. Lila aime la tranquillité. Si on lui balance un truc trop intense, elle va disparaître dans son roman.

— Ou se transformer en rideau, ajouta Sami.

— Exactement. Donc on vise simple, vrai, et discret.

À la récré, ils se postèrent près du préau. Lila était assise sur un banc, son écharpe enroulée comme un nid, en train de lire.

Nolan inspira, puis s'avança. Sami resta un pas derrière, comme un garde du corps qui ne sait pas s'il doit protéger Nolan ou protéger Lila de Nolan.

— Salut, Lila, dit Nolan.

Lila leva les yeux. Ses joues prirent une couleur framboise très légère.

— Salut.

Nolan sentit son assurance glisser sur une peau de banane invisible, mais il tint bon.

— Heu… aujourd'hui, y a la boîte à messages. On peut écrire des mots gentils.

Lila hocha la tête, comme si elle avait déjà remarqué les paillettes menaçantes.

— J'avais une question, continua Nolan, en parlant vite pour ne pas réfléchir : est-ce que… ça te va si quelqu'un t'écrit un mot d'amitié ? Genre un truc simple. Pas un truc embarrassant.

Sami retint sa respiration. Même le ballon de foot, au loin, sembla ralentir.

Lila cligna des yeux, surprise. Puis elle sourit, un vrai sourire, pas un sourire de politesse.

— Oui… ça me va. Si c'est vraiment amical.

— Promis, dit Nolan. Amical. Et si tu préfères pas, tu peux le dire. C'est toi qui décides.

Lila referma doucement son livre, comme pour marquer le moment.

— D'accord. Merci d'avoir demandé.

Nolan sentit quelque chose de chaud lui monter dans la poitrine, comme quand on réussit une figure en skate du premier coup.

— Ok, cool. Bonne… lecture.

Il fit demi-tour avec Sami.

Dès qu'ils furent hors de portée, Sami souffla :

— Nolan… tu viens d'être normal. Et respectueux. Je crois que c'est la première fois que je vois ça.

— Je peux être normal, dit Nolan, vexé. Juste… rarement. Et seulement quand c'est important.

Sami sourit.

— Bon. Maintenant, faut écrire LE mot.

Nolan brandit son carnet.

— Et là, mon ami, on entre dans la zone dangereuse : les phrases.

Chapitre 3

Ils s'installèrent à la table du fond, à la pause du midi. Le self sentait la sauce tomate, mais eux avaient des idées à digérer.

Nolan posa une feuille devant lui. Sami posa la sienne à côté, prêt à jouer le rôle de “contrôleur anti-cringe”.

— Vas-y, écris, dit Sami.

— J'écris, répondit Nolan. Mais j'ai besoin d'un démarrage.

Il griffonna :

“Salut Lila,

Tu es…”

Il s'arrêta, l'air dramatique.

— Tu vois ? Déjà, c'est l'entrée dans le piège.

Sami se pencha.

“Tu es” c'est risqué. On dirait que tu vas annoncer un verdict.

— Ou une prophétie, soupira Nolan.

Il raya et recommença :

“Salut Lila,

J'espère que ta journée…”

— Trop carte postale, jugea Sami.

“Bonne journée” c'est interdit ?

— Non, mais c'est comme offrir un biscuit sans chocolat. Ça passe, mais ça marque personne.

Nolan tambourina sur la table.

— Elle aime lire. On pourrait faire une phrase qui ressemble à une page agréable. Un truc doux.

Sami eut un éclat d'idée :

— Et si tu lui disais un truc que tu as remarqué. Un détail vrai. Un truc qui ne l'expose pas devant tout le monde.

Nolan leva un doigt.

— Oui ! Genre… son calme. Son rire silencieux.

Sami fit une grimace.

“Ton rire silencieux” ça fait un peu poème de vampire.

— D'accord. Pas vampire.

Nolan réfléchit, puis écrivit, lentement, en articulant dans sa tête :

“Salut Lila,

Je voulais te dire merci. Quand tu es là, la classe a l'air plus tranquille, comme si quelqu'un avait baissé le volume.

J'aime bien ça.

Bonne Saint-Valentin d'amitié.

Nolan.”

Sami relut. Puis il hocha la tête, sérieux.

— C'est bien. C'est simple. Et ça ne met pas la pression.

— Et c'est pas vampire ?

— Non. C'est… gentil. Normalement gentil.

Nolan souffla, soulagé, puis plia la feuille. Mais au moment de la glisser dans une enveloppe, une nouvelle peur le frappa.

— Et si quelqu'un la lit ? Si un idiot tombe dessus et se met à crier “Ouh, Nolan est amoureux !” ?

— Là, on passe en mode ruse, dit Sami.

Les yeux de Nolan brillèrent.

— J'attendais que tu dises ça.

Sami prit un stylo et dessina sur l'enveloppe un tampon inventé : un petit bouclier avec écrit “Message d'amitié — confidentiel”.

— Les gens respectent les tampons, déclara Sami. C'est scientifique.

— C'est faux, mais j'aime ta confiance.

Ils ajoutèrent une simple initiale à l'extérieur : “L.” Rien de plus. Pas de nom complet. Pas de grand panneau lumineux.

Nolan secoua l'enveloppe comme si elle contenait un trésor.

— Ok. Maintenant, il faut la déposer. Discrètement. Sans provoquer une émeute.

Sami se leva.

— On fait ça après les cours. Quand la cour est vide.

Nolan fronça le nez.

— Et si quelqu'un l'a déjà vidée ?

— Alors tu la donnes à la vie scolaire. Mais doucement. Et tu dis que c'est un mot d'amitié avec l'accord de la personne.

— T'es en train de devenir raisonnable, Sami.

— Ça me fait peur aussi, avoua Sami.

Ils rangèrent l'enveloppe comme un objet précieux. Nolan se promit de ne pas la plier plus que nécessaire. Les mots, ça se froisse vite.

Chapitre 4

L'après-midi traîna comme un chewing-gum sous une chaussure. Nolan n'écoutait qu'à moitié, mais il n'était pas distrait par des rêves : il était distrait par une enveloppe qui brûlait dans sa poche.

À la dernière sonnerie, la foule se vida en courant. La cour devint plus calme. On entendit même les pigeons discuter entre eux, ce qui est toujours inquiétant.

Nolan et Sami se faufilèrent jusqu'à la boîte à messages. Les paillettes brillaient dans la lumière du soir, comme si la boîte se moquait d'eux.

— Moment décisif, souffla Nolan.

Il tendit la main… et s'immobilisa. Il sentit soudain le poids d'une question simple.

— Attends. Et si Lila regrette ? Elle a dit oui, mais peut-être qu'elle a dit oui parce que je l'ai surprise.

Sami posa une main sur l'épaule de Nolan.

— Elle a souri. Et tu as dit qu'elle pouvait refuser. C'était clair.

— Mais là, c'est un message écrit. Ça reste.

— Alors on fait un truc : on lui laisse une porte de sortie.

Nolan cligna des yeux.

— Une porte de sortie dans une enveloppe ?

— Oui. Tu ajoutes une phrase : “Si tu préfères que je n'écrive plus de messages, dis-le, je comprendrai.” Comme ça, elle garde le contrôle.

Nolan sortit le mot, le déplia avec soin, et ajouta la phrase, tout en bas, en petites lettres :

“Si tu préfères ne pas recevoir de mots, tu peux me le dire, je respecterai.”

Il relut. Son cœur ralentit un peu.

— Ok, dit-il. Maintenant, on y va.

Il glissa l'enveloppe dans la fente de la boîte. Elle disparut avec un petit “floup” satisfaisant.

Sami applaudit en silence, juste avec ses doigts.

— Mission accomplie. Et sans panique collective.

— Attends, dit Nolan. Maintenant… il faut survivre au lendemain.

Comme pour lui répondre, un bruit de pas résonna. Quelqu'un arrivait.

Nolan et Sami se figèrent derrière le panneau d'affichage, comme deux espions très moyens. La personne passa : c'était la CPE, portant un carton de feutres.

Elle jeta un regard à la boîte et marmonna :

— Ah, tant mieux, ça marche, ce truc…

Puis elle s'éloigna.

Nolan sortit de sa cachette, outré.

— Elle nous a même pas vus ! On est invisibles !

Sami haussa les épaules.

— C'est notre super-pouvoir : “préados discrets quand ça les arrange”.

Ils rentrèrent chez eux avec un mélange étrange dans la tête : de l'excitation, un peu d'angoisse, et une sensation nouvelle. Comme si un petit geste pouvait faire beaucoup de bruit, mais un bruit doux.

Chapitre 5

Le lendemain matin, Nolan arriva plus tôt. La boîte à messages était sur une table devant la vie scolaire. Des enveloppes dépassaient comme des langues de papier.

Sami le rejoignit, les mains dans les poches.

— Tu as dormi ?

— J'ai essayé, dit Nolan. Mon cerveau a organisé un débat : “Et si elle trouve ça nul ?” contre “Et si ça lui fait plaisir ?” Résultat : match nul. Zéro sommeil.

Ils se postèrent à distance raisonnable. Pas trop près, pour ne pas avoir l'air de guetter. Pas trop loin, pour ne pas rater.

La CPE sortit la pile d'enveloppes et commença la distribution, en appelant les prénoms à voix basse, comme une cérémonie secrète.

— Lila, dit-elle.

Nolan sentit ses oreilles chauffer. Lila s'avança, prit une enveloppe. Elle regarda l'initiale, puis la glissa dans sa poche sans l'ouvrir tout de suite. Elle sembla hésiter, puis se dirigea vers le couloir, à l'écart.

— Elle ne l'ouvre pas devant tout le monde, murmura Sami. Elle gère.

— Elle est plus maline que nous, avoua Nolan.

Ils la virent s'asseoir sur le rebord d'une fenêtre, dos au mur, comme dans une petite forteresse tranquille. Elle sortit l'enveloppe, l'ouvrit, et lut.

De loin, Nolan ne pouvait pas voir ses yeux, mais il vit ses épaules se détendre. Et puis, elle sourit. Un sourire franc, qui fit presque briller le couloir.

Sami donna un coup de coude à Nolan.

— On dirait que ton message n'a tué personne.

— C'est un bon début, dit Nolan, la gorge un peu serrée.

Lila replia le papier soigneusement. Elle regarda autour d'elle, repéra Nolan et Sami, et leva la main en petit signe. Pas un grand geste, juste assez pour dire “j'ai vu”. Puis elle s'approcha, doucement.

Nolan se prépara à s'évaporer.

— Salut, dit Lila. Merci pour ton mot.

— Euh… de rien, répondit Nolan. Content que… ça t'ait plu.

Lila hocha la tête.

— C'était… simple. Et ça fait du bien. Et merci d'avoir écrit que je pouvais dire non. Ça m'a rassurée.

Sami se racla la gorge, comme s'il était soudain très intéressé par un casier.

— On voulait pas te mettre mal à l'aise, dit-il.

Lila sourit encore.

— Ça va. Et… je peux vous demander un truc ?

Nolan se raidit.

— Oui ?

— Est-ce que je peux répondre ? Mais… sans que ce soit lu par tout le monde.

Nolan et Sami échangèrent un regard. La ruse reprenait du service.

— On peut faire une réponse en main propre, proposa Sami. Si tu veux.

— Ou… dit Lila, en baissant un peu la voix, on peut faire un système. Une boîte, mais… pour les messages d'amitié discrets.

Nolan sentit son cerveau s'allumer comme une guirlande.

— Une boîte secrète ?

— Une boîte “consentement d'abord”, ajouta Sami, très sérieux, ce qui le rendit drôle malgré lui.

Lila eut un petit rire, pas silencieux cette fois.

— Oui. Une boîte où on écrit seulement si l'autre est d'accord. Et où on ne se moque pas. Jamais.

Nolan hocha la tête, déjà en train d'imaginer.

— On pourrait la décorer. Sans paillettes agressives.

— Avec un cadenas… enfin, un faux cadenas, dit Sami. Juste pour le style.

Lila glissa le mot de Nolan dans son carnet.

— D'accord. Alors on fait ça après les cours ? On demande à la CPE si on peut lancer un “club des petits gestes” pour la Saint-Valentin… et après aussi. Pas juste un jour.

Nolan sentit un élan joyeux lui chatouiller le ventre.

— Oui. Et ton message, tu peux me le donner quand tu veux. Quand tu es prête.

Lila acquiesça.

— Je te le donnerai. Et si un jour je préfère arrêter, je vous le dirai.

— Et on respectera, dit Nolan, tout de suite.

Ils se séparèrent avec une légèreté neuve. Dans le couloir, l'odeur de craie et de manteaux mouillés semblait moins grise.

Sami souffla :

— Finalement, la Saint-Valentin, c'est pas que des roses et des chansons gênantes.

— Non, dit Nolan. C'est aussi des plans. Des bons plans.

Et dans la poche de Nolan, le petit carnet “Plan d'attaque : gentillesse” avait déjà une nouvelle page qui attendait : “Projet : la boîte des mots consentis”.

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Action de mâcher doucement et sans faim, comme pour réfléchir.
Carnet à spirales
Petit cahier dont les feuilles sont reliées par un fil en boucle.
Vie scolaire
Service de l'école qui organise des activités et surveille les élèves.
Préau
Espace couvert dans la cour de l'école où les élèves peuvent rester.
Initiale
Première lettre d'un nom, utilisée pour identifier sans écrire tout le nom.
CPE
Abréviation pour Conseiller Principal d'Éducation, adulte qui surveille l'école.
Forteresse
Endroit protégé et solide, ici image pour dire un coin sûr et fermé.

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