Dans un petit atelier tout en bazar, au fond d'un jardin, vivait Lila l'inventrice.
Lila avait des lunettes rondes, un grand tablier plein de taches de peinture, et des crayons dans ses cheveux.
Elle adorait fabriquer des choses étranges et rigolotes.
Ce matin-là, Lila ouvrit grand la fenêtre et renifla l'air.
« Mmm… ça sent un peu le chou-fleur », dit-elle en riant. « Et si j'inventais quelque chose pour sentir bon tout le temps ? »
Elle réfléchit, tapota sur la table, tourna sur elle-même.
Puis ses yeux brillèrent.
« Je sais ! Je vais créer… la Machine à Bisous-Parfumés ! »
C'était une idée très importante.
Une machine qui donne des bisous… et qui sent bon la fraise, la vanille, la pluie chaude et le pain tout juste sorti du four.
« Comme ça, plus personne ne fait la tête », décida Lila. « Avec des bisous qui sentent bon, tout le monde sourit. »
Lila sortit une grande boîte en carton, un vieux ventilateur, trois chaussettes dépareillées, un arrosoir, et une cloche de vélo.
« Parfait », murmura-t-elle. « On va bricoler. »
Elle colla la boîte sur le ventilateur.
Elle accrocha les chaussettes comme des petits sacs à parfum.
Elle planta l'arrosoir tout en haut, comme un chapeau.
Ding ding ! fit la cloche de vélo quand elle la posa à l'avant.
« Il manque quelque chose », dit Lila en plissant les yeux.
Elle ouvrit un tiroir.
Il y avait des plumes, des boutons, des paillettes, et… un vieux nounours sans oreille.
Elle caressa le nounours.
« Tu vas m'aider, Nounours-Câlin », chuchota-t-elle. « Tu seras le cœur de la machine. »
Elle installa Nounours-Câlin bien au milieu de la boîte, comme un capitaine à son poste.
Puis elle remplit les chaussettes avec des choses qui sentent bon :
des pétales de fleurs, un peu de cacao en poudre, une goutte d'extrait de vanille, et même un tout petit morceau de croissant.
« Attention, Nounours-Câlin, on va tester », annonça Lila.
Elle appuya sur le bouton du ventilateur.
VROUOUOUF !
Le ventilateur se mit à tourner.
Les chaussettes se gonflèrent comme des ballons.
La cloche tinta toute seule : ding ding ding !
Et d'un coup, la machine lança un gros BISOU D'AIR sur la joue de Lila.
POUF !
Les cheveux de Lila se dressèrent en l'air comme un palmier.
Elle éclata de rire.
« Ah ! Ça chatouille ! »
Elle renifla.
« Mmm… ça sent la vanille… et un peu le croissant… et un tout petit peu la chaussette. »
Elle fit une drôle de grimace.
« Ah non, pas la chaussette ! » dit-elle en riant. « On va arranger ça. »
Elle ouvrit une fenêtre de la boîte et sortit une chaussette.
« Toi, tu sens encore le foot, hein », lui chuchota-t-elle.
Elle mit à la place une petite éponge propre, toute douce, avec du savon qui sent la fleur.
« On recommence », déclara-t-elle.
Elle appuya sur le bouton.
VROUOUOUF… POUF !
Un nouveau bisou d'air vint sur son nez.
Lila ferma les yeux.
« Oh ! Là, c'est mieux. Ça sent le propre, la fleur et le gâteau. »
Elle décida d'essayer dehors.
Dans le jardin, le chat Minou la regardait avec de grands yeux.
« Minou, tu veux un bisou-parfumé ? » demanda Lila.
Le chat leva la queue.
On aurait dit que oui.
Lila tourna le ventilateur vers Minou.
« Attention… bisou ! »
VROUOUOUF !
Un bisou d'air tout doux arriva sur le museau du chat.
Minou cligna des yeux, renifla… puis se roula par terre de plaisir.
« Miaaaaou », fit-il, très content.
« Réussi ! » s'exclama Lila. « Minou approuve la Machine à Bisous-Parfumés. »
À ce moment-là, la voisine passa la tête par-dessus la haie.
C'était Madame Rosa, avec son grand chapeau fleuri.
« Bonjour Lila, qu'est-ce que tu fabriques encore ? » demanda-t-elle en souriant.
« Une machine qui envoie des bisous qui sentent bon », expliqua Lila.
« Tu veux essayer ? C'est très doux. »
Madame Rosa hésita un tout petit peu, puis dit :
« D'accord, mais pas trop fort, hein. »
Lila régla le bouton.
« Position Bisou-Doudou », annonça-t-elle.
Elle appuya.
POUF.
Un petit bisou d'air parfumé vola jusqu'à la joue de Madame Rosa.
Elle posa la main sur sa joue.
« Oh ! Ça sent… la brioche et le jardin après la pluie », dit-elle doucement.
Ses yeux pétillèrent.
« J'aime beaucoup ta machine, Lila. On se sent bien avec. »
Le cœur de Lila devint tout chaud.
« C'est ça que je voulais », dit-elle. « Une machine qui met du bonheur dans l'air. »
Toute la journée, Lila testa sa machine.
Un bisou pour le pot de fleurs triste.
Un bisou pour l'épouvantail qui avait l'air fatigué.
Un bisou pour elle-même, juste pour rire.
Le soir, le ciel devint rose et orange.
Lila rentra son invention dans l'atelier.
Elle posa la main sur la boîte.
« Merci, Machine à Bisous-Parfumés », murmura-t-elle.
« Aujourd'hui, tu as travaillé très fort. Demain, on inventera peut-être les Câlins-Élastiques… ou les Chaussures-qui-font-danser. On verra bien. »
Elle couvrit doucement Nounours-Câlin avec un petit mouchoir, comme une couverture.
Minou se roula en boule contre la machine, rassuré par son doux parfum.
Lila éteignit la lumière de l'atelier.
Dehors, les étoiles brillaient tranquillement.
Dans le silence du jardin, on aurait presque entendu un minuscule « bisou » flotter encore dans l'air.
Tout était calme.
Tout sentait bon.
Et tout le monde se sentait bien.