Chapitre 1 — La vitrine vide
À 16 h 45, le club de sciences du collège sentait la colle chaude, le carton et l'orage qui approchait. Sur les tables, des maquettes de ponts en spaghetti, des circuits avec des petites diodes rouges et un microscope qui clignotait comme un œil fatigué.
Lina, 12 ans, rangeait des éprouvettes en plastique dans une boîte transparente. Elle aimait ce moment calme, juste avant que tout le monde arrive. Elle aimait aussi résoudre les problèmes. Pas ceux des manuels. Ceux qui se cachent dans la vraie vie.
— Lina, tu peux vérifier la vitrine ? demanda Mme Dumas, la prof qui encadrait le club. J'ai mis la médaille du concours là-dedans ce matin.
La médaille. Un gros disque doré accroché à un ruban bleu, gagné par le club l'an dernier. Elle devait être exposée pour la journée portes ouvertes.
Lina s'approcha de la vitrine, une armoire en verre avec une serrure simple. Elle pencha la tête.
La vitrine était… vide.
— Madame… elle n'est plus là, murmura Lina.
Le silence tomba comme une couverture. Puis des voix.
— Quoi ?! fit Malik, arrivé avec son sac.
— On nous l'a volée ? s'étrangla Zoé.
— C'est peut-être une blague, tenta Hugo, mais son sourire tremblait.
Mme Dumas pâlit, puis se reprit aussitôt.
— On respire. On ne panique pas. Et on ne pointe pas du doigt au hasard. On va réfléchir.
Lina sentit son cœur taper fort, mais une autre partie d'elle se mettait déjà en marche, comme une lampe qu'on allume.
— On peut enquêter, proposa-t-elle. Calmement. Avec méthode.
Malik haussa un sourcil.
— La détective du club ?
— Une détective apaisante, corrigea Lina. Je n'aime pas les drames. J'aime les indices.
Mme Dumas acquiesça.
— D'accord. Mais on reste responsables : pas de fouille dans les sacs, pas d'accusations. On observe et on note.
Lina sortit un petit carnet de sa trousse.
— Première question : qui a eu accès à la vitrine depuis ce matin ?
Zoé leva la main comme en classe.
— Ce matin, on a eu techno ici. La salle était ouverte.
— Et à midi, j'ai vu le surveillant, M. Pereira, qui réparait une poignée, ajouta Hugo.
Lina s'agenouilla devant la vitrine. La serrure n'était pas forcée. Pas de rayure. Juste… une empreinte de doigt sur le verre.
— Deuxième question, dit-elle doucement : comment on ouvre cette vitrine ?
Malik montra le bas.
— La clé est dans le tiroir de Mme Dumas, d'habitude.
Mme Dumas ouvrit son tiroir. Il était fermé à clé. Elle sortit sa propre clé, ouvrit. Le petit trousseau était là… sauf la clé minuscule de la vitrine.
— Donc, conclut Lina, on a deux disparitions : la médaille et la clé.
Elle releva la tête vers le club.
— On va faire une liste des faits. Et ensuite, on cherchera ce qui ne colle pas.
Chapitre 2 — Trois indices et un bruit de pluie
La pluie commença à tambouriner aux fenêtres, comme si quelqu'un tapotait pour entrer. Lina posa son carnet au centre d'une table.
— Faits : vitrine intacte. Clé manquante. Médaille manquante. La salle a été utilisée ce matin et à midi.
— Et la fenêtre ? demanda Zoé.
Ils se tournèrent. La fenêtre était fermée, mais une des petites trappes d'aération en haut était entrouverte.
— Assez grande pour une main, pas pour une médaille, observa Hugo.
Lina s'approcha du coin de la salle, là où se trouvait un tableau d'affichage. Une affiche du club de sciences pendait de travers. Juste en dessous, une boîte métallique avec des étiquettes : « PILES », « AIMANTS », « CLÉS DE SECOURS ».
Elle s'arrêta net.
— La boîte des clés… elle a été déplacée, dit-elle.
— Tu en es sûre ? demanda Malik.
— Oui. Elle est d'habitude alignée avec le bord du tableau. Là, elle dépasse.
Mme Dumas fronça les sourcils.
— On n'a pas touché à ça.
Lina ouvrit la boîte. Dedans, des piles, des aimants, et… un petit morceau de ruban bleu, coincé dans le couvercle.
Zoé fit un petit « oh ! »
— C'est le ruban de la médaille !
Lina le prit entre deux doigts.
— Indice numéro un : le ruban a été accroché ici. Donc la médaille est passée par là, ou quelqu'un l'a manipulée près de cette boîte.
Malik s'accroupit à son tour et pointa le sol.
— Et ça ?
Sur le carrelage, près de la porte, une trace grisâtre, comme une ligne de poussière humide.
Hugo renifla.
— On dirait de la terre… ou de la cendre.
Lina suivit la trace : elle partait de la porte, allait vers le placard du fond, puis disparaissait.
— Indice numéro deux : quelqu'un est entré avec des chaussures sales et a marché jusqu'au placard.
Zoé, qui aimait les théories, s'emballa :
— C'est forcément quelqu'un qui jardine ! Donc… le gardien !
Mme Dumas leva la main.
— Doucement, Zoé. On ne déduit pas trop vite.
Lina hocha la tête.
— On a besoin d'un troisième indice, un truc qui relie tout.
Elle se dirigea vers le placard du fond. Sur la porte, une petite plaque vissée : une plaque en métal avec des chiffres et des lettres gravés.
« C.S. — 12B — 7/9 »
Lina passa son doigt dessus.
— Je vais décrypter cette plaque, murmura-t-elle. Ça ressemble à un code.
Malik s'approcha.
— C.S., ça peut être… Club de Sciences.
— Ou « Casier Secondaire », plaisanta Hugo.
Lina sourit.
— 12B, c'est notre salle. Et 7/9… ça pourrait être une date, le 7 septembre… ou une fraction, sept neuvièmes. Ou une heure.
Zoé croisa les bras.
— C'est peut-être juste l'étiquette du placard.
— Peut-être, dit Lina. Mais quelqu'un a pris le temps de graver ça. On va l'utiliser.
Elle tira sur la poignée du placard. Fermé.
— Et là, c'est intéressant, souffla-t-elle. Parce que ce placard devrait être ouvert pendant le club.
Mme Dumas chercha dans son trousseau. Elle avait la clé. Elle l'inséra.
La serrure résista un peu, puis céda avec un « clic » sec. Une odeur de poussière et de carton sortit.
À l'intérieur, pas de médaille. Mais une feuille pliée, posée bien en évidence sur une boîte.
Lina la prit. Sur la feuille, écrit au feutre noir :
« POUR LA RETROUVER, SUIS LA PLAQUE. »
Chapitre 3 — Le code de la plaque
Lina posa la feuille sur la table. La pluie devenait plus forte, mais dans la salle, le mystère réchauffait l'air.
— « Suis la plaque », répéta Malik. Ça veut dire quoi ? Qu'on doit suivre… le placard ?
Lina prit une grande inspiration. Elle parlait calmement, comme si elle expliquait un exercice.
— On a une plaque avec : C.S. — 12B — 7/9. Si on doit la suivre, il faut comprendre à quoi correspond chaque morceau.
Hugo tapota la table.
— C.S., c'est sûrement Club de Sciences.
— 12B, la salle. Ça ne nous fait pas avancer.
Zoé pointa « 7/9 ».
— Et si c'était une direction ? Genre… sept pas, neuf pas ?
Lina se leva.
— On peut tester. Mesurer, vérifier. C'est la règle numéro un : on ne croit pas, on essaye.
Elle se plaça devant le placard, au niveau de la plaque.
— Sept pas vers… quoi ? On doit choisir une orientation. Porte, fenêtre, tableau…
Malik eut une idée.
— Et si 7/9, c'était 7 heures 9 ?
— On n'est pas dans un film d'espions, souffla Zoé.
Lina observa la plaque plus attentivement. Les chiffres n'étaient pas séparés par deux points, mais par une barre.
— La barre ressemble à une fraction, dit-elle. Ou à « sur ». Sept sur neuf.
Hugo se gratta la tête.
— Sept sur neuf… comme une grille ? Une case ?
Lina eut un déclic.
— Oui. Une grille ! Comme en sciences, quand on place des objets sur une table quadrillée. Septième colonne, neuvième ligne… ou l'inverse.
Elle regarda le club. Sur une grande table, il y avait un tapis de découpe vert, avec des carreaux numérotés sur les bords.
— Le tapis ! s'exclama Lina. Il a une grille.
Ils se précipitèrent. Lina compta les lignes et les colonnes, doigt levé, concentrée.
— Si on prend colonne 7, ligne 9…
Elle posa son doigt sur une case. Sur cette case, quelqu'un avait posé une petite boîte en plastique, transparente, avec à l'intérieur… une clé minuscule.
— La clé de la vitrine ! s'écria Zoé.
Malik souffla, impressionné.
— Ok, là, c'est du vrai polar.
Lina prit la boîte. Elle n'était pas fermée, juste posée là, comme si on voulait qu'on la trouve.
— Donc, le « 7/9 » nous a menés à la clé, dit-elle. Et « C.S. — 12B » nous disait : cherche dans le Club de Sciences, salle 12B.
Hugo fit un geste vers la vitrine.
— Super, on peut l'ouvrir et… retrouver la médaille ?
Lina secoua la tête.
— La vitrine est vide. La clé ne suffit pas. Mais c'est une avancée : celui ou celle qui a fait ça veut qu'on suive une piste. Une chasse au trésor, version enquête.
Zoé plissa les yeux.
— Donc ce n'est pas un voleur… c'est quelqu'un du club ?
Mme Dumas intervint, ferme mais douce.
— Ou quelqu'un qui connaît nos habitudes. Mais souvenez-vous : même si c'est une « blague », on parle d'un objet important. Il faut le remettre à sa place. C'est une question de responsabilité.
Lina ouvrit la boîte, prit la clé, et la posa dans sa paume comme un petit poids.
— On continue. On a la clé. Maintenant, on cherche où est passée la médaille. Et on fait attention à ce qu'on touche.
Elle se tourna vers la vitrine.
— Si la médaille a été prise avec la clé, alors la personne a dû s'approcher ici. Et si elle a laissé un morceau de ruban dans la boîte, elle a dû passer par le tableau d'affichage.
Malik leva un doigt.
— Donc le trajet : vitrine → tableau → placard ? Et la trace de terre mène au placard.
Lina sourit.
— Exactement. Il y a un point commun entre ces endroits : la porte.
Elle regarda la porte d'entrée. Sur le mur à côté, une autre petite plaque, plus ancienne, vissée juste au-dessus d'un interrupteur. Lina ne l'avait jamais vraiment remarquée.
Elle s'en approcha. Dessus, gravé :
« S.S. — 3A — 2/4 »
Zoé ouvrit de grands yeux.
— Encore une plaque !
Lina sentit le frisson de l'enquête, celui qui donne envie d'avancer.
— « Suis la plaque », murmura-t-elle. D'accord. On suit la suivante.
Chapitre 4 — Le club, la salle 3A et l'ombre dans le couloir
La salle 3A se trouvait au bout du couloir, près du labo de SVT. Le collège était plus silencieux à cause de la pluie. Les néons faisaient des halos pâles sur le sol.
— On a le droit d'y aller ? demanda Hugo.
Mme Dumas marchait avec eux.
— Oui, mais on reste ensemble. Et on frappe. On n'entre pas comme des ninjas.
— Dommage, murmura Malik. J'avais déjà l'attitude.
Arrivés devant 3A, Lina relut la plaque dans sa tête : « S.S. — 3A — 2/4 ».
— S.S., ça pourrait être… Salle de Sciences ? Ou… SVT-Sciences ?
Zoé chuchota :
— Ou « Suspect Suspect ».
Lina étouffa un rire.
Ils frappèrent. Personne ne répondit. Mme Dumas ouvrit avec le passe général, juste assez pour regarder.
La salle était vide. Mais sur une table, une grande feuille quadrillée, comme un plan. Et au centre, un petit objet brillant.
Ils entrèrent.
Lina s'approcha : c'était une mini-plaque en plastique, comme un badge, avec une inscription au feutre : « 2/4 ».
— Le code se répète, observa Lina. 2/4, ça veut nous mener à une autre case, comme tout à l'heure.
Sur la feuille quadrillée, il y avait un quadrillage avec des lettres en haut (A, B, C…) et des chiffres sur le côté (1, 2, 3…).
— Colonne 2, ligne 4, dit Malik, déjà prêt.
Lina posa son doigt sur B4. Sur la case, scotchée, une enveloppe.
Elle l'ouvrit. À l'intérieur, une photo imprimée : la médaille, posée sur quelque chose de très reconnaissable… un plateau en métal avec des éprouvettes, comme celui du labo de chimie.
Au dos, un message :
« PAS LOIN DES BULLES. REGARDE LÀ OÙ ON LAVE. »
Zoé frissonna.
— Le labo de chimie ! Il y a des bulles, des lavabos…
Hugo fit une grimace.
— Et des odeurs de trucs qui piquent.
Lina reprit la photo et la glissa dans son carnet.
— On a un nouveau lieu. Mais avant, une question : pourquoi laisser des plaques ? Pourquoi faire une piste ?
Mme Dumas répondit, très sérieuse :
— Peut-être pour attirer votre attention. Mais attention : même si c'est un jeu, on ne joue pas avec le travail des autres sans demander.
Dans le couloir, un bruit de pas rapides. Lina tourna la tête juste à temps pour voir une silhouette disparaître au coin : un sweat à capuche gris, un sac noir, et des baskets très sales.
Malik murmura :
— Vous avez vu ?
Lina hocha la tête.
— Oui. Et ses chaussures pourraient expliquer la trace de terre.
Zoé serra les poings.
— On le suit ?
Lina posa une main sur son bras, doucement.
— On ne court pas après quelqu'un dans un couloir vide. On garde la tête froide. On va au labo, et on observe. Si c'est quelqu'un du collège, il finira par apparaître. Et on veut des preuves, pas des suppositions.
Ils prirent la direction du labo de chimie, en marchant vite mais sans courir. La pluie claquait contre les vitres comme un chronomètre.
Chapitre 5 — Là où on lave
Le labo de chimie était fermé, mais une lumière filtrait sous la porte.
Mme Dumas frappa.
— Entrez ! lança une voix.
C'était M. Legrand, le professeur de sciences physiques. Il portait une blouse et avait des lunettes un peu de travers, comme si elles avaient décidé de vivre leur vie.
— Ah, le club de sciences ! Qu'est-ce qui vous amène ?
Lina resta polie, claire.
— On a un… problème. La médaille du club a disparu. On suit une piste et elle nous mène ici.
M. Legrand ouvrit de grands yeux.
— Disparu ? Ici ? Je n'ai rien vu.
Lina montra la photo.
— Elle était posée sur un plateau comme celui-ci. Et on nous a écrit : « Regarde là où on lave ».
M. Legrand soupira, puis montra l'évier au fond, avec un égouttoir rempli de verrerie.
— Là où on lave, c'est là. Mais je n'ai pas de médaille dans mon évier, heureusement.
Zoé ricana nerveusement.
— Imaginez, on fait bouillir la médaille…
Lina s'approcha de l'évier. Il y avait des bulles de savon séchées sur le bord. Et, dans la bonde, un petit morceau de ruban bleu, encore.
— Deuxième morceau, murmura Lina. Donc la médaille a été près de l'évier.
Malik inspecta l'égouttoir.
— Rien.
Hugo, lui, regardait les casiers sous le plan de travail. Sur l'un d'eux, une petite plaque métallisée était vissée, comme celles d'avant.
« R.R. — 1C — 5/6 »
— Encore ! annonça Hugo, fier comme s'il avait découvert une planète.
Lina se pencha.
— R.R… « Rangement Réactifs » ?
M. Legrand secoua la tête.
— Ce casier, c'est « Réserve de Réparation ». On y met des trucs à réparer, des vieux matériels.
Lina relut.
— 1C… ça peut être le casier C, étagère 1. Et 5/6, une autre case à trouver.
Elle ouvrit le casier avec l'accord de M. Legrand. À l'intérieur, des boîtes, un vieux ventilateur, un lot de fils électriques. Sur une boîte, un papier scotché avec une grille, plus petite.
— On nous refait le coup de la grille, dit Malik.
Lina posa le papier sur le plan de travail. Cette fois, les colonnes étaient marquées de A à F, et les lignes de 1 à 6.
— 5/6… ça ne rentre pas : il n'y a que six lignes, mais six colonnes… Attends. Ça peut vouloir dire colonne 5, ligne 6.
Elle alla sur la case E6. Il y avait un petit sachet zip.
Dedans : un tournevis miniature, et un mot.
« SI TU VEUX LA TROUVER, DEMANDE-TOI QUI VEUT LA PROTÉGER. »
Zoé fronça les sourcils.
— Protéger ? Contre quoi ?
M. Legrand se gratta la joue.
— La journée portes ouvertes, c'est demain. Avec tout le monde qui passe… un objet comme une médaille peut être perdu, abîmé, ou… “emprunté”.
Lina comprit. Elle se redressa, les idées claires.
— Donc quelqu'un l'a peut-être cachée pour éviter un problème. Mais au lieu de prévenir, il a fait une piste.
Malik fit claquer ses doigts.
— Et la silhouette au sweat gris ?
À ce moment-là, la porte du labo s'entrouvrit lentement. Un visage apparut : celui de Nils, 13 ans, du club robotique. Son sweat était gris. Ses baskets étaient couvertes de terre humide.
Il tenait quelque chose contre lui, enveloppé dans un sac plastique.
Nils avala sa salive.
— Je… je crois que vous me cherchez.
Chapitre 6 — La vérité, et le bon choix
Nils entra, trempé jusqu'aux épaules, comme un chat surpris par la pluie. Il posa le sac plastique sur la table, avec précaution. À l'intérieur, on devinait un ruban bleu.
Zoé allait exploser.
— C'était toi ! Tu l'as volée !
Lina leva la main, douce mais ferme.
— Zoé. On écoute d'abord.
Mme Dumas fixa Nils sans crier.
— Explique.
Nils triturait la fermeture de son sac.
— J'ai pas voulu voler… Je vous jure. Ce matin, en sortant du club robotique, j'ai vu des élèves de sixième courir dans le couloir. Ils se bousculaient devant la salle 12B parce que la porte était ouverte. La vitrine brillait. J'ai eu peur qu'ils l'ouvrent, qu'ils la cassent, ou qu'ils prennent la médaille “pour rigoler”.
Hugo souffla :
— Et tu t'es dit : je la prends moi-même. Logique… enfin, pas vraiment.
Nils rougit.
— J'ai emprunté la clé dans le tiroir… enfin, j'ai vu que le tiroir n'était pas fermé à ce moment-là. J'ai pris la médaille et la clé, et je me suis dit que j'allais la rendre à Mme Dumas. Mais après, j'ai paniqué. Je me suis dit : si je la rends comme ça, on va croire que j'ai volé. Alors j'ai eu une idée nulle : faire une piste, comme une énigme, pour que vous la retrouviez “sans que ce soit moi”.
Zoé croisa les bras, vexée.
— Donc tu nous as fait courir sous la pluie pour sauver ta réputation.
Nils baissa la tête.
— Oui. Et j'ai laissé des plaques. Mon grand-père grave des plaques pour son atelier, j'en avais. Je pensais que ça ferait… aventure. Sauf que c'était stressant.
Lina regarda le sac.
— Où était la médaille, finalement ?
Nils montra le sac plastique.
— Je l'ai gardée sur moi après le labo. Je comptais la remettre dans la vitrine ce soir, quand tout le monde serait parti. Mais vous m'avez vue.
Mme Dumas prit le sac, ouvrit doucement. La médaille était là, intacte, brillante même sous la lumière blanche du labo.
Elle la posa devant eux.
— Nils, tu as voulu faire le bien, mais tu as choisi une mauvaise méthode. Quand on prend une décision qui touche les autres, on doit prévenir un adulte, ou au moins demander. Sinon, on crée de la peur et de la méfiance.
Nils essuya une goutte sur son nez.
— Je suis désolé.
Lina s'avança.
— Tu as eu un bon réflexe : protéger un objet important. Mais la responsabilité, c'est aussi d'assumer et de communiquer. Même si c'est gênant.
Malik ajouta, moitié sérieux, moitié moqueur :
— Et de ne pas transformer le collège en escape game sans autorisation.
Hugo hocha la tête.
— Surtout avec des baskets pleines de terre. Tu as laissé une trace digne d'un rhinocéros.
Nils eut un petit sourire, enfin.
— D'accord… rhinocéros, je prends.
Ils retournèrent au club de sciences. Lina remit la clé à Mme Dumas. Ensemble, ils replacèrent la médaille dans la vitrine. Le « clic » de la serrure sonna comme une fin de chapitre.
Mme Dumas regarda les élèves.
— Message clair pour demain : on protège ce qui compte, mais on le fait correctement. On demande. On explique. On agit ensemble.
Lina nota la dernière phrase dans son carnet, puis le referma.
Le mystère était résolu. Et dans la vitrine, la médaille brillait comme une promesse simple : on peut être malin, et responsable en même temps.