La nuit des lanternes
Ce soir, le village sentait la citrouille. Les portes étaient peintes de rires. Des feuilles craquaient sous les pas. La lune était ronde comme une pomme. Les lanternes brillaient, jaunes et orange. Elles balançaient doucement dans le vent.
Mina avait six ans. Elle tenait sa petite lampe en papier. Sa robe avait des Ă©toiles collĂ©es. Son chapeau Ă©tait un peu de travers. Elle avait les joues froides et le cĆur chaud. Ses yeux pĂ©tillaient. Elle aimait un peu le frisson. Elle aimait surtout la douceur qui venait aprĂšs.
Cette année, la place du village avait une grande boßte en forme de citrouille. Les enfants déposaient des papiers dedans. C'était le vote pour la meilleure histoire d'Halloween. Mina devait compter les voix. C'était important. Elle serra son carnet contre sa poitrine. Sa maman lui donna un baiser sur le front. « Fais attention, dit-elle. Compte bien. Et écoute les autres. »
La place était pleine. Des fantÎmes en draps glissaient. Une petite sorciÚre faisait des bulles violettes. Un monstre en chaussettes dansait. Les adultes murmuraient comme des feuilles dans un sac. Tout le monde voulait savoir qui gagnerait.
Mina posa la boßte citrouille sur une table. Elle découvrit une petite fente. Des papiers pleins de dessins en sortaient. Certaines feuilles sentaient le chocolat. D'autres sentaient la pluie. Mina sourit. Son travail commençait.
Le comptage des voix
Mina ouvrit la boßte. Un couinement léger sortit, comme un chat qui ronronne. Les papiers formaient une montagne. Mina prit un papier. Elle le plia doucement. « Un pour la sorciÚre qui rit », murmura-t-elle. Elle posa un petit caillou à cÎté du papier. Le caillou était son compteur. Un caillou rouge. Elle aimait que quelque chose de simple l'aide.
Elle compta encore. Deux pour le monstre à chaussettes. Trois pour la sorciÚre. Le vent fit danser une feuille. Un rire sourd résonna. Mina sentit un frisson. Sa lampe vacilla. Elle prit une grande respiration. La nuit n'était pas méchante. Elle était pleine de bruits étranges.
Un papier glissa hors de la table. Il roula jusqu'à la fontaine. Mina se pencha. Le papier disait seulement « courage ». Il n'y avait pas de nom. Mina fronça les sourcils. Elle mit le papier dans sa main et le serra. Elle décida d'attendre avant de le compter.
Un petit garçon s'approcha. Jules, qui avait les genoux toujours sales. Il regarda la boĂźte. Ses yeux Ă©taient timides comme des nuages. « On dirait qu'un vent a volĂ© une voix », dit-il. Mina hocha la tĂȘte. « On va la retrouver », rĂ©pondit-elle doucement.
Ils cherchÚrent ensemble. Ils fouillÚrent sous les bancs. Ils appelÚrent la lanterne chamallow. La lanterne chamallow répondait par une odeur de sucre. Personne n'avait vu la voix. Puis, un chat noir bondit. Il tenait dans sa bouche un papier. Ses moustaches frémissaient. Le chat s'assit et donna le papier à Mina. Il miaula comme s'il disait : « Voilà . »
Mina ouvrit. Sur le papier, quelqu'un avait dessinĂ© une grande main qui serre une autre main. Il y avait des petits cĆurs. « SolidaritĂ© », pensa Mina. Elle sentit ses doigts devenir chauds. Compter les voix devenait compter les amis. Elle remit le papier dans la boĂźte. Mais avant, elle glissa le papier dans son carnet. Pour se souvenir.
Le vent souffla plus fort. Des rires se transformĂšrent en soupirs. Une silhouette passa au coin de la place. Tout le monde se figea. Un vieux balai tomba d'un stand. Les enfants criĂšrent un peu. Mina sentit que ses jambes auraient pu trembler. Mais elle se rappela le papier avec la main. Elle prit la main de Jules. Il la regarda. Sa peur devint un pont. Ensemble, ils avancĂšrent.
Mina remonta sur la chaise pour mieux voir. Elle compta les piles. Elle fit un trait chaque fois qu'une voix finissait. Les traits formaient des rangées comme des petites échelles. à mi-chemin, la boßte sembla soupirer. Un petit fantÎme de papier s'échappa et fila vers le ciel. Il pouvait s'envoler parce que les enfants avaient mis leur confiance dans ces papiers.
Un bruit nouveau. Un petit grognement. Un nez froid. C'Ă©tait Hugo, le chien du forgeron, qui reniflait la table. Il fit tomber une enveloppe plus lourde. Mina la ramassa. « Oh ! », dit-elle. L'enveloppe Ă©tait fermĂ©e par un nĆud. Ă l'intĂ©rieur, il y avait plusieurs petits papiers. Chacun disait merci. Merci pour la soupe partagĂ©e. Merci pour le chocolat rendu. Merci pour le pansement sur un genou. Mina sentit son cĆur Ă©clore comme une fleur. Les voix n'Ă©taient pas que des prĂ©fĂ©rences. Elles Ă©taient des histoires.
Soudain, un petit groupe de lutins en chaussettes fit une farce. Ils volĂšrent les piĂšces de monnaie dans la tirelire de la fĂȘte. Tout le monde ria. Mina sourit aussi. Les lutins rendaient tout plus brillant. Elle continua de compter.
Quand elle eut presque fini, Mina remarqua quelque chose d'étrange. Une pile était plus haute que les autres. C'était pour une petite fille qui n'était pas là . On murmurait qu'elle avait peur des bruits la nuit. Quelques voix la soutenaient. Mina sentit la chaleur revenir. Elle prit ces papiers et les posa doucement au sommet. Elle dit à haute voix : « Pour elle aussi. » Les enfants applaudissaient discrÚtement.
Le courage dévoilé
Il ne restait que quelques papiers. Mina prit le dernier. Ses doigts tremblaient un peu. Le papier Ă©tait blanc. Il Ă©tait lisse. Elle lut le nom. C'Ă©tait le nom de la petite fille absente. Les enfants se turent. La lune sembla pencher la tĂȘte pour Ă©couter.
Mina leva la voix. Elle compta la derniĂšre voix avec soin. « Cinq pour la sorciĂšre, six pour le monstre, sept pour la petite absente, et une voix qui disait juste âcourage'. » Sa voix Ă©tait claire. La place applaudit doucement. Ce n'Ă©tait pas un grand bruit. C'Ă©tait un applaudissement qui tenait chaud.
Puis la porte de la maison bleue s'ouvrit. La petite fille sortit. Elle portait des pantoufles qui clignotaient. Elle avait les yeux brillants comme deux lucioles. Elle avait eu peur de venir. Mais elle avait aussi voulu que ses amis sachent qu'elle appréciait leurs histoires. Elle s'avança lentement. Les enfants firent une ligne. Personne ne ria. Personne ne chuchota. Ils souriaient.
La petite fille sourit. Elle dit d'une petite voix : « Je voulais dire merci. Et je voulais dire... que j'essaierai d'avoir moins peur. » Sa voix trembla un peu. Mina prit sa main. La main Ă©tait toute chaude. Le village semblait retenir son souffle. Puis un grand murmure de joie monta. Les lanternes clignotĂšrent comme pour faire la fĂȘte.
On donna un petit ruban à Mina. Il était orange avec des étoiles. Le maire dit : « Pour son courage à compter et à rassembler. » Mina rougit. Elle avait l'impression d'avoir des ailes dans le dos. Elle regarda ses amis. Jules souriait. Le chat noir ronronnait. Hugo leva la patte comme pour applaudir.
La nuit continua, douce et mystérieuse. Les enfants racontÚrent des histoires qui firent sursauter et rire. On partagea du pain d'épices. On fit des rondes. Mina posa son carnet sur ses genoux. Elle y dessina la main qui serre une autre main. Elle écrivit le mot « solidarité » en grandes lettres. Puis elle ajouta « courage » à cÎté. Les mots semblaient tenir la nuit.
Avant de rentrer, Mina regarda la boĂźte citrouille. Elle Ă©tait vide maintenant. Les votes avaient Ă©tĂ© comptĂ©s. Mais les voix restaient. Elles flottaient comme des petits lampions dans les tĂȘtes des enfants. Elles promettaient d'aider, de partager, de soutenir.
En rentrant, Mina sentit la nuit lui donner un dernier frisson. Mais il n'était plus effrayant. C'était un frisson qui disait : « Tu as fait quelque chose de grand ce soir. » Sa maman lui prit la main. « Tu as été trÚs courageuse, chuchota-t-elle. Tu as compté, tu as partagé, et tu as donné confiance. »
Mina regarda la lune. Elle pensa aux papiers, aux cailloux et aux chatons. Elle pensa Ă la main dessinĂ©e sur le papier. Elle se sentit petite et forte Ă la fois. Elle savait que la nuit d'Halloween Ă©tait mystĂ©rieuse. Mais elle savait aussi que la magie la plus belle Ă©tait celle qui rassemblait les cĆurs.
Et dans son lit, Mina s'endormit avec le ruban orange serrĂ© dans sa main. Elle rĂȘva de lanternes qui dansaient. Elle rĂȘva d'un village oĂč chaque voix compte.