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Histoire sur la tolérance 5 à 6 ans Lecture 14 min. (2)

La Pelleteuse et le camion-benne

Dans un chantier animé, une pelleteuse et un camion-benne peinent à travailler ensemble à cause de leur rivalité. Après une série de mésaventures, chacun d'eux réalise l'importance de l'autre pour mener à bien leur mission commune.

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Une pelleteuse jaune vif, avec des yeux expressifs sur son pare-brise et une grande pelle en métal, se tient au centre de la scène, affichant une expression joyeuse. Elle remplit une benne de camion avec du sable, ses bras mécaniques en mouvement. À côté, un camion-benne rouge, robuste, montre une expression de contentement et attend patiemment que la pelleteuse termine. Le décor est un chantier animé avec des tas de sable, des gravats et des engins de construction colorés. Le ciel est bleu avec des nuages blancs, et le soleil brille. La pelleteuse et le camion-benne illustrent la tolérance et la collaboration, chacun reconnaissant l'importance de l'autre. signaler un problème avec cette image

Le Chantier

Il y avait, aux abords d'une grande ville, un terrain vague sur lequel on avait décidé de construire un centre commercial. Les premiers jours, une armée de bulldozers vint défricher et aplanir le terrain sur des centaines de mètres carrés. Ce fut une tempête de bruit et de poussière qui s'abattit sur ce qui n'avait été jusqu'ici qu'un terrain vague sans histoire. Une fois le calme revenu, s'en vint par la suite une autre armée, moins tumultueuse que la première mais plus nombreuse : maçons, grutiers, coffreurs, ferrailleurs approchèrent, apportant avec eux tuyaux, parpaings, béton, câbles et tôles. Pour les aider dans leurs tâches, ils étaient également accompagnés d'une jolie petite myriade d'engins de chantiers, tous plus imposants les uns que les autres : il y avait des pelleteuses, d'abord, avec leurs tourelles pleines de dextérité ; des bétonneuses, qui savait faire sans cesse pivoter leur réservoir pour que le béton ne sèche pas ; des camions grues, capables d'étirer leur bras jusqu'au ciel tout en soulevant d'immenses charges avec leur crochet ; enfin, des camions bennes, avec leurs roues robustes et leur moteurs infatigables. Tous s'affairaitent sur le chantier, soulevant la poussière sous un soleil d'été, à la manière d'une fourmilière grouillante dans laquelle tout le monde travaillait main dans la main pour l'avancement du projet.

Tout le monde... enfin, presque tout le monde. Car, brisant cette harmonie pourtant si parfaite, il se trouvait parmi la foule des engins de chantier un drôle de couple qui n'arrivait pas, mais alors pas du tout à travailler ensemble. Alors que la masse des travailleurs, hommes comme machines, ne perdaient jamais une seconde, transportant ça et là les mètres cube de terre les uns derrière les autres, enterrant les kilomètres de canalisations sans les compter, évacuant les tonnes de gravats au jour le jour, ces deux-là travaillaient si laborieusement qu'ils étaient toujours à la traîne. Il s'agissait d'une pelleteuse et d'un camion benne qu'on avait mis ensemble afin de déménager du sable là où on en avait le plus besoin - besoin qui se faisait sentir chaque jour un peu plus et toujours à un endroit différent du chantier. La mission de la pelleteuse était pourtant facile pour elle ! Ramasser du sable avec sa pelle et le déverser dans la benne de camion-benne. Celle du camion-benne l'était aussi pour lui : transporter le sable d'un point à un autre, et revenir vers la pelleteuse. De plus, les deux engins fonctionnaient parfaitement ! Pourquoi donc n'arrivaient-il pas à travailler ensemble ? Approchons donc un peu plus près pour le savoir :

« Ah ! Pelleteuse ! disait le camion-benne. Ce que tu peux être lente !... Dépêche-toi donc ! Tu me ralentis ! Je n'ai pas que cela à faire, moi, de t'attendre ! Ce n'est quand même pas compliqué de ramasser du sable qui est juste devant toi ! Il suffit de se baisser, et ça ne pèse pas lourd ! Que ferais-tu, si tu devais comme moi transporter des tonnes de sables tout le long du chantier ! Allez, dépêche-toi un peu ! »

La pelleteuse, agacée par le ton du camion-benne, pensait :

« Mais pour qui se prend-il, ce camion-benne... Croit-il que rouler droit devant soi est si impressionnant ! J'aimerais l'y voir, moi, à manipuler une pelle comme je le fais, moi ! »

Et la pelleteuse, pour impressionner le camion, faisait toujours de grands mouvements complexes avec sa pelle au moment de prendre le sable, ce qui ralentissait fortement son travail. Et le camion, pour impressionner la pelleteuse, lui demandait toujours de le charger plus qu'il ne pouvait, de sorte qu'il avait ensuite bien du mal pour rouler jusqu'à sa destination dans les temps.

Et cela était ainsi, chaque jour qui passait, sans que rien, rien, ne s'améliore.

La Panne de camion-benne

Vint un jour, cependant, où à force de demander à ce qu'on le charge plus qu'il ne fallait, le camion-benne tomba en panne. Arrivant à destination rempli à ras-bord, celui-ci s'apprêta à soulever sa lourde benne pour en déverser le contenu. Il poussa sur son vérin hydraulique, poussa encore, quand d'un coup : PCHIIIIT ! le vérin lâcha et la benne retomba lourdement sur son dos sans qu'il ne puisse plus la soulever d'un millimètre. Paniqué, le camion-benne se rua vers le chef de chantier en s'écriant : « Mon vérin hydraulique ne fonctionne plus ! » Après quoi il fut envoyé chez le garagiste pour être examiné. Puis, le temps de trouver la panne, de démonter les pièces, d'en commander des neuves, de les remonter... cela ne se fait pas en un jour ! Ainsi, c'est une bonne semaine que le camion-benne resta coincé au garage.

La pelleteuse, cependant, n'en sut rien. Elle avait l'habitude d'attendre le temps que le camion-benne fasse l'aller-retour jusqu'à elle. Elle attendit donc une heure, puis deux, puis trois. Au début, l'absence du camion-benne ne la dérangea guère. Au contraire : elle n'était jamais pressée de le voir revenir. Mais, le temps de son absence commençant à s'étirer anormalement, ceci finit par l'intriguer. Enfin, elle n'y tint plus et rejoignit le chef de chantier pour lui demander :

« Bonjour, je travaille avec un camion-benne. Vous ne l'auriez pas vu par hasard ?

− Ah, tu ne sais pas, répondit-il ? Il est tombé en panne tout-à-l'heure. Je l'ai envoyé chez le garagiste. Il ne reviendra sûrement pas avant plusieurs jours. »

La pelleteuse ne sut quoi dire ni faire. Curieusement, malgré les mauvais traitements du camion-benne à son égard, son absence soudaine la perturba.

« Très bien, se dit-elle. Je vais sans doute pouvoir me rendre utile ailleurs. »

La pelleteuse parcourut donc le chantier à la recherche d'un travail à faire. Arrivée devant un tas de sable, elle en prit une pelletée et voulu la déverser dans un camion-benne à proximité. Mais, celui-ci rétorqua, furieux :

« Que fais-tu ? Je transporte des gravats moi, pas du sable !

− Oh, pardon dit la pelleteuse. »

Après avoir remis le sable à sa place, elle vit un tas de gravats jouxtant le camion-benne, mais ne put s'en approcher car d'autres pelleteuses au travail l'entouraient de toutes parts.

La pelleteuse continua donc son chemin dans le chantier. Partout où elle proposait son aide, partout on la refusait. On manquait bien un peu par-ci par-là de bulldozers, de rouleaux-compresseurs, de marteaux-piqueurs ou de camion-grue : mais de pelleteuse, personne n'en avait besoin.

La pelleteuse se retrouva donc seule à ne rien faire, et le temps s'étira si fort que les jours devinrent comme des années. Elle se remémorait les temps de travail avec le camion-benne et finit par se dire :

« J'ai été dure avec camion-benne. Certes, ce n'est pas si compliqué de rouler droit devant soi comme il le fait, mais il faut bien quelqu'un pour le faire. Et, certes, personne ne peut manipuler ma pelle mieux que moi, mais sans un camion-benne à remplir, à quoi sert-elle ?... À rien, rien du tout... »

Et à force de rester sous le soleil sans rien faire, son moteur sur-chauffa. Elle tomba donc elle aussi en panne. Le premier garagiste étant débordé par le travail, c'est chez un second garagiste que le chef de chantier envoya donc notre pelleteuse. Puis, le temps de trouver la panne, de démonter les pièces, d'en commander de nouvelles, de les monter, cela ne se fait pas en un jour ! Ainsi, la pelleteuse resta elle aussi une bonne semaine au garage.

Le Retour de camion-benne

Peu de temps après que la pelleteuse parte chez le garagiste, camion-benne revint sur le chantier, comme neuf. Se sentant plus puissant que jamais, impatient de tester son nouveau vérin, il rejoignit son tas de sable en pensant que sa pelleteuse commencerait illico presto à remplir sa benne. Cependant, de pelleteuse, il n'y en eu pas.

« Où est-elle donc, cette faignante de pelleteuse ? se dit-il. Ne voit-elle pas tout le temps que j'ai déjà perdu chez le garagiste ? Pour qui se prend-elle à me faire attendre davantage ? »

Furieux, il parcourut les alentours, espérant la trouver. Ne la voyant nulle part, il parcourut encore tout le reste du chantier. Enfin, intrigué tout de même, il alla voir le chef de chantier, qui lui dit :

« La pelleteuse qui travaille avec toi ? Tu ne le sais pas ? Elle est tombée en panne l'autre jour. Elle est partit chez le garagiste. Elle ne reviendra sûrement pas avant une bonne semaine. »

À cette annonce, le camion-benne ne sut ni quoi dire ni quoi faire. D'un coup, c'est comme si cette pelleteuse dont il se plaignait tout le temps lui manqua terriblement.

« D'accord... se dit-il. Sans doute vais-je pouvoir m'en sortir sans elle. »

Le camion-benne retourna à son tas de sable et regarda aux alentours si quelqu'un pouvait l'aider. Apercevant une pelleteuse qui passait par là, il lui demanda de l'aide, mais celle-ci répondit :

« Désolé, j'ai déjà beaucoup à faire avec mon camion-benne à moi ! »

Voyant des travailleurs munis de pelle, il leur demanda leur aide à eux aussi, mais ceux-ci répondirent :

« Avec nos petites pelles, nous n'irons pas bien vite. Nous serons plus utiles ailleurs ! »

Le camion-benne eu beau s'adresser à tous ceux qu'il voyait, personne ne voulut s'occuper de lui. Enfin, il envisagea de ramasser tout seul le sable, mais il eut beau agiter sa benne dans tous les sens, gratter le sol avec jusqu'à en arracher des bribes de peinture, rien n'y fit et pas un grain de sable ne s'y aventura.

Dépité, le camion-benne rétracta son vérin et se dit :

« Sans la pelleteuse, je n'arriverai à rien. Ah ! Comme je me sens bête et inutile ! Moi qui croyais être le plus important des deux, je me rends bien compte que sans elle je ne sers à rien : car à quoi bon avoir une benne sans une pelleteuse pour la remplir ? À rien... à rien du tout...»

Et le camion-benne se remémora les temps de travail avec la pelleteuse, et comme ils lui semblaient agréables maintenant !

Les retrouvailles

Quelques jours passèrent encore, et la pelleteuse enfin réparée réapparu sur le chantier. Elle trouva le camion-benne passif, regardant le sol près de son tas de sable. Aussitôt qu'elle le vit, elle sauta de joie et accourut vers lui en criant : « Camion-benne ! Camion-benne ! »

Quand le camion-benne l'aperçu, il ouvrit grand ses phares avant (qui font office d'yeux chez les camions) et, plein de joie, se précipita vers elle en criant : « Pelleteuse ! Pelleteuse ! »

Tous deux se retrouvèrent en se faisant la fête :

« Pelleteuse ! dit le camion-benne. Enfin tu es là ! Tu m'as tellement manqué ! Oh, tu avais raison, c'est toi la plus importante de nous deux, car à quoi sert un camion-benne sans une pelleteuse pour remplir sa benne ?

− Camion-benne ! dit la pelleteuse. Oh, non, c'est toi qui m'a manqué et c'est toi qui avait raison, car à quoi sert une pelleteuse sans une benne à remplir ? »

Après cette effusion de joie, ils se mirent au travail, tout sourires. La pelleteuse prit une pelletée de sable et la déversa tout simplement dans la benne du camion-benne. Le camion attendit patiemment que sa benne soit remplie, juste comme il faut, avant de dire gentiment : « Merci pelleteuse, c'est parfait comme ça ! »

Et c'est ainsi que commença la plus merveilleuse, mais aussi la plus efficace des collaborations du chantier. Tout le monde vit le changement chez le camion-benne et la pelleteuse, et tout le monde fut émerveillé par leur bonne entente nouvelle. On en parla tant et si bien que l'on finit par les prendre en exemple et par en faire des histoires pour enfants que l'on raconte encore aujourd'hui. C'est de là que l'on dit depuis ce jour, d'ailleurs : « travailler main dans la main, comme une pelleteuse et un camion-benne. »

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Auteur·rice de cette histoire : Guillaume Dutrain (http://www.youtube.com/@ContesdelaruedesSaints-i8n)


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Bulldozers
Engins de chantier puissants utilisés pour déplacer de grandes quantités de terre ou de débris.
Maçons
Travailleurs qui construisent des bâtiments en utilisant des briques, des pierres ou du béton.
Grutiers
Personnes qui pilotent des grues, des engins capables de soulever des charges lourdes.
Vérin hydraulique
Dispositif qui utilise un liquide sous pression pour soulever ou déplacer des objets lourds.
Gravats
Débris et morceaux de matériaux provenant de la démolition de bâtiments ou de constructions.
Chantier
Endroit où l'on construit ou rénove des bâtiments, souvent plein d'outils et de machines.

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