Chapitre 1 : La folle idée de samedi matin
Ce samedi-là, il faisait gris, et la pluie tambourinait contre les carreaux. Dans la salle de bain, Lola, l'aînée de dix ans, observait sa sœur Lucie en train d'aligner des canards en plastique sur le bord de la baignoire. Anaëlle et Chloé, leurs meilleures amies, attendaient dans le couloir, une montagne de jouets sous le bras.
— Mesdames, annonça Lola en toquant la porte, la piscine interdite ouvre ses portes aujourd'hui uniquement !
Chloé, qui se déplaçait avec une canne multicolore assortie à ses chaussettes, esquissa un grand sourire.
— Ouvrez vite ! J'ai emmené le dauphin qui bulle et la sirène chantante.
Anaëlle gloussa, son sac rempli de lego-îlots, et Lucie s'écria en brandissant un savon en forme de poisson :
— Accès réservé aux joueuses de l'extrême !
Lola s'inclina avec cérémonie, fit entrer tout le monde et ferma la porte à clé, comme si elle protégeait un grand secret. Elle lança à la cantonade :
— Règle numéro un : on ne parle pas de la piscine interdite.
Lucie, les yeux pétillants d'idées folles, ajouta :
— Règle numéro deux : ma licorne de bain a le droit de doubler tous les canards sur le circuit.
Anaëlle protesta, faussement indignée :
— Ah non, pas question ! On fait la course équitablement, pour une fois !
Elles éclatèrent de rire, chacune s'activant à installer le grand champ de bataille aquatique. Lola ouvrit délicatement le robinet et la baignoire se remplit d'eau tiède, transformant le petit espace carrelé en lagon mystérieux.
Chapitre 2 : Catastrophes et éclaboussures
Les jouets plongèrent dans l'eau avec des bruits de sploutch réjouissants. Lucie lança en fanfare :
— Attention, tempête sur la piscine ! Tous à l'abri !
Elle fit valser le gros canard jaune qui coula aussitôt, la queue en l'air. Anaëlle, la stratège du groupe, souffla fort sur la surface, envoyant des mini-vagues sur les lego-îlots. Chloé, avec son bras agile, provoqua une pluie de gouttelettes qui trempa les pyjamas de tout le monde.
— Chloé, arrête ! Ça va mouiller par terre ! gronda Lola en essuyant le sol avec une serviette.
— Oups… Mes chaussettes rient déjà, alors ! se moqua Chloé.
Anaëlle éclaboussa Lucie qui, vexée, s'empressa d'asperger Lola. La riposte fut immédiate : Lola attrapa le pommeau de douche et déclencha le “Déluge suprême des Jouets Plongeurs”.
— Au secours ! L'inondation de la piscine interdite ! cria Anaëlle, hilare.
Tous se chamaillèrent gentiment, l'eau giclant et les rires montant tellement fort que maman vint tambouriner à la porte.
— Qu'est-ce que c'est que tout ce raffut ? Vous n'êtes pas en train de transformer la salle de bain en fontaine de jouvence, j'espère !
Les filles se figèrent. Lola chuchota un “chut” de comploteuse, puis répondit :
— Non maman, on se lave, mais… de façon très créative !
Lucie éclata de rire, manquant de glisser sur le tapis de bain. Chloé attrapa sa main in extremis et les regards se croisèrent dans la complicité la plus totale.
Chapitre 3 : Duel de sirènes et alliance des canards
Après la tempête, un calme étrange s'installa. Les jouets flottaient tranquillement dans la baignoire, comme après un naufrage. Anaëlle, qui avait l'idée la plus farfelue, annonça :
— Je propose un concours de sirènes ! Celle qui chante ou miaule le plus fort gagne la bouée d'or.
Chloé releva le défi :
— Mais on n'est pas censées nager comme des sirènes aussi ? Allez, Lucie, montre-nous ta nage spéciale !
Lucie, la plus rêveuse du groupe, enfila la queue de sirène en serviette de bain et tenta une glissade épique dans la baignoire. Les filles applaudirent, mais Lola, jalouse de la pirouette, déclara :
— À mon tour ! Et moi, je chante “Sous l'océan” à tue-tête !
Elles se lancèrent toutes dans des imitations de poissons exotiques, éclaboussant sans retenue. Chloé ajouta des bulles avec un pot de shampoing, ce qui donna un air de jacuzzi à la scène.
Entre deux refrains, Anaëlle s'exclama :
— Mon canard pirate réclame une île ! Qui construit l'île la plus solide ?
En deux temps, trois mouvements, les lego-îlots rivalisèrent de créativité. Les alliances se formèrent, les disputes éclatèrent sur la solidité des constructions, puis on fondit à nouveau en éclats de rire quand tout s'effondra sous une vague d'eau.
Chapitre 4 : La grande évasion aquatique
Au moment où le calme semblait revenir, la poire à eau de Lucie tomba sur le carrelage. Aussitôt, de l'eau s'infiltra hors de la baignoire. Les filles poussèrent des cris de panique feinte.
— Alerte ! Le lagon déborde ! lança Anaëlle en essayant de stopper le flot avec un gant de toilette déjà trempé.
— On va avoir des ennuis, chuchota Lola, mi-culpabilisée, mi-hilare.
Mais l'aventure, c'était maintenant ! Lucie bondit hors de la baignoire pour attraper des serviettes, Chloé coordonna les opérations :
— Anaëlle, barricade l'entrée avec le tapis ! Lola, essuie la flaque ! Lucie, surveille la porte !
En équipe, elles transformèrent la salle de bain en navire de pirates, luttant contre la montée des eaux. Malgré leurs efforts, les éclats de rire redoublèrent. Anaëlle, glissant sur une serviette, se retrouva assise par terre.
— C'est officiel, je suis transformée en grenouille, bredouilla-t-elle entre deux rires.
Lucie, hilare, inventa le mot d'ordre du jour :
— Une piscine interdite, c'est une piscine rigolote, même par terre !
Chapitre 5 : Complicité et souvenirs mouillés
La salle de bain, aussi humide qu'une jungle tropicale, retrouvait un semblant d'ordre. Les filles, épuisées, s'enroulèrent dans de grandes serviettes, rouges de fous rires et de bonheur.
— Je parie qu'on se souviendra longtemps de cette piscine-là, souffla Anaëlle, calmée.
Chloé sourit, sa canne à la main :
— On pourrait enregistrer le record de la baignoire la plus animée du quartier !
Lola serra Lucie contre elle.
— Même si tu as fait plonger mes chaussettes, je t'aime quand même, petite sœur rêveuse.
Lucie répondit avec un sourire mutin :
— Moi je t'aime même quand tu fais le déluge !
Les quatre amies se regardèrent, complices. Chacune savait que, malgré les chamailleries, rien ne valait ces aventures baignées de rires et d'eau — un secret de fratrie, doux et précieux, qu'aucun adulte ne comprendrait vraiment.
Au bout du couloir, la voix de maman retentit, mi-amusée, mi-exaspérée :
— Les filles, si vous avez vidé l'océan, je veux des explications… et peut-être un peu d'aide pour nettoyer !
En chœur, les quatre complices répondirent, éclatant de rire :
— On arrive, capitaine ! La piscine interdite ferme ses portes… jusqu'à la prochaine tempête !
Et ce samedi pluvieux, devenu un souvenir mouillé et inoubliable, scella à jamais la complicité joyeuse d'une fratrie pas comme les autres.