Chapitre 1 — La grande idée de Léo
Léo, sept ans, avait décidé de faire une sieste d'essai. Ce mot, "essai", lui donnait l'air d'un scientifique ou d'un capitaine. Il portait sa casquette rouge, même pour la sieste. On ne sait jamais. La casquette le rendait courageux.
Il commença par préparer le terrain. Il empila des coussins comme des montagnes. Il étala une couverture douce comme une prairie. Il aligna ses peluches en rang, comme une armée très câline. "Prêtes pour l'expérience ?" demanda-t-il aux peluches. Le petit lapin cligna des yeux. Le dinosaure bâilla. La grenouille fit un petit croac, qui ressemblait à un "oui".
Maman regarda depuis la porte. Elle sourit. "Une sieste d'essai ? C'est une bonne idée, mon grand. Tu veux une montre pour mesurer le temps ?"
Léo secoua la tête. "Non, pas une montre. Je veux une montre qui rit." Maman rit et secoua la tête. "Alors mesure ton courage."
Il prit une grande inspiration. Puis il fit un plan très sérieux. Plan : 1) S'allonger. 2) Fermer les yeux. 3) Compter jusqu'à vingt chocolats... euh, vingt moutons. 4) Attendre la sieste. Facile.
Il s'allongea. Les coussins se moulèrent comme du pain chaud. Il ferma un œil. Puis l'autre. "Un," chuchota-t-il. "Deux..." Il chuchota si bas que la grenouille ne l'entendit pas.
Tout allait bien. Jusqu'à ce que son ventre grogne. Un bruit! Un petit bruit qui dit : "Et si on faisait un goûter ?" Léo ouvrit un œil. "Non," dit-il d'une voix solennelle. "C'est une expérience. Pas de goûter."
La grenouille, qui aimait les petits quiproquos, sauta sur la couverture. Elle fit un "plop" qui sonna comme un parachute qui s'ouvre. Le dinosaure renifla. Le lapin fit un bisou sur le nez de Léo. Léo sourit. Il recommença à compter. "Trois..." Les coussins chantaient presque.
Chapitre 2 — Les petits quiproquos
Le premier quiproquo arriva avec une mouche. Une mouche, très curieuse, entra par la fenêtre. Elle fit un vol zigzag qui semblait dire : "Quelle sieste ? Je vais jouer !" Elle se posa sur le nez de Léo. Léo sentit une chatouille. Il éternua très fort. "Atchoum !" fit aussi la peluche crocodile, parce que les peluches aiment imiter.
Maman, dans le couloir, pensa que c'était peut-être trop calme. Elle entra et dit : "Léo, veux-tu un livre ?" Léo ouvrit un œil, puis l'autre. "Un livre ? Maintenant ?" demanda-t-il. La mouche, qui aimait les histoires, fit un petit "bzz" d'approbation. "D'accord," dit Léo. Il s'assit. "On lira un chapitre et puis on essaiera encore."
Ils ouvrirent le livre. C'était un livre drôle sur un gnou qui voulait être une plume. Le gnou finit par danser avec des chaussettes roses. Léo rit si fort que la grenouille fit un salto et atterrit sur le dinosaure. Tout cela était très sérieux pour une sieste d'essai.
Après le chapitre, Léo déclara : "C'est l'heure. Cette fois, vraiment." Il se recoucha. Il mit sa casquette sur les yeux, comme un pirate qui dort sur un bateau. "Un," commença-t-il. "Deux..." Mais une drôle d'idée se glissa dans sa tête. Et si la sieste était une aventure ? Et s'il fallait franchir des montagnes d'oreillers ou traverser des rivières de draps ? Léo poussa les coussins pour faire un tunnel. Le tunnel cracha une exposition d'oreillers. Une peluche sortit par la porte comme un explorateur. Les quiproquos se mirent en rang et saluèrent.
Une ombre passa sur le mur. C'était le chat du voisin, qui avait décidé d'inspecter la maison. Il s'approcha en ondulant la queue. "Bonjour," fit-il en miaulant. Léo sentit sa moustache chatouiller son bras. Il sourit sans ouvrir les yeux. "Bonjour, monsieur Chat. C'est une sieste d'essai, entrée gratuite pour les chats curieux."
Le chat roula comme une pelote puis s'étira. Il se posa à côté des coussins et ronronna. Son ronron était une sorte de moteur très doux, un moteur qui dit : "Sieste pressée, appuyez ici." Léo compta. "Trois... quatre..." Le ronron fit "ron-ron" en cadence. C'était presque musical.
Mais voilà le deuxième quiproquo : le téléphone de la cuisine sonna. Bim ! Bim ! Bim ! C'était papa, qui voulait savoir si Léo avait réussi sa leçon de vélo. Maman répondit. Elle dit que Léo avait fait une roue. Papa dit "Bravo !" puis "Oh, il est en train de faire une sieste ? Super." Papa raccrocha en soufflant. Le bruit du téléphone avait réveillé un chat. Le chat se mit à chasser une peluche qui pensait être une souris. La peluche fit semblant d'être très effrayée, mais en secret elle aimait ça.
Léo se releva, très persévérant. "Bon," murmura-t-il, "on recommence." Il reconstitua le terrier de coussins. Il remit la casquette. Il prit sa peluche préférée, une petite chouette très sage. La chouette chuchota : "Tu peux le faire, Léo." Léo se sentit comme un super-héros du dodo. "Cinq..." Il souffla très fort comme un petit vent chaud.
Chapitre 3 — Léo persévère
Le troisième quiproquo fut drôle et doux. Une caméra en carton, fabriquée par Léo la semaine précédente, roula par accident sur la couverture. Elle fit "clic-clic" comme si elle prenait des photos. Léo se demanda s'il était une superstar du sommeil. Il fit une pose et dit : "Ne me dérangez pas, je suis en séance." La peluche grenouille fit "croac" d'applaudissement. La caméra s'arrêta. Elle n'aimait pas les flashs.
Léo sentit sa fatigue monter comme une petite vague. Il était fier. Il avait essayé trois fois. Sa volonté était comme un petit tracteur qui pousse, pousse, pousse. Il pensa à la persévérance. Persévérer, ce n'est pas seulement recommencer. C'est aussi sourire quand on retente. Il sourit. Ses joues devinrent des pommes. Ses paupières devinrent lourdes comme des rideaux.
"Quatre... cinq..." dit-il très doucement maintenant. Le monde fut une tasse de chocolat chaud, doucement secouée. Les peluches chuchotèrent entre elles. Elles racontèrent des secrets de coussin. Le chat du voisin ronronna plus fort. La grenouille fit un petit soupir content.
Soudain, un bruit délicat arriva de la fenêtre. C'était une parade de feuilles. Elles dansaient au vent comme de petites mains qui applaudirent. "Bravo, Léo, bravo!" sembla-t-il dire. Une feuille fit un tour, puis un autre. Léo sourit en coin. Il aimait les parades silencieuses. Il imagina que chaque feuille portait un message : "Encore un petit effort." Les messages étaient tout doux, comme des caresses.
Il se rappela d'une règle que Maman lui avait dite : "Si tu veux quelque chose, recommence, réessaie, ressaute. Persévérer, c'est comme apprendre à tenir en équilibre sur un mur de trottoir." Léo pensa à sa bicyclette, à la roue qu'il avait apprise. Il sourit de nouveau. Sa persévérance était une petite lampe qui ne s'éteignait pas.
Il recommença à compter, mais cette fois les chiffres devinrent des mots comme "doudou", "nuage", "miel". "Six... doudou... sept... nuage..." Les mots étaient si doux que ses yeux devinrent des bobines de sommeil. Les phrases devinrent plus lentes, plus longues, mais elles se transformèrent en une musique tranquille.
Chapitre 4 — La sieste réussie
Le dernier quiproquo fut presque magique. Une voix, très basse, comme un secret, murmura depuis la lampe. C'était papa qui répétait une chanson inventée pendant un jeu la semaine précédente. La chanson parlait d'un petit nez qui sent les étoiles et d'un petit pied qui chatouille la lune. La chanson faisait "dum-dum", très lent. Les "dum" enflaient comme des ballons et se posaient sur le cœur de Léo.
Léo sentit son corps se détendre. Les épaules baissèrent comme des volets. Les doigts deviennent des plumes. Les respirations firent "pouf", "pouf", de plus en plus lents. Les peluches arrêtèrent de faire des grimaces et firent des sourires mousseline. Le dinosaure ronfla en rêve, mais en rêve seulement, il mangeait des brocolis invisibles et faisait la grimace. La chouette lui chuchota : "C'est bon. Tu as essayé. Tu as persévéré."
Léo pensa aux moutons. Il n'avait pas fini de compter jusqu'à vingt chocolats... euh, jusqu'à vingt moutons. Mais il n'en avait pas besoin. Ses moutons avaient décidé de danser plutôt que de sauter. Ils dansaient une valse en pyjama. Les yeux de Léo se fermèrent presque tout à fait. Ses mots se firent lourds. "Huit..." murmura-t-il. "Neuf..." Il ne comptait plus vraiment. Il rêvait déjà.
La chambre devint un bateau tranquille. Le bateau glissa sur une mer de soie. Les coussins étaient les vagues. La casquette était le pavillon. Les peluches étaient l'équipage qui chantait des chansons très douces. "Chut," chuchota la grenouille, "tout est calme." Les bruits se firent petits et polis.
Maman regarda par la porte, toute douce. Elle posa sa main sur le front de Léo. Il était tiède comme un croissant tout juste sorti du four. Elle lui fit un bisou sur la joue. "Bravo, mon ange. Tu as persévéré." Son baiser était une lumière qui dit "tu y es arrivé". Maman s'éloigna en fermant presque la porte, très doucement.
Léo sentit une dernière bulle de rire monter. Elle fit "plouf" et éclata en une petite étincelle. Il sourit, un sourire qui resta au coin des lèvres. C'était un sourire de mission accomplie. Il n'avait peut-être pas maîtrisé tous les quiproquos, mais il avait essayé encore et encore. Il avait persévéré et la sieste avait gagné.
Ses respirations devinrent longues et régulières. Les phrases de la chambre se firent plus lentes aussi. Les chuchotements devinrent presque invisibles. La musique de la maison ralentit comme un métronome apaisant. Léo glissa doucement dans un sommeil profond, mais gai, un sommeil de petit héros tranquille.
Quand il s'endormit, son dernier petit mot fut un murmure: "Encore demain..." Un espoir simple, une promesse en mousse. Les peluches applaudirent doucement avec leurs pattes. La grenouille fit un petit croac de fierté. Le chat du voisin, maintenant transformé en gardien ronronnant, fit un cercle autour du lit et se coucha comme un point final.
Le monde sembla dire "chut", et c'était un "chut" qui sonnait comme un câlin. L'air était tiède, la nuit était douce, et la maison gardait la lumière d'une nuit sans peur.
Le sourire de Léo resta, au coin des lèvres, comme une petite étoile qui ne s'éteint pas.